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LES THÉORICIENS DE LA CROISADE

Argoun l'organisation d'une croisade. Ils étaient en outre fM>rteurs de nombreuses lettres pour les princes des royaumes situés sur leur route : Constantinople, Géorgie, Arménie, Trébizonde, qu'ils devaient coaliser avec les Tartares contre les Musulmans. Nicolas IV acceptait donc l'idée d'une alliance,, quand Argoun mourut le 7 mars 1291 35.

L'alliance avec les Mongols nu pouvait être féconde et sûre pour l'Occident, que par leur conversion au catholicisme. Faute de cette condition elle échoua. L'idée de cette alliance et les projets de croisade ne disparurent pourtant pas subitement. Les Souverains Pontifes ne se résignèrent pas à les abandonner. De grandes âmes se préoccupèrent de rechercher les causes de tant d'insuccès et d'élaborer la théorie de la guerre sainte.

Les théoriciens de la Croisade 36. — Depuis longtemps le monde chrétien doutait de l'efficacité de ces grandes expéditions militaires, et le plan de missions conçu par saint François trouvait chacjue jour de nouveaux adhérents.

Dans un écrit politico-religieux adressé à Innocent IV à l'occasion de la croisade projetée par Henri III, roi d'Angleterre, jfi25o), Adam de Marsh déclare qu'on ne saurait, sans lâcheté, abandonner la terre sanctifiée par le Sauveur aux mains des infidèles. Mais il ajoute aussitôt que la foi ne naîtra chez eux que si on leu» envoie des missionnaires. Le fer ne doit pas suspendre la parole.

Guibert de Tournai, un familier du roi de France, a encore moins de confiance dans la guerre. Il dédia à saint Louis son traité Eruditio regum et principum qu'il écrivit à sa demande, cinq ans après son retour de Terre Sainte (laSg). Il y parle en témoin oculaire de sa première croisade, et la raconte briève-

35 Cf. Wadding, Annales, t. V, p. 169-173 ; Biblioteca, t. II, p. 429, 432-442. Lé célèbre missionnaire, J. de Montecorvino, présenta en 1289 la réponse du Pape à Argoun. Il était en outre porteur de nombreuses instructions pour les princes orientaux et pour le roi d'Arménie, Hayton II (Biblioteca, t. I, p. 302 ; t. II, p. 440). — Guillaume de Chieri et soa compagnon partirent en 1291 (op. cit., t. I, p. 354 ; t. II, p. 472-477 ; Wadding, Annales, t. V, p. 252-259).

86 Cf. Bréhier, op. cit.. p. 248-258.

ment pour jeter le tort de son insuccès sur l'inconduite des .croisés, et déconseiller au saint roi de repartir. Il ne faut pas, dit-il, compter sur la force des armes pour reconquérir la Terre Sainte, mais remettre à Dieu le soin de la délivrer du joug des infidèles.

Quelques années plus tard, Roger Baqjon se montre tout aussi -défiant, car. il arrive souvent, dit-il, que l'humiliation de la défaite retombe sur l'Eglise. Et quand les chrétiens sont vainqueurs, il ne reste personne qui puisse défendre les terres occupées. La force des armes ne convertit pas, elle extermine ; ceux qui survivent n'en sont que plus hostiles au christianisme, -et voilà pourquoi il est impossible de convertir les Sarrasins. La foi chrétienne, ajoute-t-il, n'a pas fait son entrée dans le monde par les armes, mais par la simplicité de la prédication.

Salimbene, qui écrivait en 1283, constate en quelle défaveur «est tombée l'idée de la croisade, et le discrédit qui en résulte pour les Dominicains et les Franciscains, ses plus ardents promoteurs. En certains endroits, raconte-t-il, on refusait l'aumône à leurs quêteurs, mais on la donnait à d'autres pauvres -au nom de Mahomet plus puissant que le Christ. Il ne semble ■pas, ajoute le chroniqueur, que la conquête du tombeau du •Christ soit voulue de Dieu, car beaucoup l'ont essayée, et ils ont travaillé en vain. A la fin du XIII^ siècle les Frères Prêcheurs et les Frères Mineurs étaient presque seuls à susciter la Croisade :

« Ne jone home, ne ancien

« N'ont por Dieu cure de combatre.

