‹ Histoire de la fondation des états germaniquesChapitre 11 sur 22 · MESURES CREUSES · texte numérisé non relu

MESURES CREUSES

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SOUS CHâLEKAONE.

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sous LOUIS LE PIEUX.

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Les prix.

Nous avons dit que la valeur métallique était uniforme dans tout l'empire des Francs. Il n'en était pas de même pour les prix qui diJBféraient dans les provinces selon la densité de la population, et selon l'extension de Findustrieet du commerce. Naturellement, en Italie, dans les Gaules et dans les villes de l'Allemagne du sud, datant de l'époque des Romains, les prix des produits de l'industrie et ceux des produits bruts, venus de loin (par exemple les épiceries), étaient moins élevés que dans l'intérieur de TAllemagne et aux frontières saxonnes, tandis que lesproduits brut^ devaient être à meilleur marché dans ces derniers pays que dans ceux de l'ouest du royaume des Francs ; cette considération influa probablement sur le taux du Wehrgeld. Ou

sait, du reste, combien les pays n'ayant d'autres ressource^ que celles de lagriculture sont en général dénués d'argent.

Pour se rendre un compte exact de la situation, il faut avant toute autre chose jeter un coup d'œil sur les prix (1) des différents articles usuels à l'époque de la mise en ^gueur du Code allemand, c'est-à-dire du vni'* au ix« siècle. D'après la loi salique qui remonte jusque dans le vsiè* cle, le prix d'un esclave chargé de surveiller les chevaux (maréchal) ou le bétail (sénéchal), ou remplissant la charge d'échanson, ou de sommelier, ou bien encore exerçant l'industrie de tailleur, d'orfèvre, de charpentier, de charron, de vigneron ou de gardeur de pourceaux, était fixé à 25 solidi (schelling d'or), représentant en valeur actuelle : 2,250 fr. Le prix d'une esclave employée aux travaux doinestiques était iout aussi élevé. Ces prix correspondaient au taux du Wehrgeld fixé par la loi.

La loi des Francs Ripuaires fixe le prix d'un bœuf de labour à 2 schellings d'or =180 fr. de notre argent, celui d'une bonne vache à 1 solidus = 90 fr., celui d'un bon cheval de selle à 6 solidi == 540 fr., celui d'un {)oulain à 3 solidi = 270 fr., celui d'une épée avec fourreau à 7 solidi = 630 fr. , une • épée sans fourreau à 3 solidi = 270 fr., une cuirasse à 12 solidi = 1,080 fr. ; le prix d'un casque avec des plumes à 6 solidi = 540 fr. ; celui d'une paire de cuissards à 6 solidi = 540 fr. ; celui d'un bouclier avec la lance à 2 solidi =180 fr. ; celui d'un faucon non dressé à 3 solidi = 270 fr. ; celui d'un faucon dressé pour la chasse de la grue à 6 solidi = 540 fr. ; celui d'un faucon dressé ayant passé l'époque de la mue à 12 solidi = 1,080 fr.

La loi bourguignonne fixant le taux du Wehrgeld évalue le prix d'un esclave dans tel endroit à 30 solidi = 2,700 fr. et dans tel autre à 25 solidi = 2,250 fr. , de notre argent; le prix d'un beau cheval de selle à 10 solidi ==900 fr. ; celui d'un cheval ordinaire à 6 solidi == 540 fr.; celui d'un poulain à 3 solidi = 270 fr. ; celui d'un bœuf . à 2 solidi = 180 fr.; celui d'une vache à 1 solidus = 90 fr . ; elle évalue le prix d'un porc, d'un mouton ou d'une

(1) Pour faciliter la comparaison, nous plaçons ici la valeur aetaelle en regard des anciens prix.

ruche d abeilles à celui dune vache. Le prix d'une chèvre était de 1 triensou 13 M deniers = 30 fr.

La loi des Visigoths fixait* à 12 solidi = 1,080 francs, la copie de Fassemblage de leurs lois. Le médecin qui réussissait lopération de la cataracte, recevait pour honoraires 5 solidi = 450 francs. Un médecin ne pouvait réclamer d un élève, pour honoraires de son enseignement, que 12 solidi = 1,080 francs. Le salaire dun commis qu'un marchand étranger prenait à' son service s'élevait aunucUement à 3 solidi = 270 francs, et les frais d'entretien annuels pour un enfant de moins de 10 ans, à un solidus = 90 francs.

Nous trouvons dans la loi alamane des prix fixés de la manière suivante :

. Un bel étalon se payait 12 solidi == 1,080 francs; une jument, 6 solidi = 540 francs; un poulain, 3 solidi »• 270 francs ; un taureau, 3 solidi ; une vache de première race, 4 dreier d'or = 120 francs; une vache de seconde qualité, 1 solidus == 90 francs; un bœuf moyen, 4 trémisseç == 120 francs; un chien conducteur de meutes, 6 solidi = 540 francs; un chien braque, 3 solidi = 270 francs; un limier, 12 splidi = 1,080 francs; un chien employé à la chasse aux sangliers, un lévrier ou un chien de berger, 3 solidi = 270 francs, un chien de ferme ordinaire, 1 solidus = 90 francs.

Les prix du bétail et ceux des chevaux se trouvent fixés d'une manière analogue aussi dans le codicile de la loi alamane. Le prix d'une jument, d'après le plus ou moins de noblesse de sa race, s'élevait à 3, 6 et 12 solidi; celui d'un taureau à 6 solidi : nous retrouvons la plupart de ces mômes évaluations dans la loi bavaroise. Au m^ siècle, on payait un esclave ordinaire 6 solidi = 1,080 francs. En l'an 585, la cherté était si grande que le boisseau de céréales et le demi-setier devin valaient un dreier d'or = 30 fr.; en l'an 615, le prix d'un cheval fut fixé par l'évêquedu Mans à 5 solidi = 450 francs.

