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partie des Aquitains, des Bourguignons et des Provençaux

Au point du jour, les armées sortirent du camp et placèrent leurs immenses colonnes en ordre de bataille le long de rÂndriebach, appelé jadis Burgundenbach, sur une étendue de tout un mille. La bataille commença. L'attaque et la résistance furent d'autant plus furieuses que les guerriers avaient sans doute conscience de rinjustice de cette guerre fratricide. L'issue resta longtemps indécise; on combattit des deux côtés avec une valeur et un héroïsme dignes d'une meilleure cause, et parfois avec une rage telle, que les Francs y laissèrent en quelque sorte leur dernière goutte de sang. Finalement ils succombèrent sous les efforts réunis des Aquitains et des Allemands d'oubre- Rhin. Plus de 40,000 morts du côté de Lothaire, couvrirent, dit-on, le champ de bataille. On ignore le chiffire des pertes des vainqueurs ; toutefois ils durent acheter chèrement la victoire, car ils ne poursuivirent pas rennemi vaincu, et il semble même que personne ne se soit réjoai de ce triompha obtenu par l'effusion du sang national.

Lorsque le jour suivant, qui était un dimanche^ les vainqueurs eurent assisté à la messe, enterré les morts et soigné les blessés amis ou adversaires, les évèques furent appelés pour absoudre les péchés commis. Les prélats déclarèrent juste la cause des deux rois et purs de tout péché ceux qui les avaient soutenus par leurs conseils ou par leurs actions. Ils ordonnèrent un jeûne de trois jours i l'intention des morts. Les apparences extérieures étaient ainsi suffisamment gardées, toutefois le remords causé par la mort de tant de compatriotes, et le regret de voir Faffaiblissement des Francs imprimèrent une sorte de stigmate sur la génération contemporaine à la suite de ces terribles événements.

A cette époque, des pirates sarrasins et normands désolèrent les côtes des Gaules; les uns pillèrent Marseille, les autres incendièrent Rouen, et ces méfaits purent rester impunis, pendant que les Francs détruisaient leurs forces dans cette lutte fratricide. Ils devaient devenir bientôt après le jouet de ces héros maritimes du Nord. ' Après le combat de Fontenay» Louis se retira vers la

Bavière pour se renforcep et assurer sa domination en Allemagne. Charles alla en Aquitaine, où son neveu Pépin s'était rendu avant lui, afin de lui en contester la possession . Lotbaire s*était mis en sûreté à Âix-la-GhapeUe» espérant y recevoir le secours des Saxons. Réduit k Textrémité, il n'hésita pas à abandonner la politique de ses aïeux, en^accordant aux Saxons, pour le cas où ils le sou* tiendraient, l'autorisation de reprendre leurs anciennes * coutumes nationales (1). Obtenue par la force, la soumis* sion du peuple saxon n'avait pas été sincère. Il est vrai que la noblesse saxonne s'était convertie et rattachée à la politique des nois chrétiens francs, dans l'espoir de conserver sa position et ses possessions ; mais la masse du peuple, les hommes libres et les bonmies-iiges conservaient au fond de leurs cœurs le culte et les traditions germani-^ ques. Tandis que les nobles s'alliaient par le mariage à des colons francs, les partisans de l'ancienne indépendance nationale formaient une sorte de parti national sous le nom de « Stellinger » (conservateurs), en opposition avec la noblesse et les Francs établis dans le pays.

Les Stellinger saisirent avec empressement la main que leur tendait Lotbaire, lequel chercha en outre à se créer encore de nombreux partisans parmi les Francs de l'esté les Thuringiens et les AJamans. Dès l'automne de 841, Lotbaire avait, en conséquence, rassemblé autour de lui de nombreuses forces militaires avec lesquelles il repoussa Charles, qui l'avait poursuivi après la. pacification de TAquitaine, et se ligua avec Pépin. Charles chercha ensuite à s'unir à Louis, qui s'avançait au delà du Rhtn avec de nouvelles forces. Les deux armées (2) se rencontrèrent» le 44 février 84^, devant les portes de Strasbourg, afin de se Jurer fidélité réciproque. Cet acte a une signification importante; il permet de constater le premier indice

(1) La plupart des historiens disent que Lotbaire permit aux Saxons de reprendre leur reli£[ion païenne. Nous ne saurions partager cet avis ; mads nous croycHis quil autorisa la restauraiioii d^ancienaes oontames se rattachant à la religion, telles que les anciennes gildes germajoiques assermentées en vue ae la protection réciproque, et d'autres droits nationaux Wdés sur le gottyememeaat du peuple, et desquels il sera question plus loin.

