CHAPITRE II
LES ALPES
Le massif des Alpes, auquel s^adosse FEuropc centrale, ne lui appartient pas exclusivement; comme elle, la majeure partie de la inoilié occidentale, iiioiitucuse, do notre continent le reconnaît comme son réj^ulaleur fondamental, et les 350 000 à 400 000 kilomètres carrés qu on peut lui attribuer en le délimitant par les trois vallées longitudinales du Pô» du Danube et de la Saône continuée par le Rhône, couvrent la France orientale et la partie septentrionale de Tltalie, non moins que la Suisse, PAllemagne méridionale et les pro* yinces sud-ouest de la monarchie austro-hongroise. Néanmoins, comme c'est sur l'Europe centrale qu'il s'étend le plus largeiiKMil, (jue c'est dans son sein qu'il développe avec le plus d'niiqdeur la nierveilleusc variété de ses phénomènes, c'est à l'Europe centrale aussi que la description détaillée du système entier peut et doit trouver naturellement sa place.
Le nom des Alpes a été longtemps rattaché à une étymologie latine et regardé comme synonyme de montagnes blanches, c'est-à-dire neigeuses. Il est plus probablement d'origine celtique, comme celui de beaucoup de montagnes et de fleuves de FEurope centrale, et signifie les hautes cimes. Les deux inlerprétalions d'ailleurs répondent également bien à l'impression qu'on éprouve eu face de la longue suite de
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sommets chargés d'une neige élernelie, qui surplombent la majeure partie de la chaîne. Celle-ci s'étend horizontalement, sur une longueur de 4 200 kilomètres environ et sur une
largeur qui varie de 450 à 300 kilomètres, entre le 44* et le 48*" degré de latiUitle nord, ce qui la place à une distance presque égaie de l'équatour et du pôle arcli(iue, et entre le 3'' et le 14" degré de longitude orientale de Paris, c'està-dire presque au milieu du continent européen. Sa direction générale entre ses bornes extrêmes, le mont Yentoux, à Toccident, qui s'élève au-dessus de Garpentras en Provence» et le Kahlenberg, à l'orient, près de Vienne en Autriche, est du sud-ouest au nord-est; mais la direction caractéristique est plutôt d'ouest en est. C'est dans ce sens, le sens de l'équateur, (jue courent les Alpes centrales, dont les masses accumulées forment, depuis le mont Blanc jusqu'au (irossglockner, la ligue maîtresse du syslèm»'. Des deux ailes qui parlent des deux extrémités de ces Alpes par excellence, l'une, celle de louest, biaise au sud depuis le monl Blanc, et, par une courbe nouvelle dirigée vers Test, se soude aux Apennins, entre les cols de Tende et de la Bochetta, à michemin environ entre Nice et Gènes; l'autre, celle de l'est, qui commence déjà au Pic-des-Trois-Seigneurs, un peu à l'ouest du Grossglockner, se bifurque en deux branches, dont l'une se dirige au nord-est vers Vienne, tandis que Tautre se rabat au sud-est surTriesle: si bien (ju'en faisanl abslr action de la [)arlie nord de cette fourche orientale, on obtient comme figure générale des Alpes un demi-cercle presque régulier, qui entoure à l'ouest, au nord et à Test la grande plaine lombarde.
