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L'ELBE

bassin en communication avec celui du Danube moyen. Ces différentes raisons expliquent à merveille pourquoi la capitale

de la Bohème, qui est en mèrne temps le centre politique, religieux, commercial et industriel de tout le cours supérieur de l'EIhe, se trouve placée sur la Moldau : Prague doit son origine, à ce que raconte la tradition, à la reine prophétesse libuftsa, qui construisit le château royal sur le Ilradczin dans une position dominante sur la rive gauche de la rivière; aujourd'hui elle étale sur les deux bords, mais principalement sur la rive droite, une multitude d'églises et de palais, et renferme dans son sein, si Ton tient compte des finubourgs, nne population de plus de 300 000 âmes.

Au confluent de la Moldau, THlbe est à 140 mètres au-dessus du niveau de la mer. Un peu plus loin, immédialemenl après la jonction de l Eger, commence la rupture du Mittelgebirg bohémien, que suit de près celle de la Suisse saxonne; le fleuve les opère en coulant du sud au nord d'abord, puis du sud-est au nord-ouest à partir de la frontière entre la Bohème et la Saxe royale. Nous avons parlé ailleurs des beautés l^ttoresques et des curiosités naturelles que ces deux massifo, dont le premier dédouble les monts des Mines et dont l'autre les relie aux Sudëtes, présentent le long de TElbe; nous n'y revenons pas ici, et, suivant le fleuve, nous entrons avec lui dans le charmant bassin de Dresde, qu'il parcourt, en maintenant la direction sud-est à nord-ouest, depuis Pirna jusqu'à Meissen. C'est encore uq entonnoir, mais un entonnoir ouvert vers la grande plaine septentrionale et dont les contours sont tracés non par des montagnes, mais par des collines. Moins riche en vignobles que la vallée bohémienne plus haut, la vallée misnienne de FElbe a sur elle Tavantage d'une civilisation plus avancée; villes, villages et châteaux se pressent sur les bords du fleuve; au milieu de l'étape, s'élève sur ses deux rives, avec une population de près de 300 000 habitants, Dresde, la capitale du royaume de Saxe et la rivale de Munich comme capitale artistique de l'Allemagne. £ile est dans une position enchanteresse, mais aussi T I. 13

GÉOGRAPHIE PHYSIQUE DB L*BUaOPB CENTRALE.

dans une position fort importante au point de vue stratégique» comme l'ont prouvé les combats acharnés livrés sous ses murs dans la campagne de 4813.

Le cours inférieur de TElbe, à travers la dépression de la basse Allemagne, commence à Meissen, dont le dôme édifié sur un plateau de granit domine au loin la plaine. Depuis Tannexion à la rrusse de la moitié septentrionale de la Saxe en 1815, du Hanovre, du Lauenbourg et du Holslein en 1805 et en iSOf), il est devenu presque exclusivement prussien: ce n'est qu'au début, où il est saxon jusque vers Muhlbcrg, et sur les territoires peu étendus où il traverse le duché d*Anhalt ou délimite le Mccklembourg et le pays hambourgeois, qu'il appartient à d'autres États. D'abord encore dirigé du sud-est au nord-ouest, le fleuve baigne la forteresse de Torgau; mais en amont de Wittenberg, la ville de Luther, qui, au commencement du siècle, a été dépossédée au profit de Halle de Tuniversité qui a fait sa gloire, et à laquelle on vient d'enlever ses fortificalions aussi, il oblique à l'ouest pour éviter le dos ouralo-karpatbien ; {)uis, au-dessous du conllueiil de la Mulde, qui lui amène de Lrau<'he par Dessau la majeure partie des eaux des monts des Mines, il se redresse au nord et, grossi du même côté par un tributaire plus considérable, la Saale, il rompt, en passant devant Magdebourg, l'obstacle qu'il vient de longer. Si TElbe persistait dans cette direction sud-nord, elle briserait également le dos ouralobattique et gagnerait la Baltique dans le lit de la Wamow; mais comme à partir de Tendroit où la rejoint de droite la Havel elle rentre dans sa direction normale de sud-est en nord-ouest, qu'elle ne quitte plus dorénavant, elle côtoie seulement sans la ronipic celle seconde lii;ne de hauteurs et elle aboutit à l'angle sud-est de la mer du Nord. Dans cette dernière section de son cours, le Heuve reçoit à droite la Dclvenau et TAlster, qui débouchent à Lauenbourg elàUambourg.à gauche rilmenau, qui vient deLunebourg; au-dessous du confluent de rilmenau il se partage en bras nombreux qui en se réunissant plus loin forment son long estuaire; Ham-

l'blbe.