(2) Les principales sources à consulter pour ces épisodes ont été fournies par llûatoire -de Nithi^d, peUt-fik de Chariemi^gne,

appréciable de séparation entre les nations allemande et française. Le commandant en chef de l'armée d outre-Rhin, Louis, appelé plus tard le Germanique, harangua en langue romane larmée de son frère Charles, composée de Francs de Fouest, d'Aquitains et de Gallo-Romains. G était la langue nationale qui déjà se développait, tenant le milieu encore entre le latin et le français de nos jours. Louis prêta également le serment à l'armée de Charles dans la langue « welche , » nommée ainsi dès lors par les Alamans (1). De son côté, Charles harangua'l'armée de Louis ^et lui prêta serment en langue allemande.

Lorsque les armées réunies se furent reposées pendant quelques jours consacrés aux- réjouissances, aux manœuvres et aux jeux militaires, elles s'avancèrent vers Mayence, où elles se fortifièrent encore au moyen d'un corps de troupes fraîches qu'amenait de l'Allemagne le fils de Louis, le jeune Carloman ; elles se précipitèrent de Cologne sur Aix-la-Chapelle, où Lothaire s'était retiré encore une fois. Il ne resta à Lothaire, dont l'armée s'était de nouveau affaiblie durant les mois d'hiver, qaà se sauver devant ces forces supérieures et à se réfugier en Bourgogne, vers les bouches du Rhône. Les ecclésiastiques se jetèrent, à cette occasion, du côté le plus fort. Menacé par tous, abandonné par Tautorité de la puissance ecclésiastique, Lothaire se vit forcé de faire des propositions de paix. Ses frères étaient tout aussi sérieusement disposés à y consentir; Charles, parce qu'il voyait ravager impunément par les Normands les côtes de la Gaule, et Louis, çarce qu'il se préoccupait des conséquences de la révolte des StelÛnger, qu'il ^éussit à soumettre promptement, dès qu'il en eut le loisir. A la mi-juin 842, les préliminaires de paix furent signés par les trois frères dans une Ile de la Saône, près de Màcon, et en août 843, la paix fut finalement conclue à Verdun ; les conséquences de ce traité célèbre étendirent leur influence jusque sur nos joure. L'empire des Francs fut, à l'exclusion de Pépin, partagé entre les trois frères : Charles reçut la Gaule occidentale jusqu'au Rhône, la Saône et la haute Meuse; Lothaire, tout le territoire

(1) Les AlsacîenB appellent encore les Français purs « des Welcfaea. w

central, l'Italie, la Bourgogne et les Francs de Test jusque près de la Frise (4), y compris aussi Lyon ; Louis reçut rAUemagne et, sur la rive gauche du Rhin, les villes de Wbrms, de Mayence et de Spire, qu'il s'était uéservées à cause de leurs excellents vignobles. Cette répartition ne devait pas être non plus de longue durée; comme le royaume de Lotliaire tomba, peu après, en ruines, l'Italie s'en détacha, et la partie septentrionale fut partagée entre, la France et l'Allemagne; à celle-ci échut réellement la part du lioîi. Le traité de Verdun permit à l'Allemagne de faire, pour la première fois, son apparition historique sous la forme de l'unité.

Avant de clore la période de la fondation des Etats germaniques, jetons un rapide coup d'œil sur les invasions et les conquêtes des Normands. Les premières entreprises^ des Normands eurent lieu sous Charlemagne ; toutefois, ce ne furent que des pirateries isolées, sans signification politique. Le peuple Scandinave était divisé alors encore en petites tribus indépendantes les unes des autres, comme étaient les Germains du temps d'Auguste; il arrivait souven^ qu'elles guerroyassent entre elles. Ces tribus étaient régies par des chefs dont, à l'origine, la puissance était aussi Umitéc que celle des ducs chez les Germains, dans i'AUemagne proprement dite; car ces chefs de tribus devaient se soumettre aux décisions des représentants du peuple et encouraient la peine de mort pour tout acte arbitraire ou abus de pouvoir, au détriment d'un particulier.