« Assez se pourroit ja débatre

« Et Jacobins et Cordeliers

« Qu'ils trovaissent nus Angeliers

(t Nus Tancres, ne nus Baudins » .

Ainsi chantait Rutebeuf dans la « Complainte d'Outre- Mer ». Mais tous les chrétiens n'acceptaient pas avec autant Aq facilité le renoncement de cette grande pensée. Même après le désastre de Saint-Jean d'Acre (i29i)r, et malgré l'universel découragement qui s'ensuivit, beaucoup se passionnaient

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(Bibl. nat., lat. 7242, fol. 8S^)

ment pour jeter le tort de son insuccès sur l'inconduite des xroisés, et déconseiller au saint roi de repartir. Il ne faut pas, dit-il, compter sur la force des armes pour reconquérir la Terre Sainte, mais remettre à Dieu le soin de la délivrer du joug des infidèles.

Quelques années plus tard, Roger Baqpn se montre tout aussi -défiant, car. il arrive souvent, dit-il, que l'humiliation de la défaite retombe sur l'Eglise. Et quand les chrétiens sont vainqueurs, il ne reste personne qui puisse défendre les terres occupées. La force des armes ne convertit pas, elle extermine ; ceux qui survivent n'en sont que plus hostiles au christianisme, -et voilà pourquoi il est impossible de convertir les Sarrasins. La foi chrétienne, ajoute-t-il, n'a pas fait son entrée dans le monde par les armes, mais par la simplicité de la prédication.

Salimbene, qui écrivait en 1283, constate en quelle défaveur •est tombée l'idée de la croisade, et le discrédit qui en résulte pour les Dominicains et les Franciscains, ses plus ardents promoteurs. En certains endroits, raconte-t-il, on refusait Tau- -mône à leurs quêteurs, mais on la donnait à d'autres pauvres ,au nom de Mahomet plus puissant que le Christ. Il ne semble pas, ajoute le chroniqueur, que la conquête du tombeau du •Christ soit voulue de Dieu, car beaucoup l'ont essayée, et ils ont travaillé en vain. A la fin du XII I^ siècle les Frères Prê- •cheurs et les Frères Mineurs étaient presque seuls à susciter la Croisade :

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FIDENZIO DE PADOUE 65/

«ncore pour cette cause sainte. Au moment où Nicolas IV, sans se laisser abattre, convoquait les peuples à reprendre les armes, sainte Marguerite de Cortone donne aux Frères Mineurs, de la part du Christ, le conseil de favoriser de tout leur pouvoir un « passage » général 3?.

Les insuccès répétés avaient fait réfléchir. On se mit à en étudier les causes et à chercher de nouvelles méthodes, une nouvelle organisation de la guerre contre les Turcs. On connaît les mémoires et les projets de Charles d'Anjou (1291-2), ceux de Jacques de Molay, Grand Maître des Templiers (i3o7), ^^ Guillaume Adam (i3io), de Henri II de Lusignan (i3ii) ; on connaît surtout le De recuperatione Terrœ Sanctce de Pierre Dubois (i3o7), où la chimère se mêle à quelques vues justes, et le Sécréta fideiium Crucis du Vénitien Marino Sanudo (i3o9 et i323), mais le premier en date, le plus important et le plus remarquable par sa connaissance de l'Orient et des Sarrasins, par l'ampleur, la précision et le caractère pratique de l'organisation qu'il propose, celui auquel tous les autres semblent avoir

