VALEUR RELATIVE DES MONNAIES FRAPPÉES, ET DE COMPTE SOCS
LES MÉROVINGIENS ET LES CARLOVINGIENS DU VI*' AU IX'' SIÈCLE CORRESPONDANT AU PRIX ACTUEL DE L ARGENT.
Avant 755: Fmo. C".
1 livre d'or 7,841 »
1 once d'or 653 n
I livre d'argent 675 j»
(solidus) 90 »
triens ou trois fenins 30 j»
1 schelling d'argent 27 »
1 denier 2 25
De 755 à 778 :
1 livre d'argent 675
1 once d'ararent 56
'argent 56 »
1 schelling d'argent 31 »
1 denier 2 56
De 779 à 799 :
1 livre d'argent 814 »
1 once d'argent 70 »
■"- 37 — FiftDcs. c»«.
1 schellinff d'argent 42 n
1 denier 3 52
Dès 800 :
1, livre d'argent . 5t>3 »
fonce 47 n
1 schelling d'argent . i 28 n
1 denier 2 35
II est important de ne pas confondre la valeur relative de l'argent avec les prix. L'or et l'argent avaient une valeur uniforme dans tout l'empire des Francs ; mais les prix des denrées et ceux des services salariés, qui dans le petit commerce varient aujourd'hui encore du double, selon les différentes contrées, devaient présenter alors, à cause de la difiîculté des transports, de bien plus grands écarts encore. On constatait l'élévation graduelle des prix dès que l'on se rapprochait des Gaules et de l'Italie, contrées plus peuplées et plus cultivées, tandis que la baisse des prix s'accentuait à mesure que l'on se rapprochait de l'Allemagne de l'est ou que l'on sléloignait du centre de la vie politique. Toutefois, dans certaine province, le prix des céréales s'éleva même au quintuple du prix des provinces voisines, à la suite de mauvaises récoltes.
Dès l'époque, de la domination romaine, le droit de monnayage devint le privilège des rois ; pourtant, il fut accordé, par dérogation, par les rois eux-mêmes, à des villes et à des monastères. Des seigneure particuliers se l'arrogèrent également. De nombreuses lois vinrent réprimer ce dernier abus, ainsi que celui du faux monnayage qui s'était introduit déjà à la faveur de la multiplicité des Etats battant monnaie. On édicta contre ce délit de fortes peines corporelles et même la mutilation ; ces peines s'étaient, peu à peu, substituées, sous l'influence de la civilisation romaine, à Tancien Wehrgeld . Les monnaies furent frappées, en général, jusqu'au règne de Charlemagne, au delà du Rhin, et seulement dans un petit nombre d'endroits, situés sur la rive droite de ce fleuve, entre autres dans le monastère de Corvey.
Lorsque, profitant de l'affaiblissement de la puissance royale sous les successeurs de Charlemagne, les nobles et les seigneurs qui revendiquaient plus ou moins l'indépendance
de leur condition s arrogèrent, au mépris des lois, le droit de monnayage, il en résulta peu à peu une telle altération et une telle diversité pour les monnaies que, plus tard, on n'en trouva plus une seule ayant cours^ dans tout lempire. Il arriva aussi que les marchands, pour éviter de grandes pertes, se virent obligés de se munir du métal brut et de le faire monnayer ensuite eux-mêmes dans les endroits où Ton battait monnaie. Ainsi disparaissait runitê monétaire simultanément avec l'unité politique.
Les mesures.
Les Germains avaient eu, sans nul doute, des mesures de longueur, de superficie et de profondeur qui leur étaient propres, car après la conquête des provinces romaines, elles furent en usage encore, pendant une certaine période, simultanément avec les mesures adoptées à Rome. Il n'est guère possible pourtant d'en déterminer encore exactement les dimensions. Il est probable que les relations commerciales avaient introduit au sein des anciens foyers germaniques la connaissance des mesures romaines.
Charlemagne décréta pour tout l'empire des Francs l'uniformité des poids, des monnaies et des mesures. H semble toutefois qu'il ait rencontré de plus grandes difficultés pour les mesures que pour les monnaies; les premières ne se trouvant pas comme celles-ci dans la circulation, les anciens modes de mesurage sont plus longtemps usités, même après leur suppression légale. Après sa mort, l'unité dans les mesures disparut, surtout à l'occasion des usurpations des grands vassaux de la couronne, de sorte qu^, bientôt après, chaque ville, chaque monastère, chaque seigneurie territoriale adopta un genre pîirticulier de mesure. C'est ainsi que le particularisiae qui
envahissait la politique vint entraver lessor des relations commerciales en y introduisant partout la diversité.
Le pied représente l'unité pour la mesure de longueur. Guérard suppose que le pied franc était identique ,au pied romain, c'est-à-dire «= 0 mètre, 296 millimètres. L'aune mesurait 1 M pied ou = 0,444 millimètres. On sen sen-ait pour mesurer les étoffes tissées ayant 2 et jusque 3 aunes de largeur. L'aune tire son origine Hé la longueur du coude.
La lieue (leuva) comprenait 4,500 doubles pas (passus ou 5 pieds romains), ou 2,222 mètres. Après Charlemagne, elle fut portée de 2,600 à 3,000 mètres. Elle contenait 12 stades. Guérard en conclut que l'on distinguait deux ' sortes de lieues ou milles : l'une, plus petite, était la lieue gauloise; la plus grande, la lieue allemande. Il y avait en outre, la lieue romaine = 1,500 doubles pas ou = 2,222 mètres. C'était d après ces deux dernières lieues que les Francs calculaient surtout les plus longues distances.