Au viir siècle, après une longue lutte avec les tribus lettoniennes, flnniennes et slaves, à l'est, dans le Braabucht, appelée la bataille de Brawalla, qui fut le plus^ célèbre des combats livrés dans le Nord, et dans lequel les Suédois et les Norwégiens se trouvèrent côte à côte, l'héroïque roi Sigurd Ring du nord-est parvint à opérer la, réunion des Germains du nord, et leur permit ainsi d'étendre leur domination jusque sur les Iles danoises et le Jûtland: Toute cette époque fut violente; tandis que les^ Slaves étaient repoussés dans le haut Nord par les Ger-

(1) La partie centrale de cette longue lanffne de terre qm 8*étèndait entre rAUemagne et la France fat appelée plus tard Lorraine, da nouL deLothaire.

mains, Charles Martel exterminait les Sarrasins et assurait la domination des Germains pour le cours du siècle suivant. En ce temps-là, les Danois s avancèrent vers le sud pour s emparer du territoire des Jutes qui s*en étaient allés coloniser la Bretagne. Plus tard, sous la conduite de leur roi Gottfiried, ils inquiétèrent les Francs. Gharlemagae prit sous sa protection la tribu slave des Abodrites contre les Danois, mais ne put empêcher que les Slaves fussent vaincus et que leur roi fût massacré. A la suite de ces événements, une flotte danoise de deux cents vaisseaux désola dès lors, comme nous lavons dit, les côtes de la Frise et exigea de leurs habitants une contribution de ^ guerre.

L'unification des tribus du Nord n'avait été qu'ébauchée au vnr siècle par Sigurd Ring. Au commencement du tV siècle, un Suédois, Eric, roi d'Upsala, avait réussi de nouveau à obtenir la suzeraineté et, vel*s le milieu du a* siècle, la Norwége s'était, grâce à l'appui d'une main puissante, élevée au rang des Etats où régnait l'unité. Un membre de la famille suédoise des Yngliger s'était établi dans les hautes régions du nord de la Norwége, tandis qu'au sud, à l'Asloer Meerbusen, s'était formé un petit royaume agrandi plus tard par Halfdan le Noir, qui devint le plus puissant parmi ces chefs de tribus ou rois de cantons. Son fils Harald à la belle chevelure, qui lui succéda dès l'âge de dix ans, excité, plus tard, par le fier refus d'une jeune fille qu'il courtisait et se rappelant les hauts faits d'Eric, fut amené ainsi à &ire le serment de ne point se couper les cheveux avant d'avoir conquis la suzeraineté sur toute la Norwége. Harald était tout à la fois un guerrier redoutable et un homme d'Etat. Après une série cte sanglants combats, il vainquit l'un après l'autre les chefs des tribus. Au dernier moment, le danger commun aoiena les plus puissants d'entre eux à former une ligue militaire ; mais ils furent complètement battus, ainsi que le roi suédois Eric qui les soutenait, dans deux effroyables icombats Hvrés près de Solskel et dans le HafursQôrd. Alors Harald, ayant conquis sa fiancée et la Norwége, se fit couper les dbeveux. Afin d'établir sa domination sur des principes stables, Harald nomma à la place des rois de Inbus tués

ou chassés (car pea dentre eux se soumireat à lui), ses propres fooctiounaires choisis parmi les plus éprouvés des guerriers de sa suite ; il les combla si richement de revenus, qu'ils brillèrent avec plus d'éclat que les précédents rois des tribus. Pour subvenir à de semblables dotations, Harald introduisit dans toute la Norwége l'impôt foncier et individuel et s'attribua tous les biens des rois chassés ou tués, de sorte que les possessions domaniales atteignirent une grande importance. Son fils Hakon fut le premier qui dégreva la propriété personnelle (AUod).

Pa^mi les rois des petites tribus qui avaient survécu à la défaite, un petit nombre seulement acceptèrent la médiatisation, dans l'espoir de devenir, en qualité de Jarles, des fonctionnaires du roi suzerain. La plupart préférèrent quitter le pays avec leurs suites. Alors eut lieu une émigration considérable dont les effets se Qrent sentir dans toute l'Europe*. -Les expéditions de pirateries dirigées vers lés côtes du nord-ouest de l'empire des .Francs, vers le Rhin et en amont de la Seine, en ouvrirent la série.

D'un autre côté, les côtes avoisinant la Suède furent peuplées de fuyards normands; les îles Hébrides, les îles Orkney et les îles Shetland, même l'Ecosse et l'Irlande furent opcupées par des émigrants et finalement l'Islande, recouverte il y a quelque mille ans de luxuriantes forêts et de beaux pâturages, et dont le climat était à coup sûr tempéré, fut si promptement occupée et colonisée que, quatrevingts ans plus tard, elle comptait déjà quatre-vingt mille habitants ; elle forma un Etat libre indépendant qui eut la bonne fortune de consei^ver dans les traditions de ses habitants, les rares souvenirs particuliers aux temps primitifs de la Germanie.