37 L'écrit politico-religieux d'Adam de Marsh ne porte pas de titre, il a été publié par J. S. Brewer, Monumenta franciscana, p. 414-437 ; ses idées sur les missions et la croisade sont exprimées aux chap. VIII et IX, p. 43.1-436. Cf. Biblioteca, t. II, p. 346-349. Celles de Guibert de Tournai, dans le traité Eruditio regutn et principum (éd. A. de Poorter, Louvain, 1914), P. II, C. 2, p. 13. Henri de Gand dans son Liber de viris illustribus attribue à Guibert de Tournai un récit plus détaillé de la première croisade de saint Louis sous le titre de Odoeporicon seu Itinerarium prime profectionis pie metnorie domini Ludovici régis francorum ad transmarinas partes. Kervyn de Lettenhove crut l'avoir retrouvé dans un Ms. de la Bibliothèque Royale de Bruxelles qui n'a pas encore été publié. (Cf. Biblioteca, op. cit., t. II, p. 362-366.) L'attribut on de cet ouvrage à Guibert de Tournai, et la présence de ce Frère Mineur auprès de saint Louis pendant sa première croisade, ont été contestées sans preuves suffisantes par A. de Poorter (op. cit., p. VI).

Ruger tJacon exprime sa pensée sur la croisade dans VOpus majus écrit en 1267 pour Clément IV (éd. Bridges, t. III, p. 120-122), à propos de la nécessité des langues orientales pour l'apostolat. Il se montre trè« sévère envers les Chevaliers du Temple, de l'Hôpital et de l'Ordre teutonique, quia volunt (infidèles) subjugare et redigere in servitutem.

Salimbene parle incidemment des croisades dans sa Chronique (éd. M.G.SS., p. 225, 267, 494 s.). Pour le message de sainte Marguerite de Cortone (+ 1297) aux Frères Mineurs, cf. Acta SS., 22 février, ch. IX, H. 247. RuTEBEUK, Œuvres complètes, éd. A. Jubinal, Paris, 1839, p. 97.

658 APPENDICE Iir

emprunté, est moins connu, c'est le traité à la fois historique^ économique et stratégique, rédigé dans les premiers jours de^ 1291 par le Frère Mineur Fidenzio de Padoue, sous le titre r Liber recuperationis Terrœ Sanctœ. En 1274, Fidenzio assista au Concile de Lyon où les affaires de la Terre Sainte: furent si activement débattues, et où l'on décida de préparer un plan de campagne. Il eut sans doute à. ce moment l'occasion, d'exposer ses idées au milieu des prélats, des princes, des chevaliers, des grands maîtres des Ordres militaires qui se trouvaient là. Grégoire X le connaissait déjà, et avait pu apprécier sa valeur pendant sa mission en Syrie (127,1) ; c'est à lui qu'il confia le soin de dresser ce plan . Nul homme ne pouvait être mieux choisi. Originaire de Vénétie, Fidenzio gouvernait en^ 1266 la Province de Terre Sainte. C'était pendant la conquêtcdu féroce Bibars et de son successeur Kelaoun. Il les vit de près et suivit courageusement leurs armées pour secourir les» chrétiens prisonniers ou esclaves.. Il connaissait donc bien la- Terre Sainte. Il y retourna de nouveau après le Concile, pénétra encore dans les camps des Sarrasins, afin de rendre service aux chrétiens. En même temps il- étudiait les forces ennemies. et leur tactique ; il put ainsi rédiger avec compétence son plan, d'attaque. Après une courte étude historique sur les peuples quiont occupé la Terre Sainte, il analyse les causes des échecs, précédents : vices des croisés, discordes, absence d'unité de. commandement. Il énumère ensuite les conditions nécessairesà la conquête : i» unité de commandement ; 2° une doublearmée de terre et de mer opérant simultanément ; 3o un blocus: réel de l'Egypte, et non pas seulement l'interdiction du commerce avec l'ennemi. Le blocas absolu de l'Egypte la privera des matériaux nécessaires à la guerre, des esclaves qui garnissent les contingents des mamelucks, et l'empêchera de venir au secours de la Syrie qui ne peut rien sans elle. Après avoirdiscuté les différentes routes à suivre, les ports de débarquementset les points de concentration,, il préconise la voie de mer : les. troupes s'embarquent à Gênes ou à Venise, débarquent dans le golfe d'Alexandrette et se concentrent autour 4'Antioche. Là lesjenforts provenant de Mongolie, et dé Géorgie pourront les-