Les Romains, premier peuple civilisé qui ait exploré les Alpes, ont divisé la chaîne centrale et ses deux ailes en un certain nombre de sections, dont les noms sont encore
em|)b3yés concurremment avec les noms modernes. 11 est bon de connaître les uns et les autres pour s'orienter jdus facilement dans un système si étendu. Dans la partie occidentale de la chaîne, commune à la France et à lllalie, se sui-
veut (lu sud au nortl les Alpes Lii^uriennes et Maritimes ou basses, entre le frolfe de Gèocs et le nioul Viso, les Alpes Collicnnes ou hautes, depuis le mont Viso jusqu'au mont Cenis, el les Alpes Grées ou savoisiennes, entre le mont Cenis et le mont Blanc. Les Alpes du centre, à la fois allemandes et italiennes, se subdivisent en Alpes Pennines ou Yalesanes, du mont Blanc au Saint-Gothard ; en Alpes Léponliennes ou Helvétiques, entre le Sainl-Golhard et le Seplimer; el en Alpes Ulw'liques ou (Irises el Tyroliennes, du Se[)lini('r au Pic-des- Tiois-Seig^neurs. Dans la fourche orientale ou autrichienne enlin, le bras seplenlrioual, qui du Pic-des-Trois- Seigneurs se prolonge sur Vienne, porte le nom d'Alpes Noriques ou Styricnnes, et le bras méridional ou Alpes dlUyrie s'appelle Alpes Carnîques entre le Pienles-Trois-Sei* gneurs et le Terglou, et Alpes Juliennes depuis le Terglou jusqu'en Dalmatie, où les Alpes Dinariques appartiennent déjà au système des Balkhans. Quelques-unes seulement de ces dénominations demandent un mot d'explication : celles d'Alpes Grées et trAl()es Pennines paraissent empruntées au celtique et signiiier Alpes à crûtes et Alpes à cimes; celles d'Alpes Cottiennes cl d'Alpes Juliennes ra[)pellent le souvenir d'un roi contemporain d'Auguste et celui de la colonie de Forum Julii; les autres proviennent des caractères physiques de la chaîne, ou bieu des noms anciens ou modernes des peuples et des pays avoisinants. En y ajoutant les appellatifs usuels des chaînes latérales les plus importantes, Alpes de Provence, de Dauphiné et de Savoie, Alpes Bernoises, des Oualrc-Cantons, de (ilaris et de Vorarlherg, Alpes de Ravicre ut de Salzbourjz, Alpes (ladoriqnes, de Trente cl de Valleline, on a une nomenclature sonimaire du système alpestre dans ses divisions horizontales.
Au point de vue du relief, les Alpes, loin de former une digue unique ou de se résoudre en une série de chaînes parallèles, se composent d'une multitude de massifs particuliers, reliés entre eux de mille manières, el dont les plus considérables sont les grands groupes centraux du mont
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Blanc, (lu mont Hoso, du Finstcraarliorn, du Sainl-riolliai d, des Alpes (irises et des Alpes Tyroliennes. Leur hauteur moyenne, accusée par les cois, esl de 2 000 à 2 500 mètres au-dessus du niveau de la mer; leurs cimes, qui tantôt s'arrondissent en tours, en dômes et en coupoles, tantôt s'élancent vers le del sous la forme de pointes, d'aiguilles, de pics, de cornes ou de dents, se tiennent entre 3 000 et 4 800 mètres.
C'est à l'extrémité occidentale des Alpes centrales que le dùine du muni lîlanc, découvert en 17il, ^ravi pour la premirrc fois en 1780, s'élève au-dessus de la jirofoiule vallée de (Uiamonny, à la hauteur cuhninante do 4 810 mèlres, que n alleinl aucune autre montagne de l'Kurope, mais qui est bien inférieure aux altitudes des sommets de TAsie et du Nouveau -Monde, où les cimes des Cordillères de l'Amérique du Sud dépassent 7 000 mètres, et où le Gaurisankar, dans l'Himalaya, mesure même 8 840 mètres. Un peu plus à l'est, son rival, le mont Rose, dont le sommet le plus élevé a été atteint en 4855 seulement, n'a que 4 638 mètres; mais il compense cette infériorité de niveau par une masse plus coinpacte : tandis que le mont Blanc n'a autour de lui que des satellites de second ordre, le groupe du mont Hose compte une douzaine de cimes presque aussi élevées que le sommet principal. Puis, en face du mont Rose, de l'autre côté de la vallée du Rhône, s'élèvent dans les nues les nombreux pics de YOberland bernois, parmi lesquels le Finsteraarhom atteint 427S mètres et ne laisse que peu au-dessous de lui SCS célèbres voisins, la Jungfrau, le Moench, l'Eigcr, les Schreckhoerner , les Viescherhoerner et l'Aletschliorn . Le MKissif du Saint-Golhard, quoiiju'il forme Ir inriid central du svslèine, le point où les cliaînes latérales si- touchent, se croisent, se confondent en une masse commune, n'a pas de cimes très élevées; mais plus h Torient le massif des Grisons, où le Piz-Bernina mesure 4 052 mètres, a de nouveau une centaine de sommets entre 3 et 4 000 mètres, et les Alpes du Tyrol et de la Styrie approchent encore 4 000 mètres par rOrteles et le Grossglockner. Dans la fourche orientale de la
chaîne, où le massif alpestre finit par ayoir, entre Linz et Trieste, une largeur de 300 kilomètres, les cimes les plus
élevées ne dépassent griièrc 3 00(1 inèlres; l'aile occidentale, an contraire, dont la larjuenr moyenne est d'environ l'iO kilonii'lres senlenient, possède un i^^rand nombre de sommets qui approchent 4 000 mètres, et le massif du Pelvoux, dont le pic le plus élevé mesure 4 103 mètres, ne reste que fort peu en arrière de ceux des Alpes centrales.
