SS
Les poids.
Nous aborderons d'abord lanalyse des poids, des monnaies et des mesures qui furent en usage à cette époque et dont il est indispeusabte de se rendre compte pour pouvoir apprécier exactement la situation intérieure du peuple.
Les plus anciens historiens romains et grecs ne nous ont laissé aucune indication concernant les poids employés * par les Germains. Lorsque les Francs conquirent les Gaules, ils trouvèrent chez ceux-ci les poids romains qu'ils conservèrent ainsi que bien d'autres institutions particulières aux Romains (l'impôt, la douane, etc.). La livre romaine n'a pu être jusqu'à présent qu'approximativement évaluée. Les calculs les plus admissibles sont ceux de Bôckh (adoptés par Moramsen) qui évallue le poids delà livre à 6,465 grains parisis, et ceux de Leblanc de la Nauze et de Bureau de Lamalle; ces deux derniers évaluent la livre à 6,444 grains parisis; cette donnée parait la plus acceptable. La livre romaine de 6,444 grains ou de 326 grammes fut en usage dans les Gaules pendant toute l'époque mérovingienne, jusqu'à celle de la domination des Francs de l'est sur les NeustrienSs Depuis cette grande évolution politique, à la suite de laquelle les Francs de l'est acquirent la prépondérance, et à dater des règnes de Pépin le Bref et de son fils Gharlemagne,*un nouveau poids fut introduit; il contenait un quart de plus que le poids primitif, c'est-àdire 7,680 grains ou 408 grammes. La livre se divisait en 42 onces; 72 ou^ vraisemblablement 75 livres représentaient une pense. Cette livre si pesante était sans nul doute en usage aussi chez les Francs de l'est, car c'était la livre germanique.
Le docteur Soetbeer, recherchant plus loin encore l'ori-
gine de ce poids, acquit la conviction, comme il nous laffirma lui-mcme, que cette livre correspondait à celle des anciens Saxons, et il en concluait qu elle provenait du Nord. Les anneaux d'or trouvéssouvent dans les fouilles du Nord et dans le territoire de la Vistule et que des antiquaires considérèreirt pendant longtemps comme des objets ayant tenu lieu de numéraire, cette conjecture devenue vérité, à savoir que les Phéniciens allaient chercher lambre jaune sur la Baltique, à la faveur d une route commerciale traversant le pays, enfin les caractères runiques qui,àlasu.ite de ces relations commercialps, sont issus de l'alphabet grec, sont autant de raisons qui amenèrent M. Soetbeer à se demander si ces anneaux n'étaient pas donnés 1 jadis en échange de' lambre jaune. Si cette supposition est / juste, ces anneaux avaient dû représenter un poids déter- / miné et provenir des bords de la mer Noire ou de TAsie j Mineure. De plus minutieuses investigations faites dans les sources grecques ont donné la preuve irrécusable que la livre employée dans ces temps-là sur les bords de la mer Noire correspondait à la livre des Francs de l'est; on peut en conclure que les Germains primitifs se servaient, dès les temps les plus reculés, de la livre introduite plus tard chez les Francs par Pépin et par Charlemagne et. que les Grecs la leur avaient transmise par la voie commerciale, à moins qu'ils ne l'eussent importée avec eux, lors de leur émigration des bords de la mer Noire.
L'argent.
Tacite dit : « Le meurtre était puni d'une amende payée » en une certaine quantité de bœufs et de génisses. Les » Germains attachent une grande importance au bétail qui » est à peu près leur seule et leur plus précieuse richesse.