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rejoindre. L'armée devra être très nombreuse, au moins vingt mille cavaliers, avec une infanterie considérable bien entraînée par les exercices, abondamment pourvue de munitions : flèches, lances et balistes, bien ravitaillée en vivres, d'où, institution d'un conseil suprême que nous appellerions service de l'intendance pour veiller à l'entretien des troupes. Il faut que les camps soient bien placés et gardés avec vigilance ; il faut encore des fourriers, des éclaireurs, des interprètes et des espions. Frère Fidenzio ne néglige pas non plus les qualités morales et entre aussi dans des détails de tactique pour prémunir les Croisés contre la rapidité des manœuvres et les ruses des Sarrasins. Le rôle de la flotte, qu'il veut au moins de trente galères, sans compter les vaisseaux chargés de vivres et de munitions, est de rendre le blocus effectif, de neutraliser la flotte ennemie et d'attaquer les côtes.

La Terre Sainte conquise, il s'agit ensuite de la conserver. Fidenzio prévoit alors une armée permanente d'occupation avec un mode spécial de recrutement. Les villes, les Evêchés et les monastères les plus riches de la chrétienté pourvoyant respectivement à l'entretien d'un, de deux ou de plusieurs soldats, on arriverait ainsi à former une armée puissante. Il prévoit encore une flotte de surveillance d'environ dix galères devant continuer le blocus et protéger les côtes, l'établissement de places fortes. Enfin il recommande toujours, condition indispensable de succès, l'unité de commandement entre les mains d'un chef assez riche pour entretenir une bonne troupe, sans recourir aux subsides de la chrétienté.

Pour Fidenzio, l'aUiance avec les Tartares n'est pas indispensable, on en profitera à l'occasion, mais son plan est conçu de telle sorte que l'armée chrétienne se suffise à elle-même. Il ne parle pas de l'union des Ordres militaires, que l'on trouve en d'autres projets, et qu'il savait sans doute irréalisable. Quant au monde musulman, il sait qu'il est imperméable aux idées chrétiennes et il croit sa conv^ersion impossible 38.

38 On sait très peu de choses sur la vie de Fidenzio de Padoue, les dates de sa naissance et de sa mort sont inconnues. L-a plus grande partie de sa vie dut se passer en Terre Sainte. On ignore aussi par suite de

Toute différente est la pensée d'un autre théoricien franciscain de la Croisade, Raymond Lull. Il a une confiance inébranlable dans son Art pour arracher les Sarrasins à leurs erreurs. Son plan de conquête est avant tout un plan de missions chez les infidèles. Comme Roger Bacon, il préconise de toutes ses forces l'étude des langues orientales pour les missionnaires ; il y ajoute l'étude de la méthode qu'il a inventée pour réfuter Averroès et toutes les erreurs des philosophies orientales ; comme Roger Bacon et Guibert de Tournai il n'a pas d'abord confiance dans lu Croisade. Il s'y rallie peu à peu, et à partir de i2g5, il s'en fait le protagoniste ardent, sans jamais manquer de foi dans l'efficacité de la prédication. 11 n'admet pas que les revers des Croisés soient la preuve que Dieu veut laisser la Terre Sainte au pouvoir de l'Islam. Une telle assertion lui paraît un blasphème, puisque le défaut d'organisation des croisés suffit amplement à expliquer leur échec. Il propose donc un plan nouveau, dans lequel il compte sur l'union des Grecs à l'Eglise latine, et sur l'alliance avec les Tartares, conseille la fusion des Ordres de chevalerie, propose l'équipement d'une flotte composée d'un gros vaisseau et de quatre galères, et indique comme Fidenzio de Padoue, la nécessité du blocus de l'Egypte, et l'unité de commandement confié à un roi choisi par les Croisés.

