‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centraleChapitre 122 sur 134 · habitants. 676.067 kiiom. carrés · texte numérisé non relu

habitants. 676.067 kiiom. carrés

LA MO.NâKUHIË âLTHIGHIENNë.

deux groupes, sur une population totale de seize millions, ne contiennent, en fait de dissidents, pas même 400 000 protestants et 300 000 juifs. Le catholicisme romain domino ég^alemenl, mais d'une façon déjà moins prononcée, en Dalinatie et en Crnalie-Ksclavonie, où, à coté de minorités appartenant à Tortliodoxie grecque, ses adliérents forment respectivement les cinq sixièmes et les trois quarts de la population. Dans les quatre autres territoires au contraire la majorité lui échappe dans des proportions plus ou moins notables. En Hongrie-Transylvanie, il est professé par la petite moitié des habitants; les autres sont protestants pour près d*un quart, orthodoxes-grecs pour près d'un sixième, grecs-unis pour près d*un huitième, Israélites pour un vingt-troisième. En Galicie, catholiques romains et crrecs-unis sont à peu près en même nombre, et au milieu d'eux vivent 772 000 Israélites, qui forment plus du neuvième de la population; la ville franche de Brody sur la frontière russe, qu'on appelle la Jérusalem autrichienne, est aux deux tiers peuplée de juifs. La Bukovine est aux trois quarts orthodoxe-grecque, et israélite, catholique romaine, grecque-unie ou protestante pour le reste. En Bosnie- Herzégovine enfin il y a un peu plus de deux cinquièmes d'orthodoxes grecs, un peu moins de deux cinquièmes de musulmans, un cinquième de catholiques romains et quelques milliers «l'israélites.

La distribution géographique des nationalités sur le sol austro-hongrois est beaucoup moins régulière que celle des confessions religieuses; la conquête, l'immigration, la colonisation y ont en effet juxtaposé ou entremêlé les races de la manière la plus bizarre. On peut s'en rendre compte, soit en examinant comment chacune des circonscriptions territoriales se comporte au point de vue de la nationalité, soit en déterminant sur la carte le domaine respectif de chacune des nationalités; nous envisagerons la question successivement sous les deux aspects.

Trois provinces, les deux Autriches et le Salzbourg, sont à peu près exclusivement de race allemande; 1 élément slave

prédomine non moins complètemcnl en Bosnie-Herzégoviné, en Croatie-Esclavooiey en Dalmatie, en Camiolc, et, sauf un neuvième de JuiCs, en Galicie. La Carinlhic, la Styrie, la Silésie, la Bohème et la Moravie sont à la fois aUemaodes et slaves; mais, tandis que les Allemands représentent les deux tiers de la population en Carinthie et en Styrie, ils n'en font que la petite moitié en Silésie, un fort tiers en Bohème et plus du quart en Moravie. Le Tyrol est allemand aux trois cin({uièmes, italien pour le reste. Dans le Lilloral auslroillyrien le fond de la pupulaliuii est slave, mais prt's de la moilié des habitants parlent l'italien. Dans la Bukovine, ce sont les Roumains qui figurent à côté des Slaves et des Allemands, pour plus du tiers. £nfin en Hongrie-Transylvanie, les Madgyars ne forment pas la moitié de la population; les Slaves en représentent entre le quart et le cinquième, les Roumains pr^s d*un cinquième, les Allemands environ un huitième et les Juifs un vingt-troisième.

