SITUATION INTÉRIEURE
Le pays. — Le peuple.
Dix siècles s'étaient écoulés depuis que les peuples allemands, venus des bords de la Baltique et de la mer du Nord, avaient ï*emonté le cours des fleuves du centre de l'Europe. Durant cette période féconde en guerres et en luttes, pendant laquelle s'était écroulé l'empire romain, ces tribus germaniques s'étaient répandues au delà des Alpes, 4ans la Gaule, dans l'Italie, dans l'Espagne et dans la Grande- Bretagne, où elles s'étaient mêlées aux populations celtoromanes ; plus tard, de nouveaux peuples surgirent de cette fusion . Les éléments les plus purs de la race germanique s'étaient conservés intacts dans les plaines de l'Angleterre, en Scandinavie et en Allemagne. Ce dernier pays, qui, tout au commencement de notre ère, se trouvait borné par la contrée du Mein, comprenait alors aussi ces chaînes de montagnes si riches en rivières, qui s'étendaient jusqu'aux Alpes. L'Allemagne avait pour bornes le Rhin à l'ouest, et la meivdu Nord au nord-ouest; elle était bornée, au sud, par les rivières de l'Italie. Au nord-est, les Allemands avaient
perdu, au contraire, une grande portion de territoire; les Slaves, à mesure que les Germains s'étaient avancés vers l'empire romain, s'étaient établis dans les résidences abandonnées par ces derniers entre l'Elbe et la Vistule ; ils se voyaient alors menacés du retour des Germains (après la fondation de Tempire des Francs). A l'est de rAUemagne, où, dans le cours des siècles postérieurs, les Allemands revinrent en foule, allait s'opérer, à la faveur de cette circonstance, une nouvelle fusion de peuples dont la cause est en litige aujourd'hui encore, sans qu'il soit permis d'en prévoir ]a solution définitive. On est autorisé à croire que la race' germanique ne s'est conservée daus toute sa pureté que dans les bassins du Rhin, du Mein, du Necker, du Wéser, de l'Ems et du bas Elbe. Dans le sud, elle se mêla aux vestiges des anciennes populations celtiques et romanes qui, antérieurement aux invasions dos Suèves et des Alamans, avaient colonisé le Zehntland t?t le territoire du haut Danube.'
Nous avons dit précédemment que la plus ancienne des trois tribus indo-germaniques, les Celtes, sortis les premiers de leurs foyers asiatiques, s'étaient emparés des pays baignés par l'océan Atlantique. Il est à supposer que les Celles venant de la mer Noire avaient, à l'origine, remonté le Danube et pris possession de tout le territoire qui longe ce fleuve, ainsi que du penchant septentrional des Alpes. Cette route de migration avait été suivie par une troupe de Galates, à l'occasion d'une fort ancienne expédition qui s^était dirigée en aval du Danube vers l'Asie Mineure. S'il est vrai que les Germains aient trouvé le territoire du Danube occupé déjà, ce dut être une raiscm de plus pour eux de s'avancer vers la Bahique ; de là, ils s'acheminèrent ensuite vers le sud de l'Europe, dès que leur population se fut trop accrue (1). Dans lenr marche
(1) Un écriram bywuktin, Nképhore Chrégoiie, qui etrt ToccafiMi de fouiller dans les anciennes sonrces historiques, détandtea plus tard joar les Turcs, nous donne une indication correspondant dune lûMière frappante à notre opimon, sur la marche des enugrants allemands Jl diten£re autres choses: « Les tribus barbares, appelées Scywes par quelques-uns, habitaient originairement au delà oo Tanaîs {pan) en Asie, l'raversant ce fleuve, dles pénétrèrent en Europe et occiqfièieBt le» rives occidentales de la mer d'Azof. Plusieuars siècles après* eUes émigrèrent plus loin dans deux directions différentes. L'une de ces
de colonisation, les Germains vini»eut se heurter, au sudouest du centre de l'Europe, contre des Celtes qui s y étaient antérieurement colonisés et qui, ayant apporté de leur berceau asiatique des notions d agriculture, avaient sans aucun doute mis depuis longtemps le pays en culture. Cette circonstance dut éveiller la convoitise des arrivants; aussi en résulta-t-il probablement des luttes à la suite desquelles les Celtes furent plus ou moins repoussés vers le sud-ouest. Nous savons, par les données historiques, qu aux époques primitives les Cattes pénétrèrent chez les Bataves, que les Suèves repoussèrent du sud-ouest de l'Allemagne jusqu'en Suisse, les Helvétiens celtiques, que les Marcomans chassèrent les Boïens de la Bohême, que les Cimbres et les Teutons cherchèrent à fixer leurs résidences dans le sud, et enfin que les Suèves sous Arioviste s'établirent, par la violence, sur les bords du haut Rhin. Ga Zehntland allemand du sud-ouest qui, après l'expulsion des Helvétiens , se trouva dépeuplé, et dans lequel , du reste , les cliaîncs de montagnes, à l'origine trterboisées, laissaient trop peu d'espace pour une population nombreuse, fut, après la défaite des Suèves, colonisé de nouveau par des Gaulois indigents. Loi*sque la domination romaine se fut étendue, durant le règne des empereurs, et que l'on eut construit le rempart- frontière destiné à protéger les iX)lonies, un grand nombre de Romains s'établirent dans le Zehntland et dans le territoire du haut Danube.