Dans un testament rédigé vers l'an 700, plusieurs objets en argent se trouvent estimés depuis 12 jusqu'à 50 solidi = 1,080 à 4,050 francs. Une croix d'or à 7 solidi - 630 francs ; un anneau d'or à 4 solidi = 360 francs ; une

bride de cheval à 12'solidi = 1080 francs. En l'an 725, un esclave se vendait à raison de 12 solidi; et en Fan 735, une esclave, à raison de 2 % solidi = 210 francs. A cette même époque, le salaire de six maçons et de leurs aides ou manœuvres était fixé à 25 deniers par jour, ce salaire eût été assez élevé si, comme Guérard le croît, le prix du charriage et le matériel n y eussent point été compris.

Dans Tintervallc des années 755 à 778, d'après un document de l'évcque de Metz Grodegang, 14 jours de travail se rachetaient par 8 deniers = 20 francs. De l'an 779 à Fan 789, lorsque le solidus d or n avait plus de cours légal, une loi, décrétée à l'égard des Saxons en Fan 799 (1), évaluait un bœuf à 10 solidi = 422 francs. Dans le capitulaire de la diète tenue à Francfort en 794, Charlemagne fixa, à cause de ta .pénurie des céréales, le prix maximum du boisseau de froment à 4 deniers =14 francs ; tandis que celui des domaines ne pouvait être vendu que 3 deniers. Le prix maximum de Favoine fut fixé à 1 denier = 3 francs ^0 centimes, celui de Forge à 2 deniers =^ 7 francs, et celui du seigle à 3 deniers, = 10 francs 50 centimes ; les prix des mômes céréales provenant des domaines, étaient inférieurs : le boisseau d'avoine se payait îî denier. Forge, 1 denier, le boisseau de seigle, 2 deniers, le boisseau de froment, 3 deniers; 24 livres de pain blanc de froment valaient 1 denier et équivalaient à 30 livres de pain de seigle ou à 40 livres de pain d'orge et à 50 livres de pain d'avoine.

Prix des céréales et du vin après l'an 799 : en l'an 806, le prix maximum du boisseau de céréales (modius) fut fixé par Charlemagne de la manière suivante : Favoine à 2 deniers = 4 francs 70 centimes ; l'orge ou Fépeautre à 3 deniers = 7 francs ; le seigle à 4 deniers = 9 francs ; le froment à 6 deniers == 14 francs.

11 y eut une famine telle, en 868, qu'à Sens, au mois de mai, le boisseau de froment se vendait 8 solidi = 225 fr., le boisseau dd froment, 7 1/2 solidi = 211 francs; Forge, 6 H solidi = 183 francs; l'avoine, 5 solidî == 141 francs; le boisseau de sel, 12 solidi = 338 fr.

(1) Capitulatio de partibus Sazoniae, cap. 27.

Un ancien document de Téglise de Sens porte le prix du boisseau de froment pour cette même année à 5 solidi = 141 francs. Cette élévation de prix représente un multiple de 25 à l'égard de l'an 806.

En Tan 873, âO boisseaux de froment et presque autant de boisseaux de vin furent évalués ensemble à 170 solidi =- 1,972 francs.

Vers Fan 900, le prix de deux boisseaux de seigle était ,de 4 deniers ='9 francs 40 centimes.

Pendant une grande famine qui eut lieu en 942, daus l'empire des Francs, le boisseau de froment fut vendu jusque 24 solidi = 676 francs ; presque quarante fois plus clier que le prix maximum fixé par Cbarlemagne.

En l'an 976, vers le mois d'août, on vendait la mesure de vin à raison de 7 deniers =16 francs, 40 centimes.

L'année 977 fut si productive en vins, qu'au temps des vendanges, la mesure de vin (modius) se \endait à raison de 5 deniers == 11 francs 75 centimes, et même à 3 deniers = 7 francs.

En Tan 1051, 20 mesures de vin valaient on Lotharingie 20 livres, soit par mesure : 2 solidi = 56 francs.

Chevaux. En Tan 885 le prix d'un beau cheval était, d'après un document du temps de Charles le Gros, de 30 solidi = 845 francs.

Bœufs. En l'an 900, dans les biens de l'abbaye de Prûm, le prix de 4 bceufs était de 150 deniers = 352 francs; vers l'an 1025 un bœuf était évalué à 6 W solidi = 183 fr. vers 1043 une paire de beaux bœufs valait 20 solidi = 563 francs ; à cette même époque, le prix d'un cheval de race que le duc d'Aquitaine envoya à l'ahbé de Saint-Maixent s'éleva à 500 solidi = 14,080 francs.

Porcs : D'après Einhard, le prix d'un porc est porté à 40 deniers = 93 francs; en l'an 854, à 12 deniers = 28 francs; en 860, le prix de 4 porcs, à 12 deniere; chacun de ces prix équivalait à peu près à celui de 8 moutons. Au commencement du X!" siècle le prix d'un porc, dans les biens de l'abbaye de Prûm, était de 4, 5, 12 et 20 deniers = 9, 12, 28 et 47 francs. Un porc gras valait 1 solidus 8 deniers, 2 solidi et jusqu'à 5 solidi = 28, 47, 56 et 141 francs. De jeunes porcs se vendaient 4 de-

niere = 9 francs 40 centimes. Vers Fan 1000, dans les possessions de l'abbaye de Lorges, les porcs valaient de 1 solidus =28 francs, à une once = 47 francs, 30 deniers = 70 francs, 2 onces = 93 francs et 3 onces ou 5 solidi =^•141 francs. Un porc gras était même payé 2 onces == 93 francs.

Moutmis : En Tan 854 le prix d un bélier était de 12 deniers ou de 28 francs. En Fan 900, à Prum une brebis était évaluée avec sa toison à 1 5 deniers = 35 francs ; un jeune mouton avec sa toison à 12 deniers = 28 francs i une brebis et son agneau à 12 deniers. Vers Tan 1000,. dans le pays de Lorges, un bélier valait 6 deniers = 14 francs ; une brebis 1 , 3 et 4 deniers == 2 francs 35 centimes, 7 francs et 9 francs 40 centimes.

