VIII. — Étymologie
La langue du seizième siècle n'avait pas effacé aussi complètement que la langue actuelle les traces de F étymologie.
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Plusieurs substantifs existaient encore à leur état primitif, qui n'existent plus qu'à l'état de dérivés ou de composés,
Haim [humus) d'où hameçon, Rons., t. I, p. 2'J3.
Past pour repast ici., t. I, p. 241.
Bers pour berceau, id., t. III, p. 84.
Route pour déroute, Amyot, Vie des h. ill., t. I, p. 709.
Gast pour dcgast, id., Daphn. et Chl., p. 69.
Ronsard fournit un exemple curieux de ces substantifs qui se sont incorporés avec l'article, comme loutre, loriot, luette (voy. p. 228) ; il dit encore Yhyerre (de hedera) :
L'un de laurier, l'autre veslu (Yhyerre.
T. III, p. 289.
Orthographe du seizième siècle.
Elle rappelle souvent les formes du langage propres au moyen âge, legier, estrangier, menagier. Cet ier se prononçait; Meigret, qui voulait peindre la prononciation, écrit lejierement, page 56. On a changé ie en e dans léger, étranger, ménager.
Au contraire chevaler, bacheler, boucler, sangler (anciennes formes), ont été remplacés par chevalier, bachelier, bouclier, sanglier. On trouve encore dans Ronsard bouclair pour bouclier, sangler pour sanglier :
Là, l'Ithaquois, chargé du grand bouclair, Qui ne fut sien, brillant comme un esclair.
Rons., t. III, p. 40.
Et le sangler sans qu'on le peust toucher.
Roxs., t. III, p. 157.
L'orthographe du seizième siècle montre souvent Tétymologie (a). Ainsi raids pour rais (de radiï), Calvin, Inst., p. 11 ;
{a) [C'est à cette fin qu'elle a été surchargée de consonnes véritablement parasites que ne connaissait pas l'orthographe du moyen âge, et qui, selon toute vraisemblance, avaient déjà cessé de se faire entendre dans la prononciation longtemps avant l'apparition des premiers textes en
hicteurs (Amyot, Vie des hommes UL, t. I, p. 701) pour lutteurs (de luctari); aureille (auricula) pour oreille. (Pasquier, Recherches, p. 749; Rabelais, t. II, p. 56.)
Depuis le seizième siècle, notre orthographe s'est éloignée de l'étymologie. Pourquoi, par exemple, mettre deux n h cannibale de canis, et ne pas écrire canibale comme Rabelais, t. II, p. 3?
Là où un substantif a été formé d'un adjectif, les auteurs du seizième siècle ont encore l'adjectif qui a péri depuis.
Là où le païs eslplain.
Amyot, Vie des hom. ill.t t. I, p. 728.
Plain, pris dans ce sens (planus), se trouve au moyen âge. (Voy. p. 207.) (a) Il a été remplacé par le mot scientifique plane, et dans l'usage par l'adjectif plat, pays plat, moins bien approprié au sens que plain.
Le seizième siècle conservait leur forme étymologique à certains substantifs qui l'ont perdue depuis. On disait la théorique, comme la pratique. (Mont., Essais, t. V, p. 199.) Nous avons remplacé la théorique par la théorie (b).
Quelquefois cependant les auteurs du seizième siècle montrent, par l'emploi qu'ils font de certaines expressions du moyen âge, qu'ils ont déjà perdu le sentiment de l'étymologie. Ainsi Amyot ne paraît pas s'être rendu compte de l'étymologie du mot pieça (pièce à, un pezzo fa), dans cette phrase de sa préface où il parle de ses autres productions, qui de pieça sont dans les mains des autres hommes. Ce de ne s'explique pas, et forme une accumulation vicieuse.
Alain Chartier, au quinzième siècle, employait encore autrui,
langue vulgaire. Du reste, ces additions de lettres étymologiques n'ont pas toujours été faites avec une grande intelligence. Ainsi, dans aultre, façon d'écrire introduite à la Renaissance et qui n'a pas tenu, 17 est vicieux, parce qu'il était déjà représenté par Vu [alter, altre, autre.]
(a) [Voy. la note a de cette même page.]
(b) [Théorique et théorie sont deux formes également étymologiques, seulement l'une vient de theorica, l'autre de theoria {d-zapia) .]
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sans le faire précéder de la préposition de (voy. p. 122), comme on le voit par une phrase que M. Raynouard a citée. (Gramm. comp., p. 190) :
Les autruis fautes ne nous doivent enseigner à faillir.
Mais Alain Chartier ne connaissait pas l'énergie de *a terminaison ui qui donnait à autrui, cas régime d'autres, la valeur du génitif, puisque dans cette phrase il a placé un s après mot, dont il semble par là faire un pluriel.
ce
Le muet.
Ne se mettait pas à plusieurs mots qui l'ont maintenant :
Voici ung pact qui sera entre vous et raoy. Rab., t. II, p. 56.
Couraige, enfants, disl le pilot. Haye, baye, distle pilot.
Ib., p. 171.
On du moins pouvait en être retranché.
A Y envi les uns des autres.
Amyot, Vie des hom. ill., t. I, p. 708,
Test pour tête, Rons., t. III, p. 84.
Taq pour tache, ici., t. III, p. 186.
C'est par des retranchements de ce genre qu'avec, qui s'était altéré en avecques , a repris sa forme primitive ; quencores est redevenu encore, et même encor en poésie.
Ue muet, ajouté ou retranché, a fait deux mots différents de ce qui primitivement était un seul mot, but et but-te.
Ils représentent l'art des archers qui, pour arriver au poinct, vont prenant leur visée grande espace au-dessus de la bute.
Mont., Essais, t. VIT, p. 195.
Voy. aussi t. Y, p. 201, et la définition de butte par Nicot.