Dès que les empereurs romains eurent pris à leur solde des troupes germaniques, 1q3 Allemands commencèrent également à s'établir, d'abord isolément et puis en groupes nombreux, dans les colonies romaines. Il est peu probable que, lorsque lès Alamans et les tribus
tribus retourna de notrveau en Asie, pénétra jusque la mer Cas- )ienne, vainquit les Sauromates et prit les noms des peuples chez esquéls elle s^établit, c'est-à-dire les Sauromates, les Melanchlanes, es Massagètes et les Amazones. Jomandès fait provenir même les Ama-
Plus tard, ces tribus pénétrèrent dans les Gkuiles, s'v colonisèrent et s*apnelèrent alors Celtes et Galates (Gaulois). C^est rorigine aussi des Çiniores et des Teutons, vaincus beaucoup plus tard par Marins.
germaniques de lest, connues sous le nom de Ba\^roîs, conquirent le territoire du Danube et celui des Alpes septentrionales, toute la population primitive, dorigine identique à la leur, en ait été expulsée; il est à supposer, qu'ainsi que cela s'était passé pour les autres provinces romaines, les citoyens ricfies ou de distinction avaient été seuls chassés ou tués, et les autres, pour autant qu'ils eussent été pris les armes à la main, rendus * esclaves ou serfs; quoi qu'il en fût, le pays se trouva partagé. On ne doit pas induire de ces partages de pays que les occupants primitifs en aient évacué complètement une partie; les conquérants s'y établissaient parmi les anciens habitants. A l'origine, des lois sévères établies en vue de la conservation de la pureté de la race, y défendaient les mésalliances. Les nouveaux venus i^allièrent néanmoins, peu à peu, avec les anciens habitants; c'est ainsi que l'on retrouve encore dans rAllemagne du sud, depuis la 'contrée du rempart-frontière, c'est-à-dire depuis le Rhoen et FOdenwald jusqu'en Suisse, une population plus mêlée que celles du Rhin, du Wéser et de l'Ems, et qu'une autre race de trempe germanique pure se rencontre encore dans les vallées des fleuves.
On reconnaît au contraire dans les habitants des hautes plaines et des vallées de la Suisse, les descendants des Romano-Celtes. Les formes vigoureuses et élancées, les cheveux blonds, les yeux bleus, les jolis visages frais et roses qui distinguent la race germanique se retrouvent surtout parmi les populations du Rhin, de la Westphalie et de la basse Saxe, et chez les habitants riverains des fleuves qui ont leur embouchure dans la mer du Nord, comme aussi parmi les populations de la Ràltique, de la Hesse, de la Thuringe, du Mein, du Necker et du haut Danube où s'établit la race bavaroise. Nous retrouvons encore ces traits caractéristiques chei les habitants des vallées des Alpes, où se réfugièrent les sumvants des Goths de l'est. Dans les Alpes autrichiennes et dans la Suisse, les cheveux noirs et les traits basanés des habitants rappellent le type des Celto-Romans. A l'est se trouvent confinés les descendants des Slaves révélant leur caractère national par leur penchant à l'imi-
tation et par leur soumission enfantine à legard de Tautoi*ité patriarcale ; leur étourderie et leur amour pour le jeu et pour les choses brillantes trahissent chez eux une plus grande jeunesse de race. Les tribus allemandes s'étaient successivement groupées à l'intérieur de ces frontières. Les Frisons n'avaient point quitté leurs anciennes résidences le long de la mer du Nord qu'ils occupent actucl- 'lement encore. Les Saxons se trouvaient dans les mêmes conditions; seulement ceux-ci, ayant à la suite d'une migration prodigieuse laissé de l'espace vacant aux Slaves qui les suivaient, perdirent de la sorte une partie de leurs anciens territoires. Ils gardèrent les contrées du haut Ems, du bas Elbe et du Wéser, tout le territoire comprenant aujourd'hui laWestphâlie, le Hanovre, Oldenbourg, Brunswick, le Holstein et une partie du Mecklembourg. La tribu slave des Obodrites leur contesta la possession de ce dernier pays. La frontière des Slaves s'étendit plus ou moins, en droite ligne, jusqu'au Danube, près de Ratisbonne, après que le pays allemand eut été dépeuplé par la migration. Tout le territoire compris entre la Vistule et l'Elbe fut occupé par les Slaves pendant la translation des peuples. Les Saxons toucliaient du côté du sud aux Thuringiens et aux Cattes qui s'étaient confondus avec les Francs, et, à l'ouest, aux Francs de l'est qui conservaient encore le territoire fluvial du Rhin, jusque dans le voisinage de Strasbourg, d'où s'étendaient vers le sud les établissements des Alamans. Les Francs de l'est s'étaient retirés en amont du Mein, du Fichtelgebirge jusqu'à l'Eger, et en amont du Necker, jusque dans la contrée de Heilbronn. Le Necker formait les frontières les plus septentrionales de la tribu des Alamans qui avaient pris possession de tout le territoire situé entre la Lech, les Vosges, le Jura et les Alpes. Le pays des Bavarois comprenait le territoire s'étendant en aval du Danube, depuis la Lech à Test jusqu'à Vienne, et se trouvait bordé au sud par la crête des Alpes. Les tribus allemandes se sont maintenues dans ces résidences jusqu'à nos jours; quelques vestiges de la nation, établis dans le Sud et dans l'Ouest, ont seuls disparu. Déjà, sous Charlemagne, les Francs s'efforcèrent de reconquérir, à l'est, les premières résidences des tri-
bus germaniques ; ils devaient, durant une lutte séculaire avec les Sfaves qui s'étaient avancés dans le pays, empêcher ces derniers de pénétrer davantage dans le nord et dans le sud de l'Europe. Sous le règne de ce prince, une grande étendue du territoire du Rhin, enlevé aux Avares sur le Danube, avait formé les marches de Test, à partir de la Bavière. Dans le nord de l'Allemagne, une lutte engagée entre les Wenden et les Wilzen, se termina par la soumission de ces derniers ; il s'y forma, à la faveur de cette circonstance, un peuple mêlé de Slaves et d'Allemands.