Le jeune mouton et le marcassin valaient 1 solidus = 28 francs; d'autres marcassins, 3, 4, 5 et 6 deniers =7, 9,12 et 14 francs. Un troupeau de 68 marcassins fut vendu au prix de 6 deniers/= 17 francs par tête.

Volailles : En Fan 832 et en Fan 862, 100 oies équivalaient à une livre dai'gent=563 francs, et vers Fan 900^ 3 poules et 20 œufs, à 2 boisseaux d avoine.

Lin : Vers Fan 900, 40 trousses de lin valaient 8 deniers= 19 francs, et une livre de lin=12 deniers =28 fr.; vei*s Fan. 1000, la livre de lin se vendait 10 deniers = 23 francs, à Fabbaye de Lorges. Mais ce prix élevé paraît être Fobjet d'une erreur qui s'est glissée dans le manuscrit.

Toiles : Vers Fan 830 le prix de 30 belles chemises de toile était de 3 livres = 1,690 francs; celui de 30 paires de caleçons, 1 livre = 563 francs; vers Fan 900 un habillement en toile valait à Fabbaye de Prûm 12 deniers == 28 francs; tel autre : 20 deniers = 47 francs; tel autre encore : 30 deniers = 70 francs. Vers Fan 1000, le prix de la main-d'œuvre de ce même habillement s'élevait à 1 solidus = 28 francs, et le prix du vêtement lui-même à 1 once = 47 francs. Le prix d'un vêtement semblable est porté sur le registre du cloître Saint-Germain, à l'époque de Charlemagne, à 4 deniers == 9 francs 40 centimes : il est probable que les vêtements vendus à ce prix étaient soigneusement confectionnés ; les prix de ces objets de l'indu^rie, correspondant à nos prix actuels, ne doivent pas

nous surprendre; la désignation exacte de c^ vêtements nous manque; du reste ces objets, quoique confectionnés au sein de la famille, exigeaient des matières premières que l'industrie et le commerce fournissaient à un prk relativement plus élevé que n'était celui des vivres.

Pelleteries : Vers Fan 879, deux fourrures valaient 2 solidi — 56 francs ; la peau de mouton que portait Charlemagne ne coûtait, d'après le moine de Saint-Gall que 1 solidus = 28 francs, tandis que les gens de sa suite portaient des fourrures très-fines et chères et des manteaux orientaux faits avec le plumage d'oiseaux rares.

Salaires : Vers Tan 900, à labbaye de Saint-Rcmi à Reims, 15 journées de travail dans la forêt se rachetaient par 4 deniers = 9 francs 40 centimes. Vers Fan 956, le salaire d'un valet d écurie était de 1 denier = 2 francs 35 centimes.

Vers Fan 900, le salaire pour six semaines de travail se payait à raison de 3 deniers = 91 francs. Vers Fan 1000, le salaire moyen pour 12 journées de travail était de 6 deniers = 14 francs.

Fixais d entretien : Le concile de Tribur fixa le prix pour frais d'entretien de trois indigents à 1 denier par jour = 2 francs 36 centimes.

Esclaves : En Fan 807, deux jeunes esclaves furent vendus pour Fltalie à raison de 30 solidi d'argent = 845 fr. Dans le pays du Poitou, un esclave se vendait à raison de 3 solidi d'argent = 84 francs ; vers Fan 990, deux frères furent vendus conjointement avec le fils de Fun d'eux et leur postérité présumée au prix de 5 solidi = 423 fr.; vers Fan 1063, un homme, sa femme et ses enfants furent achetés au prix de 34 solidi = 958 francs. Ces bas prix résultaient de la mollesse ordinaire aux esclaves et de Fautorité absolue qu'avaient sur eux leurs maîtres.

Prix du sol : Vers Fan 812, un jardin près de Bonn, d'une étendue de 120 pieds de long et de 50 pieds de largeur fut vendu pour 20 solidi = 563 francs, ce qui donne pour l'hectare (= 3 Mo d'arpents prussiens) 9,559 fr.

En 824, deux bonners (1 bonnier = 60 arpents prussiens) furent vendus avec 5 serfîs, àraison de 24 livres, dans le royau0)e des Francs de Fest.

En 836, une partie de terre dont le binage exigeait dix journées de travail, fut payée 22 solidi ou 619 francs d'après la valeur actuelle de l'argent ; ce qui donne 182 francs par hectare.

Cliai'iots et bœufs : Quatre chariots de guerre sont évalués dans le registre du cloître de Saint-Germain au prix de 20 bœufs ou à 8 livres d'argent, et d'après un autre . document à 6 bœufs ou à 78 solidi, trois autres à 13 bœufs ou à 6 livres d'argent; trois autres à 15 bœufs ou à 6 livres d'argent; deux autres à 8 bœufs ou à 3 livres 4 solidi. D'autre part 20 bœufs sont évalués à 6 M livres d'argent 2 solidi 6 deniers; le tiers d'un bœuf était porté à 3 solidi ; 8 bœufs à 80 solidi ; 3 ^ bœufs à 24 solidi; 4 bœufs à 30 solidi. Un demi-bœuf équivalait au prix de quatre moutons. Le prix moyen d'un chariot de guerre était évalué à celui de 5 bœufs ou à 2 livres 6 solidi = 1,295 francs. Le prix moyen d'un bœuf était de 8 solidi 6 deniers =227 francs prix qui correspond à peu près au prix actuel, d'après la valeur courante de l'argent.

Moutmiê. Sous Gharlemagne, le prix moyen en était de 1 solidus == 28 francs 38 centimes, par tête.

Porcs. Le prix moyen en était de 2 solidi == 56 francs.

Salaire, D'après le Polyptychon de Saint-Remi, le salaire pour 9 journées de travail était fixé à 4 deniers = 9 francs 40 centimes.