bourg et Alloua sont bâtis sur le bras septonlrional, Harbourg sur le bras le plus méridional du fleuve divisé; Gluckstadl s'élève à droite, là où le large lit du fleuve commence à devenir un golfe, et à gauche Cuxhafen, Tavant-port de Hamboarg, n'est plus séparé de la pleine mer que par un petit promontoire.

Parmi les affluents de TElbe inférieure, deux seulement, la Saaie à gauche et la Hayel à droite, méritent une mention particulière. La Saale thuringienne, qui naît aux monts des Pins entre l'Eger et le Mein et rejoint l'Elbe au-dessus de Barby, baigne dans un cours sinueux, mais tout entier dirigé du sud au nord, de 370 kilomètres, une multitude de châteaux féodaux et de résidences princières, de sièges épiscopaux du moyen âge et de villes universitaires, Hof» Lobenstein, Saalfeid, Rudolstadt, Orlamunde, Xéna, Naumbourg, Mersebonrg, Halle, Giebicbenstein, Wettin, Bembourg; elle se grossit à gauche de Film qui est la rivière dé Weimar, de TUnstrut qui parcourt la terrasse thuringienne depuis Muhlhausen jusqu'à Naumbourg en recevant la Géra et la Helme, les rivières d'Erfurl et de Nordhausen, do la Bode qui près de Halbcrsladt sort du massif du Harz, et à droilc de l'Elsler qui, de concert avec ses tributaires la Pleisse et la ParLhe^ entoure Leipzig d'un vrai dédale de bras.

Un peu moins longue, mais plus originale par ses courbes inouïes et sa nature k demi lacustre, la Havel, qui arrose 340 kilomètres de pays pour parcourir les 90 kilomètres de distance directe entre son commencement et sa fin, découle près de Strélitz des lacs mecklembourgeois du dos ouraloballiquc et se dirige d'abord vers le sud ; puis, arrivée dans la marche de Brandebourg où elle ne tarde pas à s'élargir en lacs, elle dessine d'Oranienbourg à Spandau l't à Polsdam, de Polsdam à Brandebourg et de Brandebourg à llavelbcrg, les trois cAtés d'un carré presque parfait, le marécageux Havelland, dont le quatrième célé est fermé par un petit tributaire de droite, le Rhin, et sa continuation orien* taie, le canal do Ruppin. La Havel a, grâce à ses lacs, des

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bords assez pittoresques; on ne saurait en dire autant de

son grand sous-aflluent de gauche, la Sprée, qui dédouble son bassin supérieur et, d'un cours indécis et marécageux dirigé successivement vers le nord cl vers Touesl, coule sur une longueur de 350 kilomètres» par Baulzen, Collbus et Berlin, depuis les montagnes de la Lusace jusqu'en face de Spandau.

Quant aux grands centres du bassin inférieur de TEIbe, ils sont au nombre de quatre : Magdebourg et Hambourg sur le fleuTe lui-même, Berlin et Leipzig sur des rivières qui y

aboutissent. Magdebourg, construite par Otton le Grand sur la rive gauche de l'Elbe pour servir de boulevard militaire et ecclésiasti(jue à la Saxe conlre les tribus slaves de la rive opposée, ne cessa de grandir jusqu'à la fin du moyen Age comme siège métropolitain el comme ville libre la plus importante de la Germanie du nord -est; sa fameuse catastrophe pendant la guerre de Trente Ans la diminua sans la ruiner complètement; elle est redevenue sous la souveraineté prussienne une place de guerre et de commerce considérable. Plus ancienne en date, Hambourg est une création de Charlemagne, qui la fonda sur la rive droite du fleuve, là où commence son estuaire, pour surveiller les Normands; détruite par eux à plusieurs reprises, elle se releva chaque fois grâce à son heureuse position dans le voisinage de la mer, prit plus tard une part notable au grand commerce de la Hanse teutonique, à la décadence de laquelle survécut sa prospérité, et est aujourd'hui avec son demi-million d'habitants et ses splendides quartiers neufs, rebâtis après Tincendie qui la dévora en 1842, non seulement une des villes les plus belles et les plus peuplées de rAllemagne, mais aussi le premier port du continent européen, un port qui dans notre partie du monde ne le cède comme importance du Iralicqu'à Londres et à Liverpool. Leipzig et Berlin doivent moins à la nature, qui ne leur fournit ni les facilités d'un graud lleuve, ni celles des communications maritimes ; néanmoins la ville de TElster prime depuis longtemps Magdebouig qui à ses 350 000 habi-

