D'après le recensement du 3 décembre 18G
la Prusse avait 19 255 000 hab. -279 000 kil. carrés.
Les annexions de 1863 et 180G y ajoutèrent
pour Laucnbourg- 50 000 h. 1 050 k. c.
Hanovre 1 923 OÙO 38 480
Hesse électorale.. 745 000 9 590
Nassau 468 00 J 4 710
Francfort 91000 100
Schleswick 405 OJO 9 09iJ
Holstcin, moins les
rétrocessions 542 00) 8 430
Parcellesbavaroiscs 33 OJO 550 Parcelles de Hessc-
Darmstadt, moins
les rétrocessions. 64 00 J 1 000
4 321 OT) hab. 73 00) kil. carrés.
et la portèrent par conséquent à 23 576 000 hab. 352 OOO kil. carrés.
tives et militaires de Sclileswick-Holstein, Hanovre et liesse- Nassau porta à onze le nombre des provinces et à douze celui des corps darméc. De plus, elle se consolida à tout égard grâce à ses nouvelles acquisitions : la solution de continuité, qui séparait le royaume en deux moitiés inégales, se trouva comblée; elle devint une vraie puissance maritime, en étendant ses possessions le long de la Baltique occidentale et en s'adjoignant une partie du littoral de la mer du Nord ; l'annexion ne portant que sur des populations de race germanique, elle diminua d'autant Timporlance déjà fort restreinte de l'élément slave dans l'Etat prussien, dorénavant aux sept huitièmes tudesque; enfin, comme ces populations sont presque exclusivement protestantes, la Prusse redevint, ce qu'elle n était plus depuis les partages de la Pologne, un État en grande majorité protestant.
Sans doute la Prusse n'avait pas cessé d'être regardée et de se regarder comme la grande puissance évangélique du continent; ses princes, luthériens au xvi° siècle, calvinistes depuis 1613, s'étaient même ingéniés à unir les différentes confessions protestantes : marchant dans les traces de leur aïeul, le premier roi de Prusse, qui lors de son couronnement avait voulu communier dans les vases sacrés de l'Eglise luthérienne, Frédéric-Guillaume III avait, lors du jubilé de la Réformation en 1817, introduit dans ses États Vu7iio7i évangélique, et Frédéric-Guillaume IV avait gravement négocié en 1841 avec l'Eglise anglicane la création en commun d'un évêché protestant à Jérusalem; mais jusqu'aux acquisitions de 1866 la population du royaume était presque mixte comme confession religieuse : sur les dix-neuf millions un quart d'habitants qu'on comptait en 1864, il y en avait onze et demi d'évangéliques et sept et demi de catholiques, plus un quart de million de juifs. En effet la Poméranie, le Brandebourg et la Saxe sont à peu près complètement, la Prusse aux trois quarts prolestants; mais en Westphalie et en Silésie les deux grandes communions de la chrétienté occidentale ont à peu de chose près le même nombre d'adhé-
rents : Posen est catholique aux deux tiers, la province rhénane aux trois quarts, IJohenzoUern à peu près entièrement. Les annexions de 186G ont sensiblement changé l'état de choses confessionnel : de tous les pays nouvellement acquis, Nassau seul est mixte; Francfort est protestant aux trois quarts, la liesse électorale aux six septièmes, le Hanovre aux sept huitièmes, les trois duchés de l'Elbe en totalité; d'où le résultat, que le nouveau chifîre de population de vingt-trois millions et demi d'habitants se décomposait, abstraction faite de 300 000 Israélites, en plus de quinze millions d'évangéliques et à peine huit millions de catholiques; qu'en d'autres mots, la Prusse, qui jusque-là n'était protestante qu'aux trois cinquièmes, le fut dès lors à peu près aux deux tiers.
