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nombre de troubadours provençaux ont vécu et chanté dans diverses petites cours de TUalie, des Italiens ont figuré parmi les troubadours provençaux ; enfin, d'autres Italiens, en Sicile, en Toscane, ont imité dans leur langue nationale la poésie lyrique des troubadours: ainsi s'est opérée la transplantation de celte poésie lyrique en Ilalie.
Les deux plus grands poètes italiens du moyen âge, Dante et Pétrarque, ont tous deux connu, vanlé et imité les troubadours ; ils leur ont emprunté des locutions et des idées , et ils ont avoué leur imitation ; Dante a même inséré dans le Purgatoire quelques vers provençaux de sa composition.
L'influence des troubadours sur l'Espagne n'a pas été moins considérable ; d'abord, il est une portion du pays qu'on désigne par ce nom, dans' laquelle s'est conservé un idiome bien plus semblable au provençal qu'au castillan, et où la poésie lyrique est une continuation immédiate de celle desr. troubadours : c'est la Catalogne. L^Espagne castillane était plutôt héroïque et religieuse que galante ; elle a appris la galanterie des Arabes et des Provençaux. C'est donc à l'impulsion donnée par la poésie lyrique provençale qu'il faut attribuer cette abondance de chants d'amour qui remplissent les eandoneros espagnob. La candon espagnole a emprunté son nom à h chanson provençale, aussi bien que la canzone italienne.
En Angleterre, avant les Normands, avant l'arrivée des populations au sein desquelles vivaient les trouvères, ou qui pouvaient être ei) rapport avec les trouba* dours, chez les Anglo-Saxons, on ne trouve presque pas de poésie amoureuse. La première influence de la poésie
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romane sur TAngleterre se manifeste antérieurement à la conquête par le nom de gligman^ homme de joie^ donné aux poètes saxons, et qui est une traduction du mot latin jocu/a^or; mais c^est surtout avec la conquête que la poésie lyrique de la Provence et de la France se répand en Angleterre : alors les ménestrels commencent en ce pays le cours de cette existence, dont les fortunes ont été si diverses, qui a débuté d'une manière brillante, en partageant les fruits de la conquête, et a fini là comme sur le continent, par une dégradation totale pour les ménestrels, soumis aux peines les plus humiliantes. En Angleterre, la poésie lyrique amoureuse n'a presque pas été cultivée en langue anglaise, et même assez tard, c'est toujours dans un idiome étranger que les poètes anglais expriment cet ordre de sentiments. Le roi Richard chante en provençal, et Gower compose ses ballades en français.
Le pays de l'Europe où s'est développée la poésie lyrique la plus analogue à celle des troubadours, c'est TAllemagne. L'Allemagne a eu ses Minnesinger (chantres d'amour), aussi nombreux et aussi heureusement inspirés que nos troubadours. Certainement il y a chez eux des traces évidentes d'imitation, il y a même des passages entiers dans leurs poésies qui sont traduits de nos troubadours ; mais il serait injuste de méconnaître ce qu'offre d'original la poésie lyrique de TAUemagne au moyen âge.
Ce n'est ni un troubadour ni un trouvère qui eût composé les vers que prononce Walter von der Vogel- •weide, lorsque, penchant, sa tête sur sa main, il réfléchit à la misère universelle, à la haine qui met aux prises toutes les parties de la création les unes contre les
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autres, comme toutes les parties de l'empire d'Allemagne ; ou un autre chant, dans lequel il repasse tristement ses années écoulées, et se demande : Ma vie, l'ai-je vécue, ou Tai-je rêvée? Celte poésie rêveuse et mélancolique ne pouvait naitre qu'en Allemagne*
En clierchant dans quelle contrée de l'Europe la poésie lyrique du moyen âge a été portée à sa plus haute perfection, on aboutit cette fois encore au pays de Tari ; la poésie scientifique et allégorique conduit à Dante ; Tépopée conduit à TArioste et au Tasse ; la poésie] lyrique conduit à Pétrarque.
Le sentiment que Pétrarque reproduit sans cesse est évidemment celui que les troubadours ont célébré tant de fois, et l'on peut croire que si ce sentiment n'eût pas été ainsi travaillé et remanié de mille manières, peut-être Pétrarque même ne Peut pas exprimé dans toute sa profondeur et dans toutes ses nuances. Du reste, Pétrarque est venu chercher la poésie des troubadours sous le ciel de Provence ; il chantait ses sonnets en s'accompagnant du luth ; ses eanzoni sont, de l'aveu des critiques italiens, les plus belles de ses productions lyriques. Il a aussi composé des ballades^ et s'est exercé dans le genre le plus difficile de la poésie provençale, dans la sixtine. Comme presque tous les troubadours, il a fini par des poésies dévotes, par un hymne à la Vierge. Comme eux encore, il n'a pas seulement chanté l'amour, il a pris part aux événements politiques de son temps, et ces événements Font admirablement inspiré, soit qu'il appelle l'Europe à une dernière croisade, soit qu'il s'adresse à Rienzi, ce consul éphémère, et lui demande de relever l'ancienne patrie romaine. Enfin Pétrarque a écrit trois sonnets vigoureux contre les désorr
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dres de la cour papale, comme l'dnt si souvent fait les troubadours. Sa poésie a tous les défauts de la leur : les noms de Laure, sa bien-aimée, et de son ami Colonna, lui fournissent de trop fréquentes équivoques avec un laurier et une colonne. Il a aussi toute la délicatesse, toute la grâce des troubadours. Mais si, par un côté de son talent, il achève, en la perfectionnant, la poésie lyrique du moyen âge, il prélude en même temps à la littérature classique de la Renaissance. Car Pétrarque, tout en étant le dernier des troubadours, fut le premier des érudits modernes. Sa passion pour Tantiquité était ardente et enthousiaste ; et, si ce n'était un blasphème, on oserait la comparer à sa passion pour Laure. Il cherchait des manuscrits, des monuments, des médailles. Il a écrit en latin un poème auquel il attachait une haute importance, et plusieurs lettres adressées aux grands hommes de Tantiquité, à Cioéron, à Virgile, ti Varron ; il converse familièrement avec eux ; il est un des leurs : par là, il se distingue des troubadours qui ne savaient guère que les noms de quelques poètes anciens, qui connaissaient mieux les romans de chevalerie que 17liade ou Y Enéide.
Si Ton parcourt successivement les divers sujets qu^a traités la poésie épique au moyen âge, on rencontre d'abord ceux qu^elIe a empruntés à lantiquité en changeant le caractère des personnages et leur costume ; plusieurs noms célèbres de Thistoire héroïque de la Grèce sont tombés dans le domaine de la poésie chevaleresque, et ont reçu son empreinte ; il en a élé de même de quelques personnages de l'Ancien Testament, comme les -Machabées.