La conquête, à son avis, doit commencer par une guerre

quelles circonstances l'ouvrage que lui avait demandé Grégoire X au concile de Lyon, ne fut présenté que dix-sept ans après à Nicolas IV. Ge Liber recuperationis Terrae Sanctae a été intégralement publié par le P. Golubovich (Bihlioteca, t. II, p. 9-60), avec la carte schématique des côtes méditerranéennes dressée par Fidenzio lui-même. Fidenzio ne se contente pas de donner les grandes lignes d'un plan d'expédition, il entre encore dans de minutieux détails. Le point de vue économique, si important, n'échappe pas à Fidenzio. Quand on ferme une voie au commerce, il faut nécessairement lui en ouvrir une autre, il indique donc pour les épices et autres marchandises, qui viennent de3 Indes en Europe, là voie du golfe Persique et de l'Arménie, au lieu de la Mer Rouge et de l'Egypte interdite par le blocus. Marino Sanudo n'a pas d'autre idée principale que celle du Frère Mineur, le blocus de l'Egypte ; seulement en bon Vénitien il l'exploite au profit de Venise. « De tous les avis dont s'entoura Nicolas IV, celui de Fidenzio est assurément le plus développé et le plus minutieusement motivé. » (Delà ville Le Roulx, La France en Orient au XIV^ siècle, Paris, 1885, p. 19).

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maritime qui rendra les Croisés maîtres de la mer, puis continuer par l'entrée en campagne de deux corps d'armée, qui opéreront leur jonction sur les bords du Nil, l'un arrivant par les côtes de l'Afrique, l'autre venant de Constantinople après avoir soumis la Syrie. Les plans de Raymond étaient d'une trop grande envergure pour être réalisés à son époque. Qu'on les admît ou qu'on les rejetât, l'essentiel était qu'on n'abandonnât pas la Terre Sainte. Il fallait convertir les infidèles et, en attendant, les vaincre. Alors, Raymond qui n'était pas seulement un théoricien fantastique, mais aussi un apôtre et un homme d'action, se mit à l'œuvre.

Pendant 5o ans, sans se déconcerter par les éclats de rire qui accueillent ses exhortations, avec une ténacité, un enthousiasme toujours renouvelés, il entreprend voyages sur voyages en Europe, en Afrique, en Orient; il harcèle les Prêcheurs et les Mineurs, les prélats de l'Égliss, les Princes, les Rois et les Papes, de Nicolas III à Clément V, et stimule leur zèle pour les missions et pour la Croisade. Il eut la joie d'assister à un essor prodigieux des mission^, et la gloire de mourir en martyr de la Foi (i3i5 ou i3i6) ; mais son zèle chevaleresque pour la Croisade se brisa contre une indifférence presque générale Sg.

3» Raymond Lull fut au XIII» siècle un véritable publiciste et un conférencier infatigable. Sa vie dramatique et mouvementée a été écrite par M. André dans une excellente biographie de la collection « Les Saints ». (Le B. Raymond Lulle, 1 232-1 31 5, Paris, igoo) ; cf. le C. R. du P. M. BiHL, dans Et. fr., t. XV, p. 328-345. Lei t. XXIX de l'Histoire littéraire de la France dû à la plume de Littré et de B. Hauréau, lui est consacré presque entièrement. Le P. Golubovich dans de précieuses notes biobibliographiques a rectifié en plusieurs points leurs assertions (cf. Biblioteca, t. I, p. 361-392 ; t. II, p. 518-521. Voir aussi Delà ville Lb Roulx, op. cit., t. I, p. 27-32, et dans le Dictionnaire de Théologie catholique, fasc. 74, col. 1072-1142, l'importante notice du P. E. Longpré, O. M.). D'après M. André, R. Lull naquit à Palma (île de Majorque) en 1232,' et non en 1235. Il eut une jeunesse mondaine et se convertit en 1262 à la suite de plusieurs visions de Jésus crucifié. Un panégyrique de saint François d'Assise le décida à embrasser la pauvreté et à se vouer à la conversion des infidèles (vers 1274). Il entra donc vraisemblablement à cette époque, non dans le premier Ordre franciscain comme l'a dit Hauréau, mais dans le Tiers-Ordre (Biblioteca, t. I, p. 365). M. André (op. cit., p. 132) place cet événement beaucoup plus tard en 1292 ; Lull resta toute sa vie très attaché aux Frères Mineurs pour qui il fonda à

