‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centraleChapitre 34 sur 134 · L'ODER · texte numérisé non relu

L'ODER

de la ^eisse inférieure jusqu'au littoral de la Baltique. Dès qu'elle y entre, elle se redresse au nord et passe dans cotte direction à Francfort, qui, malgré son université, aujourd'hui transférée à Bresian, n*a jamais connu la prospérité de son homonyme des bords dn Mein; puis, sons les remparts de Gustrin, la Warta la renvoie au nord-ouest traverser les anciens marécages de TOderbruch, que les travaux de canalisation ordonnés par Frédéric II ont chanj^és en champs fertiles; mais à la liaiileur do Froionwaido, où Ton a b iplisé du nom do Suisse margraviale un canton un peu moins plat ot sablonneux que le reste du Brandebourg, elle reprend la direction du méridien pour rompre les hauteurs ouralo-baltiques, et ne la quitte plus jusqu'à la mer. En Poméranie, où elle entre presque immédiatement après ce dernier coude et qu'elle partage en deux moitiés à pou près égales, ses bords sont assez riants et le paraissent davantage quand on sort de la Marche, celle boite à sable du saint-empire; de vertes prairies peuplées par d'innombrables oies s'étendent des deux côtés du fleuve, qui forme des bras nombreux et les réunit de nouveau, jusqu'à ce qu'enfin il gagne le //«//* poméranien par plusieurs embouchures, sur la plus occidentale desquelles, qui est aussi la plus considérable, s'élève Stettin, la capitale de la province, le grand port de TOder et, jusqu*à son déclassement récent, la forteresse principale du bassin. Le Haff cependant n*est pas encore la pleine mer; TOder n^arrive à la Baltique qn*en franchissant les trois passes déterminées par les îles de WoUin et d'Usedom, celle de Divenow à droite, celle do la Swine au contre, ot à gaucbo celle de la Poono, à laquelle aboutissent los deux potils cours d'eau de rUckcr et de la Peene. Les autres affluents de gauche de la section brandebourgeoise et poméranienne de rOder n*ont pas d^importance, et de ce côté il suffira de mentionner les deux canaux de Frédéric-Guillaume et de Finow qui ont été creusés entre son lit et eeax de la Sprée et de la Havel; à droite au contraire il y a un tributaire de premier ordre, qui ne mesure pas moins de 780 kilomètres.

202 GEOGRAPUIB PHYSIQUE DE L'fiUAOPE CENTRALE.

La Warla, (jui avec son sons-affluont de droite, la Nelze, repioduit exartemciU enlrc l'Oder et la Vistule le bassin inl^ rinédiairo que la Spréo et la Havel constituent entre rKlIjc et l Oder, et décrit une courbe strictement parallèle à celles de la Spréc à l oucst et de la Vistule à Test, est, comme cette dernière, biea plus polonaise qu'allemande; rivière earactéristique du grand-duché de Posen, la province la plus polonaise de la monarchie prussienne, elle parcourt avant d*y entrer les gouvernements occidentaux de la Pologne russe et ne pénètre dans le Brandebourg que vers Tendroit où elle rencontre la Netze, dont jusqu'à sa propre fin à Custrin elle emprunte la marécageuse vallée. Aux trois sections de son cours correspondent, dans la Polog-ne russe, Czenstochowa, un des sanctuaires polonais les plus révérés, dans la province de Posen la ville de même nom, première capitale du royaume polonais, que se disputent aujourd'hui les anciens possesseurs du sol et les colons allemands, dans le Brandebourg enfin Landsbei^, la capitale de la Nouvelle- Marche.

Par delà la Warla nous arrivons au quatrième et dernier des fleuves de plaine de TEurope centrale du nord, celui qui en latin et en français porte les noms presque identiques de \'i!itula et de Vistule, et que les Polonais et les Allemands appellent ]\'ts/f( et UV/rAxc/. Il est le plus considérable des quatre, non cotnnic dislance directe de la source à l'embouchure, car il ce point de vue il ne mesure que .'120 kilomètres comme TOder, et est par conséquent inférieur à TËlbe, mais par le développement de son cours, qui est de 960 kilomètres, et surtout par la superficie de son bassin, qui couvre 195 000 kilomètres carrés. Placée sur les limites de TEurope centrale et de TEurope orientale, aux confins de la grande plaine sarmate et de la dépression plus étroite de la basse Allemagne, la Vistule, que se disputent depuis quinze cents ans les Slaves et les Germains et *\m se partage aujourd'hui entre les deux monarchies allemandes et le