Cette proportion inverse entre la hauteur et la lar^ur du système explique la configuration orographique opposée des deux bornes extrêmes de la chaîne : à Touest, le mont Venteux s'élève encore à i 912 mètres, à peu de distance d'Avignon, qui n'est que de li mètres au-dessus du niveau de la Méditerranée; à Test, au contraire, où les montagnes s'abaissent en gradins, le Kahlenbci^ n'a que 430 mètres, quoique Vienne soit encore à l'altitude de 155 mètres. Quant aux deux sections méridionales qui, au couchant et au levant, clôturent la plaine lombarde, elles descendent l'une et l'autre presque à pic vers la mer, sur Nice et sur Trieste. Les beautés pittoresques de la route de la Corniche qui longe les Alpes Maritimes et Liguriennes entre Nice et Gènes ont une réputation universelle; mais les Alpes .lulirnnes présentent un spectacle (|ui n'est [tas moins saisissant quand, sur la roule de Vienne à l'Adriatique, au sortir <lu plateau calcaire, nu, désert du Karst, on se trouve tout à coup dominer les jardins et le port de Trieste et qu'on voit fuir au loin les vagues bleues du golfe de Venise.
Après ces indications sommaires sur les dimensions horizontales et verticales des Alpes, nous passons à Texamen plus approfondi de leur nature infime. L*histoire de leur formation est du domaine de la géologie; la géograpliie n'a à s'occuper (pie de leur structure actuelle et des phénomi'ues pliysiques et ethnngraphi(jues si nombreux, si variés, si inté- H'ssants qu'elle molive. Nous laissons donc de côté toute hypothèse sur l'origine et la suite de leurs soulèvements et de leurs érosions, et arrivons tout d'abord à un premier fait
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capital, la juxtaposilion dans leur relief do nombreuses formations à caractères essentiellement distincts. Des masses de
granil, de gneiss et de schiste argileux primilif constituent, sous le nom d'Alpes priniilives. quoique probablement elles aient été poussées en hautù une époque relativement récente, ce qu'on peut appeler l'épine dorsale de la chaine. Les Alpes primitives sont accompagnées des deux côtés, sur leur pourtour convexe comme dans Tintérieur de leur concavité, par les Alpes calcaires, chargées jusqu'à leurs cimes les plus élevées de coquillages et d'autres vestiges d'un monde disparu. Aux Alpes calcaires enfin s'adossent à leur tour une foule d'autres formations, parmi lesquelles prédominent le ^ës et la brèche. Tandis que les Alpes primitives ne gagnent que graduellement leur alliludr de 4 à ."i <)()() mètres, les Alpes calcaires atteignent eu général bien plus raj»idemenl le même maximuoa d'élévation et se dressent parfois presque à pic en murailles de plus de 3 000 mètres. Sur le pourtour convexe de la chaine, elles commencent plus à l'ouest, dès la hauteur de Marseille, pour finir aux portes de Vienne; dans la concavité du demi-cercle alpestre, au contraire, elles ne débutent qu*aux environs du lac Majeur (ce qui explique pourquoi, au mont Ccnis par exemple, on passe directement de la région granitique des hautes Alpes dans la basse plaine lombarde); mais, par contre aussi, elles recouvrent complètement le granit entre le Danube et la Save, et se continuent au delà du massif alpestre par la chaine des Bal khans. Quant aux formations secondaires, elles ne s'élèvent sur le versant méridional qu'en collines d'asseï mince importance, tandis que sur le versant septentrional elles 8*accumulent en masses beaucoup plus considérables et constituent de vraies montagnes, comme, par exemple, au Rigi, dont le sommet, haut de \ 8IK) mètres, est depuis longtemps le belvédère de prédilection des touristes.