S'il est vrai que les progrès de la civilisation dépendent surtout des moyens de transport et que l'Europe soit plus privilégiée à cet égard que les autres parties du monde, à cause de la grande quantité de ses fleuves et de l'étendue de ses côtes, il faut reconnaître que l'Allemagne se trouve surtout favorisée de cette manière. Ses fleuves étaient navigables pour les plus petits vaisseaux. Le mauvais état des routes, pendant le moyen âge,.exigeaitque les grands transports se fissent par eau ; or les fleuves du nord et ceux do sud, les lacs, qui entrecoupent l'Allemagne en tous sens, présentaient les conditions les plus avantageuses. Cette succession si variée de chaînes de montagnes et de plaiaes, .de monts élevés et de lacs, imprima au développement national le caractère de la divei*sité qui est une des conditions fondamentales du plus haut degré de culture intellectuelle.
Les montagnes de ces pays se trouvaient couvertes d'épaisses forêts vierges, qui s'étendaient parfois à une distance de plusieurs centaines de milles et dont nous voyons, aujourd'hui encore, les vestiges dans la forêt Noire, dans la Rauhe-Alpe, dans le Harz, dans le Fichtelgebirge, dans rOdenwald, ainsi que dans les forêts du Wester, de la Thuringe et de la Bavière. Les colonisations se faisaient dans les plaines et dans les vallées, où croissaient dès lors à l'état sauvage tous les arbres et tous les arbustes qu'on y rencontre encore aujourd'hui. C'était le pin ou pinastre, le frêne, le hêtre, le chêne. Dans le voisinage des habitations, des tilleuls s'élevaient à une hauteur prodigieuse et y servaient, à l'instar des antiques chênes, de points de réunion ou de symboles pour le culte divin. Les arbres dans les forêts vierges se développaient en un tel dia-
mètre que des nacelles creusées dans leurs troncs contenaient parfois jusqu'à trente personnes. Les racines de ces arbres se déployaient d'une façon si vigoureuse et à de telles distances que si quelque circonstance les mettait à^ jour, des hommes à cheval pouvaient passer sous les ares-boutants qu'elles formaient. Parmi les arbustes de cette époque, on cite surtout le noisetier. Des herbes médicinales croissaient sur le sommet des montagnes; les femmes, qui dans les temps primitifs exerçaient surtout Fart de guérir, les récoltaient avec soin. On trouvait aussi dans les forêts les principales essences à fruits, telles que les myrtilles, les airelles rouges, les framboises, les groseilles à maquereaux et autres. Les fraises seules ne sont pas mentionnées. Les pommiers, les poiriers, les cerisiers, les pruniers y croissaient également à l'étal sauvage. Lés forêts se trouvaient peuplées de nombreuses espèces de gibier et en partie d'animaux qui ne se retrouvent plus aujourd'hui que dans les forêts vierges de la Russie ou du nord de l'Amérique. C'était le pays originaire du taureau sauvage et de l'élan qui atteignaient une taille gigantesque (1); ils se défendaient ainsi que les ours et les sangliers lorsqu'ils étaient forcés ou blessés ; les Allemands se passionnaient, surtout pour la chasse de ces animaux. Il y avait en outre un animal herbivore, sorte de bison dont les cornes servaient, comme celles du taureau sauvage, à fabriquer des instruments à vent et des coupes. Le renne, qui vivait dans le nord de l'Allemagne, se retira en Scandinavie après que la civilisation eut pénétré dans cette première contrée. Sur les hauteurs des Alpes se tenaient le chamois et le bouc sauvage ; ce dernier ne se rencontre plus que très-rarement dans les Alpes; puis l'ours qui n'habite plus aujourd'hui que le pays des Grisons, et le loup qu'on ne rencontre plus du tout en Allemagne, ou qui, du moins, ne franchit nos frontières que du
(1) Paul Wamefried rapporte le récit d'un vieillard digne de foi, concanumt la taille dn taurean sauva^ (vm^ siècle) : il di^t avoir tué au Kdnigsberg, dans les Alpes de Juliers (au delà du Frioul), un taureau sauvage sur la dépouille duquel quinze nommes auraient pu aisément se coQchar.lesuns à côté des autres, n ne faut toutefois pas confondre ce taureau avec raurochs que Ton reti'ouve encore, tandis que le taureau sauvage (l'urodis) dont u s'agit ici, a complètement disparu.
