‹ Histoire de la formation de la langue française pour servir de complément à l'Histoire littéraire de la FranceChapitre 61 sur 71 · AVOIR · texte numérisé non relu

AVOIR

Vh au commencement de la seconde et de la troisième personne du verbe avoir (a) :

Et pour ce que tu has opté et soubhaité médiocrité, tu has doresnavant de quoy te faire riche.

Rab., t. II, p. 20.

Dieu en louange Y lia accomparé aulx preux, Y ha faict grand en terreur des ennemys. Rae., t. II, p. 5.

Y avoit pour il y avait :

Au lieu de vigne tj avait du lierre

Amyot, Daphn. et Chl., p. 82, verso.

Conjugaisons.

Les verbes n'étaient pas encore attribués rigoureusement aux différentes conjugaisons ; on trouve vesquit peur vécut, Rab., t. If, p. 50; eslite pour eslue, d'où a été formé le substantif élite, troupe d'élite, pour troupe de yent élite.

Si riche gemme en Orient eslite.

Rohs., t. I, p. 202.

Indicatif présent.

Point d'e à la première personne du présent de l'indicatif :

Je vous supphj, ciel, air, vents, monts et plaines.

Rons.j t. I, p. 76.

(a) [Ceci n'est pas ancien; ce n'est qu'à la Renaissance qu'on eut l'idée de placer Y/i latin devant certaines forme du verbe avoir.]

L's introduit par confusion au moyen âge dans je viens, je tiens, je prends, je connais, allait disparaissant de l'orthographe au temps de Peletier1. Il est peut-être heureux pour l'euphonie, mais il est fâcheux pour l'étymologie, qu'on l'ait replacé à la fin de ces verbes. On trouve chez Ronsard, dans une même strophe :

Jà desjà j'entens la vois.

J'enten le bruit des chevaux.

T. II, p. 57.

Passé indéfini.

Point d's à la première personne du singulier .

Par ce doux mal ]'adoroy la beauté, Qui me liant d'une humble cruauté Me desnoua des liens de l'ignorance.

Rons., t. I, p. 187.

Que sur le champ je luy rendy les armes.

Rons., t. I, p. 221.

Troisième personne du pluriel. — On trouve au seizième siècle la forme cirent plus semblable à cirant latin qu èrent.

Les gays restar ent victorieux.

Rab., t. II, p. 7,

Subjonctif.

Ve muet au subjonctif du verbe être :

Tu soyes le bien-venu.

Hist. du bon chevalier sans paour, etc., p. 542.

Remarquez qu'ici le seizième siècle, comme l'ancienne langue, peut supprimer le que.

Le subjonctif aujourd'hui perdu de je vais, que je voise :

Soyez content que jevoyse en Gaule.

Amadis, feuillet 16.

1 En 1550, p. 138.

Cette forme que je voise pour que j'aille s'explique par l'indicatif, je m'en voys.

Mais je triai voys un peu bien à gauche de mon thème.

Mont., t. Y, p. 203.

T'embrassant en mon sein pour la dernière fois, Car là-bas, aux Enfers, Adonis, tu t'en vois. Roks., t. III, p. 616.

La troisième personne, indiquée par un e muet et par la suppression de la consonne radicale :

Or, allez de par Dieu, qui vous conduye. Rab., t. II, p. 279.

La troisième personne du singulier indiquée au contraire par la suppression de Ye muet :

Gens de bien, Dieu vous saulve et guard!

Rab., t. II, p. 1?,

Dieu vous gardr messagers fidelles

Du printemps ! ... •

Dieu vous gara, belles pâquerettes!...

Dieu vous gard, troupe diaprée !

Roxs., t. II, p. 652.

Par changement de la voyelle en diphthongue :

Dieu me le pardoint !

Rab., t. I, p. 15.

Certaines formes du subjonctif passé semblables à celles du

Je vous advertis que ce que il désiroit, ce estoit que le Turcq descendesist le plustôt que faire se pooit, affin de empeschier le couronnement de Charles de Austrice, tousiours Auguste, et que il fusist advertis que preste estoit son affaire que pour embarcquier, et que il tiensist la main par son efiort que il peusist estre le pape en Romme, comme il luy avoit promis. Hist. de la mais, de Bourgogne, p. 195.

Le conditionnel en oie ou oye.

J'aimeroye mieux.

Amyot, Vie des hom. illustres, t. II, p. 144.

L'impératif sans s :

Jtewmoy'mon cœur, ren moy mon cœur, mignarde.

RoNs.,t. I, p. 204.

Muse, repren l'aviron.

Ross., t. II, p. 42.

Grand Jupiter, n' 'oubli les sacrifices.

Rons., t. II, p. 78.

E croy, si tu ne viens me trouver à Amboise, Qu'entre nous adviendra une bien grande noise.

