CHAPITRE III
Plinguet est sévère pour elle. Il dit (j) que la forêt était confiée à un corps de légistes qui jugeaient, taxaient, percevaient des amendes et faisaient des règlements, mais s'occupaient fort peu du martelage des coupes et de l'aménagement des bois ; il accuse ces légistes, à tous les degrés de la hiérarchie, de n'avoir vu, dans l'acquisition d'une charge « d'ostentation et de vanité », que l'avantage de placer des fonds et de jouir de certains privilèges, sans se préoccuper d'étudier les bois « en économiste, en physicien, en naturaliste ».
Mais Plinguet ne pêche pas par excès de bienveillance! Certainement la vénalité des offices était peu faite pour constituer un corps d'agents vraiment instruits dans leur spécialité ; cependant cet inconvénient était, en partie du moins, compensé par la continuité, bien plus grande que de nos jours, des mêmes fonctions entre les mains de la même personne, qui avait souvent toute sa vie pour connaître à fond les bois qu'elle était chargée de régir, au milieu desquels elle avait même, parfois, vécu dès son enfance, lorsqu'elle succédait à son père dans la charge que celui-ci lui avait transmise. En définitive, si on étudie les noms, venus jusqu'à nous, des titulaires des divers offices forestiers du duché d'Orléans, on voit que ceux de procureur étaient, il est vrai, occupés, en général, par des hommes de loi, ce qui est tout naturel ; qu'il en était de même, trop souvent, pour ceux de maître particulier; mais que les maîtres de Garde étaient, presque tous, des gentilshommes campagnards ou même de simples bourgeois, habitant les localités voisines de la forêt et plus
(1) r. R. Préface.
ruraux que magistrats, hommes de cabinet et d'études sédentaires. Les grands-maîtres étaient, eux, dans le principe, presque toujours des gens de cour; plus tard, lorsque les charges devinrent vénales, des financiers, et rarement des forestiers.
M. de Maulde (1) a dressé une liste assez complète des grands-maîtres du duché, s'étendant jusqu'au commencement du XVIIe siècle. On y remarque les noms de plusieurs des principales familles de l'Orléanais. Nous citerons ceux que nous avons relevés dans les Généalogies manuscrites de V Orléanais de A. Duleau (2) : Jacques, sire d'Aigreville, chevalier, grand^maître des eaux et forêts au bailliage, puis au duché d'Orléans (1387-1391); Antoine de Cugnac^ chevalier, baron de Dampierre, de Jouy, de Nesle et d'Imonville, chambellan du roi Louis XI, grand-maître des eaux et forêts du duché d'Orléans (1496-1524) ; son fils, Antoine de Gugnac, chevalier, seigneur de Dampierre, baron d'Achères, de Jouy, d'Imonville, seigneur de Bondaroy, grand-maître des eaux et forêts du duché d'Orléans (1524-1537) (3) ; Charles de l'Hospital, chevalier, seigneur de Vitry et du Hallier, grand-maître enquesteur et général réformateur des eaux et forêts du département d'Orléans (1540-1545) ; Nicolas de Saint-Mesmin, êcuyer, seigneur du Mesnil, gentilhomme ordinaire de la reine Catherine de Médicis, grand-maître des eaux et forêts du
(1) E. C. F., p. 307 et suivantes.
(2) Manuscrit conservé aux archives de la Société archéologique et historique de l'Orléanais.
^3) M. de Maulde se trompe en n'indiquant, pour les années 1496- 1537, qu'un seul grand-maltre du nom de Gugnac ; il y en eut deux, le père et le fils, portant tous deux le même prénom.