‹ Histoire de la formation de la langue françaiseChapitre 27 sur 77 · IV. — PRONOM RELATIF · texte numérisé non relu

IV. — PRONOM RELATIF

M. Raynouard dit que lo et le est un pronom relatif dans ces phrases: Deuslo volt y je Vaivu.

11 me semble plus exact de dire que h ou le est ici un pronom de la troisième personne, car il peut se traduire par il- /tt-m, Urlwd^,

M. Raynouard ajoute que t el, lo, la, devenaient des pronoms relatifs lorsqu'ils ne désignaient pas des personnes*. »

Je ne vois pas comment la qualité de l'objet désigné pouvait changer la nature du pronom : dans je le suis, qu'on parle d'une personne ou d'une chose, le n'est pas différent. Quand l'article n'est pas placé devant un nom de personne, cesse-t-il d'être un article ?

M. Raynouard mentionne aussi ne comme pronom relatif, et en cite un exemple où il parait en effet employé pour en, comme ne en italien'. Dans ce cas, ne est une altération bizarre

* Quand Ule peut se traduire par il, ille est un pronom personnel ; qtiand il peut se traduire par cil, ou celui, ille est un pronom démonstratif.

* Grammaire comparée, p. 177,

* llfiiL, p. 178.

du son etiy mais pas plus que lui n est uu pronom relatif. En, que dans ce sens on écrivait aussi enl^ dérive de la préposition inde^.

Le véritable pronom relatif eut, dans Tancieime langue, trois formes : ki ou qui pour le nominatif, cui et que pour les cas obliques. Mais dans les monuments les plus anciens, on trouve par confusion que ou ke employé comme sujet.

M. Raynouard cite ce vers d'une vieille traduction de la

Bible* :

De trois personnes ke simt un Dieu parfit (parfait).

On trouve aussi ki employé par confusion au lieu de que^ comme régime.

Tant ad seinet Ai li oil li sunttroubled (a).

Ch, de RoL, p. 77,

Tant a saigné que ses yeux sont troublés.

Cui devait naturellement s'employer comme en latin à désigner le datif.

Et celui avoec lui menra Cui de sa fiUe avoit don fet.

Fab.etCont„i, I, p. 206.

Et il mènei'a avec lui celui à qui 11 avait fait don de sa flUe.

Cui se prenait aussi par extension pour les deux autres cas obliques, le génitif et Taccusatif. Pour le génitif, il jouait le rôle de cujus.

Je ving au conte de Soissons, cui cousine germainne J'avois épousée.

Jomville^ p. 223.

Je vins au comte de Soissons, de qui j'avais épousé la cousine germaine *.

* Voy. Dérivation des particules.

* Grammaire comparée, p. 180.

* Cui peut être entendu ici comme ayant le sens du datif: la constat germaine auquel j'avais épousée. Rien n'était plus ordinaire dans l'ancienDe langue que cette manière de parler : La cousine au comte.

[a] [Il faut remarquer que dans cet exemple Ai donne au vers une fyllabe de trop ; il est donc à tous égards fautif et doit être reU-Dncbé ]

FORMATION DU PRQNOM. 127

Cui il ataint tout est de la mort fis.

Gar. le loh,, t. II, p. 80.

Qui il touche est certain de mourir.

Que s'employait seulement pour Taccusatif comme aujourd'hui. Les exemples cités par H. Raynouard sont trèsbons*.

Fai que dois, aviegne que puet.

IlOrdene de Chevalerie, Fabl. et C, 1. 1, p. 76.

Demanda lor que ce estoit.

LeCastoiement^ ib , p. 74, conte 4.

On doit remarquer, dans ces exemples, que, au lieu de la Tonne traînante seule admise aujourd'hui, ce que. Que au moyen âge étant, à lui seul, l'équivalent de que-m, de quod et de quid en latin, il n'était besoin de rien ajouter.

Il eu est de même dans les langues germaniques ; on ne dit pas en allemand dos waSj ou en anglais that what, mais seulement UH18 et what.

L'ancienne langue, au lieu de rien ajouter au qui ou au que, le supprimait parfois, et le tour n'en était que plus rapide.

Que plus m'aime ne fait son frère.

Rom.duRen.,y.QZOi,

Qui {a) m'aime plus qu^il ne fait son frère.

Là est rorigine de cette vieille tournure qui a de la grâce : il fit fue sage. Que est mis pour ce que : il fit ce que fait l'homme sage ; fecii quod sapiens { facit). On le voit bien par ce vers :

De ce fist-il que prous et que gentis.

Gar. le Loh., t. Il, p. 176.

il agit dans cette circonstance en preux et en homme noble.

• (iramm.eomp.y p. 182.

[a II] faut traduire : car il m'aime...]

128 FOUMATION DE LA LANGUE FRANCAfSK.

QtieL au uominatif, prenait !*« caractéristique de ce cas, d'où résultait 9ti€^, et par contraction, quiez, quiex, qiieus.

Quel était invariable aux deux genres, et ^tte/Zen existait pas. Il en était de qualis, comme de grandis, d'utUis; le masculin et le féminin étant semblables en latin ne se distinguaient pas non plus dans Tancienne langue française ^

En quel tere en irons -nous ?

Aucassin et KicoleUCy F. et G., t. f, p. 407. En quelle terre irons-nous?

Cette tournure traînante lequel pour qui n'existait pas en latin et n*est nécessaire que dans le français moderne, dont le pronom relatif est entièrement dénué de flexion. Lequel se trouve, il est vrai, dans des monuments anciens *, mais grâce à la déclinaison romane, tout imparfaite qu'elle était, on pouvait s'exprimer dune manière plus brève.

Gil Dex....

Poissanz sor tote créature ,

La cui poissa nce toz jors dure.

Ms. B. /.. Fr., n* 90, fol. 75, c. 2, bibl. de l'Ars.

En général, quoi correspondait au génitif cujus, au datif ad et à l'ablatif quo ; et c'est ainsi qu'il a donné naissance aux locutions dans lesquelles il est resté: Cest en quoi, de quoi, à quoi.

Quelquefois il remplaçait et remplace encore quid^ qnod; exemple : pourquoi. Nous disons quoique ; mais quoi étant attribué plutôt au génitif et au datif, et que à l'accusatif, queque, moins harmonieux, était plus rationnel.

Diaux sire cbiers, guegue dit aie, Vos m'aviez vaincu et matci.

Ruiebettf, 1. 1, p. 133.

Mon clier doux sire, quelque chose que j'aie dit. Vous m'avez vaincu et maté.

' Voy. chapitre VI, p. 97.

* M. Raynouard cite la traduction des Dialogues de saint Grégoire. Gram. comp., p. i86.

FORMATIÇi^ DU PRONOM. 129

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