III. — Dérivation des noms propres
L'origine des noms propres français se rapporte à Téiat de la société au moyen âge, et représente les différentes classes entre lesquelles elle était partagée.
La société du moyen âge était avant tout chrétienne, et le nom par excellence était le nom chrétien.
En Norwége,Ies paysans n*ont pour ainsi dire que celui-là. Chacun ajoute au nom de baptême de son père la syllabe sen^ qui veut dire fils ; ainsi le fils de Pierre s'appelle Jean Petersen, son fils, Eric Johansen, etc.
En italien, ce que nous appelons le nom propre s'appelle encore aujourd'hui le surnom, cognome. Le nome c'est le nom du patron.
Beaucoup de noms propres portés maintenant ne sont que des noms de baptême qui sont devenus des noms de famille : Thomas, Robert, André y Thibaut, etc.
Au nom de baptême, les nobles ajoutaient le nom de la terre dont ils étaient seigneurs ; les roturiers y joignaient un sobriquet ou le nom de leur profession.
Les gens de la campagne étaient souvent désignés par la localité qu'ils habitaient : Deschamps, Dubois^ Dupré, Duval, Dumonty Delaunay (de raunaie)j etc.
Ainsi se sont formés presque tous les noms propres français:
Du nom de la terre, les noms aristocratiques;
Du nom d'une profession» les noms bourgeois ;
D'un sobriquet, les noms populaires ;
Du nom d'une localité, les noms rustiques.
11 va sans dire que les trois dernières classes de noms se mêlent comme se confondaient les classes d'hommes auxquelles ils appartiennent, et qui ne faisaient au fond qu'une classe : il n*y avait au moyen âge que des nobles et des roturiers ; il n'y avait aussi que des noms nobles et des noms roturiers.
Les sobriquets populaires étaient souvent très-grotesques ; on y sent le mépris et l'abjection des classes inférieures.
PoUe-vilain, Heurt-4a-pot, Tourne-bœuf, Courle-paye, Brise-niidie*.
On voit parfaitement comment se sont formés les noms propres qui dérivent d'une profession, dans le livre delà Taille de^ Paris, Les noms des bourgeois de Paris y sont énumérés avec leurs domiciles. Très-souvent il n'y a que le nom de baptême, suivi de l'indication du métier : Pierre le hotivier, Robert le pelletier, Gautier Fescrivain ". Ce nom de métier, qui est ici une simple indication jointe au nom de baptême, est devenu avec le temps un vrai nom, un nom de famille : Lebouvier^ Lepelletier, Lecrivain.
Souvent aussi les individus portés sur le livre de la Taille sont désignés par le pays d'où ils sont originaires : Jean U Picart, Guillaume le Normant, Alain le Breton. Ces désignations, tirées de la patrie, sont devenues également des noms propres.
Dans les noms propres, ce qui intéresse particulièremait
* Les derniers sont indiqués par Veigret, Traité de la Graamuûre frMçatêe^ p 21.
' Paris BOUS Philippe le Bel.,. D'après les documents originam, et m>tamment d'après un manuscrit contenant le Uvre de la tatUe imposée sur les habitanu de Paris en 12;i2, publ é pour la première fois par B. Geraud,1837,p. 5. Voy. aussi /a TVit/Z^de Paritrii IM 3, publiée pari. Bd- «bon, t. IX des Chrimiqueê nationales.
l'historien de la langue française, ce sont les formes grammaticales de Tancien français, qu*iis ont souvent conservées.
J'ai montré que les principales formes du cas régime roman étaient on, in, en, et et oL
Ces formes, qui ont prévalu dans un certain nombre de substantifs et d'adjectifs français, et se sont substituées à l'ancien nominatif en s, je les retrouve dans les noms propres à leur état ancien, et, ce qui est plus remarquable, à leur état moderne.
C'est que les noms propres, immuables de leur nature, parce que ceux qui les portent tiennent à les conserver dans leur intégrité, transmis d'ailleurs par la signature qui ne doit pas varier, sont plus fidèles qu'aucune autre sorte de mots à l'ancienne constitution de la langue.