Voilà le bilan des races dressé par provinces; voici maintenant comment il s'établit sur la carte ethnographique de la monarchie. Les Juifs, (juoiquo assez nombreux en Galicie et en Hongrie pour (jue le titre de roi de Jérusalem que porte l'empereur d'Autriche soil plus qu'un souvenir historique, sont trop éparpillés pour leur donner nulle part une teinte particulière; mais les Italiens, hien que leur chiffre total soit sensiblement inférieur à celui des Israélites, continuent à y figurer sur ses confins extrêmes du sud-ouest, dans le Tyrol méridional et dans le Littoral austro-illyrien, même après que la masse compacte de leurs frères de l'ancien royaume lombard-vénitien a réussi à se détacher de l'empire. Parallèlement à ces Néo-Latins occidentaux, mais plus nombreux qu'eux, ceux de l'orient, les Roumains ou Valaques, apparaissent en proportion croissante dans la Hongrie orientale et dans la Bukovine et forment en Transylvanie le fond de la population. Les Madgyars^ répandus à travers la totalité de la Hongrie et de la Transylvanie qu*ont conquises leurs ancêtres et où ils continuent à régner en maîtres jaloux, ne se

LA MONARCHIE AUTRICHIENNE

présentent en masse prépondérante que dans la partie occidentale et centrale de la pn-mière et dans la partie orientale de la seconde. Les Allemands, lien commun de l'empire, qu'ils ont aidé à fonder et dans toutes les provinces duquel ils ont aujourd'hui des élablissemeois, la seule Dalmalie exceptée, occupent à peu près complètemeat les deux Autriches, le Salzbourg et le Tyrol septentrional, en majeure partie la Carinthie et la Styrie; en outre, ils ont dès le moyen âge envahi en grand nombre la Bohème et la Moravie, le long des frontières septentrionales desquelles ils communiquent avec leurs frères de la Silésie, et ont à la môme époque fondé des colonies, autrefois florissantes, aujourd'hui en pleine <lécadence, dans la IIoni;rie et dans la Transylvanie. Entin les Slaves dans leurs dilîérentes tribus se retrouvent plus ou moins nombreux dans tous les pays de la monarchie, à l'exception de la Haute-Autriche, du Salzbourg, du Tyrol et de la Transylvanie : au nord, les Tchèques et les Moraves forment la nationalité prépondérante en Bohème et en Moravie, les Slovaques sont répandus dans la Moravie orientale et dans la Hongrie du nord-ouest, les Polonais et les Rutliènes se partagent la (ialicie, dont les uns occupent le nord-ouest, les autres le sud-est, et se prolongent, les premiers sur la Silésie et la Hukovine, les seconds sur la Hongrie du nord-est; au sud, les Slovènes ou Windes se sont maintenus dans les vallées alpestres de la Carinthie, de la Styrie et surtout de la Carniole, ainsi que dans la Hongrie du sud-ouest, tandis que les Jougo-Slaves, Croates, Bosniaques, Serbes, Raîtzes et Morlaques occupent en tout ou en partie le Littoral austroill}rien, la Dalmatie, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie^ Esclavonîe et la partie sud-est de la Hongrie.

C'est ce mélange inouï de populations qui, en un siècle où toutes les aspirations de race sont sinçulièrement surexcitées, constitue le [)lns ^^rave emharras du présent et le plus grand péril de l'avenir pour la monarchie austro-hongroise. £t d'abord, à Texceplion des Madgyars, tous les peuples de Tempire sont plus ou moins attirés vers des frères de même