» Il me serait difficile de décider si la faveur ou la » colère des dieux leur refusa Tor et rargent. Je ne » me hasarde pas non plus à affirmer sil se trouve, » en Allemagne surtout, des filons d or et d'argent. Car j) qui a cherché à le savoir? Au reste, les Gerftiains atta- » chent peu d'importance à la possession et à remploi de » ces métaux. On trouve chez eux quelques vaisselles en » argent données en présents à leurs ambassadeurs ou à » leurs princes, mais ils n'en font pas un plus grand cas » quesi elles étaient en argile. Les habitants des frontières )> romaines estiment toutefois beaucoup l'or et l'argent, à » cause des relations commerciales, et acceptent certaines » monnaies romaines ; mais ils préfèrent à tout autre le nu- » méraire connu depuis longtemps, c'est-à-dire nos mon- » naies ornées d'un double attelage et d'une guirlande y> dentelée. Ils reçoivent aussi plus volontiers les mon- » naies d'argent que les monnaies dor; les premières » sont plus commodes pour l'achat de diverses petites » marchandises. Les habitants de l'intérieur du pays se » servent, au contraire, de l'ancien et simple système de » l'échange. »
Cette donnée de l'historien romain nous permet d'apprécier assez exactement la situation du commerce. Il en résulte qu'aux époques les plus reculées, les Allemands employaient encore pour le commerce, à l'intérieur du pays, le système primitiCde l'échange et que les objets dont ils se servaient pour cela, consistaient en bétail et autres choses de première nécessité; d'autres notions spécifient les armes, les esclaves, les pelleteries et l'ambre jaune. Les fouilles opérées récemment ont permis d'assigner même une portée plus étendue aux appréciations de l'historien romain. Les bracelets et les colliers trouvés dans les tombeaux du nord- et du nord-est de l'Europe, d'anciennes légendes et d'autres documents provenus du Nord prouvent que ces objets fabriqués en or étaient acceptés dans ces contrées en guise de payement ordinaire.
I^es bracelets de cette époque, formés de longues spirales, servaient à onier ou à protéger le bras. On les séparait parfois en morceaux plus ou moins grands, selon la nécessité, soit pour le trafic, soit pour en faire des pré-
sents. C'est ainsi que certains princes du Nord, signalés pour leui générosité, reçurent le nom çle « Casseurs d'anneaui » (Ringbrecher). Ces anneaux d or, ou pour mieux dire Tor qui servait pour cette sorte dé bijouterie, semble avoir été importé de la Grèce et de l'Asie Mineure dans le Nord, àloccasion du commerce del'ambre. La plus ancienne monnaie commerciale connue ressemble , pour la formé, à nos lingots d'or actuels. Cependant, on a retrouvé aussi de fort anciennes monnaies grecques et égyptiennes. Les fouilles pratiquées dans les tombeaux de rÂUemagne du Sud nous ont fait connaître une monnaie d'or, ayant la forme d'un denier creux, ou d'un petit plat (en forme d'arc-en-ciel) décoré de têtes d'animaux, de soleils, de demi-lunes, d étoiles, de triangles, de petites sphères, de fers à cheval, etc. C'était, à coup sûr, une monnaie de commerce frappée par les Grecs (non par les Celtes), dans cette forme primitive ; cette monnaie, la mieux connue de leurs chalands du Nord, devait inspirer plus de conûance. Cette même considération prévaut encore en Autriche, où l'on conthiue à frapper des ducats et des thalers, au millésime de Marie-Thérèse, en vue des besoins du commerce avec le Levant. Toutes les autres fouilles dans le sol n'ont mis au jour que des monnaies appartenant à des époques postérieures. On a trouvé jusque sur les bords de la Baltique des monnaies romaines, grecques et même a^'abes. Tacite dit ainsi avec raison que les Allemands n'avaient pas de numéraire qui leur fût propre et qu'ils ne connurent le système monétaire que par les Romains. (et par les Grecs).
U faut donc s'en tenir aux monnaies romaines si Ton veut s'initier au système monétaire en usage chez les Allemands du moyen âge. La monnaie usuelle des Romains, sous l'empire, était l'aureus solidus qui jusqu'à l'époque de Constantin contenait 1 % livre d'or ; mais après le règne de ce prince, on monnaya 72 solidi, d'une livre d'or fin. Chaque solidus (sou) contenait 85 Mt grains parisis, soit : 12 tvincs 25 centimes.