LA VISTCLE

grand cnipirc moscovite, est de par riiisloirc et de par la géographie le lleuvc polonais par excellcm e; mais, attendu que la Pologne a été rayée de la carte politique de l Europe et qae son nom n'est plus qu'une dénomination topographique,-son fleuve est devenu le trait d'union entre les trois puissances qui Tout démembrée : née dans la Silésie autrichienne, elle foit momentanément la frontière entre TAutriche et la Prusse, rentre du côté de Cracovie dans la monarchie, autrichienne, délimite ensuite l'Autriche et la Russie jusque au-dessous de Sandomir, et, après avoir formé la grande artère des gouvernements de la Pologne russe, elle en sort [n'es de Tliorn pour finir comme fleuve prussien. Sa direction normale est assez difficile h formuler : elle coule du sud au nord, en ce sens que sa source et son embouchure sont sous le même méridien; mais comme une double courbe la fait successivement dévier à Test et à Touest, de façon à donner à son cours supérieur et moyen la configuration d'un demi-cercle presque régulier, elle ne suit la direction caractéristique selon le méridien que dans sa dernière étape.

La Yistule découle, à Taltitude de 500 à 600 mètres, des pentes nord-ouest des Karpathes boisées par diiïérentes sources, qu'on distingue par les noms de Vislulc blanche, de petite Vistule et de Yistule noire, et qui naissent toutes les trois à Test du col de Jabiunka, d'où l'Olsa descend vers l'Oder. Immédiatement grossie par de nombreux affluents que lui envoient les Karpathes au sud et les hauteurs ouralo-karpalhiennes au nord, elle parcourt la contrée pittoresque qu'on appelle la Suisse cracovienne ou polonaise et met fin à son cours supérieur dès Cracovie, oiï, à un niveau de 215 mètres, elle devient navigable pour des bateaux de moyenne grandeur. Cracovie, centre principal de cette prcmi6rc section, réunit autour de son château et de sa cathédrale les souvenirs les plus illustres et les plus vivaces de la grandeur passée de la Pologne; elle a été sa capitale au moyen âge, sa ville de couronnement

aussi lonprlomps qu'elle a eu des rois, et en ce siècle même, depuis 1815 jusfju'en IS'iG, elle a vu revivre dans ses murs, sous le nom de république, un dernier rellel de rautonomic polonaise.

A partir de Cracovie commence le cours moyea de la Vistule, qai comprend les trois quarts de son développement complet et correspond à la grande plaine polonaise, où le fleuve parcourt tour à tour de fertiles couches d*argile, qui fournissent le plus beau sol à blé de TEurope, et des terrains sablonneux ou marécageux, riches en grandes forêts. La Yistule y coule d'abord dans un lit d*argile profond, souvent découpé à pîc, et auquel aboutissent de droite les rapides rivières îles Karpallics, la Raba, le Doiiajec grossi du Poprad, la Wisloka et le San. Ce dernier la rejette au nor»!, au delà des hauteurs ouralo-karpathiennes du pays de Sandomir, qu'elle brise dans un lit encadré de bords rocheux et escarpés, et dès lors elle commence à parcourir des landes de sable et de vastes forêts, en roulant de plus en plus lentement une masse d'eau suffisante pour permettre la grande navigation. Deux affluents considérables la grossissent à celte hauteur : de gauche lui vient, à travers les marécages, la Pilica, née dans le voisinage de la Warta; à droite la rejoint le Bug, qui natt dans la Russie rouge entre Lemberg et Brody, se développe sur 750 kiloinèlres par une courbe concentrique à la sieniu», et constitue, de conrert avec son sous-affluent de droite, la Narew, par lequel découlent les marais lithuaniens et les lacs prussiens, un troisième bassin secondaire, analogue à ceux de la Warta et de la Nctzc d'une part, de la Sprée et de la Havel de Tautrc. Entre les deux confluents, mais plus près du second, s'élève sur la rive gauche, avec une population de 450 000 habitants, la capitale moderne de la Pologne, Varsovie, centre du commerce, de l'industrie et aussi de la résistance nationale du pays polonais, pour lequel son faubourg de la rive droite, Praga, a souffert h deux reprises un héroïque martyre. Depuis le confluent du Bug, que domine la forte place de Nowo-Georgiewsk ou

LA VISTULB.

