‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 141 sur 168 · LA QUESTION DU LUXEMBOURG HOLLANDAIS · texte numérisé non relu

LA QUESTION DU LUXEMBOURG HOLLANDAIS

landais par toute la largeur de la Belgique et qui, de plus, en droit n'avait jamais fait partie intégrante du royaume créé en 1815, reçut du roi grand-duc une administration à part, et fut même plus intimement relié aux autres Etats allemands qu'il ne l'était déjà par la garnison fédérale de Luxembourg, par son entrée dans le Zollverein (1842).

Aussi longtemps que dura la Confédération germanique, cette situation complexe ne donna naissance qu'à des discussions plutôt théoriques que pratiques; il n'en fut plus de même lorsque, après sa victoire de 1866 sur l'Autriche, la Prusse réorganisa l'Allemagne septentrionale à son profit : la question luxembourgeoise prit alors tout à coup une importance capitale. Les vainqueurs de Sadowa n'élevaient aucune réclamation relativement au Limbourg hollandais; ils ne prétendaient même pas forcer le roi des Pays-Bas à entrer malgré lui dans la nouvelle Confédération du Nord pour son grand-duché de Luxembourg; mais ils annonçaient la ferme intention de maintenir garnison dans la ci-devant forteresse fédérale, après comme avant la dissolution de la Confédération germanique. Le roi grand-duc Guillaume III n'était pas de force à les en faire sortir malgré eux, et se souciait peu cependant de continuer à partager la souveraineté du pays luxembourgeois avec des protecteurs dont la politique envahissante avait de quoi effrayer; il accepta donc, à la grande satisfaction de ses sujets néerlandais peu désireux de leur côté d'être compromis avec l'Allemagne pour des intérêts dynastiques qui leur étaient étrangers, les offres d'achat que lui fit faire l'empereur Napoléon III. Si la vente avait été consommée, il eiit été à peu près impossible d'empêcher le conflit franco-allemand d'éclater dès 1867; les puissances désintéressées réussirent au dernier moment à la faire annuler par les deux parties contractantes, et à obtenir en échange de la Prusse l'évacuation de la ville de Luxembourg, qui devait cesser d'être une forteresse. Dès lors un arrangement devenait facile; une conférence réunie à Londres lui donna son expression dans le traité du 11 mai 1867, qui maintint le roi T. n. 35

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des Pays-Bas comme grand-duc de Luxembourg- en son nom personnel, c'est-à-dire en dehors de toute relation politique avec le royaume néerlandais, supprima pour le pays entier toute attache allemande autre que la participation à l'union douanière, ordonna le démantèlement de la ville, et fit du Luxembourg- un État neutre, placé comme la Belgique sous la protection publique de l'Europe.

La communauté de souverain, dernier lien qui rattachât le grand-duché de Luxembourg au royaume des Pays-Bas, a elle-même pris fin le 23 novembre 4890, avec la vie du roi Guillaume IIL Ce petit-fils et deuxième successeur du fondateur de la dynastie royale avait eu d'un premier mariage deux fils, l'un après l'autre princes d'Orange et héritiers présomptifs de sa double succession; mais leur décès dans la force de l'âg-e, en 1879 et en 1884, avait réduit sa descendance à une fille unique née d'une seconde union le 31 août 1880, et celle-ci, que la constitution néerlandaise appelait au trône des Pays-Bas, était par son sexe exclue de la succession au grand-duché de Luxembourg. Aussi, tandis qu'on proclamait Wilhelmine P^ comme reine des Pays-Bas, sous la régence de sa mère, la princesse Emma de AYaldcck, le Luxembourg passait-il, ainsi qu'il a été expliqué plus haut dans l'histoire dynastique de la maison de Nassau, à défaut d'un agnat quelconque de la ligne nassovienne cadette ou ottonienne dont Guillaume III avait été le dernier représentant mâle, au chef de la ligne aînée ou walramienne, l'ancien duc de Nassau Adolphe.

De même qu'il y a cent ans, les Pays-Bas comprennent par conséquent aujourd'hui deux territoires plus considérables et un troisième de moindre étendue. C'étaient alors les Provinces-Unies, les Pays-Bas autrichiens et l'évêché de Liège; ce sont aujourd'hui la Hollande, la Belgique et le Luxembourg.