Depuis la conquête de la Silésie par Frédéric II, le royaume de Prusse n'avait fait aucun progrès territorial qui fût même de loin comparable à celui que venait de lui faire faire une guerre heureuse de quelques semaines contre ses confédérés de la veille; néanmoins, même après s'èlrc annexé d'un seul coup des pays qui couvraient le quart de sa propre superficie et avaient une population sensiblement supérieure au cinquième de la sienne, il restait notablement inférieur, comme nombre d'habitants du moins, aux quatre autres grandes puissances, dont il n'avait dépassé en superficie que le royaumeuni de Grande-Bretagne et d'Irlande; le nouveau royaume d'Italie lui-même comptait, grâce à l'accroissement que lui avaient procuré les victoires de la Prusse, une population un peu plus considérable que la sienne. Mais, pour apprécier exactement la portée qu'eurent pour la monarchie prussienne les événements de 1866, il faut nécessairement faire aussi entrer en compte les éléments de puissance que lui valut, en surcroît des accroissements territoriaux proprement dits, l'organisation simultanée de l'union du Nord.
En sa double qualité de président héréditaire de la nouvelle Confédération et de chef de guerre fédéral, le roi de Prusse se trouva presque aussi souverain dans les Etats de ses vassaux que dans les siens propres : ses ambassadeurs les
représentèrent à l'étranger; leurs contingents militaires furent incorporés dans les corps d'armée prussiens, à l'exception de celui du royaume de Saxe, qui forma un corps particulier; la plupart des corps d'officiers se fondirent dansie corps d'officiers prussien ; certains princes renoncèrent complètement au luxe d'avoir un état militaire particulier; l'un d'eux, le prince de Waldeck, alla jusqu'à abandonner aux autorités prussiennes voisines le soin d'administrer sa principauté. Au point de vue politique et militaire, le territoire entier de la confédération du Nord était donc par le fait terre prussienne, et en ajoutant do ce chef 63 000 kilomètres carrés et cinq millions et demi d'âmes à la superficie et au chiffre de population du royaume agrandi, on arrive au chiffre total de 415 000 kilomètres carrés et de vingt-neuf millions d'habitants pour la totalité des pays directement ou indirectement soumis à l'arrière-petit-neveu de Frédéric II, comme prix de la bataille de Sadowa : leur population était égale à celle du royaume britannique, et ne restait que de six et de neuf millions d'âmes en arrière de celle de l'Autriche et de la France. D'ailleurs les États de l'union du Nord qui, à la seule exception du royaume de Saxe, n'étaient que des enclaves plus ou moins insignifiantes de la Prusse, arrondissaient parfaitement son territoire et en faisaient une masse compacte depuis les deux mers septentrionales jusqu'à la ligne des Sudètes, des monts des Mines, de la Forêt de Thuringe, de la Rhoen, du ïaunus et du Hundsruck; leurs populations étaient exclusivement allemandes, et si l'on fait abstraction de celle de l'Oldenbourg, catholiques pour un quart, presque entièrement protestantes; enfin la marine commerciale de quelquesuns d'entre eux, des villes hanséatiques principalement, ajoutée à celle du royaume lui-même, faisait de l'Allemagne du Nord une grande puissance maritime : sa flotte de commerce disputait déjà à celle de la France la première place après les marines marchandes de l'Angleterre et des Etats- Unis, et les ports militaires de Kiel en llolstein et de Ileppens ou Wilhelmshafen sur la côle occidentale de la Jahde allaient
devenir les centres d'une marine de guerre respectable dans la Baltique et dans la mer du Nord.
Quelque éclatants qu'eussent été les succès de la Prusse dans la campagne de 1 8G6 et dans les négociations qui l'avaient suivie, elle ne s'en trouvait pas moins au lendemain de sa victoire en face de difficultés politiques fort considérables. Le parlement prussien, il est vrai, s'était empressé de voter un bill d'indemnité pour la réorganisation militaire faite malgré lui, et les Etals de l'union du Nord, sans en excepter la Saxe, avaient franchement accepté leur position subordonnée; mais certains des Etats annexés, le Hanovre par attachement à sa dynastie héréditaire, le Schleswick septentrional par esprit de nationalité, protestaient contre la domination prussienne; les patriotes allemands sommaient le gouvernement prussien de continuer l'œuvre de l'unification nationale, et déjà cependant les résultats obtenus avaient excité les alarmes de la France. Dès l'année 180", la situation ambiguë de la forteresse ci-devant fédérale de Luxembourg, qu'occupait encore une garnison prussienne, manqua provoquer une nouvelle guerre, avec la France celte fois; l'intervention des autres puissances décida le cabinet de Berlin à l'éviter, en consentant à l'évacuation de la ville, qui, avec le grand-duché entier, fut neutralisée, sous la garantie commune de l'Europe.