Un solidus contenait cent sesterces ou quarante deniers de l'époque franque postérieure.
Après la conquête des Gaules, les Francs conser>'èrent
— 27 — * d'autant plus volontiers le système monétaire établi dans ces contrées depuis plusieurs siècles, qu ils* ne se servaient eux-mêmes , pour leur commerce à Tintérieur de leur pays, que des monnaies romaines partout en usage pour les besoins du commerce. Les pièces d'or romaines avaient cours jusqu'en Perse ou le roi ne fit frapper des pièces d'or, à son effigie, que parce que celles qui portaient rimage des empereurs restaient, en quelque sorte,
comme un svmbole de l'ancienne domination romaine uni-
verselle. Les transformations s'opèrent lentement dans le commerce ; la monnaie romaine prévalut longtemps encore après que la puissance de Rome eut disparu (4). '
Les rois francs, dès après la mort de Clovis, s'inquiétant peu de l'étiquette de l'empereur byzantin, firent orner les monnaies de leur propre effigie.
Les principales monnaies usitées pendant une période de cinq cents ans, sous les Mérovingiens et les Capétiens, étaient : la livre d'or ; le solidus d'or (solidus aureus ou simplement, solidus, aureus, le sou, le schelling); le triens (ou tremissis, tiers du solidus d'or) ; la livre d'argent, le solidus d'argent (schelling); le tremissis (tiers du solidus d'argent) et enfin le denier.
La livre d'or, la livre d'argent et le schelling d'argent, n'étaient employés que comme monnaies de. calcul. Le florin de l'Allemagnie du sud ne fut également jusqu'en 1836 qu'une monnaie fictive. Le schelling d'or (solidus), le triens (tiers d'or) et le denier d'argent étaient évidemment des valeurs monnayées. Le schelling d'or contenait* 40 deniers; le tiers d'or, 13 Vi, et le schelling d'argent, 12. 11 y avait deux sortes de solidi, mais une seule sorte de denier. Celui-ci doit être considéré comme la monnaie principale, particulière aux Francs. Pour pouvoir apprécier exactement 1^ valeur attribuée à l'argent, à chacune des diff'érentes époques, il est nécessaire avant tout, d'être fixé sur la contenance métallique du denier. Ce calcul n'est pas chose facile, le poids ayant subï
(1) Procope dit même (Goth. Krieg. III, 33) que Tempereur romain seul à rezcluaion de tons autres princes, alors même que^ ceux^i eussent eu, en leur possession, des mines d*or. se trouvait autorisé à décorer les monnaies a\>r de son effigie; les barbares mêmes n*en auraient point accepté d^autres pour le commerce.
plusieurs variations. En labsence d'un poids normal et d'une jauge fixe pour les mesures, ces variations étaient inévitables. De plus, l'abus généralement établi de rogner les monnaies et l'usage d'appliquer l'estrapade aux coupeurs de monnaies, ainsi que l'irrégularité des poinçons, nous font supposer que la valeur conservée au denier de nos jours sest trouvée soumise à de grandes vacillations. Le poids du denier de l'époque mérovingienne varie entre 46 et 27 grains parisis. Un historien aquitain dont le nom n'a pas été conservé écrivait, en l'an 845, que 300 deniers ou 25 solidi équivalaient à l'ancienne livre. La pesante livre allemande ayant été introduite à l'avènement des Carloviogiens, il va de soi qu'il s'agit là de la livre romaine. Celle-ci contenait, d'après le calcul de Bôckh, .6,465 grains parisis; mais, d'après le calcul indiqué plus haut et correspondant mieux au système monétaire en général, elle devait contenir 6,164 grains parisis. Si cette livre contenait 300 deniers, le denier devait avoir à son tour une contenance d'environ 20 ^A grains (4). La valeur métallique du denier était très-subtile, car il ne contenait que \i\- d^alliage.