côté de la Pologne ou des Ardennes. Il y avait aussi le lynx sauvage, le renard, la martre, le putois, la belette, la loutre, le blaireau, la marmotte, le bérissou, le sanglier, une grande quantité de cerfs de haute taille, le chevreuil, le lièvre et toutes les espèces d'oies sauvages qui n'habitent plus nos forêts actuelles qu'en nombre restreint. Dans les plaines se trouvaient la gelinotte blanche et loutarde; dans les mçnlagnes peu élevées, le coq de bruyère, le coq des bois, la gelinotte des bois et la grive ; dans le voisinage de la mer, le pélican et probablement aussi, parmi les oiseaux de passage, la grue, la cigogne, lalouette, le pinson et dautres petits oiseaux chanteurs, tandis que le rossignol, la caille, rhirondelle et le moineau ne s'acclimatèrent en Allemagne qu'après que la culture y fut venue du midi. Parmi les nombreux oiseaux de proie qui se nourrissaient de gibier et~ contribuaient à purifier l'air, en consommant aussi les cadavres d'autres animaux, on cite l'aigle, le vautour, \& corbeau, la pie, le milan, l'autour et l'épcmer. Ces trois derniers appartenaient à l'espèce des faucons très-estimés chez, les Germains, qui les dressaient pour lâchasse. On utilisait surtout les faucons pour la chasse aux hérons .qui, se nourrissant de poissons, en diminuaient les espèces et dépeuplaient, bien plus qu'ils ne le font actuellement, les lacs, les fleuves et les rivières. Parmi les animaux domestiques servant à l'alimentation, on cite le gros bétail, le porc, la chèvre, le mouton et l'oie . Ces deux derniers fournissaient également la laine et la plume employées pour les vêtements et pour la literie. Les oies occupaient une place importante dans l'économie domestique des Germains, bien qu'elles ne fussent pas tenues chez eux en aussi grand honneur qu'au Capitole. Les oies allemandes, les plumes et les duvets étaient expédiés en grande quantité dans l'empire romain. On utilisait les chevaux et les chiens pour les transports, pendant le temps de la guerre et celui de la chasse. Aux époques anciennes, les chevaux avaient mince apparence ; quoique plus petits que les chevaux gaulois, ils étaient très-solides et appartenaient, en quelque sorte, à l'espèce actuelle des chevaux de labour hongrois et russes; c'est ce que prouvent les bridons "trouvés dans les tom-
I)eaux. Dès les temps les plus reculés, les Chauques et les Teuchtèr: s lurent renommés pour leurs haras et pour leur cavalerie. Il existait alors encore des chevaux sauvages. Il paraît qu'après la migration des peuples, la race chevaline setait peu à peu ennoblie. Le duc des Thuringiens, Hermanfried, iît présent à son beau-père Dietrich, roi des Ostrogoths, de plusieurs chevaux blancs ^ont la beauté, lardeur et la célérité excitèrent chez ce prince un enthousiasme qu'il exprima d une façon très-naïve. Les chevaux allemands étaient si recherchés- que déjà Charlemagne en envoya, en guise de présents, à Tunis. Les fouilles opérées dans les eilés lacustres ne nous ont fait connaître qu'une seule espèce do chiens ; mais dans des annales évidemment postérieures à celte époque, il est question de plusieurs espèces de chiens de races si nobles et si variées qu'il no s'en trouvait de semblables ni, en Italie ni en Orient. Nous avons dit déjà que Charlemagne envoya au calife de Bagdad des chiens qui furent employés pour la chasse aux lions. Il y avait aussi à cette époque toutes les raceâ de chiens nécessaires pour les différentes sortes de chasses et dont on ne retrouve plus que de rares exemplaires en Allemagne, en Angleterre, en Russie et en Amérique. Les chiens les plus recherchés étaient les chiens sanguinaires lancés à la piste des hommes ou du gibier; les chiens employés pour les chasses au sanglier, au porc et à l'ours ; les chiens-loups, propres à la chasse au loup et qui se vendaient à un prix très-élevé; enfin, le lévrier, le chien d'arrêt et le chien de berger. Le chat domestique était déjà connu à cette époque.
Les richesses minérales de l'Allemagne ne furent misesT en rapport que lorsque les Romains ouvrirent les mines ; [ jusqu'alors les Germains avaient ignoré l'art de les exploiter. Pourtant des sources minérales et salines révélaient l'existence dos métaux contenus dans le sol. Les sources bienfaisantes de Baden, de Wiesbaden et de Spa furent très-souvent visitées par les Romains. Les sources salines d'où les Germains tiraient celui de leure condiments le plus nécessaire (1), donnèrent lieu à de fréquentes que- Ci) Pour obtenir le sel, ils faisaient évaporer Teau des ^sources sur le charbon de bois et en détachaient ensuite la croûte cristallisée.