Du côté de l'Allemagne du Sud, il fut un peu plus heureux : les Etats méridionaux, déjà liés à la Prusse par les traités d'alliance offensive et défensive, d'abord secrets (août et septembre 1866), puis patents (printemps 1867), qu'ils avaient conclus avec elle au sortir de la guerre de 1866 et qui attribuaient au roi de Prusse le commandement de leurs armées en temps de guerre, le furent davantage et mieux par le traité douanier de Berlin du 8 juillet 1867, que les chambres de la Bavière et du Wurtemberg se décidèrent à ratifier (octobre 1867), après quelques velléités d'opposition. Le nouveau Zollverein, qui entra en activité le 1" janvier 1868, continuait à comprendre tous les États qui avaient fait partie de l'ancien, même le Luxembourg- neutralisé, et il s'était aug-
mente, parracccssioncolleclive de la confédération du Nord, de plusieurs nouveaux territoires, à savoir des deux Meclîlembourg-, du Lauenbourg-, du Ilolstein, du Scbleswick, de Lubeclc et d'une partie du territoire banibourgeois; si les deux villes de Hambourg- et de Brème, avec leurs annexes ou avant-ports d'Altona et de Cuxhafen, de Brake, Geestemunde et Bremerhafen, restaient pour le moment (jusqu'en octobre J888) en dehors de la ligne de douane, c'était en leur qualité et avec le titre officiel de ports francs. Toute l'ancienne Confédération germanique dissoute par les stipulations de 1866 s'y trouvait donc de nouveau réunie, à l'exception des provinces allemandes de l'Autriche et de la principauté de Liechtenstein, et elle l'était sous la présidence oflicielle de la Prusse, avec un conseil fédéral et un parlement douaniers siégeant à Berlin. Il y avait la une première étape vers l'absorption de l'Allemagne méridionale également dans l'union du Nord, c'est-à-dire à peu près dans la monarchie prussienne; néanmoins dans les années suivantes les chances pour la suppression de la ligne de démarcation du Mein parurent plutôt aller en diminuant qu'en augmentant; des quatre Etats du Sud, Bade seul exprimait le désir de sortir de son isolement en s'agrégeant à la confédération septentrionale, et il fallut la guerre de France de 1870 pour faire du roi de Prusse Guillaume 1" un empereur allemand, et de Berlin la capitale officielle de l'Allemagne entière.