En général, et c'est là un second fait capital, qui, géop^raphiquement et historiquement, est peut-être plus important encore à noter que le précédent, les pentes extérieures du
système s*é]èvent par des gradations bien plus lentes que celles qui leur sont opposées; il y a des journées de marche depuis le plaloaii, assez élevé déjà, qui s'élend au nord des AljM's jus(|u'à la hauteur des rois, et e'esl en (|ui'l(jues heures que l'on descend de ces mêmes cols à la plaine loinharde, (|ui Dc S élève que d'une centaine de mètres au-dessus du niveau de la mer. Prenons comme exemples les coupes des Alpes, au Saint-Gothard et au Brenner, dont les cols s'élèvent à 2 090 et à i 430 mètres : le premier est à 135 kilomètres de SchalTIiouse, qui a une altitude de 392 mètres, et à 45 kilo-» mètres seulement de Bcllinzona, qui est à 230 mètres; depuis le second on compte 225 kilomètres jusqu'à Hatisbonne, et 4.*> jusqu'à Botzen, (}uoique les deux villes soient aux altitudes presque é;.^aIes de 'i3o et de 8*».*) mètres. L'opposition est peut-être plus frappante encore quand on fait porter la comparaison sur le voisinage immédiat de la ligne de faite : i^'s villages de Splugen et de Campodolcino, qui sont presque à la même distance du Splugen, se trouvent Tun à 650, Fautre à i 000 mètres au-dessous du passage, et au col voisin de la Maloya on est à peu près de plain-picd avec TEngadine, tandis qu'on domine à pic la vallée de la Maira, qui descend vers Chiaveima. 11 est presque inutile de dire que cette ampleur beaucoup plus grande du versant septentrional lui donne forcément une importance supérieure; que tous les phénomènes particuliers aux Alpes y sont plus complètement représentés, et que c'est sur ses pentes et dans ses vallées que la vie végétative, animale et humaine, s'est le plus richement développée.
Enfin, à côté de ces deux grands traits caractéristiques de la physionomie générale des Âlpes, multiplicité de leurs couches géologiques et extension plus considérahle de leurs pentes septentrionales, signalons-en encore un troisième qui» du reste, leur est commun avec tontes les chaînes de premier ordre : c'est Tinlluence (]u'y exerce sur la organi(jue la gradation de hauteur et en vertu de laquelle on y trouve réunis dans un voisinage immédiat les phénomènes de zones terrestres extrêmement éloignées.
20NBS D*ALTITUDE ALPESTRES.