Tandis que les Normands faisaient des irruptions jusqu'aux côt^ de l'Italie du sud et de la Sicile, et y fondaient des royaumes indépendants, ils parvenaient à repousser Louis le Germanique et Amulf des marches allemandes ; enfin, sous l'impuissante série des faibles Carlovingiens, après avoir exigé des tributs et souvent assiégé Paris, ils forcèrent la France à se désister des provinces du nord dans lesquelles ils fondèrent le duché de Normandie. Bolfo ou Rollo, dont le père, issu d'une famille de Jarles

du sud de Drontheid^iy|^t ifadii d'Hàrald, s était, dans sa jeunesse, joint aux expéditions de pirateries ; revenu dans ses foyers, il crut pouvpir y exercer aussi ses brigandages. Mais Harald bannit le Wicking à cause de ses violences (1). Rolf s'avança alors avec des troupes de Wickinger et de pirates sur les côtes de la France, fit des voyages par mer en Flandre et en Angleterre, mit le siège devant Paris et fonda finalement, au moyen de la réunion violemment amenée des monarchies normandes isolées, la Normandie où il se fit baptiser sous le nom de Robert (quelques chroniqueurs rappellent aussi Roland) et reconnaître en qualité de .premier duc. Il est curieux de constater la rapidité avec laquelle les Normands établis dans ce duché où les protégèrent longtemps encore les Norwégiens, s'initièrent à la culture, à Fart militaire, à la politique et au langage des Francs. A peine deux cents ans s étaient écoulés que le duc Guillaume, aidé d'aventuriers allemands (2), conquérait TAngleterre qu'il divisa en 60,000 lots partagés entre ses guerriers. Pendant longtemps la langue française y fut la langue dominante ; aujourd'hui encore elle y est en usage pour des actes importants du gouvernement. Les races normande et anglo-saxonne occupant l'Angleterre ne purent renier longtemps leur commune origine germanique et se confondirent bientôt entre elles. Outre les royaumes Scandinaves, les Normands avaient fondé de nouveaux Etats en Islande, en Angleterre, en Irlande, dans la Normandie et dans la Sicile. Excepté ces deux derniers pays, tous les autres Etats ont conservé

(1) Dans le Efiimshr, Haralds S, h. harf. c. 24, il est dit que Rolf était un redoutable pirate; sa stature était si élevée qu'aucun cneTal ne i)oayait le porter : il devait marcher durant toutes ses expéditions ; de là son nom de Rolf ou Marcheur (Grango-Rolfr.). Il pUla souvent les pays. de Touest Pendant un été, revenant vers Bilken à la suite d'ime expéaition sur mer du côté de Touest, il ténia un coup de main sur le rivage (il s'emparait par violence du bétail pour l'entretien de ses hommes). Le toi &arald, qui était alors à Bîlken, fut très-irrité lorsqu'il apprit ce &it. Il avait établi des peines sévères contre tout homme qai conmiettrait des pirateries ^ ^ -' ^" -•- — in3 .nu — ;^.t

Roi

côté

stitua un grand royaume de Jarlcs ou'il peupla de colons normands; ce

qui fit donner à ce jays le nom de Normandie.

(2) Guillaume le Conquérant organisa des bureaux d'enrôlement même à Cologne.

leur esprit d'indépendance, leur caractère militaire et en quelque sorte le sentiment de leur proche parenté nationale, bien plus que les Germains du sud de rÂllemagne actuelle.

La colonisation de toutes les tribus germaniques opérée avec fixité devait se prolonger dans ces conditions durant cinq cents ans, jusqu'à la découverte de l'Amérique. A la vérité, partis de l'Islande, les Normands avaient déjà découvert cette partie du monde, colonisé le Groenland'et fondé dans le nord de l'Amérique, des établissements qui subsistèrent pendant cent cinquante ans ; mais l'appui de leurs compatriotes leur faisant défaut, il est probable qu'ils avaient disparu sous les attaques continuelles des indigènes.

Rappelons-nous que les peuples allemands après avoir fondé les Etats germaniques ne laissèrent s'écouler qu'une période de cinq cents ans, remplie toutefois par les croisades et les guerres intestines, avant de s'en aller après la découverte de l'Amérique et celle du Cap, fonder des royaumes en moins de temps qu'il n'en fallut aux peuples anciens pour former de plus petites nations. Reconnaissons aussi que les événements qui s'y sont passés jadis ne paraissent ni si extraordinaires, ni accomplis aussi rapidement, que parce que l'éloignement du temps permet d'embrasser dans un coup d'œil d'ensemble les plus longs intervalle?; enfm, rappelons-nous aussi qu'aucune époque de l'histoire ne peut être comparée à celle des trois derniers siècles, pour l'importance et l'abondance des événements, et nous nous trouverons convaincus que la race germanique surtout est appelée à répandre la civilisation sur toute la terre.

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