ir. 2
relles entre des tribus germaniques qui s'en disputèrent la propriété. Le commerce fournit les premières notions sur la valeur de Tor et de l'argent aux Allemands qui ne retiraient pas ces métaux de leur sol. Il semble toutefois qu'ils aient exploité les mines de fer aux endroits où le minerai était à découvert. Le genre de leur armeaicnt permet de supposer qu'ils ne se trouvèrent pourtant que trèsmédiocrement pourvus de ce métal à l'origine. Les épées
' et les longues lances solidement façonnées» en fer étaient assez rares chez eux, tandis que l'arme généralement en usage consistait en une courte lance terminée par une pointe de fer étroite. Beaucoup d'entre eux se servaient
. aussi de perches durcies au feu. Aux époques primitives,, les armes et les outils étaient faits de bronze et de pierre. Les fouilles opérées dans les anciennes tombes, et dirigéesdepuis fort peu de temps avec ordre, ont démontré que lespremiers outils et les premières armes d'un usage impérieux, tels que le marteau, la hache, le ciseau de sculpture, les pointes des flèches et des lances, les frondes, les pressoirs de grains, les couteaux et les glaives se fabriquaient en bronze et en pierre. On a découvert des débris de plusieure de ces sortes d'outils faits en pierre et surtout en pierre à fusil. Les antiquaires désignent, d'après les divers matériaux employés, trois époques successives de civilisation très-distinctes : l'âge de pierre, l'âge de bronze et l'âge de fer. Nous ne saurions nous résoudre à envisager les choses à ce point de vue- Il est incontestable que l'outil le plus ancien, soit la hache, soit le marteau, conçu d'après la forme du. poing de Thomme, a été construit primitivement en pierre et ensuite en bronze qui fut coulé avant que l'homme se servît du fer; le cuivre se procurait et se maniait plus aisément que ce dernier métal. Nous croyons que dans les derniers siècles de notre ère ces outils étaient fabriqués simultanément en pierre, en bronze et en fer, ayant, que les Allemands eussent appris des Romains l'art d'exploiter les mines ou qu'ils se fussent procuré le fer en une plus grande quantité par le butin de guerre. Il est à présumer que les riches se servaient d'ourils et d'ustensiles fabriqués en fer et que les pauvres employaient les outils ou" autres ustensiles faits en pierre ou
en bronze. Plus lard, lextension que prit le commerce, ledéveloppement de Tac ti vite industrielle, Timportation en Allemagne d objets dus à Tindustrie romaine, mais principalement la diminution du prix de revient, rendirent général lusage du fer.
La construction des maisons était surtout très-simple,, en raison de la pénurie des outils suppléant à la main derhomme, et du manque des matériaux nécessaires. Les maisons n étaient construites en pierre" que dans des circonstances exceptionnelles. G*étaient alors des châteaux- forts^ qui, comme celui de Ségeste et ceux d'Ëresburg et de Siegburg appartenant aux Saxons, se trouvaient utilisés, pour la défense du pays ; mais ces sortes de construction» étaient peu nombreuses. L'aspect du pays et des habitations de cette époque peut être comparé à celui que présentent les maisons et les villages actuels dans nos pays de montagnes.
On peut supposer d*après Tacite que, dans les temps primitifs» la construction des muraillesàancresaitété en usage. Le peu de variété quoifrit durant plusieurs siècles le genre d'habitations des anciens Germains nous autorise à croire que celles de la population rurale ne différaient guère des maisons occupées par les paysans actuels de la Westphalie^ des Alpes et de la Forêt-Noire. La grange distinguait surtout la demeure du paysan allemand de celle des campagnards romains et grecs. Dès Tan 310 avant J.-C.^ le Marseillais Pythéas avait rencontré des granges chez les peuples de la Baltique. Les rigueurs de l'hiver se prolongeant davantage dans les temps anciens à cause du grand nombre des forêts et des marais, exigeaient aussi la construction des étables. Cette circonstance jointe à la difficulté d'amasser dans les greniers de grandes provisions de fourrages , avait dû contribuer à restreindre le nombre du bétail. Les données historiques font supposer, en effet, que le nombre des bestiaux n'était pas aussi considérable chez ces, peuples qu'on s'est plu à le croire jadis. Les Allemands considéraient la propriété d'un bétaiM nombreux comme une condition très-avantageuse et d'après laquelle il était permis d'évaluer la fortune du propriétaii'e, Cétait autour du foyer d'où s'élevait la fumée pour
s'échapper ensuite du toit sans le secoure d aucun tuyau, comme cela se voit parfois encore en Westphalie , que se groupaient les habitants de la maison. L'importance du foyer correspondait en quelque sorte à celle de la famille. Un grand nombre de maisons étaient peintes'en blanc. Les récoltes se conservaient dans des fosses creusées à cette intention et recouvertes de fumier. Ces fosses étaient parfois remplacées par de grandes cavernes qui servaient également de cachettes à l'approche de 1 ennemi. La loi salique dont le texte latin remonte au v* siècle, et l'origine à des événements bien antérieurs à cette époque, ainsi qu'une notice d'Ammien, concernant la campagne entreprise par Julien sur la rive droite du Rhin , permettent d'aflirmer que les habitations des anciens Germains n'étaient pas aussi misérables que des écrivains français nous les ont représentées. Animien raconte que durant l'expédition entreprise à la suite de la bataille des Alamans, près de Strasbourg en Tan 357, les Romains avaient rencontré, sur la rive droite du Rhin, des maisons bâties dans fe style romain, et abondamment pourvues d'animaux domestiques et des ressources de l'agriculture. La loi salique nous autorisée croire que la. ferme du Franc libre était assez bien aménagée. Telle ferme franque se composait d'une habitation (sala, et d'après cela, terra salica, ferme salique), d'une grange, d'un hangar à foin et de diverses écuries. Outre ces bâtiments, la loi bavaroise mentionne une maison de bains, une boulangerie et la cuisine. Le pain , la bière et le savon se préparaient dans chacune de ces maisons. Il fallait qu'il s'y trouvât aussi des fours, des cuves pour brasser, des lavoirs, en un mot, tout ce que réclame feutretien d'une famille. Un quartier spécial et dans les plus grandes fermes une maison particulière était consacrée uniquement à l'usage des femmes ; la mère de famille, à la tête de ses parentes et de ses servantes, y filait et y faisait tisser et confectionner les vêtements de tous les habitant5 de la ferme. La broderie semble avoir été dès loi's une des occupations réservées aux mains habiles des femmes all^ mandes; il est dit dans les anciens mythes (Edda) que les femmes brodaient des tentures sur lesquelles elles retraçaient l'iinage des actions héroïques de ieure époux.