Je citerai comme exemple des noms propres qui avaient au moyen âge les diverses formes que j'ai indiquées pour le cas régime des substantifs un certain nombre de noms tirés du livre de la taille et du travail approfondi de M. Fallot sur les noms propres ^
En Ml. En in. En ant, ent. En et. En ol *.
YTon,p. 90. Aabertiri, 5. Hélisent, 5. Henriet, 6,8. Perrot, 6.
ClimeoçoD, 2S. GuiUemin.S. L'Alemtnt, 21. Huguet, 8. Johannot, 6.
Raolin. «^. Rolant, 23. Symonnet,*^. Bourgot. 2.
Thonias8in,15. Hermant, t^. Baolet, 18. Guyot, 8.
Ottdin, 15. Andriet, 23. Esievenot, il.
Micbelel. 25. Adcnot. 23.
Jaquet, 33. rheUpot,2S (a).
* Fallot, Rêckerehei sur la langue ^., -p. 175.
* La ienninaison ot a été remplacée souvent dans l'écriture moderne par ou; de ià Pereau pour Perot, Johanneau pour Johannot^ Phelipeau pour Phelipot, — [Eau et oi sont deux suffixes d'origine distincte ; le premier répond au latin ellus, le second est, ainsi que les suffixes ol et et ;ital. aUo, etio, oUo, voy. Diez, Gram., Il, 545), propre aux langues romanes, le valaque excepté ; il n'a pas son type en latin.]
(a) [Les noms que renferme cette liste présentent à la vérité plusieurs mota aont la forme est celle du cas régime (Ytom, Heliteni, VAlemani, Ro- Imdf eu.]; mais un plus grand nombre sont des diminuiifs : Clmeiîson (de CiémaU), Auberlin {à'Aubert), GmlUmin (de GuUlamne), Haolin et Haalei (de Haoul), etc.]
Les noms propres qui présentent ces formes de cas régime avaient la terminaison s au nominalif : Yves, Clemens, Aubers, Guillaumes, Raouk, Thomas, Eudes, Helisens, VAkmans, Rolans, Hermans, Henris, Hugues, Simons, Andrieux, Michels ^ifwques, Pierres, Jehans^ Bourgeois, Guys^Est\eme<, Adfitiex, Phdipes.
Dans la liste des noms propres du moyen âge due à H. Fallot, je trouve des exemples des mômes formes du cas rêginie.
on. in, ant, ent. /. ri *. •<•
Huon,p.l83.1IS'auUrin, 187. Roland.189. Hanrit, 180. Raulet. 189. Piero!.183. Eudon, ib. Jaquerain. 188. Renant, ib. Thierrit, ib. Thieriet. ib. CiUot. IST. Pieron, i6. Jennin, i^. Agolant, t^. EmmelolMi
Coenon, 186. Kellippin, t^.
Gillon, ib. Audain, 902.
Hiion, t^. Catherinain,f^.
Guyon, ib, Guillon, t^.
M. Failot rapporte avec raison ces formes au nominatif: Hues, Eudes, Pieres, Cornes, Gilles, Hues, Guis, Wattien. Jacques, Jehans, Phelipes, Aude, Catherine, Rolans, RenaH$, Henris, Thieris, Haouls, Emme (ou plutôt Emtnelos; \o\ei Rom. français, p. 28) ; mais il a tort, selon moi, de ne pas rapprocher ces suffixes des diverses désinences du cas ré gime des substantif avec lesquels elles ont une analogie évidente.
Si maintenant on passe de Tancienne langue à la nouvelle, on y trouvera une immense quantité de noms propres a(îecti< des mêmes terminaisons, c est-à-dire portant encore la marque de la déclinaison romane.
Yoici une partie de ceux qu'offre à la première vue YAlmn' nach des vingt-cinq mille adresses.
J'indiquerai d abord ceux que, dans ce recueil de viugt*
1 U. FaUot cite plusieurs exemples d'une forme dans laqueUe ai a rfOh placé et ; c'est nue variante de dialecte ; ex. : Ovyat de Giciitt, p. 87 ; Bturiat de Henris, ib.; Jenat de Jeans, 188; Ixwiai de ïjowis, ib ; Thienki àc Thierris, ib.
cinq mille noms, on trouve avec la forme du noiQÎnatif en s et diverses formes du cas régime ; ensuite ceux qui ne s*y présentent pas avec la forme du nominatif, mais qui offrent une ou plusieurs des formes du cas régime. Si Ton rassemblait les noms propres des trente millions de Français, ce tableau serait plus complet; certainement un très-grand nombre offrirait tous les cas de la déclinaison romane.