Vers de Charles IX. Rons., t. III, p. 217.

Infinitif.

L'infinitif, pris substantivement, a fourni beaucoup d'exprassions heureuses aux poètes et aux prosateurs du seizième siècle :

Là morts de trop aimer.

Rons., t. I, p. 677.

Qu'un homme engressé de mesdire.

Rons., t. II, p. 60.

Afin que leur doux chanter.

Rons., t. II, p. 119.

Pour avoir esté vaincue au chanter.

Amyot, Daphn. et CM , p. 15.

Au partir de là.

Amyot, Vie des hom. ill., t. II, p. 155.

Un infinitif est placé par opposition à un substantif dans cette phrase de Rabelais :

Le voyage tant de Yallerjiue du retour.

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Un desmentir, Mont., Essais, t. Vil, p. 223; un desdire, ib., p. 224, conviennent certainement mieux pour le sens qu'un démenti, un dédit. Car le sens de tous deux est actif et présent, non passif et passé; évidemment la confusion de l'infinitif et du participe passé s'est faite par l'oblitération de IV ou même du re final dans la prononciation (a).

Participe présent.

Se déclinait au seizième siècle comme dans l'ancienne langue.

Au cinquiesme jour, jà commenceans à tournoyer le pôle, peu à peu nous esloignans de l'equinoctial, debcouvrismes.

Rab., t. II, p. 55.

Avecques la tapisserie contenante [b) la vie et gestes d'Achilles.

Rab., ib.

Eslimans avoir procuré un bien universel à toute la Grèce, en nourrissant un personnage de telle nature.

Amyot, Vie des homm. ill., t. I, p. 699

Ceux-là estans bien sages qui... ibid., note marg.

Verbes perdus.

Le verbe de certains substantifs, aujourd'hui perdu, existait encore.

Je sens portraits dedans ma souvenance Tes longs cheveux, et ta bouche, et tes yeux.

Rons., t. I, p. 191.

[a] [Il est difficile d'admettre que démenti se soit substitué à démentit par suite de l'oblitération de IV final, et il est impossible que cette oblitération se soit produite dans dédire. Les exemples rassemblés par M. Littré à l'historique des mots démenti et dédit montrent que le dernier de ces deux mots est ancien dans la langue, et que le second se rencontre au seizième siècle à côté de démentir et du participe féminin démentie.]

(b) [Dans l'ancienne langue on eût dit contenant, car alors les participes présents, non plus que maintenant, n'avaient pas de féminin. En effet, ils étaient dans le cas des adjectifs qui, en latin, n'ont qu'une seule forme pour le masculin et le féminin, tels que fort, grant, etc.]

Un seul Janet, honneur de nostre France, De ses crayons ne les portranoit mieux.

Ib.

Verbes réfléchis.

Plusieurs Tétaient au seizième siècle qui ont cessé de l'être depuis, comme

S'apparaître pour apparaître :

0 prince, mais ô dieu, dont la céleste face Ne s'apparust jamais à nostre humaine race.!

Rons., t. III, p. 257.

Se descendre pour descendre :

Il fit descendre de cheval son escuyer, et se descendit aussy luy-mesme.

Amyot, TA. et Char.jip. 5, verso.

Se condescendre pour condescendre :

Se condescendirent à le suyvre.

Amyot, Vie des hom. ill., t.' I, p. 728.

Verbes en re.

Re au commencement des verbes, souvent insignifiant. Remarquer pour marquer :

Le nom, c'est une voix qui remarque et signifie la chose.

Mont., Essais, t. V, p. 52.

Apetisser pour rappetisser :

Et apetisser les moyens de son ennemy.

Mentir pour ralentir. Mont., Essais , t. VII, p. 222. En, séparé de fuir, dans la locution s'enfuir :

Qui s'en estoyent fuis.

Amyot, Vie des hom. M., t. II, p. 143.

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Le t euphonique ne se mettait pas encore entre le verbe et le pronom personnel de la troisième personne placé après lui :

Semble elle pas?

Mont., Essais, t. V, p. 259.

Toutes fois à l'adventure, ne les a il pas essayées les plus cuisantes?

Ib., p. 269.

Reste il icy, dist Panurge, ulle âme moutonnière ?

RAB.,t. II, p. 40.

Adonc appella il Chloé.

Amyot, Daph. et Chl., p. 78, verso.

VIL — Adverbes, conjonctions et prépositions.

La langue du seizième siècle offre, dans cette classe de mots, d'assez nombreux vestiges de la langue du moyen âge. J'en ai déjà indiqué quelques-uns dans le courant de cet ouvrage, j'en ajouterai ici quelques autres.

La terminaison féminine de l'adjectif se montrait dans des adverbes en ment qui ont aujourd'hui perdu celte trace étymologique de la formation des adverbes, comme hardiement. (Mont., t. V, p. 56.)