Il ressort de ces prix, trop aphoristiques pour qu'on en puissse tirer des conclusions certaines , que si le prix des céréales varia parfois dans les proportions de 20 à 40, durant le cours d'années, ou fécondes ou stériles, par suite de la défectuosité des moyens de transport ou du commerce, il se produisit aussi dans les prix d'autres objets, de plus grandes variations qu'on n'en constate actuellement, car le progrès tend surtout à maintenir constamment l'uniformité du prix.

L'économie rurale.

Dès les temps les plus reculés, les Germains avaient introduit la jachère dans la culture des champs; il est probable qu'ils en avaient rapporté l'usage de l'Asie, leur berceau primitif, car elle était en usage chez eux à lepoque de leurs premières relations avec les Romains (1). Les

(1) Abstraction faite de la circonstance que leMarseiUais Pythéas avait trouvé déjà 310 ans avant J.-C. des granges dans les contrées de la Baltique, il ressort évidemment d'un passage de Tacite qui a été aussi bassement que possible interprété par la plupart des auteurs jusque dans les temps modernes, que les anciens AUemands connaissaient le système de la jachère. Zacher et Langethal ont, les premiers, découvert lo sens exact du chapitre 26 de Çrermanié^ et Roscher n*a pas réussi à nous convaincre de Topinion contraire. Le passage qui s'y ratuu^e dit : AgrL pro ntmun cuUorum, ab universis in vices occupantur, ^iwa mox inter se, se^^nd^M dignatûmem, partiuntur, Facûitatem parttendi damporum spatia prostant, Arvaper annos mtUatit ; et superest ager. Nous traduisons liûérar lement : Les champs sont toujours préparés alternativement d'aprèâ le nombre des champs à ensemencer, et vers l'automne, divisés selon la convention stipulée. Les espaces entre les champs (fossés) Êicilitent cette •division. Les champs à cultiver le sont chaque année alternativement, et le surplus reste en lachère. *^ Cultorum n ne se rapporte évidemment pf^ à cultor, mais à culta, dont nous retrouvons l'expression dans l'anqen Scheller. « Spatium n ne signifie pas *< espace, n comme le dit Waitz, mais *^ intervalle, n " Arva » veut dire ^ terre labourée. » par oppositioa ■à *< terre vacante. » Aujourd'hui même, nous trouvons un spécimen de ce genre d'économie rurale dans nos pays de montagnes. Les champs y sont divisés en plusieurs catérories; les uns produisent des récoltes djûver, les autres, des récoltes aété.

Les champs de chaaue paysan, réunis en une seule plaine, doivent être labourés et moissonnes à la même époque, afin d'éviter, que les semailles soient foulées aux pieds, inconvénient qui se présenterait si les différentes parties de cette plaine cultivées arbitrairement par les paysans étaient appelées à produire simultanément des fruits driver et de^ fruits d'été. La propriété de chaque particulier est séparée de ceUe du voisin par des sillons, des fossés ou des bornes, et se reconnaît aisément à l'époqne des semailles et à celle de la moisson. Le territoire ensemencé de ces vulages dans les montagnes, ces grandes surfaces chargées de seigle, d'orge et d*avoine, semblent de loin ne former qu'une seule pièce de terre. Cette disposition décrite par Tacite se retrouve encore dans b&iucoup de nos contrées montagneuses. Son observation explique peut-être encore le passage des Commentaires de César, interprété dans le sens de la communauté

Germains connaissaient, au3C époques primitives, les céréales suivantes : lorge, avec laquelle ils brassaient la bière, leur breuvage national; lavoinc'qui servait tout à la fois de nourriture aux hommes, sous forme de gruau, et de fourrage aux chevaux; le seigle, lopeautre, le froment, et dans le sud, la balle; ils cultivaient aussi les fèves, les pois, les lentilles et le lin. Ils ne connaissaient pas le système de l'irrigation dans lequel les Romains avaient apporté déjà un certain degré de perfectionnement. La culture du jardin et celle des fruits d automne était chez eux encore à letat d'enfance ; comme ce genre de fruits faisait

des biens qui, d'après lui, eût existé chez les anciens AUemands. César dit (De beilo Gall , VIL 22) : " Personne ne possède, en particulier, une étendue déterminée de champs labourables ; mais les préposés et les princes partagent pour autant c^ue la chose leur convienne, les champs cultivés en commun, entre les différentes famiUes pour une année, et les ebUffentà échan^r, l'année suivante, leur champ avec celui d'une autre famille. » On peut conclure de là qu'à Tépoque dé César, les Romains ne connaissaient que fort peu les Allemands, mais qu'ils jmisaient des renseignements à leur égard dans les récits des colporteurs ; il couvait se faire aue ceux-ci ne parvenaient pas à s'exprimer assez explicitement pour aonner aux employés et aux oflBciers romains des notions exactes sur la situation de leur œonomie rurale.

Ces données de César peuvent se rapporter à l'échange des parties de territoires ensemencées, amené par sixàe des charges du service militaire même. Lorsque mille hommes se trouvaient réclamés pour ce service, mille autres devaient s'occuper à leur tour de l'açriculture. Peutêtre aussi que l'on confondit le territoire possédé et employé par la commune entière, la mark, l'allmend, les pâturages, avec la propriété héréditaire privée des Allemands, dite terre salic^^ue. L'abandon annuel du sol cultivé pour la mise en culture d'autres terrains eût été impossible, à cause du climat; les rigueurs de l'hiver exigeaient que l'on eût des étai)le8 et des granges, et celles-ci ne pouvaient être bâties successivement ailleurs chaque année. Roscher déclare que « l'opinion concernant l'établissement de la jachère chez les Germains est une h^'pothèse invraisemblable. Il admet l'explication littérale du passage de César préférablement à celui de Tacite, quoique celui-ci dû^ être mieux renseigné que le premier ; il