•* La portion des traditions de lantiquité qui a joué le
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plus grand rôle et tenu la pince la plus considérable dans la littérature épique du moyen âge, c*est tout ce qui se rapporte à la guerre de Troie, et subsidiairement à la guerre de Thëbes ainsi qu*à l'expédition des Argonautes ; la guerre de Troie était populaire, et par le vague souvenir qui s'était conservé de la célébrité d'Homère, et par certaines traditions nationales adoptées chex divers peuples germaniques qui faisaient remonter leur origine aux Troyens. Quant à l'expédition de Jason, elle avait un certain rapport avec celles qui poussaient du même côté les voiles aventureuses des croisés. La guerre de Thèbes devait une partie de sa popularité à la popularité dont jouissait à cette époque l'auteur de la Thébaîde, le poète Stace, qu'on croyant avoir été chrétien et qui figure à ce titre dans l'ouvrage de Dante. Les poèmes homériques étaient inconnus ; ce qu'on croyait savoir de la guerre de Vroie, on l'empruntait à des sources fort postérieures et qui jouissaient alors d'une faveur bien plus grande; au nom d'Homère se rattachait l'idée d'un narrateur fabuleux, tandis qu'on regardait comme des historiens véridiques de prétendus contemporains dHector, tels que Darës le Phrygien et Dictys de Crète : c'est dans ces compilations tardives qu'ont puisé les auteurs qui ont raconté en diverses langues la guerre de Troie; c'est là qu'a puisé Benoit de Sainte-More, le plus ancien d'entre eux et antérieur de beaucoup à Guido Colonna, dont le recueil intitulé De belle Trajano, a été considéré à tort comme la source des iliades chevaleresques.
De ces ouvrages, dans lesquels l'antiquité revêtait, par reflet de l'ignorance des écrivains, le costume de la chevalerie, sont venues les inspirations de quelques
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grands poêles modernes, lesquels ont conservé à Tanliquité cette physionomie qu'on lui avait imposée avant eux. Là est le secret et l'origine de la fusion naïve des événements anciens et des sentiments du moyen âge que présente, par exemple, Trolle et Cressida de Shakspeare, et que les interminables romans du dix-septième siècle ont transmis à Corneille et à Racine.
Outre cette refonte de l'antiquité, trois grands cycles composent Tensemble de la poésie épique du moyen âge : celui d'Alexandre, celui de Charlemagne, et celui d'Arthur. Autour de chacun de ces noms d'une inégale célébrité historique se sont groupés des événements d'abord altérés, puis entièrement imaginaires ; des faits réels ont été mis dan* l'oftibre par celte seconde réalité, fille de l'imagination, et ainsi il y a eu en regard de l'histoire véritable une histoire traditionnelle, crue comme la première et matière é'un nombre considérable de compositions souvent fort étendues.
La tradition mensongère sur Alexandre a commencé avec lui et, pour ainsi dire, malgré lui, par celte histoire d'Aristobule que le conquérant macédonien Gt jeter dans THydaspe, parce qu elle lui prétait des exploits fabuleux. Les historiens qui ont suivi ont plus ou moins laissé pénétrer la fiction dans leurs récits; Arrien a donné place dans sa narration judicieuse à quelques faits légendaires ; Quinte Curce avoue qu'il raconte plus de choses qu'il tien croit. Mais la légende est manifeste dans deux ouvrages publiés par M. A. Mai, Yltinéraire d'A/exa?idre, et surtout dans le récit attribué à un certain Valérius, et qui paraît être une traduction de l'ouvrage d'un auteur alexandrin du quatrième siècle. Là se trouve une grande portion des aventures mei*veilleuses d'A-
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iexandre, que se sont transmises l'une à Faulre ces narrations mensongères auxquelles on a rattaché faussement le nom de Callisthène, ces Gesta Alexandri Magm dans lesquels ont puisé largement les auteurs des épopées du moyen âge. Analyser les éléments de ces récits, € est analyser ceux des poèmes dont ils sont la base et ont fourni la substance.
Ces éléments sont de plusieurs sortes, et appartiennent à plusieurs sources; on reconnaît l'empreinte des traditions égyptiennes dans l'anecdote qui donne à Alexandre pour père Nektanebo, roi^d'Egypte ; on reconnaît la part des traditions persanes dans celle qui donne à Darius Alexandre pour frère aîné; les deux pays ont voulu faire du conquérant un prince national, ont voulu se l'approprier. Certains traits de la tradition peuvent, quoique avec moins d'évidence, se rapporter aux Arabes : telle est la mention de Gog et Magog, personnages qui figurent dans les traditions rabbiniques, d'où ils ont passé dans le Koran et dans les légendes arabes; tel est encore cet exploit singulier d'Alexandre, qui, curieux de savoir ce qui se passe dans les abîmes de la mer, y descend sous une cloche de verre, et, curieux de savoir ce qui se passe dans les régions du ciel, s'élève au moyen de grifTons qui remportent à travers les airs« Ces récils ne sont pas dans la Vie d'Alexandre , de Valërius; ils ont leur origine en Orient, et probablement dans la tradition arabe : le premier se lit dans le S^- ^eta secretarum attribué à Aristole et rempli de notions arabes; le second se trouve, il est vrai, dans l'épopée persane le Schahnameh^ mais il se trouve aussi dans une légende arabe : ici c est Nembrod qui joue le rôle que joue ailleurs Alexandre. On ne peut s'empêcher de voir
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un eflbrt du peuple hébreu pour mettre en rapport le héros de l'Orient avec ses propres destinées, dans Thommage que, selon Josèphe, le conquérant adressa au Dieu d'Israël, et dans la prophétie du grand prêtre : c'est la légende juive sur Alexandre.
Quant à l'Inde, elle a fourni à ce cycle un amas de merveilles, les unes purement fabuleuses, les autres réelles au fond, mais dénaturées par la crédulité et l'imagination des Grecs. Les merveilles de l'Inde, qui avaient déjà une certaine célébrité chez les anciens et en ont une pareille (5hez les Chinois, tiennent une grande place dans les Gesta d'Alexandre. A ces prodiges sont venus se joindre les faits non moins étranges, non moins miraculeux, que répandaient les récits crédules des voyageurs du moyen âge.
De toutes ces traditions s'est composé le cycle épique dont Alexandre est le centre. 11 faut pour compléter ce cycle y rapporter, en outre, les origines mensongères par lesquelles divers peuples se rattachaient au fils de Philippe ou à quelques-uns de ses capitaines, et enGn les mille aventures dont il est le héros, et qui se racontent encore aujourd'hui dans les villes et les déserts, depuis rÉgypte jusqu'à l'Inde. Au nord de la Perse et même en Chine, des populations prétendent descendre du guerrier macédonien. L'histoire de Java commence par le récit du voyage d'Alexandre, qui s'en va chercher le berceau du soleil aux extrémités de la terre; jusque dans la littérature malaise ont retenti certains exploits imaginaires d'Iskander; jamais il n'a été donné à une mémoire humaine d'occuper tant de place et de remplir tant de siècles ; la légende elle-même a exprimé l'immense diffusion de la renommée qu'elle célèbre en fai-
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sant élever par Alexandre, à l'Orient, la grande muraille de la Chine, et ouvrir, à l'Occident, le détroit de Gibraltar : c'est la carrière du soleil.