(1) Nous croyons pouvoir nous en rapporter pour ce caJcuJl aux minutieuses recherches faites par Guérard, dans le Comm. Z. Polvptychon ' Irmononis (registre du cloître Saint-Gernaain tenu pax Tabbe Innino; c'est la source d'éconondie politique, remontant à 1 époque de Charlemagne, la plus importante. Le texte de ce registre n'a été publié qu'en 1836 et commenté qu'en 1841). Guérard a exanuné ou a fait examiner pax d'autres presque toutes les monnaies trouvées, et en a fiait déterminer le
Soids. Il chercha ensuite à fixer, par le poids moyen, le contenu It^des eniers appartenant aux diverses époques. Cette tâche est parfois trèsdélicate; car tandis que le contenu légal ne devait être que de^O^tgrùns
présentent aussi moins de dinicultes pour étude, que les deniers s'élevant à 26 et 27 grains parisis, leur moins value pouiTaii s'expliquer par la détérioration. Cette circonstance fait présumer a l'auteur de l'histoire des monnaies allemandes, le docteur J.-il. Mûller (Leipzig, Weigel, ISfîO), que Ton se servit, durant la période mérovingienne, de la pesante livre allemande pour l'évaluation de l'argent et que la contenance du denier avait été nxée légalement à 26 grains. Pour arriver à ce chiffre, il admet l'évaluation de la livre romaine à 6,1 6'» grains et porte la livre des Francs de l'est, à 7,706 grains. Mais ce chiffre ns résoud pas la difficulté, car il manque toujours un S' de grain pour complu ter le nombre 26. Il est vrai que Mûller considère cette diiftTence comme trop insignifiante pour qu'il en soit tenu compte. Gué^rd aussi se voit obligé de retrancher un grain de son poids moyen. Toutefois, nous ne pouvons nous contenter de cette hypothèse, qui établit deux sortes de livres : la livre romaine, pour les monnaies d'or et la livre des Francs de
Le schelling d*or, qui, sous Constantin, pesait encore 85 ^i grains parisis, se trouva monnayé par les Mérovingiens à une valeur plus restreinte, soit à 70 \4 grains. Le poids moyen du tiers d or portait 13 \i grains.
La valeur moyenne du denier qui était sous Charles Martel de 20 li grains, fuk plus élevée squs le règne de Pépin. Tandis que jusqu'alors, une livre d'argent fournissait 25 solidi, la division de la livre sous Pépin ne donna plus que 22 solidi, de sorte qu'à cette époque, deux différents deniers, l'un, d'une contenance de 20 \4 grains, lautre, d'une contenance de 23 Vi groins, se trouvèrent Simultanément en circulation. A peine un denier plus léger eut-il fait place à un denier plus pesant, que celui-ci ftit remplacé à son tour par un denier plus pesant encore. Charlemagne ordonna même qu'à l'avenir 20 solidi seulement fussent monnayés hors d'une livre et que la livre des Francs de l'est, pesant environ un quart de plus et qui déjà, sous Pépin, avait eu cours conjointement avec les anciennes monnaies pour le commerce des Francs de l'ouest, devînt le poids légal pour tout l'empire deis Francs; il fixa à 32 grains la contenance du denier. Le poids moyen du denier, à cette époque, n'était que de