■compare l'économie rurale des Germains primitifs à celle des Tartares ^r. — j^- />i^j — .• L x,.*-j. .• i- 1-i.: — ^gg villages d'un

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mands, obligés de renfermer, pendant l'hiver, leur bétail dans des étables, se trouvaient par là même fixés dans les contrées habitées par eux. Des études récentes publiées dans la Revue (hs Deux-Mondes de 1872 par^ I l'éminent économiste belge, de Laveleye, permettraient du reste de pren- / dre à la lettre le récit de César. IF se trouve aujourd'hui encore en Suisse I (canton de Berne), des villages qui possèdent non-seulement des forêts \ et des pâturages communaux, mais aussi des champs de labour répartis Xjwur un certain nombre d'années entre les habitants.

défaut, le nom de cette saison leur était inconnu. Un des produits de nos jardins, cultivé par eux aux époques les plus reculées, était le raifort, qui atteignait une grosseur extraordinaire et que l'on expédiait à Rome ; dès lors, on mangeait le raifort en Allemagne en buvant de la bière. Des betteraves rouges, venant de TAllemagne, ornèrent parfois aussi la table des empereurs à Rome. A mesure que les Allemands sinilièrentdavantageàla civilisation romaine,iIs acquirent les connaissances nécessaires pour la culture des fruits et des légumes en général, de sorte que, déjà sous le règne de Charlemagne, Ton retrouvait chez eux presque tous les produits de notre horticulture actuelle.. Ils cultivaient les concombres, les citrouilles, les melons, les asperges, la salade, les oignons, les échalottes, les ciboules, le persil, le raifort sauvage, la moutarde de capucin, iail, les choux, l'arroche, les épinards, le cresson, les bettes vulgaires, différentes sortes de betteraves, le millet, deux espèces de graines de moutarde , lanis, l'anet, le fenouil, le coriandre et le cerfeuil ; et, en outre, différentes sortes de cumins et de fèves, ainsi que des plantes de commerce, tels que le pavot, le colza, le froment, la garance, le ^ chardon à carder, le houblon et d'autres encore. Ils avaient aussi un grand nombre de plantes médicinales, parmi lesquelles on cite la saxifrage dorée, la racine de eortus, Taurone des jardins, la menthe poivrée, etc. La rose cl le lis étaient les fleurs préférées des Allemands. Parmi les arbres ou arbustes fruitiers, ils connaissaient le pommier sauvage, le poirier ordinaire, le noisetier, le néflier, le sorbier et difflirentes espèces de pommiers, de poiriere, de cerisiers, de pruniers et d'autres arbres plus recherchés ; ils avaient aussi différentes espèces de fruits provenant du sud, tels que des coings, des noix, des châtaignes, des pêches, des mûres, des amandes, des figues et des baies de laurier. Dès longtemps avant le règne de l'empereur Probe, la vigne avait été plantée sur le Rhin, et maigre le tumulte de la grande migration, la -culture s'en était propagée avec une rapidité qui ne le cédait, en rien à celle de ce torrent de peuples.

Les vins provenant de la Moselle et du Rhin étaient déjà très-estimés par les Romains. Le roi Louis le Ger-

manique se réserva, à la gauche du Rhin, les villes de Mayence, de Worms et de Spire dans sa part d'héritage, afin de posséder de bons vins dans son propre pays. Bientôt la vigne fut cultivée sur le lac de Constance, à Ermar tingen et à Sigolsheim en Alsace. Sous Charlemagne, les vins provenant de ces endroits étaient déjà réputés. Mais les bords du Rhin furent toujours renommés préférablement à toute autre contrée de l'Allemagne pour ce genre de culture. A partir du Rhin, on retrouvait la vigne sur les territoires situés en amont du Necker et du Mein et jusque dans les contrées de Test. Les villes épiscopales de Constance, de Bâle, de Strasbourg, de Spire, de Worms, de Trêves, de Coblence et de Cologne entretenaient des écoles oii s'enseignaient l'horticulture et la culture des fruits ; parmi toutes, se distinguait celle de Mayence, à cause de la sollicitude de ses évoques pour le" défrichement de la contrée du Rheingau, cette perle de rAllemagne. La culture de la vigne, des fruits et des légumes se propagea en Allemagne conjointement avec le progrès de la mission chrétienne, grâce à l'influence du clergé. La vigne s'étendit d'abord en amont du Mein jusqu'à Bamberg, et en amont du Danube, à partir de Ratisbonne; puis elle fut transplantée sur le Necker et finalement jusque dans la Thuringe. Cette culture reçut jadis un déviBloppement plus important même que de nos jours ; la difficulté des transports rendait l'ares et chers les vins meilleui*s du sud, et nos ancêtres* qui les connaissaient devaient néanmoins se contenter d'un crû assez aigre. La plantation de nouveaux vignobles (4) s'accrut au point qu elle donna lieu au commerce des plants de vigne. Déjà antérieurement à cette

(1) Un ancien document donne la yaleur anciennement asedgnée aux Tignobles. Il s'agit ici da capital nécessaire à la plantation d'un vignoble mesurant six jucharts (arpents).

Prix du sol 70 Bolidi.

Frais de plantation 140 n

Achat d'un esclave pour la surveillance 80 »

Intérêt de Targ^it pendant deux années durant lesquelles la vigne ne donne aucun rapport 35 »

Soit ~m soUdi,

Le rapport annuel s'élève à 21 solidi, soit 6 p. c annueUement. Dès lun 798^ il est ftdt mention de l'achat d un vignoble à Minden.

époque, on fabriquait une sorte de \în avec des pommes et des poires. Ce vin poiré, mêlé d'eau, qui est encore la boisson nationale des habitants de la Suisse du nord-est, y était déjà connu du temps de Charlemagne sous le nom de « most » cidre.

La bière était la boisson généralement en usage dans les familles ; déjà à Tépoque de Charlemagne, on la préparait avec du houblon.