Le cyde d'Alexandre a fourni la matière de plusieurs poèmes français ; le plus célèbre est celui auquel paraissent avoir travaillé deux auteurs : Lambert Li Cors et Alexandre de Paris. En général, ces auteurs suivent les l)iographies légendaires appelées Gesta ; mais bien des faits contenus dans les Gesta manquent dans les poèmes; quelquefois les faits absents sont indiqués par une allusion ; telle est la paternité de Mektanebo, qui n'est pas explicitement énoncée par les poètes français, mais dont on trouve une trace dans certaines insinuations injurieuses sur la naissance d'Alexandre.
Ce qui n'est pas dans les Gesta, c'est la peinture des mœurs et des sentiixients chevaleresques. Dans le poème du moyen âge, Alexandre est fait chevalier, il porte l'oriflamme, il a un gonfalonnier et douze pairs ; enfin Texaltation du point d'honneur se montre avec sa téméraire exagération dans le refus que font l'un après Tautre les douze pairs d'Alexandre de quitter le lieu du combat pour aller chercher du secours. Nulle part n'est mieux exprimée que dans cette scène l'héroïque folie de l'enthousiasme chevaleresque. D'autres poètes français du moyen âge ont raconté la vie légendaire d'Alexandre; elle forme un épisode de sept mille vers dans le Renard contrefait ; nous savons aussi qu'il existait en provençal un Alexandre, dans lequel étaient racontées certaines histoires qui se retrouvent dans les Gesta; entre autres merveilles, il y était parlé des femmes de Tlnde qui mouraient quand elles étaient exposées aux rayons du soleil. VAlexandreiSy poème latin de Gauthier de Châ-
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tillon, a joui d^une grande réputation au moyen âge, mais il est composé uniquement d'après les sources historiques. Il y avait donc deux Alexandre, le classique et le romanesque ; Tun et Tautre ont été célébrés dans diverses langues; le second par l'Anglais Davies, le premier par un poète espagnol et un écrivain islandais, tous deux par des lUnnesinger allemands; enfin, à Alexandre romanesque se rattache, si ce n'est p^ les faits, au moins par la nature des sentiments qui lui sont prêtés, le héros de la première tragédie de Racine.
Après Alexandre, c'est Charlemagne qui a eu la gloire épique la plus étendue ; et bien que l^histoire eût beaucoup à dire sur ce grand homme, l'histoire n'a pas suffi aux générations qui ont suivi Charlemagne, et elles lui ont créé une autre renommée. On voit les progrès du développement successif des traditions fabuleuses sur Charlemagne, dans diverses chroniques : deux d'entre elles sont particulièrement importantes, la chronique du moine de Saint-Gall, et celle qu'on a mise sous le nom de Turpin ; la chronique du moine de Saint-Gall, écrite deux générations après Charlemagne, offre le premier degré de la légende; les faits ou altérés ou fictifs, mais crus sincèrement par ceux qui les racontent, y sont déjà très-multipliés ; il en est qui se rapportent à Charlemagne, rénovateur des lettres, restaurateur de la discipline ecclésiastique, et, bien que leur physionomie soit souvent puérile, ils ont le mérite de montrer que sous ce rapport aussi Charlemagne avait frappé les imaginations populaires ; le^ autres représentent l'impression qu'avait faite sur elles le grand empereur par son renom guerrier; c'est à ces dernières qu'appartient le
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récit de Farrivée de Charlemagne en Lombardie, quand Ogier Pannonce à Didier par celte peinture fantastique dans laquelle on voit le ciel, la terre et les eaux se changer en Ter sous les pas du conquérant, lui-même couvert de fer, et conduisant une armée toute resplendissante de fer,
La chronique attribuée à Turpin n*a pas été, on le sait, écrite par le véritable Turpin, évéque de Reims, contemporain de Charlemagne, et qui a dû à certains rapports historiques avec lui de passer plus tard pour son historien : cette chronique du onzième siècle est, bien plus encore que celle du moine de Saint-Gall) écrite au neuvième, remplie d'incidents imaginaires; ce ne sont plus seulement des anecdotes, des récits partiels, mais de grands événements, des expéditions, des conquêtes purement idéales : on peut croire qu'au moins une portion de la légende contenue dans cette chronique doit avoir l'Espagne pour patrie, d'après le rôle important qu y joue saint Jacques de Galice ; en outre an évèché d'Espagne est placé dans la hiérarchie immédiatement après celui de Rome; de plus il est dit (ce qui ne pouvait tomber que dans l'esprit d'un Espagnol) que Charlemagne passait une grande partie de sa vie en Espagne. Il n'en est pas moins certain qu une seconde portion de celte chronique ne peut avoir pour auteur qu'an moine de Saint-Denis; dans la dernière partie surtout, tout tend à exalter la gloire de Tabbaye de Saint-Denis, à laquelle l'auteur fait donner par Charlemagne toute la France. Il va sans dire que l'influence monacale est ici très-grande; elle va jusqu'à introduire au milieu d'un combat entre Roland et Ferragus une longue altercation théologique. La générosité chevale-
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resque s'y manifeste çà et là d'une manière assez naïve et parfois assez plaisante. Roland, voyant dormir son ennemi, pour qu'il sommeille plus à Taise, place une pierre sous sa tête en guise d'oreiller. Quant aux chanls populaires qui existaient du temps du faux Turpin, comme il nous l'apprend lui-même, ils ont trouvé aussi un écho dans cette lourde chronique, et c'est à eus, comme l'a démontré M. Fauriel, qu'il faut rapporter les passages où le ton héroïque tranche si visiblement avec le ton général du récit : la mort de Roland, par exemple, et ses poétiques adieux à son épée.
En même temps que Charlemagne devenait ainsi un héros de plus en plus fabuleux , d'autres personnages, ses contemporains, ou venus dans le siècle qui suivit le sien, prenaient place dans les traditions légendaires et composaient le cortège épique qui devait raccompagner à travers les âges. Ainsi Roland, Rutlandus, dont une ligne d'Eginhard raconte la mort à Roncevaux, s'enlourait par degré de mille exploits merveilleux et s'acheminait vers la destinée qu'il a si brillamment remplie dans l'épopée chevaleresque moderne; ainsi un personnage nommé Otkar, Otkarius^ réfugié avec la veuve et les enfants de Carloman à la cour de Didier, se mêlant dans la tradition avec un fils du roi de Danemark, Godefroy, créait, par cette rencontre de deux souvenirs confus et confondus, Ogier le Danois. Le traître par excellence dans les récits carlovingiens, Ganelon, doit probablement son origine à un archevêque de Sens, du même nom, qui trahit, non pas Charlemagne, mais un de ses descendants, Louis le Germanique. Le roi Marsile était un prince arabe d'Espagne, fils d'Omar, Ben Omafj Omaris filiusy d'où, par corruption, Marsilius^ Marsile.