Soms propres modernes dans lesquels ont subsisté les formes du nominatif ou les formes du cas régime.
Andrieax.
Andrieu, Andrié, Andry, André.
Angles.
Armez.
Armet.
Arnoux.
Arnous (pour AmouU-s).
Arnout.
Arthus (pour Arlliup-«).
Arthur.
AugustiDs.
Augustin.
Auzoux.
Auzou.
Barroux.
Ban*et, Barrot.
Balez.
Ballet, Baliin, Ballon.
Bejeaui.
Bejot.
Benois.
Denoist, Benoiston.
Bongars.
Bongard.
Beaumes.
Beaume.
Beaulieui.
Beaulieu.
Bidaux.
Bidaut, Bidault.
Bordas.
Bordât.
Bordes.
Bordet.
Brasseus (pour Brasseur- s].
Brasseur.
Brosses.
Brossin, Brosset, Brosson.
Bureaux.
Burel.
Cabannes. «
Cabanne.
Camus.
Camu.
Gazeaux.
Cazot.
Charles.
Charte.
Chaslcs.
Chaslin.
Constans.
Constant.
Costes.
Coste.
Crouzas.
Crozat, Crozet.
Delahays.
Delabay- (e) ' .
• Pour l'addition de Ve muet, v. plus haut, p. 239, et plus loin, dans ce rar3graphe.
Desains.
Desaint.
Dufeys.
Dufay, Dufey, Dufayet.
Dumetz.
Dumey, Dumet.
Duperreuz.
Duperrey, Duperret, Dupeiron.
Duplès, Dupiez.
Duplé.
Duplessys.
Duplessy.
Dapuis.
Dj^)uy.
Fernis.
Ferry.
Filhos.
Filfaon.
Fortis.
Fortin.
Fouques.
Fouque, Fouquet.
Fourniauz, Fournez
Fournie, Fournet.
Gales.
Galay; Galet.
Gallais, Gallois, Galloz.
Gallet. Gallot.
Gelis.
Gelin.
Georges.
George.
Gerfauz.
Gerfaut.
Gignouz.
Gignou.
Gilles.
Giliet, Gillon, Giliot.
Girouz.
Giroud.
Gittauz.
Gitlau.
Gouges.
Goiyon, Goujel, Goujot.
llallez.
Halle, Haliot.
llerbez.
Herbet, Herbiu.
Henrez, Herrieux.
Hervé, Henrey.
Hugues.
Hugon, Huguet, Hugot.
Jacques.
Jaquin, Jaquet, Jacquot, Jacot.
Jadious.
Jadin.
James.
Jainet, Jamin.
Joannes.
Joanne, Johannot.
Joffres.
Jonre, Gouffre.
JoUois.
Jolly, Jolliat«
Laboulays.
Labouiay.
Laios.
Delalot *.
Lametz.
Lameth.
Lanceleuz.
Lancelin, Lancelol.
Landrieuz.
Landry, Landré.
Langlois, Langlais.
Langlé.
Lassus, Lassis.
Lasson
Laurens.
Laurent, Laurencin, LaureDC^o-
* Toici, dans un nom moderne, un ezerople de la désinence en a/, nriante de la désinence en «/, signalée pour les noms propres du moyen i^e. par M. Fallot, dans Benriat, Thiériat.
• I^los, au nominatif, régi par de, fait au cas régime Delalot,
DËIRVATIO^' DES SUBSTANTIFS.
Lauris.
Laury, Lanrey.
iavaux.
Larault.
Leclercx.
Leciercq, Leclerc.
Umans.
Léman t.
Longchamps.
Longchampr.
Lubis.
Lubin.
Hargoz.
Hargne, Margouet, Nargotin.
Hatbias.
Mathieu, Hayeu.
Menars.
Menard.
Michelez.
Nicbelet, Michelin, Hichelon, Hi-
chelot.
Moraux.
Moreau, Morel.
Nico'as.
^icolaî.
Soailles.