ModlÎD, la Yislule, contiouant la direction de son tributaire, prend à Fouest en longeant le dos ouralo-baltique et gagne, au delà de Plock, Thorn, qui a été la première des cités allemandes construites dans son bassin par les chevaliers

Tculuiiiqui'S et qui vsl aujourd'hui la forteresse frontière de la rnonarcliie prussienne; puis, un peu en aval de 'J'Iiorn, à l'endroit même où le cours inférieur de son trihulaire de gauche, la Brahe, n'est séparé du cours supérieur de la Netze que par des marécages que traverse le canal de Bromherg, elle se redresse brusquement vers le nord et, rompant les hauteurs, baigne les deux villes de Culm et de Graudenz, bâties comme Thorn sur sa rive droite.

Le cours inférieur commence au delà de cette rupture du dos ouralo-baltique, à la bifurcation du fleuve. La Vtstule, dont le niveau à 1 liurn était encore à 32 mètres au-dessus de la mer, y coule avec une cluile pres(jue iniperceplible, en arrosant un delta d'une fertilité inouïe, (jue les clievaiiers Teutoniques ont aulrefois conquis, canalisé, endigué et civilisé, et dont les H ere/er soutiennent la comparaison avec les ))lus belles Marschen frisonnes pour la richesse en blé et en bétail; comme en Frise aussi il est vrai, ces campagnes privilégiées sont sans cesse sous le coup d'une catastrophe quand, aux débâcles surtout, le fleuve, grossi outre mesure, rompt les digues qui le contiennent. Des deux bras qu*e1lc forme, le plus oriental, la Nogat, après avoir passé au pied de 1 ancienne résidence des c^rands maîtres, l;i Marienbour^];^ restaurée en ce siècle, et laissé à droite rancienne ville lianséati(pie d'ElItinir, débouche en branches nombreuses dans le Friscli- Haff; l'autre, qui de tout temps a gardé le nom de Vistule et qui aujourd'hui est beaucoup plus important que la I^ogat, communique également, par la vieille Yistule, avec cette grande lagune; mais sa véritable embouchure est plus à l'ouest, dans le golfo de Danzick. Autrefois, arrivé dans le voisioagc de la Baltique, il coulait assez longtemps parallèlement à la mer et n'y aboutissait qu'en aval de Danzick; depuis le 2 février 1840 la rupture du cordon littoral à ÎNeufaehr a

GÉOGRÀPHIB PHY8IQUB DE L'EUROPE CENTRALE.

reporté sa prmcîpale issue ca amoat de Banzick ; elle reculera davantage encore vers Test qu and sera achevé le canal qu*on creuse dans Taxe du cours inférieur du fleave. I>anzick est une ville slave d'origine» dont Tezistence est constatée dès le VI* siëde et que se sont de tout temps disputée ses voisins ;' promptement germanisée, elle a été sous la protection des grands maîtres teuloniques \v chef-lieu du quatrième quartier de la Hanse, et sous celle des rois de Pologne une cité protestante autonome; une première fois prussienne en 1793, elle l'est redevenue en iSl i après avoir été, à l'époque de la domination napoléonienne, une république avec garnison française, et elle est aujourd^iui comme par le passé le grand centre militaire et commercial delà basse Vistule, une grande place forte reliée à la mer par la citadelle avancée de Weîchselmunde et un grand port d'embarquement pour les blés polonais. On l'a appelée la Venise du Nord et la Naples septentnonale à cause de ses canaux et de ses riants alentours; c'est en réalité une vieille ville allemande, de ffotliicjue apparence, qui conserve fidèlement jusque dans son aspect extérieur le souvenir des temps de son antique splendeur.

Nous arrêtons à la Vistule cette étude hydrographique de l'Europe centrale. Nous pourrions, il est vrai» parler encore du Prégel et du Niémen, qui débouchent l'un et l'autre dans la Baltique allemande; mais le lu emierdeces cours d'eau, qui découle au nord du plateau de lacs prussien comme la Narew le fait au sud, n'a guère d'autre inlér«''t (jue celui de baigner Kœniîisberg, la capitale de la Prusse proprement dite, et le second, malgré son embouchure prussienne, appartient incontestablement à la plaine russe; nous les passons donc sous silence, comme nous Pavons fait pour les petits bassins côtiers plus occidentaux de la Trave et de la Wamow, de la Persante et de la Stolpe, et nous terminons- ici l'esquisse de géographie physique dont nous avons cru devoir faire précéder l'histoire des révolutions territoriales de la région centrale de notre continent. Nous avons examiné successivement

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