nationalité, plus nombreux qu*cux-mème8, qui habitent en dehors de ses frontières : les Italiens qui sont encore sujets autrichiens gravitent vers la monarchie nationale, qui déjà a absorbé le royaume lombard-vénitien et réuni en un seul faisceau les États de la péninsule italique; les sympathies des Serbes el des Roumains des provinces méridionales el orientales sont acquises aux nouveaux royaumes de Serbie et de Roumanie, dont l imporlance serait doublée par l'adjonction de leurs nationaux autrichiens; les Polonais de la Galicic n ont pas encore renoncé à Tespoir de voir s'opérer par un miracle de la Providence la résurrection de leur glorieuse patrie, pour laquelle leurs cœurs battent toujours; les Allemands des pays occidentaux sont loin de regarder comme définitive leur exclusion de la mère patrie allemande, à laquelle ils ont appartenu jusqu'en 1866; et les Slaves de toute dénomination, à la seule exception des Polonais, ont les roprards tournés vers Saint-Pélersbour},^ et Moscou, les mélrojioles du grand enijure de leur luce. Mais les daui^ers que ces relations sympathiques avec l'étranger peuvent, sur certains points du moins, créer quelque jour à l'intégrité de l'empire, sont peu de chose en comparaison de ceux dont Tardent antagonisme des trois races principales, combiné avec les prétentions d'autonomie des différents pays de la couronne, menace dès aujourd'hui son existence même, en remettant sans cesse en question les fondements de son organisation politique. Les revendications nationales des Madgyars ont mis à néant le système unitaire de M. de Schwarzenbcrg; aujourd'hui les Slaves à leur tour battent en brèche le dualisme de M. de Beust. Forts de leur supériorité numérique, ils protestent contre leur subordination aux Allemands et aux Madgyars; si leurs nombreuses fractions, . séparées les unes des autres autant [)ar la diversité de leur développement historique que par la distance géographique et Tinterposition de populations de race différente, ne peuvent songer à s*unir en un seul corps, chacune d'elles revendique des droits anciens ou des libertés nouvelles; aucune

LA HONARGHIB AUTRICHIENNE

avec plus dv véliémenre que les TcluMjiies de la Bohême, qui réclament la restauration pure et simple du royaume de saiot Wenceslas, non moins anlique, ni moins digne de respect que celui de saint Etienne, et répètent fièrement le mot de leur historien Palacky : « Nous existions avant TAutriche, nous existerons après elle! n

Est-ce à dire cependant, comme aucuns le pensent, que l'empire autrichien, qui ne repose pas sur une base nationale, est un anachronisme sur la carte de l'Kurojie moderne, et que par suite il esl destiné à en disparaîire à plus ou moins bref délai, pour faire place à une fiMléraliou d'Elats ou pour ('tre démembré p;ir ses voisins? ?s'ous nous permettons d'en douter. En effet, renchevétrenient des races dans les pays habsbourgeois rend un départagement géographique selon les nationalités absolument impossible; elles ont beau se jalouser, se détester et se quereller, elles n*en sont pas moins condamnées à continuer à vivre côte à côte. Pourquoi dès lors briser des cadres territoriaux plusieurs fois séculaires, au Heu de tâcher de les adapter aux besoins nouveaux? Certes ce n'est pas chose facile de créer, en conciliant les traditions du passé et les principes de la liberté politique moilcrne, des institutions ca[>ahles de faire vivre dans un accord passable les éléments discordauls que le ilux et le reflux des migrations ont réunis dans ce coin de l'Europe; mais il semble évident aussi que les pays du moyen Danube eux-mêmes tout d*abord, puis notre continent tout entier, sont également intéressés à ce qu*on y réussisse. La dislocation du grand empire de TEst qui s*est formé sous le sceptre des Habsbourg par Tunion de l'Autriche, de la Bohème et de la Ilun^rie, ne [lourrail s'opérer (ju au [)r<»lit du Pruifilarisme et du P(nt(jennan(>nne, par l'absorption des pDjiulalions slaves et allemandes, qui laisserait sans défense les Madgyars; incontestablement il vaut mieux que la dynastie, dorénavant exclusivement autrichienne, qu'a fondée il y a six cents ans Rodolphe de Habsbourg, continue de régner sur la monarchie orientale

qu'ont cimeiiti'o des siècles de vie commune, et que Vienne, la vieille ville impériale, l);\tie sur les conlins des trois grands pays d'Autriche, de Bohème et de Hongrie, reste leur centre politique sous le régime de la liberté, comme elle Ta été pendant si longtemps sous celui de Fautorité plus ou moins absolue de ses princes. Le même Palacky que nous citions tout à Tbeure était beaucoup mieux inspiré qu*il ne Ta été depuis en prêchant Fautonomie tchèque, (|uand il écrivait en 1848 au comité des Cin(|uantr, chargé de préparer à Francfort la réunion du premier parlement national allemand : « Si l'Autriche n'existait pas, il faudrait la créer dans riulérèl de 1 Europe! »

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