Test, pour les monnaies d*argeni. Le fait^ qu*il y eut des deniers contenairt une 'plus grande valeur, ne prouverait pas pourtant que la contenance légale n'ait pas été la contenance movenne^ alors même que ceUe-ci ne correspondrait pas davantage à Ilopinion très-admissible de Técrivain aquitain au sujet de la division des monnaies. Au premier aspect, il semble logique que le denier le plus lourd doive être considéré comme le denier normal ; d'autres deniers pouvaient avoir été rendus plus légers par la détérioration ou par la rognure. Mais si nous examinons les monnaies des Carlovingiens^ nous trouvons, parmi celles du règne de Charlemagne, des deniers ayant une contenance lé^e de 32 grains, mais pesant en réalité seulement 30 ^^qo ffrains, et d'autres qui pèsent 83, 34. 35 et même 36 grains. Ce fait, •dont MMler n'a pas tenu compte oans ses recherches au sujet des deniers mérovingiens, suffit complètement pour faire attribuer l'existence de deniers plus lourds sous les Mérovingiens à une autre cause qu'à l'introduction de la lourde livre des Francs de l'est, qui, introduite sous Pépin le Bref d'abord chez les Francs de l'ouest n'eut cours que sous le règne dç Charlemagne, dans tout l'empire. Aucun motif ne nous engagàint à rejeter le caIcuI de l'historien aquitain, nous devons admettre celui deGuérard, tout en reconnaissant qu un calcul absolument exact de la livre ainsi que de la contenance du denier n'est pa^ possible; les anciens n'avaient point'fixé le poids légal d'après des principes scientifiques (comme est, en France, le centimètre cube d'eau distillée)^ les grandes vacillations qui se produisirent inévitablement et que nous avons rappelées, non-seulement s'expliquent, mais étaient inévitables.
30 ®%)o; la diminution de sa contenance s'explique par nos observations précédentes.
L'évaluation fixée par Gharlemagne fut maintenue par ses successeurs.
Le solidus d or reconnu par la loi ripuaire, mais aboli par Pépin , disparut peu à peu du cours et la monnaie d argent seule domina pendant une plus longue période. En Tan 864, ledit de Pitres, rendu sous le règne de Cbarles le Chauve, fixa la valeur de largent, par rapport à celle de lor, comme : 1 à 12, alors que sous les Mérovingiens, il avait été fixé comme : 1 à 12 % (1).
La contenance légale absolue du denier était sous les Mérovingiens de 23 ^Vioo centimes, sous Pépin de: 26 ^*Xoo centimes, et sous Gharlemagne de: 36 ^^îoo centimes. La valeur métallique absolue du solidus dor était sous les Mérovingiens de : 9 francs 28 centimes. Gharlemagne établit l'uniformité des monnaies, des poids et des mesures dans tout lempire franc et introduisit l'argent franc aussi en Saxe et en Frise où Ton conserxa néanmoins diverses manières particulières de compter. Les Saxons se servaient de deux sortes de solidi : l'un, le plus pesant, contenait: 3 trémissesou 12 deniers; l'autre, plus léger, contenait : 2 trémisses ou 8 deniers. D'après un ancien code, ce dernier denier représentait la valeur d'une génisse d'un an ou celle d'une brebis avec son agneau ; ce code assimilait la valeur du premier de ces deniers à celle d'un bœuf de seize mois. L'argent était encore si rare en Allemagne, que les amendes ou Wehrgeld se payaient indijfféremment en une somme d'argent déterminée ou en un nombre stipulé de bestiaux ; on suivait ce même usage pour le trafic.
L'évaluation des monnaies frisonnes présente le plus de difficultés. Le voisinage de la mer avait facilité antérieurement le développement de la navigation et des relations commerciales, car les manteaux en drap et les mouclioirsà carreaux frisons se trouvaient exportés depuis Icmgtempseu
(1) Proportions de râleurs très-variables dans Fantiqnité ; dles Tarière&t de : 1 à 10, à 11, à 13, et jusqn^à 18. En 1847, eUe« ae tronvaimit comsie : 1 à 15 9^; en 1855, comme ; 1 a 15 J^ ; en 1860, elles descendaient oomnie : 1 à 15, tant Tinfluence des découvertes des mines de la Galifomie et de TAustralie se faisait déjà sentir.