Pour ce qui est du grand-duché de Luxembourg, État neutre que son souverain gouverne constitutionnellement de

concert avec une seule chambre, il suffira de dire que le recensement du 1*'' décembre 1890 lui attribue, sur 2 590 kilomètres carrés, 211 000 habitants, tous catholiques de confession, sauf un millier de protestants et autant de juifs, et tous aussi Bas-Allemands de race, à l'exception de quelques milliers de Français; mais nous ne pouvons nous dispenser de donner quelques renseignements plus circonstanciés sur l'état actuel des deux royaumes voisins.

Ils ont une superficie à peu près égale. Celui du nord, qu'on appelle indifféremment Pays-Bas, Néerlande ou Hollande, mesure en effet 33 000 kilomètres carrés; celui du sud, qui n'a que le seul nom de Belgique, en a 29 460. Le premier comprend onze provinces, à savoir, à l'ouest, la Zéelande, les deux Hollandes (septentrionale et méridionale), séparées en 1830, et Utrecht; au nord-est, la Gueldre, Overyssel, Drenthe, Groning-ue et la Frise; au sud, le Brabant septentrional et le Limbourg' hollandais. Le second n'en compte que neuf, Flandre occidentale, Flandre orientale, Hainaut, Brabant méridional, Anvers, Limbourg- belge, Lièg-e, Namur et Luxembourg- belg-e, dont les deux premières sont au coucbant, les trois suivantes au centre et les quatre dernières au levant.

La population est sensiblement plus nombreuse en Belgique, où le recensement officiel du 31 décembre 1890 a fixé à 6 070 000 le nombre des habitants, tandis que le recensement officiel du 31 décembre 1889 n'en accusait que 4 511 000 pour la Hollande. Les deux capitales sont à peu près également populeuses; il est vrai qu'au 31 décembre 1891 on calculait la population d'Amsterdam à 427 000 âmes, celle de Bruxelles à 180 000 habitants seulement; mais les communes suburbaines qui se soudent à la capitale belge haussent le chiffre de sa population eftective à près d'un demi-million.

Au point de vue delà nationalité, les habitants du royaume septentrional sont tous, à l'exception de quelques Wallons dans le Limbourg-, des Bas-Allemands; ils se répartissent entre divers rameaux de la souche commune, sont Bataves

OU Hollandais dans les provinces centrales (Hollande, Utrecht et contrées limitrophes), Flamands au sud-ouest, Frisons et Bas-Allemands proprement dits au nord-est et à l'est; mais ils n'ont tous qu'une seule langue écrite, le hollandais. Les Belges, au contraire, se partagent presque également entre la race tudesque et la race néo-latine, d'après une ligne de démarcation qui se dirige à peu près en droite ligne de Menin (au nord de Lille) sur Tongres (au sud-ouest de Maastricht), en séparant les Flamands de la plaine du nordouest des AVallons qui occupent au sud-est le pays de collines vers les Ardennes et les Ardennes septentrionales elles-mêmes. Lors du recensement belge de 1890, sur 4 000 habitants du royaume 453 étaient de langue flamande, 419 de langue française, et 421 parlaient le français et le flamand. La supériorité numérique appartient par conséquent au flamand; néanmoins ce dialecte bas-allemand, malgré les efforts couronnés de succès faits en ce siècle pour en refaire une langue littéraire, n'est ni la langue officielle, ni la langue de société de la Belgique; le français est seul employé dans les délibérations des corps publics, et il prévaut généralement dans les relations usuelles des classes supérieures. Déjà, à l'époque bourguignonne, il avait envahi la haute ville de Bruxelles ou montagne de la cour; au xvnf siècle, il était en Belgique, comme partout en Europe, la langue de la bonne compagnie; mais ce furent surtout les vingt années d'incorporation à la république et à l'empire français qui établirent assez solidement son règne exclusif, pour que la séparation opérée en 4815 n'ait rien changé aux habitudes prises. La Belgique est par la langue, la littérature et les mœurs, malgré sa nationalité plus qu'à moitié flamande, beaucoup plus française que germanique.

Si ethnographiquement c'est la Néerlande qui est plus homogène, le contraire est vrai par rapport à la confession religieuse. Au point de vue du culte en effet, la Belgique ne connaît pour ainsi dire que le catholicisme, tandis que les Pays-Bas septentrionaux, bien que le calvinisme ait forte-

ment imprimé son cachet à la nation iiollandaise entière, ne sont même pas aux deux tiers protestants. La minorité dissidente, presque imperceptible, de la Belgique se compose d'une quinzaine de milliers de protestants et de 3 000 juifs au plus; la Hollande comptait au 31 décembre d889, en regard de 2 729 000 calvinistes, 1 (304 000 catholiques et environ 100 000 Israélites. Ces derniers résident principalement dans les villes; on trouve des catholiques dans toutes les provinces hollandaises, et dans deux d'entre elles, le Brabant septentrional et le Limbourg hollandais, ils sont en énorme majorité. Parmi eux ou à côté d'eux, il est bon de mentionner les 6 ou 7 000 fidèles de l'église de vieux-catholiques, vulgairement appelée janséniste, qui se groupent autour du siège archiépiscopal d'Utrecht et des deux sièges suffragants de Haarlem et de Deventer,