Koally.
Pailloux, Paillet, Paillot.
Pecbeux.
Pecqueur.
Pennes.
Penln, Penot.
Pcrés, Percy, Peret, Perin, Peron, Pcrot.
Peronaux.
PeronneaUi Perronnet.
Phalipos.
Phalipon.
Pitois.
Pitoin, Piton.
Pons.
Pontet, Pontat
Proiis.
Proust.
Pugeus^ Pujos, Ptgouls.
Pugin, PujeC.
Raoax.
Raoult.
Renoux.
Renoult.
Saint- Romans.
Saint *Roman, Saint-Romain.
Salés, Salis, Sales.
Salin.
Salles.
Salle.
Surgis.
Surget.
Thomas.
Thomassin, Thomassot.
Vallès.
Yallet, Vallin. Vallon, Vallot.
Yemes, Veniois.
Vemet, Vemot, Verney, Verni.
Villars.
Villard.
Voisins.
Voisin.
Kams propres qui présentent une ou plusieurs des formes
du cas régime
Amelin, Amelot.
Kocéiin, Ancelot.
Audin, Audot.
bachelet, Bacbelot, Bachelu.
Baillet, Baitlot.
Bardet, Bardin, Bardou, Bardot.
Baudet, Baudin, Baudon, Baudot.
Bellet, Bellin, Bellon, Bellot.
Bertet, Bertin, Bert«m.
FORMATION DE Ik LANGUE FRANÇAISE.
Brisset, Brisson, Brissot.
Callet, Gallon, Gallot.
Calmet, Calmon.
Chardin, Chardon.
Chauvet, Chauvin, Chauvot.
Collet, Collin, Gollot, Gollaud.
Doiicet, Doucin.
Evain.
Fayet, Fayot.
Gaudct, Gandin, Gaudiot.
Gavet, Gavant, Gavot, Gavoy.
Gibon, Gibot.
Goblet, Goblin, Goblain, Gobley.
Goyon, Goyet, Goy.
Grandin, Grandet.
Guillemin, Guillemot, Guillaume.
Guyot, Guyet, Guy.
Hennon, Hennin, Hennet, Henot,
Henaut, Ilenu.
Hivert, Hiver.
Hochet, llochon. Hoche.
Huet, Huin, Huon, Uuot, Hue.
Hulin, Hulot.
Jeanin, Janin, Jouannin, Jeanne! , Juston, Jnstln.
Lambin, Lambot.
Hagnin, Hagnien, Magné, Magny.
Massin, Masson, Masset, Hassieu,
Masse, Macë.
Mignet, Mignon, Mignot.
Millet, MilUn, Millon, Siilot.
Mion, Miot.
Moisîn, Moisant. Morissot, Horisset, Morisse.
Naudet, Naudtn, Maudot, Naudé.
Oudin, Oudot.
Papin, Papon.
Paquet, Paquin.
Pariset, Parisof.
Parquet, Parquin.
Parret, Parron.
Perret, Perrin, Perron, Perrot- Peyron, Peyrot.
Pichon, Pichot.
Pierret, Pierrou, Picrot.
Pillet, Pillon, PiUot.
Piquet, Piquot.
Pouillet, Pouiliot.
Ragon, Ragot.
Rolin, Rolet.
Thevenin, Thevenet, Tbcvenot.
Trouillet, Trouillon.
Trucbon, Truchot.
Villet, ViUot{a).
En outre certaius noms propres en ant sont démés d'un mot en an, tn, qui a pris le t du cas régime. J*cn citerai pour exemple le plus illustre des noms contemporains : de hritn (nom celtique) on a fait briant; de Château-lrien (le châUan de Brien), on a fait Ghâteaubriani, exactement comme de château Moysen^ on aurait fait le château Moysant (voy. p. 77 <. Guebriand est probablement dans le même cas ; de guéhriM (le gué de Brian) ; jazerand dejazeran (a. fr.).
(a) [Un des noms rapportés dans cette liste, Guy, a la forme du cas sujet le cas régime serait Gwjon. Il en est probablement de même de Gtnf- (M^ aux autres, ce sont pour la plupart des diminutifs. On pmt cqwodaot remarquer que les noms Baudin, Bertin, par exemple, sont purement g(^ maniques ; on les trouve sous cette forme, et non p8S comme dnninati&« dans de trës-anciens textes. Voy. Forstemann, ÂltdeHttehn NmneiAnch, Nonlliausen, iSoO, 4».]