Orient. Cette circonstance fit que l'usage de Targeot s'introduisit en Frise plus tôt que dans Fintérieur de rÂUémagne. Mais soit que les anciennes monnaies frisonnes eussent été romaines ou autres, la mise en vigueur du nouveau talon monétaire carlovingien dut s y heurter à de trèsgrands obstacles. Trois sortes de monnaies se trouvaient simultanément en circulation en Frise; oU' se servait presque exclusivement de lune dans la contrée comprise entre le Wéser et le Laubach, de l'autre dans les contrées entre le Laubach et la Fiée et euQn de la troisième dans les contrées entre la Fiée et le Sinkfal. J. G. A. Wirth opine à croire que la loi frisonne confond souvent le solidus avec le denier, et que lorsqu'elle dit que le solidus frison contient dans le premier de ces districts: 2, dans le second district: 2 ^A et dans le troisième district: 3 nouveaux deniers, il est probable qu'elle fait allusion au denier en usage jusqu'alors en Frise. La monnaie la plus usuelle contenait : 2,2 Va et 3 des nouveaux deniers francs. C'est ainsi seulement que s'explique le calcul du wehrgeld.
Pépin fixa à 1 solidus rimpôfr^ur le monnayage, lorsqu'il ordonna que 22 solidi fussent monnayés au moyen d'une livre d'argent.
Si nous rencontrons des difficultés pour assigner avec une certaine certitude une valeur intrinsèque aux monnaies de l'empire des Francs, il nous est plus difficile encore de déterminer la valeur relative, ou valeur marchande de l'argent, par i^apport à nos prix, surtout celle du denier à laquelle il faut de préférence nous rapporter. Guérard s'aide du judicieux principe économique du prix des céréales et compare le prix maximum fixé par Charlemagne lors de la diète tenue à Francfort en 794, aux prix moyens de notre époque ; car, comme l'indique Adam Smith, le prix des céréales, quoique variant selon les années productives ou stériles, est toutefois la meilleure jauge pour les longues périodes ; en effet, les prix de celles des céréales qui fournissent le genre de nourriture le plus indispensable, indiquent exactement les limites au delà desquelles ne peut descendre le prix d'entretien de l'ouvrier.
D'après le calcul de Guérard, la valeur actuelle de Tar-
gent serait de 9 y^o inférieure à celle de l'argent au Yiii*' siècle. MûUer et Moue (4) réfutent ce calcul. Leurs objections ne sont toutefois pas acceptables, économiquement, tandis que le calcul de Guérard peut, comme nous allons essayer de le faire, se démontrer en s'appuyant sur d'autres preuves encore.
Le travail ou, pour mieux dire, le salaire du travail offre un étalon non moins important que les céréales ; il est, à la vérité, diflicile de s'en servir bien exactemeut pour ces époques-là, car le travail exécuté de nos jours par des ouvriers salariés, l'était jadis par des esclaves et
(1) Mone dit : ^ Les choses de première nécessite, comme le pain» ont
prix, jue pain était, aax epo<iaes „ vingiennes, aussi nécessaire qu il Test aujourd'hui ; il pouvait se vendre 1» moins cher, ^rcc que le nombre d'hommes et la circulation de Targent n étaient inférieurs a ceux de nos jours. C'est pour ces motifs <^ue le prix n plus élevé actuellement du pain ne prouve pas que le pain soit plus nén cessaire à la consommation qu'il ne le fût à cette époque, mais il » prouve ({ne nous avons plus de numéraire et que la circulation en est ;, plus active, circonstances qui amènent la hausse des prix. »
La donnée précédente témoigne précisément en faveur de Tassertion de Guérard; toutefois cette appréciation de la valeur et du prix n'e^ pas exacte, car Mone confond la valeur usueUe avec la valeur marchande et la valeur marchande avec le prix. Rien ne sera changé d'il se trouve moins d'argent, moins d'hommes et une moindre circulation d'argent, car le mp-