L'emploi vicieux de Y s à la fin des prépositions (a), non-seulement s'appliquait à avecqnes, oncques, mais il s'étendait jusqu'à presques.

Et la septiesme année Estoit presques entière en ses pas retournée.

Bons., t. I, p. 648.

La mesure du vers a pu être ici pour quelque chose dans cet emploi de Ys, hérité et exagéré de Ys des particules au

[à] [Et des adverbes; oncques n'est pas une préposition. Cf. sur cet emploi de Ys la note [à] de la p. 279.]

Du reste, on voit comment avecque a perdu, par élision, devant un mot commençant par. une voyelle, Ye muet qu'on lui avait improprement ajouté.

Et vescu pour quelque temps assez à mon ayse avecg'eux.

Amyot, Th. et C/*.,p. 9.

Jà pour déjà :

Pour ce qu'il estoit jà près midy.

Amyot, Daphn. et Chl., p. 59, verso.

A V heure pour alors. A l'heure, employé pour alors, montre bien l'origine de celui-ci ; à tore (allora).

Antres et prez et vous forests, à V heure, Pleurans mon mal, ne me dédaignez pas.

Ross., Am.y t. 1, p. 72.

Mesmement à V heure qu'il estoit tout à Fentour enfermé.

Amyot, Th. et Ch., p. 18.

Mais pour plutôt :

0 prince, mais ô Dieu !

Rons., t. III, p. 257.

Ains pour mais :

Pan n'y estoit point oublié, ains estoit assis sur une roche, jouant de sa fluste.

Amyot, Daphn. et ChL, p. 65.

Dond ou dont pour d'où :

Qui es-tu? Dond es-tu?

R.AB.,t. II, p. 34.

Dont vient que les plus seiches régions... portent le plus et de meilleures espiceries.

Amyot, Vie des hom. M., t. II, p. 140.

Très, venant de trans, ne se séparait pas plus des adjectifs que des verbes. On disait tresbon d'un seul mot comme

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tressuer ou treluire (translucere) (Rons., t. I, p. 102), comme on dit aujourd'hui transpirer; trèsgrande iniquité, trèsgrand argument. (Calvin, InsL, p. 2 et 5.) On faisait plus, on ne séparait pas très d'un substantif qui le suivait : trèshomme de bien. (Mont., Essais, t. VII, p. 199.) Mot à mot trans hominem probum, au delà d'un homme de bien. Voici décomposé :

Voy le cy.

Rab., t. II, p. 93.

Voyez-le-ci, voijez-là, pour voici, voilà :

Voyez le cy, voyez là vostre argent.

Rab., t. II, p. 93, 38.

Emmy :

Paissant emmy les champs.

Amyot, Daphn. et Chl.* p. 62, verso.

Ne pour ni; dans l'exemple suivant on les trouve tous les deux :

Je ne suis, respondit-il, ne Grœc ny estranger.

Amyot, Th. et Ch., p. 30.

Pourtant avait encore, au seizième siècle, le sens de d'autant, en conséquence, d'après cela, ce qui est le contraire de son sens actuel, cependant, néanmoins; il exprimait une conséquence et il exprime une opposition.

Je yous adverty que, pour accommoder ma maison, j'ay délibéré cfedans huictaine démolir icelluy figuier : pourtant, quiconque de vous autres et de toute la ville aura à se pendre s'en despesche promptement.

Rab., t. II, p. 10.

Sus pour sur :

Sus ung passaige du père Hippocrates.

Rab., t. II, p. 2.

Sus l'instant qu'il ne s'en doubtoyt mie.

Ibid., 140.

D'aisle douteuse vola Longtemps sus eux la fortune.

Rons., t. II, p. 140.

Trop pour beaucoup :

Aimer trop mieux son ennemy que soy.

Rons., t. I, p. 26.

Et dict un At talus en Sénèque, que la mémoire de nos amis perdus aggrée comme l'amer au vin trop vieux.

Mont., Essais, t. V, p. 152.

Les mots qui maintenant ne se rencontrent que composés, se trouvent dans les écrivains du seizième siècle à l'état de décomposition :

Je suis, mon Belleau, celuy Qui veux vivre ce jour cVhuy.

Rons., t. II, p. 636-637.

Vendemain (tô inde mané) ne s'est pas encore changé par une absorption de l'article dans le corps du mot, en le lendemain.

S'ils ont prins en haine un advocat, Vendemain il leur devient inéloquent.

Mont., Essais, t. VII, p. 209.

Dorénavant s'écrit encore dores en avant.

Si bien que nostre mescompte ne pourroit cVores en avant ex-céder vingt et quatre heures.

Mont., Essais, t. VII, p. 237,

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