Si les rapports qui s'établirent entre les Romains et les Allemands ne furent pas sans influence sur Téconomie rurale de ces derniers, le degré supérieur auquel elle atteignit dans les Gaules atteste néanmoins que son développement remonte à l'origine des Germains.

A la iin du iv^'siècle, les productions végétales, non-seulement des Alamans, mais aussi celles des Francs, furent signalées par les éeri vains romains. Les Sicambres avaient fait de leurs épées des instruments agricoles et, de leur côté, les Francs saliens s'étaient adonnés avec timt de zèle à lagriculture et y avaient introduit tant d'améliorations que l'aspect des deux rives du Rhin ne permit bientôt plus de distinguer celle qui appartenait aux Romains. On raconte que dès que les Visigoths eurent en leur possession une partie du sol de l'Espagne, ils maudirent leurs armes et se saisirent de la charrue. L'empressement des Romains à se procurer les céréales destinées aux approvisionnements de leurs armées encouragea les Allemands à donner une plus grande extension à la culture de leurs produits agricoles. Deux faits indiquent la manière dont se firent souvent ces approvisionnements. Dans le cours du iv*' siècle, Julien, voulant, après la désastî*euse expédition des Alamans, suppléer au manque de blés, fit construire au Rhin central huit cents barques de transport qui allèrent chercher des blés en Bretagne. A cette même époque, Constance, organisant une expédition contre Julien, fit emmagasiner à Brcgenz, sur le lac de Constance, et dans les Alpes Cottes, d'immenses provision^ de blés, consistant en plusieurs centaines de milliers de boisseaux de froment. Nous avons vu que Julien avait approvisionné aussi une forteresse romaine au moven de blés venus de l'AlIemanie.Dès le \\f siècle, leconomie rurale se trouva surtout entre les mains du clei^ge.

La mention de remploi de la marne et du fumier, faite à des époques fort antérieures, est une preuve encore de Taneienneté de l'économie rurale des Germains. Pline constate qu'on extrayait de la tourbe du côté des frontières du nord de l'Allemagne,

Tacite parlant des ustensiles agricoles ne cite pas la charrue: Elle fut pourtant si généralement en usage dès la plus haute antiquité, qu'il y a lieu de douter qu'elle ait manqué aux Germains (1). Déjà les lois salique, ripuaire, bavaroise et alamanc mentionnent expressément la 6harrue. La loi alamane nous apprend môme que la charrue avait un crible et nous pouvons en conclure qu'elle ne différait ainsi que peu ou point de la charrue actuellement en usage dans la plupart de nos contrées. On employait en outre la herse, la houo, la cognée, la pelle, le fléau, et on labourait le plus souvent avec les bœufs, rarement avec les chevaux, que l'on employait préférablement pour la monture ou le roulage. Quelques tribus particulières se sont servies aussi, paraît-il, de chevaux pour la charrue. L'élève des chevaux fut surtout l'objet d'une grande sollicitude; on en entretenait différentes espèces selon les besoins : c'étaient des chevaux de trait, et de monture, des juments et des étalons de race. Dans les anciennes lois, il est question déjà du cheval hongre. Les juments étaient employées surtout pour le trait, et les étalons pour la monture, la guerre et la chasse. Un haras (soneste) comprenait douze juments et un étalon; le gardien s'appelait maréchal, cest-à-dire palefrenier. Pendant l'été, on conduisait les chevaux dans les pâturages. Remarquons en passant que la loi bavaroise garantissait l'acheteur contre quatre sortes d'uiflrmités propres aux chevaux : la cécité, les hernies, les raideurs et la morve.

L'élève du bétail fut aussi l'objet de soins particuliers. Le bétail, à l'époque de Tacite, formait dé^à une partie si importante de la richesse des Gernaains , que chez eux les bestiaux tenaient lieu d'argent, et que le Wehrgeld se payait

(1) Déjà chez les Gaulois on faisait usa^B^ de maxîhines à faucher et d'autres instruments apicoles plus perfectionnés Pline décrit une de ces machines consistant en une grande cuve garnie de couteaux qui, traînée par des bœufs attelés en sens inverse, passait au travers des champs de blés et y coupait les épis de façon à les mire retomber dans la cuve.

— seau moyen de bétail, au sujet duquel les amélioratious marchèrent de pair avec les progrès de la culture. A la fin du iV siècle, les nombreux troupeaux de bestiaux des Francs saliens étaient renopimés ; il en fut de même un siècle plus tard sous Clovis,pour le gros bétail des Allemands ainsi que pour les'beaux chevaux de la Thuringe. Les rois francs postérieurs établirent partout des haras ; Caribert enleva même à cette fin tout un village au monastère de Saint-Marlin près de Tours. Un troupeau de bêtes à cornes (sonestejacomppsait de 12 vaches et d'un taureau ; leur gardien s appelait sénéchal, ou sonichal, c'est-à-dire valet de troupeau ou de bétail.

Parmi les produits dus au bétail. Tacite cite le lait aigri, (petit lait) ; c'était l'aliment national des Germains, comme ill'est du reste aujourd'hui encore dans les campagnes. Nous pouvons , et sans hésitation , mentionner le beurre et le fromage parmi les plus anciens objets de consommation. Le beurre, le fromage et les œufs sont explicitement désigné^ parmi les vivres que recevait certain missionnaire résidant chez les Frisons. Le beurre se faisait au moyeu du lait de vache, de chèvre ou de brebis. On le préparait comme le font aujourd'hui encore nos paysans, car Pliue raconte qu'on épaississait, en le secouant, le lait renfermé dans de longs vases fermés; ceux-ci recevaient de lair par une étroite ouverture qui se trouvait à leur extrémité supérieure.