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Ainsi se formait le groupe idéal des paladins et des adversaires de Charlemagne ; en même temps, ces traditions se répandaient dans une grande portion de l'Europe et elles y devenaient rapidement populaires, au point dMmposer à des localités diverses et éloignées les unes des autres des noms empruntés aux personnages du cycle carlovingien. Il y avait en France une roche de Roland, il y avait une mer de Roland, c'était le golfe de Gascogne ; il y avait et il y a encore des grottes de Roland en beaucoup d'endroits ; on en avait placé une dans le mont Etna; aux bords du Rhin, divers lieux portent le nom de RolandS et, s'il faut en croire le récit de Bosbecq, voyageant en Orient au seizième siècle, il trouva chez les Géorgiens des chants qui célébraient la gloire du paladin français.
Analyser ainsi dans sa structure intime une légende épique, assister à son organisation et à son développement progressif, observer les associations compliquées, les altérations insensibles, les transformations graduelles des éléments et, l'on pourrait dire, des molécules qui la composent ; suivre et démêler les fils innombrables et souvent presque imperceptibles quiforment, en s'enlaçant, le tissu de cette toile merveilleuse sur laquelle la poésie viendra étendre ses broderies brillantes, c^est étudier Timagination dans ses procédés les plus subtils, dans ses plus curieux détours. Sans ce minutieux travail, on ne saurait avoir un sentiment vrai de la tradition, fait immense et qui domine certaines périodes de la vie morale et poétique du genre humain.
Maintenant, si Ton parcourt les poèmes dans lesquels
* Mandsecke^ prés de Bonn.
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sont contenues diverses portions des traditions carlovingiennes, et si Ton suit, non pas Tordre chronologique de la composition de ces poèmes, mais la chronologie des faits légendaires qu'ils racontent, il faut commencer par l'histoire de la mère de Charlemagne, de la reine Berlhe auar grands pieds^ héroïne d'un gracieux poème composé à la fm du treizième siècle, et qui a été publié par M. Paulin Paris ; ce poème, par sa date, appartient à une époque où la chevalerie n'est plus dans sa fleur, où elle touche à sa décadence ; aussi l'imagination chevaleresque y tient peu de place : ce qui domine, ce sont les sentiments naturels du cœur humain et en particulier les sentiments tendres, doux et purs, les affections religieuses et domestiques. Quant à Charlemagne lui* même, sa jeunesse, dont l'histoire ne sait absolument rien, a été exploitée par la poésie du moyen âge ; on lui a fait courir en Espagne diverses aventures romanesques. Après ces premières aventures, ce qui remplît la vie fabuleuse de Charlemagne presque tout entière, ce sont ses guerres avec les Sarrasins, guerres qu'on lui fait soutenir non-seulement en Espagne et en France, mais encore en Asie, à Babylone, à Jérusalem. La chronique de la fondation de l'abbaye de Grasse près de Carcassonne mérite d'être mentionnée ici, parce que, pour relever l'importance de l'abbaye, on a fait précéder l'histoire de sa fondation d'un récit dans lequel figurent des exploits, en grande partie imaginaires, de Charlemagne contre les Sarrasins. Cette chronique, écrite dans un dialecte du Midi et attribuée à un personnage supposé, nommé Philomena, n'a pas été publiée ; mais quelques extraits suffisent à prouver qu'elle avait re* cueilli des traditions locales assez curieuses sur les
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guerres des Carlovingiens dans le Midi : ici TÉglise s'élait complètement emparée de la tradition carlovingîenne, et la faisait servir de portique à l'architecture d'une abbaye.
Due invasion pareille de l'esprit ecclésiastique au sein de la légende épique et chevaleresque a produit les ouvrages dans lesquels on a supposé que Charlemagne était allé à Jérusalem et à Constanlinople. Comme c'est à l'époque des croisades que se développait surtout l'épopée chevaleresque, il était naturel que, dans ce temps où les anachronismes n'embarrassaient nullement, parce qu'on savait mal l'histoire, l'on fit de Charlemagne le champion de la foi chrétienne contre l'islamisme ; de deux poèmes, l'un analysé, l'autre publié par M. Francisque Michel, le premier raconte une expédition d'un certain nombre de guerriers, qui vont chez l'émir de Babylone, après avoir passé à Jérusalem et après que Témir lui-même a envoyé une ambassade à Charlemagne* Ce récit a pour base historique l'ambassade d'Aroun-al- Raschid, événement réel qu'on ne tarda pas à grossir, en supposant que le prince musulman avait accordé à Charlemagne la ville de Jérusalem et le Saint-Sépulcre, et lui avait fait don de certaines reliques ; allusion légendaire à la translation des reliques de la Passion apportées en France par le moine Zacharie. De ces deux faits confondus s'est formée la première donnée de l'ouvrage. Dans l'autre poëme, qui raconte le voyage de Charlemagne à Constanlinople, se trouvent plusieurs allusions renjarquables à la splendeur de cette ville et à la conquête de l'empire d'Orient par les croisés. L'influence ecclésiastique s'y manifeste par un singulier emploi du merveilleux ; Charlemagne et ses guerriers,
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dans l'ivresse de leur gloire, se sont laissés aller à faire vœu d'accomplir divers exploits impossibles et dont quelques-uns sont peu édifiants ; se trouvant dans l'embarras par suite de leur imprudente fanfaronnade, un ange leur est envoyé pour les tirer de peine. Dans ces deux poèmes il y a trés-peu de chevalerie proprement dite; l'action de PÉglise est visible; dans le second se rencontrent certains traits de fierté et quelquefois de brutalité sauvage, mais rien de chevaleresque. La chevalerie se produit avec éclat dans un poème écrit en provençal et publié par M. Becker dans les Mémoires de racadémie de Berlin : c'est le poème de Ferabras; on y voit une émulation de magnanimité qu'on peut citer comme un des plus frappants exemples de l'héroïsme chevaleresque; la galanterie y tient une trèspetite place, et la princesse musulmane Floripar est loin d'être une véritable héroïne de chevalerie : ce ne sont pas des sentiments délicats et nuancés qu'elle exprime, c'est une impétuosité et une violence de passion qui ne recule pas devant le meurtre et qui menace sans cesse les croisés du dernier supplice, si on ne donne à la princesse sarrasine le guerrier dont elle est éprise; cependant à côté de celte passion si véhémente se trouvent déjà certaines expressions empruntées au langage de la galanterie chevaleresque ; cette terrible Floripar, qui assomme son geôlier d'un coup de bâton et précipite sa duègne dans la mer, dit que Guy de Bourgogne lui a volé son cœur. Dans ce poème se montre aussi d'une manière assez prononcée l'influence de l'Église ; on la retrouve dans des discours et dans des prières de Charlemagne, dans quelques miracles, dans le baptême de Ferabras et de sa sœur, dans le meurtre du vieil émir
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leur père qui ne veut pas se laisser baptiser, et enfin dans la sanctification de Ferabras.