Sans (Joule, en dehors de l'élévalion verticale, ii y a d'autres facteurs qui concourent avec elle pour varier à riafini les conditions d'existence du monde végétal et du monde animal daos le massif alpestre : ainsi la nature du sol, la latitude, Texpositton au soleil ou à Fombre, et surtout Taction des vents, parmi lesquels le premier rang est tenu par le chaud et humide Foen, qui au printemps fait fondre rapidement les neiges accumulées. Néanmoins le principal régulateur dos phénomènes naturels sur l(\s pentes des Alpes, C L'sl inconlestablemenl la dilTéreuce de hauteur, et Von a pu calculer qu'une élévation de 180 mètres équivaut à peu près à un rapproclioment du pôle de 150 kilomètres. Il en résulte que, selon l'altitude, la végétation est plus ou moins précoce, plus ou moins hâtive aussi, et qu'on peut suivre de gradin en gradin le voyage du printemps, qui ne commence dans les hautes montagnes que lorsque plus bas Tété est à demi passé, mais qui alors agit aussi d'autant plus vigoureusement sur la iiiituie t'ulin réveillée de son long somuK'il d'hiver. Il en résulte surtout que chaque grande zone verticale a sa flore et sa faune spéciales : sa llore plus encore que sa faune, car ranimai voyage, tandis que la plante est attachée à la glèbe et que tout au plus un coup de vent ou un cours d*eau qui en emportent les semences peuvent lui faire accomplir parfois quelque migration inattendue. Ces zones verticales constituent, par conséquent, comme autant de provinces superposées du monde alpestre, et à ce titre elles offrent au géographe qui veut énumérer et décrire les particularités du massif, «les cadres tracés par la nature elle-même. 11 peut en distinguer un plus ou moins grand nombre; nous nous contenterons d'en admettre (juatre, à savoir : une région préliminaire de plaines et de plateaux; une région montueuse des Alpes antérieures; une région alpine des Alpes moyennes et une région glacée des hautes Alpes, dont nous fixons les lignes d*intersection aux altitudes respectives de 600, de 1 500 et de 2 700 mètres, sous la réserve formelle, bien entendu, que ce ne sont là que des moyennes, sans cesse dépassées dans
22 GÉOGIIÂPUIE PHYSIQUE DE L EUROPE CENTliALE.
les deux sens par l'un ou Taulre des phénomènes de la
nature tant inoriranique qu'ort^anique qui forment les caractères dislînclifs do chaque zone.
La région préliminaire de plaines et de plateaux, qui jusqu'à la hauteur de 000 mètres environ entoure les Alpes, est de structure fort différente sur les deux versants du système. Au sud, la large plaine lombarde, comprise entre les deux ailes de la chaîne, arrive directement jusqu'au pied même des Alpes, qu'elle accompagne en s'abaissant progressivement du couchant au levant. Turin est à 250 mètres au-dessus du niveau de la mer, Milan à \'M), Vérone à 40, Pa(lou(! îi 18, el les lai» unes ih» Veiiise (léjiasseul à peine le niveau de l'Adriatique. Au nord, au contraire, s'étend entre les Alpes et la montueuse Europe centrale une ceinture de plateaux qui couvre une bonne partie de la Suisse, de la Souabe, de la Bavière et de l'Autriche, en oscillant entre les hauteurs de 250 et de 600 mètres. A ses deux extrémités, Genève et Linz ont des altitudes de 380 et de 240 mètres; comme, entre ces doux points extrêmes, Constance est à 400, Meiimiiiiir<'n h ti'ÎO, iMunieh à ^30, Halisbonne k XV.'), Passau à 280 inèlres, on voit (jue les plateaux qui servent de vestibule sejdeiilrinnal au massif alpestre s'élèvent d*ahor<l d'ouest en est, jus(]u'à ce qu'ils atteignent la ligne de faite entre le Hhin et le Danube, et qu'ils s'abaissent ensuite avec ce dernier fleuve, tout en maintenant leur direction caractéristique d'occident en orient.
