‹ Histoire de la formation de la langue françaiseChapitre 45 sur 77 · Tome, tomber · texte numérisé non relu

Tome, tomber

Leere, voleur, a. fr. lierres.

Condamné, mérité, mesuré, pesé, abandonné. Condamner, mériter, mesurer, peser, abandonner.

(A peu prés comme on prononce ces mots aujourd'hui en

français.)

Mort.

Gragn, grand ; a. fv greignor, plus grand.

Treup, beaucoup, trop.

{Trop dans l'ancien français avait Tun et Fautre sens.)

IL — Comment les substantifs, dans le français moderne,

dérivent de rancien français.

Il en est des substantifs français et provençaux usités sxh

* Hormayr, Guchiehte der Gefunieten grafftchaft Ttrof, p. M.

jourd'hui, par rapport à ceux, de Tancienne langue, comme des uns et des autres par rapport au latin.

Tantôt la forme actuelle du substantif est empruntée au nominatif roman, tantôt au cas régime. J'en ai déjà cité un exemple : trouvère est dérivé du nominatif français (trouverez); troubadour, du cas régime provençal (trobador).

La très-grande majorité des substantifs français dérive, non du nominatif, mais du cas régime. On le reconnaît à Tabsence de ï$ dans la terminaison.

Les noms propres en s, comme Jacques y Charles ; le petit nombre de substantifs, le nombre plus considérable d'adjectifs qui ont conservé 1'^ ou 1*^ du nominatif, comme un faucheux (a), amoureux^ jaloux, telles sont les exceptions principales à la loi générale d'après laquelle le mot français s'est formé en général du cas régime roman.

La raison est la même que celle qui a fait, dans beaucoup de cas, prévaloir la forme latine des cas obliques sur la forme du nominatif dans les dérivés néo-latins. Le cas régime représentant quatre cas à lui seul se rencontrait quatre fois plus souvent que le nominatif. On conçoit qu'une forme si ordinaire soit devenue, quand s'est perdue la distinction des deux cas romans, la forme générale et unique des mots.

Ceci explique la forme de certains mots, dérivés du cas régime, et qui présentent ses diverses terminaisons en in, on, ant^ et, otm

La terminaison du cas régime en in, ain, est devenue la terminaison de différents mots français. Les uns se trouvent au moyen âge avec Y$ caractéristique du nominatif, comme sapêy d'où tapin ; d'autres ne paraissent dans la langue, même â ses époques les plus anciennes, qu'avec la terminaison du cas régime ; dès lors leur désinence a été fournie par Taccusatif latin, comme rien de rem, traversin de transversum cer^

(a) [Paucheux est une forme populaire pour faucheur,]

vical, C*est ainsi que lorum a fait Icrein (voy. plus haut, p. 73)'.

Dans d'autres qui n'avaient point en latin d'accusatif en nu in a été placé à la fin des mots, non par étymologie, mais par analogie, comme dans lapin de leptis K

Enfin, des mots d*origine germanique ont reçu la terminaison en in par une extension plus grande encore du principe d'analogie si puissant sur la langue ; l'allemand IfeuU a fait butin.

On peut dire la même chose de certains mots en on. J'ai cité ailleurs baron de baronem, larron delatronem, rayonne radium, espion (par analogie) (a) . On pourrait ajouter surgeon de surculum, sayon de sagum, crayon, tayon, sauvageon (par analogie) ; enfm taon de tabanum, et peut-être paon de patonem*.

De certains mots en ant ou and : Normand, Allemand.

De certains mots en et, comme balet de balais {Ra^n., Les , t.II, p. 172). -

De certains mots en ot et aut : sarot (voy. Richelet, Dict. des rimes), mis pour sarau, qui était le mot germanique dans sa pureté *; gerfaut de gerfalk.

1 Les snVjeciik moyntt prochain, hautain (qui primitiTement était synonyme de haut) , viennent également de médium, proximum, allum. — [Us Tiennent de dérivés en anus : medianuSj proximianuSf alt*Âma. De même iraversiti et larcin, plus ordinairement lorain, viennent de dérivés Utios en mcim et aitvm.]

* /^tit voulait dire lièwe, mais il y a plusieurs exemples de celte traoslation du nom d'un animal à un animal d'un genre voisin. Yulp-e$, rekaré, parait avoir la même racine que wolf, loup, en allemand, et wip, ptiH chien^ en anglais, et poétiquement, les petits de plusieurs carnassiers. — [L'étymologie de lapin est encore incerlaine, mais les lois de la permutation ne permettent pas de le dériver de lepns. Voy. Diei, Et^pm. BM- II, 545, et Littré au mot lapin.]

' La forme aUemande de ce mot dérive du nominatif pfau pour pat.

• Ce mot se trouve dans le Combat tPHildelfranietd*B€ribrani. J. Urimm. Die beyde œlteête Denkmœler dei deuUchen Spradiet p. 3-

(a) [ San» doute barron, larron viennent de bar&nem latrénem, maè il ne se peut que radium ait produit rayon ; il a produit rai. Voyo sur <* mode de formation la note a de la page 68.]

DÉRIVATION DES SIBSTAMTIFS. 265

Les diverses désinences que nous avons reconnu caractériser le cas régime se trouvent donc appliquées k des mois rançais dont elles expliquent la formation, en même temps qu'elles montrent par là combien le système des flexions dont elles faisaient partie, la déclinaison romane, était profondément enraciné dans les habitudes et le génie de la langue, où sa trace parait encore.

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