L*élève des porcs remonte à la plus haute antiquité. Un troupeau de porcs de 25 à 50 têtes (un verrat par six truies), était conduit dans des bois de chênes ou de frênes par un gardien portant une trompe sur le côté, et accompagné d'un jeune garçon et d'un chien dressé. Les porcs fournissaient une chair excellente et des jambons, trouvés succulents après qu'on les avait suspendus pendant un certain temps dans ces foyers d'où la fumée s'échappait du toit sans le secours d'aucun tuyau. Aucune espèce de bétail n'était, paraît-il, élevée en plus grand nombre que la race porcine.

Les moutons n'étaient pas beaucoup moins nointH^ux, et il est permis de croire que l'élève du mouton était originaire de la Gaule où, si nous en croyons Mommsen, les

Romains l'avaient introduit. Pourtant les Allemands avaient dû élever des moutons bien antérieurement à cette époque, sinon les objets dus à Tindustrie de la laine frisonne, qui, à Tépoque de Charlemagne, firent leur apparition sur le marché du monde entier connu, n'auraient pu se trouver en une telle- abondance, et la peau de mouton n'aurait pu être considérée dès lors comme étant le vêtement national durant l'hiver. Les chèvres lurent mentionnées dans la loi salique, antérieurement aux moutons. Il est possible qu'il y ait eu des moutons indigènes, mais évidemmont ils se trouvaient en petit nombre, eu égard à la présence du j^rand nombre d animaux carnassiers. On exportait de ces contrées une espèce de chien de berger qu'on eut pu aisément confondre avec le loup.

L ane et le mulet, qui apparaissent à l'époque de la domination franque, sont originaires des pays du sud. La plupart des bestiaux conduits dans les pâturages portaient, comme aujourd'hui dans les Alpes, des clochettes dont

I enlèvement était sévèrement puni. On ignore l'époque à laquelle les Allemands commencèrent à élever des poulets ; ils leur vinrent probablement de la Grèce. Ces volatiles se multiplièrent bientôt en grand nombre dans les fermes, et It^ œufs devinrent un objet ordinaire de consommation.

II était, question de poulets et d'œufs dans toutes les lois et dans tous les règlements fixant la nature de quelque impôt minime. Tout missionnaire en Frise recevait des œufs. A fépoque carlovingienne le prix des fermages et les taxes imposées aux fermes censitaires se payaient habituellement en poulets et en fromages.

Le nombre des oies était supérieur à celui de tous les autres volatiles ; nous avons mentionné déjà leur importance en parlant des productions des Germains. 11 est question aussi, déjà dès le temps des Mérovingiens, des canards et des pigeons. On élevait dans les métairies de Charlemagne des pigeons domestiques, de fort belles poules, des canards, des pintades, des paons, des faisans et des tourterelles.

Dès les époques les plus reculées, il est fait mention de félève des abeilles; celles-ci étaient d'autant plus recherchées que le miel tenait alors lieu de sucre, et que la cire

fut employée, après Tinlroduction du christianisme, pour le culte divin. Le miel servait aussi à fabriquer rbydromel, ce breuvage national, souvent cité dans les traditions, et dont Tusage s est toujours conservé dans le Nord. Les abeilles se trouvaient primitivement en grand nombre, el à letat sauvage, dans toute l'Europe du Nord. Les anciennes lois soccupent du droit de propriété sur les abeilles sauvages. Il s'agissait, pour se procurer du miel, de prendre des essaims d'abeilles sauvages et de les placer ensuite dans des arbres creux appartenant au district de l'éleveur. S'il arrivait qu'un essaim d'abeilles, quittant cet arbre, allât se réfugier dans un autre, la loi bavaroise permettait au propriétaire d'essayer de faire sortir les abeilles du second arbre, au moyen de la fumée et de trois coups à lui donner avec le rebours de la cognée, en ayant soin de ne pas le détériorer. L'essaim persistait-il à y demeurer, il appartenait dès lors au propriétaire de l'arbre.

Les plus anciennes lois s'occupent également de l'élève des abeilles. La loi salique punit le vol de six ruches et plus, d'une amende de 45 solidi d'or, représentant 400 fr. de notre monnaie actuelle.

La loi bavaroise mentionne trois sortes de ruches, faites en bois, en écorce et en osier tressé. Si l'une de ces ruches venait à recevoir des abeilles appartenant déjà à un éleveur du voisinage, celui-ci était autorisé par la loi bavaroise à les en faire sortir, sans pour cela ouvrir ni déplacer la ruche. Il pouvait jeter trois fois à terre la ruche faite en bois, ou donner trois coups de poing, mais pas davantage, aux ruches faites avec de l'écorce ou de l'osier ; celles des abeilles qui sortaient lui appartenaient et les autres restaient au propriétaire de la ruche.

Le droit de pêche était, paraît-il, dès les époques les plus anciennes, acquis aux Markgenossen (les ayants-droil à un territoire commun). Lorsque l'autorité des rois prit de l'extension, les eaux devinrent la propriété des seigneurs, bien plus que celle du fisc. La consommation du poisson prit encore de plus grandes proportions chez les Romains naturellement friands, à la suite de la .prescription du carême, imposée aux chrétiens par l'Eglise. On éiablit successivement un grand nombre de viviers, et le droit de pêche se ve-

trouva, depuis, fréquemment mentionné parmi les nombreuses donations faites par les rois francs au clergé.