Sort restera le même. Le chiffre de la population, l'argent et la circulation e l'argent peuvent réciproquement neutraliser leur action, sur les prix, chaque foia qu'ils baissent ou haussent simultanément. L'Angleterre, par exemple, qui a moins de numéraire que la France a pourtant un plus grand commerce et offre par là même des prix plus élevés dans le commercé de détail. Plus loin, Mone oppose au calcul de Guérard concernant les prix (au vm® siècle) des arpents de terre, c'est-à-dire des propriétés rurales situées sur le haut Rhin, le calcul suivant. En l'an 780, une ferme avec
rie,avait
Enl'an __,
Ces deux habitations auraient été payées, selon le calcul de Guérard, à 14,000 f. et à 560 f. d'après la valeur actuelle. Mone estime que ces prix sont cotés trop bas. Nous taisons observer à ce scrutateur de l'antiquité que le prix isolé de quelques parcelles de terre ne peut pas servir de jauge générale pour de longues périodes, ni être employé pour tout le pays. Aïjjonrd'hm même, nous n'avons pas besoin d'interroger l'Amérique pour conâtater de semblables prix; nous les retrouvons en Allemagne même, chaque fois que des troubles ou des guerres viennent exercer leur influence sur les prix des biens-fonds. Toutes les variations constatées ponr les prix, dans la période de temps écoulée entre le vin« et le xix« siec'e se retrouvent actuellement encore dans les pays cultivés et dans ceux qui ne le sdnt pas, appartenant aux différentes parties du monde, tandis que l'argent conserve à peu près la même valeur dans tous les paj^, quelque éloignés qu'ils soient les uns des autres, et durant les mêmes p Tiodes de temps.
p^r des serfs, ou par corvées. Les rares exemples que nous pourrions citer établissent que le salaire pouvait s'élever en moyenne à 12 centimes. Durant une période de trente années de notre siècle, le salaire a décuplé et s'est élevé davantage encoi*e de 1853 à 1863. Le prix de revient de l'entretien personnel peut servir de troisième facteur. Quelques calculs concernant le coût de l'entretien des indigents permettent d'évaluer le prix quotidien de la nourriture d'un de ceux-ci à environ 10 centimes.
Aujourd'hui le salaire est décuplé, alors même que l'ouvrier reçoit en-outre son entretien.
Les données historiques prouvent que le nombre des têtes de bétail n'a guère varié depuis cette époque jusqu'à nos jours. La nécessité de retenir les bestiaux dans les étables durant l'hiver et de les y nourrir au moyen de fourrages avait nécessairement dû en faire restreindre le nombre. 11 y est explicitement indiqué que ce nombren'en était pas très-élevé; il semble, dans tous les cas, qu'il n'ait point été relativement supérieur à celui de nos jours. Il est permis d'en conclure que le rapport entre la production et la consommation était à peu près ce qu'il est actuellement. Le prix d'un bœuf tout élevé était en moyenne de dix-neuf francs; celui d'une vache, de dix francs ; leurs prix moyens actuel^ sont bien plus que décuplés. Les chevaux, réclamés impérieusement jadis pour les guerres et pour les relais, étaient en quelque sorte plus recherchés encore qu'ils ne le sont aujourd'hui. Le prix d'un cheval de selle atteignait soixante francs; c'est la dixième partie du prix actuel. Les ser\'ices indispensables qu'à toutes les époques les hommes se rendent réciproquement étaient rétribués dans cette même proportion. Ces différents prix de revient s'accordent exactement avec les calculs établis par Guérard d'après les prix des céréales. Nous pouvons donc en conclure avec une complète certitude que la valeur relative de l'argent au vnr siècle, était à peu près dix fois plus élevée que celle de l'argent actuel. Cette opinion se confirmera davantage à mesure que nous nous serons rendu compte des variations constatées dans les approvisionnements de l'or en Europe.