Les bâtiments étaient, comme on les voit encore dans les hauts villages de l'Allemagne et de la Suisse, recoijverts de bardeaux maintenus en général par des pierres ; il est probable que les cabanes les plus misérables étaient, ainsi qu'elles le sont actuellement, recouvertes ^e paille. Lmfluence des Romains a pu contribuer à faire adopter, dans rAllemagne du sud, Tusage de la tuile pour les toits, car déjà la loi bavaroise fait mention des toitures en tuiles et des fours à chaux. Les murailles des habitations seigneuriales étaient souvent aussi recouvertes de bardeaux, telles qu'on en rencontre encore dans les Alpes, dans la Forêt-Noire et dans d'autres pays de montagnes. Les galeries ou berceaux de verdure qui décorent les maisons des paysans de la haute Souabe, de la Suisse et del'Allemanie, étaient dès lors en usage; ils se trouvent mentionnés dans la loi bavaroise. Toute la ferme ainsi que les champs cultivés étaient entourés de clôtures de différents genres : les unes, formées de planches posées en forme de croix, servaient à interdire l'entrée des champs au gros bétail ; les autres, faites avec d'étiroits billots, suffisaient à retenir la volaille dans la cour de la ferme.
La disposition des villages et des fermes en Allemagne excita l'étonnement des Romains ; elle révélait en quelque sorte l'esprit d'indépendance propre à la nation. Les Allemands n'auraient pu souffrir que leurs villages fussent bâtis à l'instar de ceux des Romains dont les maisons s'élevaient en rangées, et serrées les unes contre les autres. Leurs maisons, au contraire, non attenantes à celles des voisins, étaient entourées de cours et de jardins. Ils^avaient coutume aussi d'élever leurs habitations d'une manière t'parse, selon que leur souriait le voisinage d'une rivière, la situation d'un champ ou la proximité d'une forêt. La constitution des fermes et celle des villages étaient conjointement en vigueur, et l'on rencontrait bon nombre de fermes indépendantes des villages. Il est à remarquer que dans telle contrée c'étaient les fermes, dans telle autre, les villages qui prédominaient; mais l'on ne saurait dire si les fermes ou les villages avaient la prépondérance dans tout le canton. L'origine économique du village se rattache à une circonstance remontant à la prise de possession du
pays. Les colons éprouvèrent, en vue même de leur défense, la nécessité de grouper d'abord leurs habitations <[ui formèrent ainsi des villages ; tandis que plus tard seulement et avec raccroissement de la population primitive, les principaux habitants s*en allèrent s'établir plus loin dans la mark et s'y bâtirent des fermes, selon leurs besoins particuliers. Les pays des montagnes nous offrent, aujourd'hui encore, des preuves à l'appui de celte assertion. Les TÎllages s'y trouvent dans celles des vallées qui furent les premières occupées, tandis que les fermes y sont pour la plupart établies sur les hauteurs, lesquelles, à cause de la rudesse du climat et de la stérilité du sol ne furent utilisées «que lorsque les vallées n'offrirent plus d'espace vacant. Il faut toutefois en excepter les vallées marécageuses ou -exposées aux inondations.
Le pittoresque pays qui, depuis les glaciers escarpés des hautes chaînes des Alpes, jusqu'aux vagues tumultueuses de la mer du Nord, offrait cette riche succession de montagnes, de vallées, de plaines, de fleuves, de lacs, de fertiles •campagnes et d'immenses forêts vierges dans lesquelles des vapeurs de l'atmosphère, se condensant, allaient ensuite alimenter les eaux durant les temps chauds et produisaient ce climat tempéré le plus favorable au développement phy- .^ique et intellectuel de l'homme, ce pays privilégié était devenu celui d'un peuple qui, à la faveur de toutes ces conditions, devait s'élever à un degré de développement supérieur à celui des peuples de l'antiquité.
Les notions que nous ont laissées les Grecs et les Romains, ces adversaires des Germains, prouvent à quel point la beauté (1), la haute stature, la force, l'indomptable
(1) Des écrivains grecs et romains remontant au vi« siècle pronjent
que aepuis environ sept cents ans des liermains s y rtitre d'eâclaves. beda rapporte oans son histoire de TEgUse, un trait érnonvsinti Peu de temps après que les Saxons s'étaient emparés de la Grandefiretagne, de jeunes Anglo-Saxons furent envoyés à Rome, poar y être ^vendus sur le marché aux esclaves. Remarqués pour leur beauté et ipier TOgés par Grégoire le Grand au siyjet de leur origin^ ils répondirent qirils étaient Angles. Faisant un jeu de motis,le prélat dit:/< Ils ost jt vraiment un asnect angâique (Ajigelicam faciemj; c*est ainsi que doi- 7» vent être leurs nrères, les anges du Paradis. » Le saint pénétré d*afBic- .tien à la pensée qu*un tel peuple se trouvait encore dans les ténèbres du I paganisme, envoya dans la Grande-Bretagne des missionnaires qui réos* .sirent bientôt à y introduire le christianisme.
