V. — Mots d'origine grecque (a
Il faut commencer par écarter les mots transportés du grec dans le français par la science, ou composés par elle et pour elle. Ces mots sont étrangers et postérieurs à la formation de la langue.
Après cette exclusion, il restera un nombre fort borné de mots dérivés du grec dans la langue française. Ceux-ci pourraient être divisés en trois classes.
La plus nombreuse comprend les mots grecs qui ont passé en français par l'intermédiaire du latin, soit qu'ils aient été adoptés par les écrivains de l'ancienne Rome, comme héros, de Yjpuç, poëma, de Trotta ; soit qu'ils aient été adoptés par le christianisme et introduits par lui dans la langue latine, comme blasphémer, ^Xao-^pstv; ange, ayysloç] diable, §17- Zoaoç; synode, ayhoSûç; église, ixxfojciai cimetière, xotpjTvjptov. Il faut se souvenir que le christianisme est né en Orient, et a été grec avant d'être latin.
La seconde classe de mots grecs qui peuvent se trouver en français se compose de ceux qui se sont introduits dans notre langue par suite de nos communications avec l'empire grec, durant le moyen âge, par les croisades, le commerce, les voyages ; de ce nombre paraissent être f/ayyavov, mangonneau, espèce de baliste, et puera?, moustache.
Enfin, il peut se trouver dans le français quelques mots dérivés de mots grecs importés par les colonies phocéennes, qui jadis occupèrent tout le littoral gaulois de la Méditerranée et étendirent assez loin leur empire et leur influence. J'en ai signalé plusieurs d'après Henri Estienne, dont les uns, après mûre réflexion, ne me semblent pas avoir une origine grecque
(a) [IL Liez a donné des mots grecs qui ont pénétré dans les langues romanes une liste aussi complète et aussi épurée que possible dans l'Introduction de sa Grammaire des langues romanes (I, 56-60; trad.G. Paris, p. 68-73).]
certaine, comme paresse, qui, au lieu de venir de paresis, paraît venir tout simplement de pigritia. D'autres, bien que primitivement grecs, ont été tirés par nous de la langue latine qui les avait adoptés. Tel est apotheca, employé par Cicéron. 11 en reste encore quelques-uns qui, n'ayant point d'équivalents latins, sont évidemment grecs; mais, parmi eux, n'en est-il aucun qui ait une origine plus récente, qui vienne, non de Massalie, mais de Constantinople? En général, il faut se méfier, un peu plus que je ne l'ai fait dans un précédent ouvrage, des rapprochements que Henri Estienne cherche à établir entre le grec et le français, et surtout de l'analogie des deux langues qu'il veut en déduire.
Du reste, je faisais déjà remarquer qu'il y a souvent des hasards de ressemblance d'où l'on ne peut rien conclure; que certaines locutions anglaises ou françaises se retrouvent dans la phraséologie chinoise, que Piitzius a fait un gros livre * pour montrer la conformité du grec et du hollandais. Enfin H. Estienne lui-même, dans son traité De latinitate falso suspecta, a rassemblé un grand nombre d'expressions latines, dont la ressemblance avec le français n'est pas moins frappante que celle des expressions grecques relevées dans le traité De la conformité du grec et du français ; et parla, il infirme lui-même les conséquences trop exclusives qu'on pourrait tirer de certains rapports entre la langue grecque et la langue française.
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