DERIVATION DBS SUBSTANTIFS. 273
Si Ton joint aux désinences in, on, et, ol, ant, la désinence ter empruntée aux mots latins en arius, el la désinence art * qui s'employait aussi pour désigner le cas régime des noms propres,
' Del kostet de mi Pierart,
FaUot, p. i04.
Du c6té de moi Pierre.
on aura la grande majorité des désinences qui encore aujourd'hui sont appliquées nux noms propres français, et qui ilériTenl, comme on voit, des diverses formes du cas régime qu'employait l'ancienne langue, dont elles gardent une trace précieuse (a).
Souvent aussi dans les noms propres l'emuet vient se placer après la consonne finale du radical.
Baud, Baude.
Brail, Braille.
Laboulay, Laboulaye.
Laurens, Laurence.
Lubis, Lubize.
Il en résulte parfois une réduplication de la consonne.
Cazot, CazoUe.
CoUet, Collette.
Courcel, Courcelle.
Lucot, Lucotte.
< H va sans dire qu'il ne faut pas la confondre avec Vart ou ard des mots d'origine germanique, comme gérard^ ehberard. 2t parle des mots à radicaux non germaniques, comme jol'ward, javard, nuiillard, man^ nord, mesnardj mmard. Cette forme art se trouve dans les noms propres du français ancien : Huart de Hue$^ Phelippart de Philippe. FaJlot, p. 187-8. — [11 n'y a pas deux suffixes arl ou ard. Pour avoir été adapté à des thèmes romans, ce suffixe n'en est pas moins, dans tous les cas, d'origine germanique. Voy. Diez, Grammatik, II, 558-60.]
fa) [11 ne faut pas identifier la forme du suffixe avec la forme du régime. Ei\ oif in, art, sont des suffixes, non des formes spéciales au cas régime. La règle est que Tx, caractéristique du sujet, fait disparaître le t du radical, et que ce t reparaît au cas régime. Ainsi Pieroê et Pieroi, Pierars, ou Pieroê, et Pierart, etc.]
27i FORMATION DE LA LANGUE FRANÇAISE.
Morel, Morelle.
Mouret, Mourelte.
Pinel, Pinelle.
Soleil, Soleille.
Valet, Valelte.
Les noms propres ont encore cet avantage qu'ils nous montrent très-souvent la forme primitive du mot français, celle en général qui est le plus près du latin, soit par la prononciation, soit par l'orthographe.
Agnel (a. fr. d'agnellus) pour agneau.
Baillere [a], Bailleur.
Bergier (ortliog. du moyen ftge).
Blez (orthog. du moyen Age}.
Blondel» Blondeau.
Boissel, Boisseau.
Bousquet, Bosquet ou Bouquet.
Garpentier, Charpentier.
Gasteli Château.
Ducauroy, Ducharoi.
Chargrasse, Chairgrasse.
Coulomb et Coulon (a. fr. pigeon)
Compeing (a. fr. compagnon].
Leyieils. Levieux.
Lisfranc *, Le Franc.
Loi sel, L'Oiseau.
Loys, Louis.
Nontalembert, pour Mont de Lambert.
Dammartin, le seigneur Martin.
Dampierre, le sieur Pierre.
Decaisne, de Chêne {casnus, b. lat.V
Delaroque, de la RochCi
Desmarets, des Marais. •
Dubos, du Bois.
Duhamel, du Hameau.
Duvergier, du Verger.
Dutil, du Tilleul.
« L'article ancien U a ici 1'» du nominatif, comme dans lu rer»** p. 91.
[a] [Baillere est la forme du sujet, d*où au rég. baîlléar et en fntçais moderne bailleur; de même pour c^itf^r/m^ par rapport i ««w/"' gnon.]
De l'Espine, de l'Épine.
Fournel, Fourneau.
JouTeooel, Jouvenceau.
Laignel, L'Agneau.
Lefaucbeux, Lefaucheur.
Legier, Léger.»
Lelus, Leloup.