icourage, la sauvage ardeur, rinfeelligence supérieure des <ierniains provoquèrent leur étonnement. L éclat de leurs yeux bleus, Taspect de leur ondoyante chevelure, leur visage blanc et rose, la vigueur de leurs membres excitèrent leur admiration (1). Jamais, pour autant qiic Ion puisse s'en rapporter au témoignage de ses adversaires, un peuple n*avait fait, selon eux, une aussi éblouissante apparition 5ur la scène du monde. L'œuvre de la civilisation était, il est vrai, inconnue aux Germains, Disposant de ressources restreintes, privés de tous les avantages qu'avait pu procurer aux peuples méridionaux une période de culture remontant à plus de mille ans, ils osèrent néanmoins se mesurer avec les Romains, dominateurs du monde. En se représentant le choc de ces deux peuples, il semble d'abord
(1) Dans maintes narrations de combats faites par les Romains, il est 'question dn feu da regard, de Timpëtuosité et de la haute taille des Germains. Les squelettes trouvés dans les anciens tombeaux, dans ceux surtout de répoque mérovingienne, confirment certaines assertions des Rojnains à cet ^^rd. Les Germains avaient en moyenne une taille haute ide 6 à 7 pieds, à laquelle n'atteint plus que la minorité des habitants •dans les pays où la race gci^anique prédomine. Il ne faut pourtant pas en Ciselure que la race ait physiquement dégénéré. Les armures du moyen tvgc prouvent que depuis environ 500 ans, la taiUe des Allemands n'eet pas en décroissance. Les améliorations introduites dans le ^enre des habitations, dans le mode de nourriture et dans le traitement médical ont été favorables aux Allemands contemporains. Ce fait est prouvé par ies armures du moyen âge qui Font en moyenne trop petites et trop étroites pour la génération actuelle Tout inspecteur d'arsenal ou tout «urveill^t de salie d'armes pourrait constater la vérité de cette assertion. Ce fait s'explique aisément : avant qu'une nation ait atteint un certain degré de cnlture, la science médicale y est restreinte et tous les individus d'une •complcxion délicate meurent inévitablement durant la première enfance; les plus robustf's seuls atteignent l'âge d'adulte, après avoir crû vigoureusement et s'être fortifié le corps par les exercices {physiques et par un séjour constant en plein air. Le genre de vie étant uniforme, presque tous les individus d'une même tribu ou d'une même nation ont une élévation de taille à peu près ésale. Mais dès que les progrès de la culture ont amené la ^vision du travail, on constate une échelle de gradation pour le développement physiçiue des hommes. Arrivés à cette i)ériode, les uns travaillent davantage intellectuellement, les autres, mécaniquement, ceux-ci ^'occupent en plein air, ceux-là dans les habitations; divers travaux aussi «exigent la mise en activité de telle partie du corps, aux dépens de telle autre. Cette inégïilité n'accroît encore pendant les générations suivantes ; mais l'ensemble du développement du peuple se trouve par là même ifavorisé. La somme de forces intellectuelles acquises par des efforts d'un ordre supérieur vient augmenter le capital intellectuel et matériel de la nation. Si l'élévation du développement intellectuel amène une dépré- •ciation pour les forces physiques et pour l'élévation de la taille chez les individus, elle produit d'autre part un plus gnxnd nombre d'hommes intellectuellement mieux doués que jadis. Rappelons-nous les efforts exigés «urtout pour certains métiers. Les athlètes donnent des preuves évidentes de la supériorité de leur force sur celle de nos ancêtres.
que i on ait, devant soi, un pauvre hère, dénué de tout sa« cours, aux prises avec un adversaire vigoureux, en un mol un homme désarmé luttant contre un homme armé. Mais, trompant toute prévision, semblables à un torrent impétueux qui rompt ses digues, les Germains se précipitèrent sur lempire romain, répandant sur leur passage la destruction et la mort. Il arriva que ce torrent, rentré dans ses limites, après avoir laissé le germe de nouvelles configuralious, avait fécondé les contrées traversées par lui. C'étaient les barbares qui, après avoir sommeillé intellectuellement pen- Jant des milliers d'années, initiés maintenant à la civilisation romaine, n aspiraient plus qua remplir leur vocation. Il est à remarquer que ces peuples, quoique se trouvant à un degré inférieur de lechelle sociale, révélaient néanmoins par leure mœurs et leurs coutumes judiciaires les plus nobles aptitudes qui, dès l'origine, les placèrent, en tant qu êtres humains, au-dessus des Romains et des Grecs civilisés. Leur constitution politique et leur jurisprudence, dout nous parlerons plus tard, contenaient, en principe, le germe du plus haut développement. Leurs aspirations à une civilisation plus éfevée se manifestaient par la position exceptionnelle faite chez eux à la femme. Ce furent ces peuples qui lés premiers Tenlevèrent à 1 état d'abaissement dans lequel elle avait été maintenue durant tqute lantiquilé et chez les Romains eux-mèmes.Le jugement de la femme fut tenu en si grande estime dans le domaine de la politique que fort souvent des femmes remplirent im rolo important dans la vie officielle des Allemands (1). Elles se sentaient si bicu les égales des hommes, qu elles ne leur permettaient pas dô les surpasser par le courage, et qu'à l'heure du danger,
(1) Dans une s^Since du concile de Nantes tenu probablement Tan (J(JO, la participation des femmes à la vie ^mbUque fut sévèrement blâmée. Le concile défendit aux femmes d'assister aux assemblées nation&les et aux séances de justice. '*■ Klles embrouillaient, y fut-il dit, les affiiùres de j, TEtat et nuisaient aux intérêts publics, plus qu elles ne les servaient n n était maUéant de laisser les femmes b'immiscer dans les affaires con- 7t cernant le» hommes et de tolérer leur présence dans les assemblées n publiques, comme si cUes y avaient droit de si^e et de vote. Elles den vaient rester au logis, y surv^eiller leurs servantes, filer, tisser et se n livrer à d'autres occupations manuelles, n Le concile défendit à toute reUgieuse, fille ou veuve de paraître aux assemblées publiques ou anx séances de justice ; à moins d'y être appelées par le roi, le duc ou Tévéque, elles ne pouvaient s'^ rendre que si aes affaires y nécessitaient leur pré* sence et encore devaient-elles en recevoir Tautorisation de leur évêqoe.