Après la prise du camp des Huns et des Avares en Hongrie, où se conser^'aient les ti'ésors que ceux-ci dérobèrent jftn Europe durant le cours de plusieurs siècles , lor se trouva en si grande quantité dans le royaume des Francs, que, dès le ix* siècle, la valeur de l'argent était réduite d'un tiers. Les calculs que les savants auteurs de l'histoire des prix, Tooke et Newmarch, ont établis, au sujet des fluctuations constatées sur le marché de l'argent, à la suite de kdécouverte de l'Amérique et des mines d'argent de Potosi, prouvent que les prix admis pour la moitié du xvn* siècle ont à peu près triplé de nos jours. Le sui*plus de l'élévation des prix s'explique sans peine, par l'impulsion donnée à l'exploitation des mines pendant les huit siècles intermédiaires, ainsi que par la production de l'or au xix* siècle.
Si nous tenons compte de l'importante augmentation survenue dans la quantité d'or importée depuis le milieu du xvn* siècle, depuis surtout ces douze dernières années (4 §50 à 1862), à la suite de la découverte des mines d'or de la Californie et de l'Australie, les fluctuations signalées sur le marché monétaire , correspondant à celle du prix des marchandises, nous offrent le tableau suivant, dans lequel le ilombre 60 est pris pour unité :
hè 900 jvsqae 83S. De S9& jasqae 4600. De 1570 jusque 4670. Depuis 4670. De •%, à 46^ ? .? De »o^ à lo^^ x %
Une lacune se présente pour la période de 824 à 4600, pendant laquelle la valeur de l'argent n'a point subi de grands changements.
Admettant l'élévation décuple des prix durant cette période de près de 800 ans, il est permis d'attribuer Taugmeatation de ces t^o à la découverte des mines d*or et d'argent de l'Allemagne, durant le moyen âge. Ce n'est qu'à partir de Tan 1570 que l'élévation du prix peut êtrelenue en ligne de compte. L'augmentation survenue dans la quantité d'or était plus forte, mais la circulation s'en était aussi accrue, de sorte que l'élévation des prix ne se produisit pas dans la même proportion.
Les prix des autres articles ne démentent point ce calcul. Il va de soi que vu l'état de l'industrie et du commerce d^alors, toutes les productions industrielles et toutes les denrées venues de contrées éloignées étaient vendues à
un prix plus élevé qu elles ne le sont aujourd'hui. Ainsi par exemple, d après la loi ripuaire, une épée avec son fourreau coûtait : 7 solidi d'or, soit 70 francs; une épée sans son fourreau : 30 francs. Ces objets se vendaient donc plus cher qu'ils ne se vendent aujourd'hui ; tandis que le prix de beaucoup de matières brutes provenant du pays même, et celui des produits du sol, ne s'élevaient guère à la 10*" partie du prix actuel. On peut se convaincre de ces faits par l'étude de l'histoire des variations survenues dans les prix.
Cette explication suflTit pour que nous réconnaissions à Gaérard le droit de fixer la valeur métallique relative de l'argent au vnr siècle, comme suit : la valeur relative du denier, sous les Mérovingiens = 2 francs 23 centimes-; sous Pépin = 2 francs 52 centimes ; sous Charlemagne jusqu'à la fin du vnf siècle = 3 francs 49 centimes.
Au ix"" siècle, la valeur de l'argent diminua; la valeur relative du métal du denier carlovingien n'atteignait que : 2 francs 33 centimes. La capacité marchande de l'argent n'était donc, même encore en 806, que de 6 ^f^/^Q^^ fois plus élevée qu'elle ne l'est actuellement. Cette capacité marchande étant, par la découverte de l'Amérique, descendue à : 2, la diminution de la 'valeur de L'argent en général est desceudue 8 fois davantage.
Le poids, ainsi que la valeur métallique absolue et relative, admis dans le royaume des Francs, du vi'' au ix^ siècle, se représentent de la manière suivante :