On a pu remarquer qu'encore aujourd'hui ce sont des noms de terre, des noms de profession ou de localité qui forment la plus grande partie des noms propres français. Quant aux professions, observez que ce ne sont jamais les appellations modernes qui ont fourni des noms propres à la langue. Cordonnier est un nom propre rare; mais Sabatier (de savetier) Chaussier, Lesueur (de sutor) sont des plus communs. On trouve aussi Couturier^ Lecouturier^ au lieu de LeiailleuVy et au lieu de Lemédecin, LemirCy Lemiere.
lï est intéressant de retrouver dans les noms propres certains vieux mots français perdus.
Agasse, Pie.
Boorgoing, Bourguignon,
Bray, Fange. *
Oesessarts, Esâort, lieu défriché.
Goupil, Renard.
Jaierand, Jazeran, cottç de maille.
Jussieu, Juif.
Laborde, la cabane.
La brunie, la cuirasse.
Lequeux, le cuisinier (a).
Et l'application de certaines règles de l'ancienne grammaire française; celle qui supprime la particule de ou du :
Bois-Landry, le bois de I^ndry.
Bois-Nilon, le bois de Milon.
{a) [Jmfieu et Im Cabane sont des formes provençales plutôt que françaises ; Labrunie ne peut être « la cuirasse, » brunie étant la notation normande du français broigne, et par conséquent accentué sur la première, ce qui n'est pas le cas du nom propre Labrunie.]
Bois-le-Gomte, le bois du Comte.
Bois-Roger, le bois de Roger.
Champ-Robert, le champ de Robert.
Château- Yillard, le château de Villard.
La ViUe-Gontier, la ferme de Gonlier.
Celle qui rend certains adjectifs inflexibles :
GrandmaisoD,
Grandville.
Fierville.
Le même nom propre varie suivant le dialecte des localités; par exemple, Dujmys, Dupuy^ dans le Nord, devient dans le Midi, Dupuig^ Bupeuch, Delpech, et, en prenant Ve muet : Delpeche.
En général, del au lieu de du indique le Midi, mais du n indique pas nécessairement le Nord : Delrieu, Delmas^ sont des noms du Midi ; Durieu, Dumas, sont aussi du Midi, parce que rieu et nias en sont :
De lo ou do lo ai; lieu de du ne saurait appartenir à la langue d ot/ : De Lomesy.il (au lieu de Duménil) est un nom limousin ; Dolomieu est un nom dauphinois ^
Des noms propres qui ont le même sens ont souvent une physionomie très-différente.
Ainsi, ces noms, qui, bien qu'appartenant à des famille> fort distinctes, ont pour radical le même mot : Vern ou Yergn; YerneSy Yemet^ Yergnes, Lavergne^ de Yemède, Yergniaud, Duvemey, Duvemoy, sont les équivalents de Laugay^ Defaunay^ Delaunoy (pour de VAulnaie), car vern est le nom df Vaulne dans le midi de la France.
' Fjo existe encore dans le patois moderne du Dauphiiié :
Quand h jour le réveille
Ckmton contre les fimmeê, par Jean Millet.
SouvefU9 recherches sur leê jyatoU ou idiome» vulgaires rfc fa Fnmcr, par J. J. ChampolUon-Figeac Paris, 4809, p. 150.
DÉRIVATION DES SUBSTA^'TIFS. 2î7
Metge{medicus) correspond, dans le Midi, à Lemire, dans le Nord (a). ,
Mange {monachtts) , à Lemoine,
Dubosc, à Dubois,
Le mot qui était écrit Duchesne, dans Vlsle de France, s*écrivit en Picardie, en Normandie et en Flandre, Duqueme ou Dttcaisne,
Ainsi les noms'propres ont conservé l'empreinte du dialecte qui les a vus naître.
Voilà pour la dérivation des substantifs. Quant à la dérivalion des verbes, je n*ai rien à ajouter à ce que j'ai dit, en parlant des trois conjugaisons néo-latines * .
Je vais passer à la dérivation des adverbes et des particales.
* P. 155 et sul?.
[a] [Mire et metge, cpioique ayant le même sens, Tun en français l'autre en prorençal, sont cependant d'origine différente. Voy. Diei, Etym. Wôrt., n, 366.]