elles aifrontaieni les champs de bataille. Cette circonstance peut avoir donné lieu à la tradition des Amazones, chez les Germains de Test. Lepée au poing, elles repoussaient au combat leurs époux, leurs fils, leurs frères, dès que leurs rangs étaient mis en déroute par lennemi. L'histoire constate que, depuis Tépoc^ue des Cimbres et des Suèves jusqu'à la mémorable victoire des Ditmarses et la guerre d'indépendance contemporaine, beaucoup de femmeà trouvèrent une mort héroïque durant les guerres nationales. Le nombre en fut trop grand pour que ce fait, rarement mentionné chez d'autres peuples, ait attiré sur lui une attention spéciale, car il ne s'est point encore rencontré de poètes pour ces héroïnes moins favorisées à cel égard que la puceîle d'Orléans. « On raconte, dit Tacite, que sou- » vent l'ordre de bataille menacéde se trouver ébranlé, ou » mis déjà en déroute, est rétabli par les femmes des Ger- » mains. Celles-ci se jettent au-devant des hommes qui )) fléchissent, et les supplient, en termes émouvants, de se » rappeler les dangers de l'esclavage qu'ils redoutent plus i> pour elles que pour eux-mêmes. Cette même considéra- » lion décide souvent à conclure la paix, les nations dont » les filles de distinction se trouvent parmi les otages. » Les Allemands reconnaissent aux femmes un certain » caractère sacré et prophétique. »
L'impureté était sévèrement punie chez les Germains. Les mariages, considérés comme des liens sacrés, ne se concluaient qu'après mure réflexion. La rupture du mariage provoquée par l'infidélité de la femme entraînait pour elle la peine de mort, quoique ce châtiment ne fût point appliqué aux meurtriers, mais seulement aux traîtres à la patrie: Des peines très-sévères étaient prononcées contre les mésalliances afin de conserver la pureté de la race dans toute son intégrité (1).
L'esprit d'indépendance porté à l'excès était un des
(1) Ces lois furent sévères chez tons les Germains qui, comme les Visiffotns, s'établirent sur le territoire romain. Il était d'usage que la ûUe aun homme libre, qui épousait un serf, perdît la liberté. La loi des Francs Hipuaires ordonnait au roi on au duc de remettre une épée et nn fuseau à la fiUe de tout Franc libre qui, contre la volonté de son père, voulait épouser un serf ou un esclave, oi eUe choisissait Tépée, elle tuait son amant ; acceptait-elle le fuseau, elle tombait avec lui dans la servitude.
traits principaux du caractère des Germains; il trouva son expression dans le droit du défi (Fehdercchl) et dégénéra plus tard en abus par Tinstitution du duel. Cette disposition présenta, à côté de grands avantages, de non moindres inconvénients : l'esprit d'indépendance amena, conjointement avec lamour de la liberté, Fesprit de désunion et de division.
Tout Allemand ayant atteint sa majorité était autorisé, ou, pour mieux dire, contraint à porter les armes et à les employer à la défense de son droit. La prise d armes était un acte si important dans la vie de Thomme qu'on en faisait l'objet d'une solennité toute particulière. Dès qu'un jeune homme avait atteint l'âge viril, il recevait, dans une assemblée nationale publique, le bouclier et l'épée des mains du prince du canton, de son père ou d'un proche parent. De sérieux devoirs incoml)aicnt dès lors au jeune homme jusqu'alors simple membre de sa famille ; il devenait citoven de la communauté nationale et se trouvait admis à prendre part aux votes. L'honneur qui se rattachait au droit de porter les armes, l'habitude de surmonter les dangers, l'exercice de la chasse, du duel, de la lutte ou de la guerre donnaient aux Germains cette intrépidité et cette confiance qui les aidèrent à triompher djes dominateurs du monde.
En terminant cette esquisse, nous devons néanmoins reconnaître que les premières manifestations du penchant de ce peuple pour le travail et la culture qui amena la colonisation de la terre et inaugura l'époque d'une culture supérieure à toutes les civilisations précédentes, ne se traduisirent d'abord chez lui que par un grand désir de se procurer d'une manière violente des terrains et de l'argent, ainsi que par une soif effrénée de conquêtes. Les Germains se montrèrent, il est vrai, avides de pillages; mais si, outre l'épée à la faveur de laquelle ils conquirent de nouvelles contrées, ils n'avaient aussi employé la charrue, sans nul doute, cette race ne fût point parvenue à faire éclore de son sein la nation intelligente dont le système politique, fondé sur le principe de la liberté du travail, tend à s'affirmer de plus en plus.