La défaite de Roncevaux est Tévéneraent qui termine l'histoire légendaire de Charlemagne ; mais cet événement historique pour le fonda été singulièrement altéré; au lieu d'avoir affaire aux Basques, Charlemagne n'a que des Sarrasins à combattre. La Chanson de Boncevauxsk été publiée par M. Francisque Michel; ici nulle galanterie ; il n'est jamais question de Tamour de Roland pour Aude, sa fiancée, et la passion de celle-ci ne se manifeste que par sa mort. Le poème est un chant héroïque plutôt que dievaleresque, TËglise intervient et fait entendre au milieu de ces accents guerriers quelques accents religieux. Charlemagne marche entouré et conseillé par les anges, et Dieu renouvelle pour lui le miracle de Josué. Les fragments de ce poème sont de grandes masses que l'art n'a pas encore polies et qu'entraioe le torrent de Tépopée, pareilles aux blocs de granit roulant dans les gaves des Pyrénées.
Enfin, on peut chercher dans les diverses épopées carlovingieimes des traces de l'histoire ; on peut remarquer, par exemple, que l'expédition de Charlemagne contre les Lombards a été' en partie le motif des poèmes où figure Ogier le Danois, tandis qu'ils tiennent par un autre c6lè aux expéditions des Normands. Le nom de Guiteklin (Witikind), donné à un poème chevaleresque, est une allusion aux guerres si longues de Charlemagne contre les Saxons ; mais le poème n'a conservé des faits dont il s'agit guère autre chose que le nom du héros ; du reste, il semble purement romanesque. Les luttes des princes carlovingiens contre les Sarrasins du midi delà France ont été personnifiées dans le célèbre Guil-
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laume d*Orange, Guillaume le Pieux, héros d'une collection d'épopées, les* plus curieuses peut-être de celles qui restent à publier. Enfin le poème des quatre fils Aymou parait offrir quelques vestiges des résistances opposées aux rois francs, par divers chefs indépendants, et en particulier par les chefs aquitains. Il est d'autres poèmes qu*on peut considérer comme un tableau de Thisloire de la société féodale, et parmi ceux-ci, deux surtout sont à citer : l'un, Gérard de Roussillon, composé en provençal et connu par les extraits de M. Fauriel, montre, à côté de la plus grande exaltation de l'amour chevaleresque, la peinture héroïque de l'existence altière des grands personnages féodaux. L'autre est Garin le Loherainy qu'a publié M. Paulin Paris, et qui contient aussi une peinture curieuse de la vie féodale. On y voit les dissensions des grandes familles, leur énergique opposition à la royauté ; c'est une œuvre dont l'inspiration est toute féodale, toute guerrière, nullement chevaleresque et galante ; la situation des femmes y est évidemment très-subordonnée, et l'Eglise y tient trèspeu de place.
Un petit chef gallois du sixième siècle a eu une des* tinée légendaire presque aussi glorieuse que celle de Chnrlemagne : c'est Arthur; il y a un Arthur historique qu'ont chanté les bardes et dont parlent les plus anciennes triades et quelques vies de saints gallois ; cet Arthur fut un des chefs qui défendirent l'indépendance bretonne contre les envahisseurs saxons.
Dans certains poèmes, qui portent le nom de Mabinogton, Arthur est devenu un personnage mythologique, une espèce d'Hercule. De l'Arthur historique à l'Arthur des poèmes romanesques il y a bien loin , on va de Tun
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à Taulre par des intermédiaires, des transitions qu'il faut suivre ; on voit, comme pour Charlemagne, naître, croître, se développer la légende, depuis le simple fait historique jusqu'à l'immense complication de ficlions romanesques. C'est surtout dans les chroniques qu'on peut observer cet acheminement de l'histoire vers le roman. Dans Nennius, chroniqueur du neuvième siècle Arthur n'est pas encore, il s'en faut de beaucoup, ce qu'il sera dans les poèmes de la Table-Ronde ; mais ii est déjà en partie étranger à l'histoire. C'est dans la chronique écrite au douzième siècle, par Geoffroy de Monmouth, que commence à se développer la renommée fabuleuse d'Arthur ; à quinze ans, il possède toutes les qualités chevaleresques, il triomphe du Julland, de l'Islande, de la Norwége ; il vient en Gaule combattre et vaincre les Romains ; au milieu de ces triomphes il est rappelé par le crime de son neveu Mordred, qui a ravi son épouse Genièvre. Arthur est frappé à mort par ce Mordred, qui, selon les bardes, n'était pas plus son neveu que Roland n'était le neveu de Charlemagne, mais un autre chef gallois allié aux Saxons.
Arthur mort, on ne sait où est son tombeau, on l'attend de siècle en siècle, et avec lui la restauration de la nationalité bretonne. Cet espoir ne s'est jamais lassé; en vain les rois d'Angleterre, qui voulaient en finir avec une attente séditieuse, ont prélendu trouver ce tombeau; les Gallois n'y ont pas voulu croire. En vain en a-t-on tiré la bonne épée Escalibor, et en vain s'est-il trouvé une main digne de porter cette épée fabuleuse, la main du presque fabuleux Richard Cœur de lion ; Gallois et Bretons ont persisté dans leur espérance qui était proverbiale au moyen âge. D'autre part, des chroniqueurs prétendent
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que des pèlerins ont entendu parler d'Arthur en Egypte et dans d'autres pays de l'Orient ; cnGn une montagne près d'Edimbourg s'appelle le Siège d'Arthur^ et une constellation s appelle le Char d'Arthur. Ainsi la légende a pris ce nom obscur pour le répandre au loin sur la terre et le graver dans le ciel.
Dans la Chronique de^Monmouth, où se trouvent des germes assez développés de ce que sera l'Arthur chevaleresque, il n'est pas encore question de la Table-Ronde; mention en est faite pour la première fois dans la traduction française de cette chronique, dans le roman de Brut.