Dans cette région préliminaire, qui, en général, est étrangère à la nature alpestre, nous ne nous arrêterons qu'à un seul phénomène, qui déjà annonce les Alpes, leur appartient en j»rtq)re el (mi constitue une des plus h(dle> parures : ce sont les admirables lacs subalpins qui accompagnent le svstème au nord et au sud, mais qui font complètement défaut au couchant et au levant; les lacs hongrois, en ofTet, sont étrangers aux Alpes. Leurs proportions sont modestes en comparaison de celles des entonnoirs d'autres systèmes :
ZONB SUBALPINE. 23
tamlis que dans rAllaï le Baïkal a une longueur ilc GOO kilomètres et une superficie de 3'î 000 kilomètres carrés, les plus considérables d*en(re eux, ceux de Genève et de Constance, ne mesurent que 80 kilomètres de long et ne couvrent même pas 600 kilomètres carrés; mais leur nombre est d'autant pins considérable, et ils sont répandus en une multitude de groupes de lacs ou de lacs isolés sur deux lignes convergentes de 800 et de 450 kilomètres de long, depuis le lac du Bourget jusqu^au Traunsée, et depuis le lac d'Drla jusqu'à celui de Garde. Leur confij^iiralion, exlrt'imenient variée, est motivée par la nature dilTéreiilc des dépressions qu'ils remplissent : les uns, ceux de Constance et de Neuchàtel par exemple, remplissent une large et unique fente; d'autres, comme le Léman, qui affecte la forme d'un croissant, ou le lac de Gôme, qui se termine en une double pointe, se composent en réalité de deux bassins, comblent les fonds de deux vallées différentes; d'autres encore, par exemple le lac de Lucerne, sont le résultat de cataclysmes de la nature, qui ont fait coiuiiiuniquer ensemble les eaux d'un yrand nombre de fentes, tandis que certains groupes enlin, comme les cinq lacs du Sahkammeryut aulricliien, sont restés séparés, quoique leurs bassins fussent de formation identique. Leur profondeur est fort diverse, et d ailleurs très imparfaitement fixée : on attribue aujourd'hui 143 et 153 mètres de profondeur aux lacs de Zurich et de Neuchàtel, 214 à celui de Lucerne, 255 et 310 à ceux de Constance et de Genève, 365 au lac Majeur; mais la plupart de ces chiffres, fort inférieurs en général aux estimations antérieures, ont besoin d'être vérifiés. Quant à l'élévation de leur niveau au-dessus de celui de la mer, elle est en moyenne assez peu considérable. Au midi, le lac de Garde n'est qu'à 70, et les lacs de Côme et Majeur aux environs de 200 mètres; les lacs septentrionaux eux-mêmes, quoique plus élevés, ne dépassent pas des altitudes fort modérées : les lacs de Genève, de Constance, de Zurich, de Neuchàtel et de Lucerne varient entre 375 et 440 mètres, et le plus élevé de tous, le lac de Brienz,
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a son niveau à 56S mètres au-dessus de la mer. Néanmoins,
comme ils s'adossent presque tous directement à la chaîne, ils ont en irénéra], sur l'un et l'autre versant, un fond encaissé entre des parois à pic, et comme, d'autre part, leur j>arlie antérieure appartient à la dépression ou au plateau voisins, ils ménage n t ainsi entre la nature riche de la plaine et la nature sauvage de la montagne une transition harmonieuse, qui ne contribue pas moins à charmer te visiteur que leurs admirables couleurs, variées à Tinfini, ou leur calme liquide qui repose Tœil fatigué par les formes heurtées de la chaîne alpestre. On a célébré en prose et en vers, dans toutes les langues civilisées, Ks rives délicieuses du Léman et du lac de Côme, les beautés sévères du lac de Lucerne et le riant paysage qui entoure le lac de Zurich; mais leur éloge le plus éloquent, c'est l'amour passionné que professent pour eux les habitants de leurs bords, qui, dans leurs affections, les placent peut-être plus haut encore que les cimes neigeuses de leurs montagnes. Quelquefois, il est vrai, Tinondation rend leur voisinage dangereux, et plus d*un naufrage les a attristés; mais, même au point de vue de l'utilité pratique, ils comptent parmi les plus beaux lleurons de la réiiion des Alpes, et de bonne heure ils ont jout' un rnle civilisateur. Ils arrêtent le cours dévastateur des torrents de la montagne, les purifient et les rendent navigables, au risque de se combler peu à peu par les pierres et le limon qu'ils reçoivent en dépôt; sur leurs bords, où la température est plus égale, le printemps plus précoce, la culture en vignobles et en vergers plus facile, se sont établies des villes industrieuses et commerçantes, centres politiques et religieux de tout le pays environnant; enfin ils servent de vieille date aux transactions des hommes, au transport des marchamlises, et aujonrd hui, non seulement les plus considérables d'entre eux, mais même quel(|ues-uns des plus petits, sont sillonnés par de nombreux bateaux à vapeur.
Au-dessus de la région préliminaire de plaines et de pla-