ZONB DES ALPES ANTERIEURES
loanx, la [>remièro zone vérilableinont alposlro, celle que nous avons appelée la zone monlueuse des Alpes antérieures, compn iid à la fois, entre les altitudes approximatives de 600 et de 1 500 mètres, des chainons peu élevés, qui ne dépassent pas sa limite supérieure, et la large base des grands massifs alpestres. D*nne étendue considérable, surtout sur le pourtour convexe de la chaîne, elle forme la partie la plus accidentée et la plus pittoresque du système, et étale au pied des moyennes et des hautes Alpt s une quantité prodigieuse de vallées et de plateaux, de terrasses et de dédiés, de cols et de lacs, de rivières et de cascades, de bois et de prairies, de bourgs et de villages, (^est là qu'on rencontre les lacs intermédiaires entre les grands bassins subalpins et les petits entonnoirs des hauts cols; le touriste admire leur couleur tour à tour verte, bleue ou blanchâtre, leur encadrement d*arbres et de prairies, leurs baies, leurs promontoires, leurs parois escarpées par-dessus lesquelles bondissent les cascades; le montagnard vante leur profondeur inexplorée et leurs irifrantesques habitauls : c'est un article de foi chez les A[)penzellois que le lac du Saentis nourrit des truites de la grandeur d un sapin centenaire l Les Alpes antérieures ne sont pas moins la patrie par excellence des cascades et des cataractes, qui ornent principalement les pentes abroptes des montagnes calcaires. Après les grandes plaies et les fontes des neiges on les compte par milliers; un certain nombre persiste en tout temps, quoique avec une masse d'eau qui varie singulièrement selon les saisons : telles sont les célèbres chutes d eau de la Tosa dans le Val- Forinazza, de l'Aar à la Handeck, de torrents moins considérables au Heichcnbach, au Giessbach, au Staubbach, à Pissevache. Chacune d'elles a son caractère particulier et sa décoration originale : tantôt Teau se précipite en une nappe unique, tantôt elle forme une série de chutes successives; ici elle slncruste aux rochers et parait fuir les rayons du soleil; là elle nage dans les airs, réduite en un nuage de poussière, et reflète toutes les couleurs de Tarc-en-ciel.
26 GKUGUAPlliË PHYSIOIE DË L'ëURÛPK CëNTIIALë.
Mais à côté de ces beautés de la nature il faut eu signaler les horreurs. Les torrents des Alpes antérieures, quoique
moins connus que les avalanches des Alpes moyennes, sont plus terribles (ju'elh'S, parce <|u"ils «lévastenl des contrées plus ciillivées. Kn leinps ordinaire, leur lit presque vide ne frappe que par sa largeur et par l'aspect chaotique de ses bords, qu^encombrent des blocs énormes; en été ou en automne au contraire, quand sont tombées de grandes pluies ou que le Foen a fait fondre les neiges précoces, ils descendent de la montagne avec un fracas de tonnerre, entraînant avec eux les troncs d'arbres et les rochers. Le voisinage est aussitôt sur pied, armé de longues perches et de solides crochets, puiir empêcher un barraire <jui intercepte le lit du torrent; niais trop souvent les t-iVorls dcscsjK'rés de toute une population sont inutiles, et ravalanclie liijuide qui s'est frayé une route nouvelle détruit en un clin d'œil les habitations et les élables, et change pour toujours en un désert les plus belles prairies, enterrées sous quatre ou cinq mètres de débris! Plus funestes encore sont les chutes de montagnes et les glissements des couches supérieures du sol sur les couches inférieures, agents lents mais continus de rabaissement progressif du système alpestre, ('haque année voit des catastrophes de ce genre; plus d'une a fait des centaines et des milliers de victimes. Ainsi, eu 1018, le Conto couvrit en s'écroulaut le gros bourg de Plurs aux environs de Chiavenna; la double chute des Diablerels, en 1714 et en 1149, ensevelit avec les prairies de Cheville et de Leytron les chaumières, les troupeaux et les bergers; en 1795, une partie de Weggis glissa dans le lac de Lucerne; le 2 septembre 1806, l'éboulement du Rossberg engloutit cinq villages du canton de Schwitz et combla à demi le lac de Lowerz; tout récemnunl enliu, Elin en (llaris était, le 11 septembre 1881, le théâtre d'un désastre analogue.
Autrefois la majeure partie des Alpes antérieures était couverte de forêts vierges, dont il subsiste quelques rares vestiges dans les Grisons, dans le Tyrol et surtout dans le