La Table-Ronde n'a pas l'origine symbolique ou astronomique qu'on a voulu lui chercher; elle vient tout simplement d'une de ces légendes apocryphes assez nombreuses, dans lesquelles figuresh d'Arimathie. J ed D'après celle-ci, Joseph aurait dressé une table pour y placer le vase dans lequel le Christ avait fait la cène avec ses disciples, et il aurait rangé autour de cette table onze sièges, en mémoire des onze apôtres, après la sortie de Judas ; ce sont les onze sièges qui entourent la Table-Ronde ; le douzième, le siège périlleux, est vacant, et il s'agit de le conquérir. Le vase de la cène est le Graal; ce symbole de pureté, de participation à la vie céleste, qui ne peut être contemplé que par des yeux chastes et touché que par des mains pures, a fourni le sujet de deux longs poèmes, le Tiiurel et le Parcival^ écrits primitivement en provençal, mais dont on ne peut juger jusqu'à présent que par la version allemande. Tous deux sont empreints d'un caractère de mysticité fortement prononcé; ils présentent tantôt l'opposition de la chevalerie e<xlésiastique et de la chevalerie pro-
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fane, tantôt la réprobation de la chevalerie par l'Ëglise, selon que la seconde de ces puissances s'efforce d'absorber ou se résout à excommunier la première.
A une autre portion du cycle de la Table-Ronde, entièrement différente des poèmes où ligure le Graal, se rapportent ceux où domine, au lieu de l'esprit monacal, un esprit de galanterie chevaleresque, poussé souvent jusqu'à une assez grande liberté de mœurs et dans lesquels l'amour terrestre joue le principal rôle. Le poëme qui peut servir le mieux à caractériser ce contraste est celui de Tristan. Tristan est un personnage réel, mais qui, dans les plus anciennes traditions galloises, n'a pas encore le caractère chevaleresque qu'il a pris dans les épopées du moyen âge. Son amour pour Iseult ne formait dans l'origine qu'une portion de son histoire, il en est devenu la partie essentielle. On sent ici une assez remarquable dégradation de l'idéal : l'amour est, comme dans l'antiquité, un fléau, une sorte de maladie : il est causé par un filtre. Ce sentiment est, dans tout le poème, fort différent de Tamour chevaleresque; il est peu question de nobles faits d'armes, de grandes choses inspirées par l'exaltation amoureuse; en revanche, le récit se complaît dans les détails de l'intrigue de Tnstan et d'iseult, et dans les bons tours que tous deux s'entendent pour jouer au roi Marck. L'auteur va jusqu'à placer une grossière équivoque dans la bouche d'iseult, qui achève, par un serment solennel, de tromper son époux.
Les autres romans de la Table-Ronde, qui ne se rapportent pas au saint Graal, sans aller aussi loin dans un certain sens que le poème de Tristan, ont de commun svec lui une assez grande mollesse de sentiment, une
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prodigieuse multiplicité d'aventures ; de plus, il est à remarquer qu'ils sont écrits en vers de huit syllabes, au lieu des vers de dix et de douze syllabes des épopées carlovingiennes. Le ton baisse avec le métré. Ils paraissent avoir été composés non pas pour être chantés, comme Tétaient, primitivement au moins, les poèmes carlovingiens, mais pour être lus. Les plus célèbres d^entre eux ont été de bonne heure mis en prose; enfin, quelques-uns n'ont jamais été écrits en vers, tel est celui de Lancelot. C'est donc le récit au lieu du chant, la prose au lieu des vers, la réalité au lieu de Pidéal, le roman au lieu de l'épopée.
Lancelot offre des situations analogues à celles de Tristan, mais plus voilées, plus rachetées par la délicatesse des sentiments, et dans lesquelles, par conséquent, rinspiration chevaleresque se fait mieux sentir. Du reste, les deux romans ont probablement un point de départ commun dans l'histoire de Mordred, neveu d'Arthur, et ravisseur de son épouse.
11 reste un certain nombre de poèmes qui n'appartiennent à aucun de ces quatre grands cycles : les uns ont pour héros des personnages historiques, comme le roman de Hugues Capety où figurent, par exception, les bourgeois, et en particulier les bouchers de Paris; double allusion aux dédains aristocratiques de la féodalité pour la popularité de la troisième dynastie, et aux luttes des factions dans Paris au quinzième siècle. Godefroi de Bouillon, Robert le Diable et Richard Cœur de lion ont eu Thonneur de faire naitre des épopées plus ou moins romanesques. Il est enfin des poèmes qui sont de véritables romans dans le sens moderne du mot, et dont les personnages sont purement imaginaires, comme
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Parthonopeus ; il faudrait y rapporter Amadis, s'iF était démontré qu'il a eu réellement au treizième ou quator-* zième siècle une origine française ; mais cette origine est plus que douteuse : l'Amadis, tel qu'on le possède, ayant été traduit de l'espagnol au seizième siècle, ne peut être mentionné ici que pour mémoire, et pour montrer le dernier terme de la prédominance de Télément romanesque sur l'élément épique.
Maintenant il faut faire la balance de ce que la France a donné et de ce qu'elle a reçu ; et d'abord qu'a-t-elle reçu? Très-peu de chose. De l'Orient? Quelques faits sans importance, quelques traits de merveilleux, quelques détails de mœurs ; mais ce n'est pas de l'Orient que sont venues les traditions chevaleresques. Des sources celtiques? Leur part n'est pas faite encore: on n*a pas suffisamment déterminé jusqu'ici quelle base elles ont pu fournir à Timmense développement de la poésie chevaleresque ^ Des traditions germaniques? Un certain raeneilleux peut-être et quelques personnages, comme Beuve d'Antone, héros saxon; tout cela est partiel, et même en y joignant ce qui a pu se glisser de traditions Scandinaves dans notre poésie épique, on peut affirmer que l'épopée chevaleresque n'a pas eu en France une origine étrangère. Mais il y avait deux Frances : la France du midi et celle du nord; là se présente la question d'antériorité. Elle a été résolue par M. Fauriel en faveur du Midi; tout au plus peut-on faire quelques réserves dubitatives pour certains poèmes dont la date et Torigine ne sont pas entièrement fixées, entre autres pour
* Avant de se prononcer sur ce point, il faut attendre la publication du travail de M. de la Villemarqué.
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celui de Roncevaux, dont l'auteur Turold est un poète ^normand.
Celle poésie chevaleresque a eu sur TRurope une immense influence ; elle a été reproduite en divers pays souS diverses formes. En Espagne, les traditions carlovingienncs sont racontées dans certaines chroniques, dans celle qui est attribuée à Alphonse X par exemple, ou dans des romances populaires, fréquemment altérées et modifiées par les sentiments particuliers des Espagnols. Quelquefois les personnages du cycle français sont mis en opposition avec des personnages nationaux que l'Espagne a suscités pour leur tenir tôte, et dont le plus célèbre est Bernard de Carpio. La Table-Ronde joue un moins grand rôle dans les romances castillanes; il en est pourtant qui mentionnent les amours de Tristan et de Lancelot. Plus tard les traditions carlovingiennes ont occupé la poésie dramatique espagnole. Caldéron, dans sa comédie du Pont de Mentible, a traité le sujet de Ferabras; en conservant à l'héroïne du pocme son caractère violent, il lui a prêté le langage fleuri et subtil que parlent tous ses personnages. Lope de Yega a fait d'une romanesque aventure de la jeunesse de Charlemagne le sujet d'un imbroglio dans lequel se retrouvent les travestissements, les croisements d'intrigues et tous les incidents compliqués qui caractérisent ce genre d'ouvrage.