Cette guerre, le cabinet de Berlin la désirait probablement, il l'avait en tout cas prévue comme inévitable; Napoléon IIÏ s'y jeta avec une hâte folle, sans préparatifs suffisants, sans alliés assurés, en faisant un cas de guerre de la candidature au trône d'Espagne du prince Léopold de ilohenzoUern-Sigmaringen, inventée par le général Prim. Ses ministres déclarèrent coup sur coup, le 6 juille.t 1870, que la France ne soulTrirait pas qu'une puissance étrangère, en plaçant un de ses princes sur le trône de Charles-Quint, dérangeât à son profit l'équilibre de l'Europe, puis le 15, après la renonciation du prince Léopold, que le refus du roi de Prusse de donner
des garanties pour l'avenir rendait la guerre nécessaire : et le 19, les hostilités étaient dénoncées, de la part de la France, à la Prusse et aux Etals de l'Allemagne méridionale, qui, iidèles à leurs engagements de 1866, avaient mis leurs forces militaires à la disposition de celle-ci. La suite, on ne la connaît que trop : dirigées avec la sûreté d'un génie stratégique supérieur par le général de Mollke, les innombrables armées allemandes écrasèrent, malgré d'héroïques efTorts, les faibles corps d'armée français à Wœrth et à Forbach (6 août), sous Metz (14 à 18 août) et sous Sedan (30 août au 1"'' septembre); l'eirondrement du second empire par suite de la capitulation de Napoléon III à Sedan (2 septembre) et la proclamation de la république à Paris (4 septembre) désorganisèrent davantage encore la résistance; un gouvernement de la Défense nationale, investi dans la capitale dès le 19 septembre, ne put que sauver l'honneur du pays en continuant la guerre pendant plus de quatre mois avec des armées improvisées; Strasbourg bombardé à outrance s'était rendu le 27 septembre; Metz avait capitulé avec ce qui restait delà plus belle armée de la France le 27 octobre; Paris tint aussi longtemps qu'il eut un morceau de pain, jusqu'au 28 janvier 1871. Mais alors tout fut fini : des préliminaires de paix signés cà Versailles le 26 février 1871, ratifiés à Bordeaux par l'Assemblée nationale française le 1" mars et changés en traité définitif par la paix de Francfort du 10 mai, imposèrent à la France une contribution de guerre de cinq milliards de francs et la cession de l'Alsace et de la Lorraine septentrionale.
Les frontières officielles de la Prusse ne furent pas modifiées par suite de ses succès inouïs, comme elles l'avaient été après la campagne victorieuse de 1860; mais, nous l'avons vu plus haut, l'Allemagne entière passa sous son hégémonie, et les territoires cédés par la France furent placés sous l'administration directe du roi de Prusse, empereur allemand. Il est inutile de revenir ici sur les ditTérents incidents qui marquèrent la transformation de l'union restreinte du Nord en un empire d'Allemagne; il suffira de rappeler que la proclama-
lion du roi Guillaume I ' comme empereur héréditaire allemand eut lieu à Versailles le 18 janvier 1871, c'est-à-dire le même jour, à cent soixante-dix ans de distance, où son aïeul au cinquième degré, l'électeur de Brandebourg- Frédéric III, avait pris à Koenigsberg la couronne royale en Prusse.
Les années de paix qui se sont écoulées depuis le conflit franco-allemand ont au contraire apporté à l'assiette territoriale du royaume de Prusse deux modifications, de fort mince importance il est vrai. L'une a été de pure forme : la loi du 23 juin 1876 a incorporé à la province de Schleswick-IIolstein le duché de Lauonbourg, qui depuis son acquisition en 1863 était resté une simple annexe de la monarchie prussienne. L'autre a été le résultat d'une acquisition nouvelle; mais, en prenant possession d'Helgoland, l'Etat prussien ne s'est accru que de moins d'ua kilomètre carré et de 2 000 nouveaux sujets. L'îlot frison d'Ilelgoland, au large des embouchures de l'Elbe et du Weser, faisait partie jusqu'au commencement du siècle du duché de Ilolstoin; occupé par les Anglais dans leur guerre de 1807 contre les Danois, il avait été cédé à la Grande-Bretagne par la paix de Kiel du 14 janvier 1814. Depuis longtemps le sentiment national des Allemands était froissé par le pavillon britannique déployé dans le voisinage immédiat de leurs côtes; l'Angleterre a donné à bon compte satisfaction à leur amour-propre par le traité du 1" juillet 1890 qui, au prix de concessions territoriales en Afrique, a rétrocédé l'Ile à l'empire allemand. Celui-ci l'a naturellement attribuée à la Prusse, et depuis le commencement de l'année 1891 Ilelgoland fait partie de la province de Schleswick-Holstein,
La statistique présente du royaume de Prusse, par laquelle nous allons terminer l'exposé de sa formation territoriale, ne nous arrêtera pas longtemps.
Sa superficie officielle, qui à la suite des annexions de 1866 était indiquée à 352 000 kilomètres carrés, n'en compte plus que 348 000, parce qu'on a cessé de faire entrer en compte les mers intérieures. Par contre la population n'a pas cessé