La chasse était la principale occupation champêtre. Dans tous les pays récemment colonisés, Thomme est obligé d'enlever la possession du sol aux animaux carnassiers. Les deux tiers delà surface de TEurope étaient, paraît-il, encore au commencement de notre ère^recouverts de forêts; il est à présumer que ces animaux, redoutables adversaires des troupeaux d animaux domestiques, sy trouvaient en grand nombre. Il était donc nécessaire, nonseulement de protéger les troupeaux, mais aussi d'éloigner des champs ensemencés ces essaims de bêtes noires ou fauves, qui détruisaient tout ce qui se^ trouvait sur leur passage. La chasse n'était donc pas à l'origine un simple délassement, c'était une occupation utile, indispensable même; aussi les dépouilles des animaux carnassiers, quoique constituant un véritable profit, n'étaient considérées alors que comme un accessoire ; la chasse avait surtout pour objet la protection du bétail et du sol. Le but qui lui était assigné contribua à, faire rejaillir sur cette occupalion une sorte de considération. Répondant aussi à certain penchant de l'hommp, la chasse atteignit aux époques primitives un degré de perfection qui nous est entièrement inconnu aujourd'hui. On chassait, soit à pied, soit à cheval, avec la lance, l'épée ou la flèche. L'art de dresser certains animaux pour la chasse dépassa toute limite. Il y avait alors non-seulement un grand nombre d'espèces de chiens de chasse, dont nous connaissons à peine le nom, tels que limiei*s, chiens de piste, chiens pour les battues, chiens pour la chasse aux sangliers, lévriers, chiens éperviei's(qui prenaient les poulets?), chiens pour la chasse aux castors, mais on se servit aussi plus tard de faucons pour la chasse aux petits oiseaux, et même de cerfs particulièment dressés pour la chasse au gibier (i).

La chasse était le privilège de l'homme libre ; elle était ainsi que l'équitation et le port des armes, interdite aux esclaves. L'utilité de la chasse considérée comme moyen

(1) La loi Baliqne condamnait à une amencb de 45 solidi quiconque tuait un cerf apprivoisé, et à 35 solidi celui qui tuait un cerf non appri- Toisé.

de protection à Tégard de Tagriculturo excitait les propriétaires allemands à y consacrer une grande partie de leur temps. Elle constituait non-seulement l'occupation la plus virile après la guerre, mais elle était indispensable pour la conservation des troupeaux et des moissons, qui formaient les principales ressources de Falimentation. Il est ordinaire que, h la suite de cet exercice laborieux, les chasseurs rentrés cliez eux se reposent et se restaurent. Cest dans ce sens qu'il faut interpréter le commentaire de Tacite, que nous avons rappelé précédemment (4), et dans lequel l'historien romain affirme que « les Allemands » aimaient mieux combattre que labourer et moissonner; » que les plus valeureux et les plus guerriers d'entre eux » ne travaillaient pas, mais abandonnaient le soin de » leurs aifaires domestiques et rurales aux femmes, aux » vieillards et aux êtres chétifs de la famille ; par une i-e- » marquable Inzarrerie de caractère, ajoute Tacite, ils » sWlonnaient à la paresse tout en détestant le repos, et » se livraient à la chasse pendant le temps consacré à la » paix, et plus souvent encore au désœuvrement, au som- )> meil, aux festins. » Cette assertion ne doit pas être prise dans un sens absolu ; il ne faut pas surtout en conclure, comme on Ta fait souvent, que les hommes libres ne s'occupaient pas eux-mêmes de l'économie rurale. Le témoignage de Tacite se rapporte d'une manière bien plus frappante encore aux mœurs du campagnard allemand tel qu'on le retrouve jusque dans les temps modernes, que ne semblent s'en douter les savants de cabinet. Le propriétaire riche se servait pour faire la moisson, de serfs qui se chargeaient des conées et tenaient leurs chevaux à sa disposition. Des esclaves ou des valets de ferme étaient employés aux travaux domestiques et champêtres. Les fermiers et en leur absence, les plus âgés ou les plus chétifs de la famille, ou bien encore la maîtresse de la maison» exerçaient la surveillance générale. Un fermier ou paysan libre, trop peu riche pour payer des serfs ou tenir desA'alets de ferme, devait nécessairement travailler lui-même aux champs ou s'y faire remplacer par quelque membre

(1) Tacite, Germ, 14. 15.

— Bide sa famille lorsqu'il allait à la chasse. Tacite le dit clairement; or, il en a été de même à toutes les époques. Ce furent, paraît-il, ces petits propriétaires libres, cultivant eux-mêmes le sol ou se faisant remplacer par. d'autres paysans, qui, avant l'établissement de la féodalité, formaient la majorité de la population allemande.

Peu à peu, à la faveur de l'extension que prit la culture du sol, et de la diminution du gibier, la chasse revêtit le caractère d'un plaisir aristocratique que vint bientôt protéger le droit coutumier. La loi bavaroise défendait à tout individu qui n'était pas Markgenosse de prendre dès oiseaux dans les forêts. La surveillance de la chasse fut rigoureusement exercée sous les Mérovingiens et sous leurs successeurs; le vol du gibier était puni de peines sévères. Le fisc se montra surtout rigoureux pour la conservation du droit de chasse sur les domaines royaux. Il paraît que dès lors s'était introduite la coutume de détacher ce droit des autres droits de propriété ; c'est du moins ce qui ressort des donations faites par le roi, avec ou i^ns droit de chasse (4).

L'époque de la chasse était, semble-t-il, exactement déterminée. Les rois francs, surtout les Carlovingiens, se rendaient si ponctuellement aux chasses du printemps et à celles de l'automne, principalement dans les Vosges et dans les Ardennes, que souvent d'importantes affaires d'État se trouvèrent remises à cause de cette circonstance.

La* loi bavaroise mentionne aussi l'usage de prendre et d'apprivoiser les oiseaux chanteurs. ,

La Markgenossenschaft (association des ayants droit à un domaine commun) était une institution toute particulière au peuple germanique et qui présentait surtout le caractère du selfgovernment. Elle impliquait la possession et la jouissance communes d'une contrée (mark) dans laquelle les terres destinées à la culture se trouvaient partagées entre les habitants à titre de propriétés privées/ Cette institution remontait à l'origine des premières colonisations et même

(1) Charlemagne donna en 804, à l'abbaye d'Osnabrûck, comme aubvention aux frais de l'érection d'une école grecaue et latine, une forêt s'étendantsur plusieurs villîiges, avec tout ce qu'elle contenait : porcs sauvages, cerfs, oiseaux , poissons et toute la chasse spécifiée dans le droit forestier.

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