L'Italie a reçu les traditions carlovingiennes. Le recueil intitulé / Reali di Francia contient celles qui précèdent la venue de Charlemagne et l'histoire fabuleuse de la famille que la légende lui a donnée. Après ce recueil, qui remonte au moyen âge et qui est encore populaire en Italie, se présentent les premiers poèmes en
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octave, composés aux quatorzième et quinzième siècles, et qui sont, de notre temps, récités au peuple sur le môle de Naplcs ; on est conduit par ces poèmes jusqu'au Pulci et au Boiardo : l'un a devancé FArioste par l'emploi de la plaisanterie, Pautre Ta préparé en construisant la fable qui devait lui servir. L'Ariosle peut être considéré comme ayant fait l'emploi le plus ingénieux et le plus parfait des données de la poésie chevaleresque, perfectionnées par l'art. L'enlacement des aventures, les allocutions au lecteur étaient des conditions et peutêtre des inconvénients du genre ; elles sont devenues entre ses mains des moyens de ranimer l'attention, de soutenir l'intérêt et de produire des effets piquants. La plaisanterie n'est pas entièrement étrangère à l'épopée du moyen âge. La chevalerie s'était moquée d'ellemême avant que l'AriosIe et Cervantes, tous deux pleins de son esprit, mais venus dans un temps où cet esprit était un anachronisme, s'en soient inspirés une dernière fois en le déjouant, l'un par sa raillerie adorable, l'autre dans une satire immortelle.
Les histoires qui se rapportaient au Graal ont peu occupé l'Italie. Il n'en est pas de même de la portion amoureuse du cycle de la Table-Ronde. Dante noua atteste la célébrité de Tristan par la place qu'il lui donne, et celle de Lancelot par le rôle qu'il fait jouer au roman de ce nom dans la destinée de Françoise de Rimini.
L'Angleterre a traduit un grand nombre de nos poèmes chevaleresques du moyen âge, en altérant parfois les noms de manière à les rendre tout à fait méconnaissables, en faisant lybeus Diasconius de H beaux Desconus. Le plus complet récit de l'histoire de Tristan
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est un récit anglais ; Fauteur, Thomas d'Erceldoune, a fourni le modèle qu'a suivi la narration allemandjs des aventures de Tristan ; mais Thomas avait été précédé par les Provençaux. De même qu'en Espagne le cycle carlovingien s'est brisé en une foule de romances, de même en Angleterre le cycle de la Table-Ronde s'est brisé en ballades populaires, mais marquées d'un caractère bien moins héroïque et tournant volontiers à la plaisanterie, au fabliau.
En Allemagne, plusieurs sujets du cycle carlovingien et en particulier le Désastre de Roucevaux^ ont été traités au moyen âge d'après des sources françaises. Stricker, poète du treizième siècle, suit la Chanson de RancevauXy avec cette curieuse différence qu*il est bien plus soumis aux influences ecclésiastiques; le personnage de Charlemagne est plus dévot qu'héroïque, et il s'appelle saint Charlemagne.
Quant au Sdnt Graalj c'est le sujet qui a été développé avec le plus de complaisance en Allemagne. 11 s'est trouvé là une certaine sympathie entre le symbolisme monacal et la direction mystique du génie allemand. Le poème allemand de Parcival présente d'une manière frappante la prédominance du caractère germanique; dans beaucoup de passages se manifeste un goût trèsprononcé pour la contemplation, un remarquable penchant à la mélancolie et à la métaphysique dans la poésie.
Enfm, pour suivre la destinée de ces traditions chevaleresques dans le nord de TEurope, il faut les accompagner jusqu'en Scandinavie; là même elles sont devenues populaires, soit sous forme de petits livres destinés aux classes inférieures et analogues à noire bibliothèque
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bleue, soit dans des ballades chantées par les paysans de la Suède et de la Norwége. L'Islande même, l'Islande, pourvue d'une si riche littérature indigène, a pourtant dccueilli tous les personnages et tous les événements du cycle carlovingien et de la Table-Ronde ; c'est un des faits qui caractérisent le mieux l'immense diffusion dans toule l'Europe de notre littérature chevaleresque au moyen âge^
La poésie épique du moyen^ âge passe par des transitions presques insensibles au fabliau. Le Roman du sire de Coticy, par exemple, qu'est-ce autre chose qu'un long fabliau?
Les fabliaux sont au nombre des productions les plus intéressantes du moyen âge. L'art de conter y est poussé très-loin, beaucoup plus loin que dans les grandes épopées chevaleresques. Le génie railleur de notre muse s'y montre avec cette naïveté et cette finesse que plus tard retrouvera et embellira la Fontaine.
L'histoire des histoireSy des contes, qui ont voyagé d'un bout du globe à Tautre, est infiniment curieuse. Les sujets de plusieurs fabliaux et de plusieurs apologues se retrouvent chez les Arabes, les Persans, jusque dans rinde, jusqu'à la Chine. Puis ils ont été reproduits tour à tour par diverses nations de l'Europe ; ils ont fourni des thèmes piquants aux nouvellistes italiens, et à Chaucer. Mais, en général, ces sujets cosmopolites n'ont été traités nulle part avec autant de verve qu'en France. Au moyen âge, notre génie littéraire est là.
* Elle a pénétré jusque chez les nations slaves. L'histoire de Beuve <]\Vntone est populaire en Russie, et le prince Cartnus avec ses douze clievaliers parait être Artliur ou Arthus. (Dietrich, Russische Volksmstlirchen, pages 68 et 208.)
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Il éclate aussi tout entier dans cette longue et souvent admirable satire du monde féodal, qui s'appelle le Roman du Renart\ trésor de comique, de verve, que se disputent l'Allemagne et la France, mais qui nous appartient certainement, au moins pour le mérite de Teiécution ; espèce d'Iliade populaire et moqueuse, à la formation de laquelle plusieurs poêles du treizième siècle ont concouru dans un même esprit, et qu'au dix-neuvième Goethe n'a pas dédaigné de rajeunir.
Enfin, la poésie dramatique reproduit, sous la forme qui lui est propre, les diverses parties de la littérature du moyen âge. Ue la Bible, elle tire les mystères; de la légende, les miracles. La poésie didactique et allégorique, transportée sur la scène, donne naissance aux tnora/if^. La poésie chevaleresque y tient peu de place, et le fabliau y produit la farce satirique. Le théâtre complète donc et résume tout l'ensemble de la littérature du moyen âge. C'est par lui que j'en achèverai le tableau.