Depuis le Mémoire rédigé par Fidenzio de Padoue, tous les théoriciens reconnaissent que le blocus de l'Egypte est la principale de toutes les conditions du succès. Mesure indispensable,

Miramar un collège de langues orientales approuvé par Jean XXI en 127(6. Pendant près de dix ans il y enseigna aux Frères les éléments du Grand Art et la, langue arabe. A partir de 1285 commence sa vie d'apôtre et de controversiste. Son activité se déroule autour de trois idées : 1° la réfutation de toutes le^ erreurs opposées à la foi, et particulièrement de l'averroïsme, 2° la fondation de collèges de langues orientales pour les missionnaires, 30 la Croisade pour laquelle il n'avait d'abord eu que de la défiance. Ce sentiment est exprimé dans le Liber contemplationis Dei rédigé vers 1275 (Biblioteca, t. I, p. 370) ; M. André, op. cit., p. 70 ; L. Bréhier, op. cit., p. 270). La catastrophe qui menaça et ruina Saint-Jean d'Acre le toucha profondément et c'est alors qu'il commença à promouvoir la Croisade avec autant de zèle que les missions. Il en parla peut-être à Nicolas IV en 1291 (Biblioteca, t I, p. 367), il y fait une allusion dans sa petitio à Célestin V (1294), mais la première manifestation certaine de cette nouvelle orientation est la petitio adressée à Boniface VIII en 1295 (op. cit., p. 374 s.). II ne cessa plus de s'y intéresser, il exhorta le Pape, les princes, le Concile de Vienne en de nombreux opuscules. Il expose son plan dans le Liber de fine hoc est de expugnatione Terrae Sanctae, dédié en 1305 à Jacques II d'Aragon (op. cit., p. 382 s.), le complète dans le Liber de acquisitione Terrae Sanctae, dédié en 1309 à Clément V (ibid., p. 385). En 1311, il exhorte Philippe le Bel dans le Liber natalis seu- de natali pueri parvuli Christi Jesu et au Concile de Vienne dans sa Petitio ad acquirendam T. S., à organiser une nouvelle croisade et à fusionner les Ordres militaires. Le Concile de Vienne lui ayant donné partiellement satisfaction il se mit, plein d'espérance à écrire et à prêcher. C'est dans une de ses prédications à Bougie, en 1315, qu'il trouva le martyre à l'âge de 83 ans. Recueilli à demi-mort par des marchands Génois, il fut ramené à Palma, expira pendant la traversée et fut enseveli chez les Mineurs de sa ville natale ; sur la date de «a mort, cf. op. cit., t. II, p. 518-521.

Fidenzio de Padoue et Raymond LuU figurent parmi les. principaux théoriciens de la Croisade. On peut encore citer Benoît d'Alignan, évêque de Marseille, qui, en 1240, persuada aux Templiers de rebâtir l'importante forteresse de Safet, au nord du lac de Tibériade, à la jonction des routes d'Acre et de Jérusalem vers Damas. L'histoire de cette entreprise est relatée dans le De constructione Castri Saphat, écrit vers 1260 et attribué ,à B. d'Alignan lui-même (cf. op. cit., t. I, p. 236-253 ; L. Bréhier, op. cit., p. 206 s.)

II faut encore mentionner Galvano de Levanto, du T.-O., médecin de Boniface VIII, auteur de nombreux opuscules mystiques d'une forme bizarre,: presque tous dédiés à des Franciscains. Son Liber sancti passagii adressé en 1295 à Philippe le Bel est une curieuse application du jeu d'échecs à la guerre contrey les Sarrasins (cf. Biblioteca, t. I,.. p. 357-359 ; Bréhier, op. cit., p. 254).

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