CHAPITRE II
maintenue à — S» seulement, une couche de glace de 2 à 3 centimètres d'épaisseur couvrit le sol, les toits les plus inclinés, des parois verticales de mur même. Les moindres branches, les feuilles, étaient enfermées dans une couche de glace fort épaisse, dont le diamètre, pour les menus branchages, était de quatre à cinq fois supérieur à' celui de la partie enveloppée. Quelques troncs portaient une couche variant de 1 à 2 centimètres, mais qui, généralement, n'était pas continue et ne s'était formée qu'aux expositions de l'est et du nord-est. L'énorme poids de cette glace (1) fit ployer et rompre un nombre considérable de branches de toutes dimensions; des arbres entiers, même assez gros, se brisèrent avec un fracas épouvantable. Les pins, surtout, furent fortement endommagés, spécialement ceux qui, ayant crû trop serrés, s'étaient allongés au détriment de leur accroissement en diamètre; ils rompirent, le plus souvent, par le milieu, et des hectares entiers s'écroulèrent, les arbres s'enlrainant mutuellement dans leur chute. Nous citerons, notamment, une magnifique pineraie de sylvestres, de trente-cinq à quarante ans, au canton du Ruet, qui fut complètement dévastée sur près de 200 hectares.
En décembre de cette même année fatale, pendant vingt-huit jours consécutifs, la température moyenne fut
(1) Diverses expériences furent faites, à ce sujet, à l'École d'application de Fontainebleau, localité où le phénotnéne sévit avec la même intensité que dans le Loiret ; voici le résultat de quelques unes : une cime de bouleau, du poids de 4 kilogrammes, en pesait 29 avec sa charge de glace ; une branche d'un arbre de la même essence, du poids de 50 grammes, en pesait 700 ; une branche d'épicéa de 30 grammes, en pesait 660, etc.
de — 14o; elle descendit, le 10, jusqu'à — SO® sur certains points, et même, dit-on, plus bas. Or, dans la zone subarctiqiie, région des conifères, bouleaux, saules, s'étendant du 58^ au 66® degré, cette moyenne, pour fe môme mois, n'est que de — 13« 1/2. A la suite de ces froids extraordinaires, se produisit un brusque dégel, puis de très fréquentes alternatives de chaleur pendant le jour et de froid pendant la nuit. Partout, dans le Gâtinais, les c èdres, les châtaigniers, les houx, les lierres , les, noyers, les pins laric iÔs de^Corse, les pi ns ma ritimes, la plupart des arbres exotiques, furtnt très-gravement atteints. Il en fut de même, sur bien des points, des chênes pédoncules de tous âges : jeunes semis, vieux arbres de futaie, taillis, réserves de toutes catégories, même des érables et des ormes. Les feuilles se développèrent, généralement, au printemps de 1880 et même pendant plusieurs années encore, mais, petit à p«tit, elles se flétrirent dans la cime, puis, lentement, le dessèchement s'étendit, de proche en proche, jusqu'aux branches les plus basses ; sans circulation et sans vie, le corps de l'arbre ne tarda pas à se dessécher ; l'écorce, sans adhérence, se détachait en longues lanières; le liber se colorait en noir, et l'arbre était complètement perdu. Les plus vigoureux ont seuls résisté, mais leur aubier a été décomposé, et ils présentaient de nombreuses fissures, de quelques millimètres de largeur, verticales, ou, du moins, suivant la direction des fibres, s'élevant à 2 ou 3 mètres et atteignant souvent le cœur. Ces fissures diminuèrent notablement la valeur des arbres, puis ont permis aux eaux pluviales et à l'humidité d'être absorbées par l'aubier, dont la nature est absolument spongieuse, ce qui a apporté un grand trouble dans la