Mais avant d'étudier cette littérature, il faut connaître la langue dans laquelle elle est écrite, cette langue qui diffère à plusieurs égards du français actuel, et a été un intermédiaire entre le latin et l'idiome que nous parlons; cetle ancienne langue a ses règles à elle, sa grammaire et en partie son vocabulaire à elle. Comment s'est-elle formée? Comment est-elle née de la décomposition du latin ? Quelles lois ont présidé à cette décomposition et à l'organisation nouvelle qui en est sortie? Quels éléments
* Les vices de la très-incorrecte et très-incomplète édition de Iléon sont réparés dans l'excellent et indispensable Supplément de M. Chabaille.
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se sont venus joindre aux éléments latins, et quels éléments plus anciens préexistaient? Par quelle alchimie s'est opérée la transformation d'un idiome savant en un idiome vulgaire qui est devenu savant et cultivé à son tour? Tels sont les problèmes qui se sont offerts à moi, en abordant les origines de la littérature française; j'ai cm que leur solution devait trouver place dans le vaste et sérieux travail que j'ai entrepris. Celui qui a fondé si glorieusement en France l'enseignement historique de la littérature, M. Villemain, m'en avait donné l'exemple. Sur ses pas, sur ceux de M. Raynouard et des savants allemands auxquels il a ouvert la carrière, j'ai tenté d'expliquer en détail de quelle manière s'était accomplie la formation intime de notre langue. Et il me semble avoir ajouté quelques aperçus vrais à ceux qui avaient été indiqués jusqu'ici. Je n'ai pas prétendu seulement montrer le résultat grammatical et lexicographique, mais j'ai cherché à découvrir les procédés par lesquels le résultat a été obtenu. Mon intention a été moins d'exposer les formes de 'l'ancien français que d'en rendre compte. Je n*ai pas voulu faire de la statistique, mais de l'histoire.
Dans ce but, j'ai posé d'abord quelques principes généraux qui me paraissent présider à la transformation des langues, et je les ai établis sur des exemples empruntés aux idiomes les plus éloignés les uns des autres et les plus divers. Puis, j'ai appliqué ces principes à la formation des langues néo-latines, dont le français fait partie. Me concentrant de plus en plus dans nos origines, j'ai dû examiner l'hypothèse d'une langue romane, analogue au provençal, et type intermédiaire entre le latin et les idiomes qui en proviennent. Cette hypothèse que
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protégeait le nom de M# Raynouard, mais à laquelle M. Fauriel, dans un cours public, avait déjà porté de rudes atteintes, me semble ne pouvoir résister aux faits, et les arguments sur lesquels elle s'appuie ne pouvoir tenir contre la logique. On en jugera. Prenant ensuite successivement les différentes parties du discours, j'ai tenté d'expliquer comment chacune d>lles avait pu sortir de son analogue latin. Il me semble avoir eu parfois le bonheur de prendre, pour ainsi dire, la nature sur le fait, dans cette mystérieuse génération. Ici J'ai rendu un complet hommage à la découverte de M. Raynouard touchant les deux cas de Tancienne déclinaison fran* çaise. Je pense même avoir étendu la portée de sa découverte au delà des limites dans lesquelles il Pavait renfermée; je pense avoir établi sur une base plus large qu'on ne l'avait fait, ce me semble, le système de la déclinaison romane à deux cas, et montré à quel point >1 pénètre profondément notre vieille langue. Dans l'étude de la formation de l'article, du nom, de l'adjectif, du verbe, j'ai toujours présenté comparativement ce qui a eu lieu en français et ce qui a eu lieu dans six autres idiomes de même famille : l'italien, l'espagnol, le portugais, le provençal ou langue d'oc, levalaque et la langue des Grisons, le roumanche^ Par le rapprochement de ces idiomes, j'ai cherché à donner au lecteur un sentiment vif et vrai de ce qui s*est passé dans le travail de leur organisation, et à suivre le mouvement de la sève réparatrice dans les ramifications diverses de l'arbre néo-latin.
* Je n*ai pas donné place au catalan dans ceUe comparaison, parce que, grammaticalement parlant, il me parait trop peu différent du provençal.
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Puis, la grammaire construite, je me suis demandé comment s'était construit le vocabulaire de notre langue. Ici s*est présentée une seconde histoire, celle de la dérivation des mots. Avant de m'y engager, j'ai voulu poser quelques principes qui pussent servir de guides à ceux qui se livreraient à l'étude détaillée des étymologies françaises, étude que mon plan ne pouvait admettre, et j'ai fait l'application de ces principes à notre langue. J'ai cherché ensuite de quelles formes latines dérivaient les mots français, et quelles formes de la langue du moyen âge avaient pu laisser des traces dans la langue actuelle, particulièrement dans les noms propres, qu'on n'avait peut-être pas considérés sous ce rapport, et qui, par leurnature, sont des témoins immuables du passé. Car toujours préoccupé du désir de montrer, de faire toucher, pour ainsi dire, la formation et le développement de noire langue, j'ai constamment embrassé et rapproché trois termes : le latin, l'ancien français et le français moderne.
Pour compléter mon travail, il me fallait encore exposer les lois de permutation selon lesquelles se changent les lettres dans le passage du latin au français. Je Tai fait d'après M. Diez, qui a heureusement appliqué aux langues romanes le principe que M. J. Grimm a le premier reconnu dans les langues germaniques. Il me restait à indiquer dans quelles proportions et dans quelles circonstances les divers éléments celtiques, germaniques, etc., ont concouru, avec Télément latin, à composer le vocabulaire français. Enfin, j'ai examiné, mais seulement dans son rapport avec mon sujet, la question des anciens dialectes français, et même celle qu'on ne saurait en séparer, la question des patois vi-
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vants. J'ai terminé par quelques recherches sur la prononciation française au moyen âge; car l'histoire complète d'une langue comprend l'histoire de Tintonation aussi bien que celle de récriture. Comme appendice, j'ai ajouté à mon livre un dernier chapitre, dont le but est de montrer que cette langue du moyen âge, intermédiaire entre le latin et le français moderne, a laissé des tracQS considérables dans la langue du seizième siècle, et que Thistoire de sa formation importe à l'intelligence de notre idiome, tel qu'il a été parlé et écrit dans un siècle duquel datent plusieurs des chefs-d'œuvre les plus remarquables de la littérature moderne.
La nature de ce volume, qui forme un tout à lui seul, m'a décidé à le publier isolément, mais il parait à son tour dans la série des publications qui doivent embrasser toute l'histoire des lettres françaises. Le chapitre important de notre histoire littéraire, qui a pour objet d'expliquer comment le français est né du latin, se place naturellement entre la littérature latine, qui précéda les plus anciens monuments de la langue vulgaire, sujet de mon premier ouvrage, et la littérature écrite dans la langue des douzième, treizième et quatorzième siècles à laquelle sera consacré le travail que je prépare en ce moment.