Les deux Etats sont des monarchies héréditaires constitutionnelles. Les Etals généraux de l'un et le Congrès de l'autre sont formés tous deux par deux chambres électives, qu'on appelle première et seconde chambre en Hollande, sénat et chambre des représentants en Belgique. Sous la proleclion de ces institutions libres, la prospérité est grande au sud comme au nord. La Belgique est florissante par son agriculture et par son industrie, et a en Anvers un port de premier ordre; mais Etat d'origine récente, qui a été déclaré neutre dès sa création, elle ne pèse pas d'un poids bien lourd dans la balance politique, et a pu faire, il n'y a pas bien longtemps, l'objet de pourparlers diplomatiques relatifs au remaniement de la carte de l'Europe. Le long règne du sage Léopold P'" (1831-1865) a cependant affermi sa consistance politique, lui a donné une armée et a créé en sa faveur, par les fortifications d'Anvers, une place de refuge, substituée aux anciennes forteresses démantelées; elle peut compter de plus sur la protection intéressée de l'Angleterre, qui naguère, au début de la guerre franco-prussienne, négociait immédiatement avec les deux belligérants un double traité (10.11 août 1870) pour mettre la neutralité belge sous sa protection particulière.

odO les PAYS-BAS.

Aux éléments de richesse qui ont fait la fortune de la Belgique, agriculture, industrie, commerce et marine, les Pays- Bas ajoutent un établissement colonial magnifique, qui ne le cède, comme population, qu'à celui de l'Ang-leterre. Ils ont il est vrai renoncé en 1802 à Ceylan, en 1814 au cap de Bonne-Espérance (où se maintient une population hollandaise, soit sous l'autorité britannique, soit dans les libres républiques des boers de l'Orange et du Transvaal), et ont depuis également cédé à l'Angleterre leurs derniers comptoirs des Indes continentales, ainsi que ceux de la Guinée; mais, sans compter leurs quelques îles de la mer des Antilles et leur part de Guyane, ils gouvernent et exploitent, à Java et dans les îles voisines, un empire colonial qu'on évalue à près de 1 900 000 kilomètres carrés et à plus de trente-deux millions de sujets. Grâce aux grands capitaux que le commerce a depuis tantôt trois siècles accumulés dans les villes néerlandaises, la Hollande supporte sans fléchir une dette publique des plus considérables; elle a une armée solide, une marine militaire qui n'est pas à dédaigner; et quoique le temps où elle comptait parmi les puissances dirigeantes de l'Europe soit fort loin de nous, elle fait encore une certaine figure dans le monde. Son patriotisme en a conscience, et comme la Suisse elle veille avec une jalousie inquiète sur son indépendance nationale; pas plus que la confédération des cantons alpestres, la monarchie qui a pris la place des anciennes Provinces-Unies n'est disposée à se prêter à une annexion, soit ouverte, soit déguisée, qui en ferait l'annexe maritime du puissant empire militaire, récemment créé sur ses frontières orientales.

Avecles Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg se trouve épuisée la liste des Etats souverains qui se partagent aujourd'hui la région centrale de notre continent, et ici par conséquent s'arrête naturellement cette première partie d'une histoire de la formation territoriale de l'Europe moderne, où je m'étais proposé jadis de résumer les révolutions géographi-

ques de tous ses Etats depuis leurs origines jusqu'à nos jours. En en publiant naguère la première édition, j'avais quelque espoir de pouvoir achever pour une ou plusieurs des autres grandes régions de notre monde européen le travail que je venais de terminer pour celle qui correspond à ses contrées moyennes. Cet espoir ne m'est plus guère permis aujourd'hui : je m'en console en pensant que, même isolée, cette première série d'études de géographie comparée a déjà contribué et pourra contribuer encore à mieux faire connaître en France la nature physique, le développement historique et la constitution présente des Etats de notre voisinage qui, par suite des malheurs du temps, attirent forcément sur eux une attention particulière, et à familiariser quelques lecteurs avides de s'instruire avec des pays et des nations dont l'histoire et la géographie ont toujours passé, non sans raison, pour offrir par leur étrange complexité des difficultés toutes spéciales.

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