La plus grande de leurs mesures était la rasta qui contenait deux lieues (milles, leuva). Nous obtenons pour les distances lechelle suivante : 1 rasta = 2 lieues == 3 milles romains = 24 stades = 120 juctus = 125 jucharts gaulois = 227 verges du cloître Saint-Germain = 833 verges earolines de 18 pieds =- 4,500 verges romaines =* 3,000 doubles pas (^passus dextrus) = 6,000 pas (gressus) -10,000 aunos=- 15,000 pieds = 60,000 palmes = 240,000 pouces == 4,444 mètres. La rasta correspondait à la lieue française.
Les mesures de superficie étaient : le bonnier (bonnarium), le journal (jurnalis) ; 3 \4 journaux équivalaient au bonnier ; le juchart ; 5 jucharts = 4 bonnier ; l'ansange (antsinga) employée surtout pour mesurer les prairies, les forêts et les vignobles) ; 9 ansanges équivalaient à un arpent; 40 arpents équivalaient à un bonnier. Le bonnier contenait 50 verges ; d'après le registre du cloître Saint- Germain et selon Irmino, il équivalait à 450 verges earolines de 48 pieds, ou à 4,462 verges romaines, ou à 128,33 ares. (400 ares = 3 Vw d'un arpent prussien.) \
La mesure creuse la plus usuelle était le modius (bois- \
seau, muid, minot). D'après le calcul de Guérard, le boisseau introduit par Charlemagne, lors de la diète tenue à Francfort en 794, où fut fixé le prix maximum des céréales, contenait à peu près 52 litres, 2 décilitres. L ancien boisseau ne contenait que 34 litres, 8 décilitres, soit uo tiers de moins. Sous Louis le Débonnaire, on introduisit un nouveau boisseau de plus grande contenance encore; il équivalait à 68 litres. Le boisseau contenait bien davantage en Aquitaine, c'est-à-dire : 138 litres, 69 décilitres.
La stère (sextuarius) était une subdivision du modius. La variété des boisseaux avait amené aussi celle des stères. On alla même jusqu'à attribuer 16, 47, 18, et même 22 et 24 stères au boisseau. Cette mesure était appelée sextuarius, parce qu elle représentait la sixième partie du congiu romain . Elle représentait soit la moitié , soit le quart, soit la cinquième partie du chœnix, la huitième partie du sicula ou situla (d où provient peut-être le sctier , la quarante-huitième partie de lamphore ou du metretum; la cinquantième du batus et la centième du mètresla. Elle contenait 42 cyathus, 6 calix, 6 merus, 4 quartarius (quarteron anglais), 2 hémines. L'hémine (eau) pesait soit une livre, soit 4 U ou 2 14 ancierihes livres et correspondait aux stères de 2,3, et 5 livres anciennes. La plus grande stère connue contenait 42 livres de froment = 6 kilogrammes **^iooo = 6 litres **®.^ooo.
Le boisseau d'Irmino contenait 32 litres */« ; la stère en était la seizième partie et contenait 3 litres -'/wo. L^ boisseau de Louis le Débonnaire (selon Âdalhard, abbé de Corbie) contenait 68 litres ; la stère = 4 l^ litres. L'iiémine qui était la moitié de la stère contenait d'après l^ mino : 4 litre •^ioo ; d'après Adalhard : 2 litres %. Le boisseau et la stère servaient à mesurer les céréales, les vins et même le savon (à l'état soluble).
Le staupus (chope?) était un vase de table, en bois, en terre glaise ou en métal, dont on faisait usage sous Louis le Débonnaire, pour mesurer, entre autres choses, la dioutarde. Il était plus petit que la stère, mais sa contenance ne saurait être exactement déterminée.
Sous les Carlovingiens, on se servait pour la stéréométrie de la voie (karren, carrum, carrada) pour mesurer
le foin. Mille livres de foin formaient une voie ; c'était la charge d'une paire de bœufs à celte époque où les chemins étaient encore si défectueux. On se servait aussi de la voie pour mesurer le bois, quoique la toise (glavis) paraisse avoir été surtout, employée pour cet usage. La toise mesurait 42piedsdelongueursur 6 à 7 pieds de largeur et contenait 12 voies ; de sorte que la voie représentait environ les % de la stère française actuelle. D'après le registre du cloître de Prum, une voie de vin = 15 boisseaux de céréales ou ^ 585 kilogrammes. D'après un document de l'an 889, une voie de vin contenait 30 setiers (situla). La voie (carrada) de miel = 80 boisseaux et d'après des décisions prises par Charles le Chauve (en l'an 862 et en l'an 872) = 420 litres de miel, d'après le boisseau (modius) de Charlemagne cl = 544 litres d'après le boisseau de Louis le Débonnaire. Le pétalis était une mesure plus petite et peu exactement déterminée ; on s'en servait pour mesurer le bois à brûler ou fendu, les poteaux- des vignes et les écluses.
Nous plaçons ici sous les yeux du lecteur le tableau de Guérard qui parmi tous ceux qui ont paru jusqu'à présent, nous paraît avoir été fait avec le plus de soin.