‹ Histoire de la formation de la langue française pour servir de complément à l'Histoire littéraire de la FranceChapitre 34 sur 71 · CHAPITRE XW · texte numérisé non relu

CHAPITRE XW

La découverte des lois de permutation a créé la philologie comparée. M. Grimm a reconnu dans les langues germaniques un principe qui n'a pas tardé à être appliqué à d'autres langues , savoir que dans une famille d'idiomes qui ont un certain nombre de radicaux communs, ces radicaux se modifient selon des lois diverses et constantes ; de sorte que chaque idiome remplace par les mêmes lettres certaines lettres des autres idiomes.

M. Grimm a déterminé quelles étaient les lois de permutation qui régissaient les différents idiomes germaniques \ et M. Bopp a étendu celte comparaison à presque toutes les branches de la famille indo-européenne2. Pour retrouver la langue de Zoroastre, M. Eugène Burnouf s a posé les lois de permutation qui régissent le zend dans son rapport avec le sanscrit. M. Ad. Pictet a constaté celles qui rattachent à cette

1 Voy. les tableaux, p. 578 et 586 du 1er vol. de l'ouvrage fondamental et trop modestement intitulé : Deuteche Grammatik, par J. Grimm.

2 Vergleichende Grammatik der Sanscrit, Zend, Griechischen, etc.

3 Commentaires sur le Yacna.

(a) [M. Diez, auquel M. Ampère avait emprunté une partie de ce chapitre, ayant apporté a son premier travail d'importantes modifications dans la 2e édit. de la Grammaire des langues romanes, nous ne croyons pas devoir donner ici, si ce n'est tout à fait exceptionnellement, des notes rectificatives qui deviendraient trop nombreuses. Nous nous contentons de renvoyer à cette seconde édition.]

dernière langue les idiomes celtiques1; enfin, M. Diez a appliqué la même méthode aux dialectes néo-latins. Je donnerai le résultat de son travail, accompagné de quelques observations.

On peut pressentir dès à présent toute l'importance de ce principe. Si les langues d'un même groupe ont chacune des instincts, pour ainsi dire personnels, des préférences diverses et constantes, ce sera une grande épreuve de la vérité des étymologies, car il y aura lieu de révoquer en doute celles qui supposeraient une infraction aux lois de permutation, une fois constatées; quand, au contraire, une étymologie s'accorde avec ces lois, c'est wne grande présomption en sa faveur.

Ainsi, pour le prouver par les exemples que j'ai cités plus haut, en tenant compte des lois de permutation, on ne sera pas tenté de rapprocher cold de calidus, parce que, suivant ces lois, c'est le g qui, en latin, répond au c anglais et allemand, et c'est gelidus qui répond à calt ou cold, comme genu à knee, genus à kuni, a. ail., gula à kehle, ail.

D'autre part, dans l'étymologie de rossignol, tiré de lucinia, le changement de l en r ne doit pas surprendre, car il se retrouve fréquemment dans les mots français dérivés du latin, dans apostre d'apostolus, chapitre de capitulum.

Il est essentiel, dans une Histoire de la formation de la langue française, d'exposer les principales lois qui gouvernent la permutation des voyelles, dans le passage des mots latins aux mots français. Ces lois ont été déterminées dans un beau travail de M. Diez2, qui embrasse l'ensemble des langues néo-latines. Je vais extraire, en abrégeant, ce qui concerne la permutation des lettres dans les mots français, latins d'origine, et j'y joindrai quelques observations qui me sont personnelles.

1 De V affinité des langues celtiques avec le sanscrit,

2 Diez, Gramm. derrom. Sp , I, p. 123-261.

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