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tants n'en oppose que 200 000, et celle de la Sprée a en ce siècle laissé Hambourg bien loin derrière elle comme étendue et comme population. C'est que Leipzif^, placée au point d'intersection des routes de rAliemagne monlueuse et de rAllemagne plane, était la localité désignée pour les grandes foires comme pour les grandes batailles et qu'elle a monopolisé à son profit tout an ensemble de transactions commerciales, dont les moins importantes ne sont pas celles de la librairie allemande; et que Berlin, que ne favorisait guère que sa position à égale distance de la mer et des montagnes, de l'Elbe et de TOder, a grandi avec la même rapidité fabuleuse que la nionarchie prussienne, dont ses rues symétriques et ses monuments régulièrement alignés rappellent le caractère militaire et bureaucratique : dans l'espace de moins de deux siècles, la petite résidence des électeurs brandebourgeois est devenue, d'abord le centre politique et intellectuel de rAUemagne du Nord, puis la capitale du nouvel empire aile- mand, et sa population, qu*en 1640 on évaluait à 6 000 ftmes, qui en 1807 comptait 495000 habitants, qui en f 864 encore o*en comptait que 633000, en comprenait 1 579000 au recensement de 1890.

Le Weser et l'Elbe appartiennent, l'un pour un tiers, Tautro pour la forte moitié de son cours, à la dépression septentrionale de l'Europe du centre; les deux fleuves qui leur font suite à Test, l'Oder et la Yislule, y tracent leur lit presque complet et ne connaissent en fait de montagnes, en dehors de celles où ils prennent leur source, que les ondulations des hauteurs ouralo-karpathiennes et des hauteurs onralo-baltiques. Essentiellement fleuves de plaine, ils ont le cours prosaïque et lent, n*avancent pour ainsi dire que parce que la masse de leurs eaux les pousse en avant et laissent au veut le soin tle faire tourner les moulins; d'autre part, le peu d'élévation de la bordure de leurs bassins, (jue forment en maints endroits des prairies et des marais, et la distance peu considérable qui sépare la Sprée et la Uavel de

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roder, la Warla el la Netze de la Vistule, le Bug et la Narew

du Dnit''[>cr, ont rendu exlrèmement facile la construction de comniunications arlilicielles de l'un à l'autre des deux fl(îuves, et de chacun d'eux h. sps autres vcn-ins : il est mrme permis de supposer qu'à une autre époque du globe ils étaient naturellement unis, de façon à se déverser, au sud du dos ouralo-ballique» la Vistule daos TOder et l'Oder dans l'Elbe.

L^Oder, dans laquelle on veut reconnaître le Suevu$ et le Viadrus des anciens, est le vrai fleuve prussien; d*un bout & l'autre de son cours en effet, si Ton fait abstraction de ses

sources qui sont en Autriche (dans les mêmes proportions à peu près que celles de la Garonne en Espagne), elle appartient à la monarchie prussiernie, dont elle arrose successivement trois grandes provinces, la Silésie, le Brandehour;^ et la Poméranie, touios les trois slaves d'origine et plus ou moins complètement germanisées par la conquête. Régulière et méthodique comme TÉlat prussien lui-même, elle suit une vallée presque rectiligne, qui est orientée du sud-est au nordouest et ne se redresse vers le nord que dans le voisinage de la Baltique; sa longueur est la même que celle de TElbe, 890 kilomètres ; mais elle lui est inférieure comme distance directe de la source à remboachure et comme aire du bassin, dans la proporlion de 520 à GOO kilomètres et de 130 000 à Uiri 000 kilomètres carrés.

Elle tire son ori*:ine à la fois des Sudi les et des Karpathes, en trois branches |»rincipalcs, qui se suivent d'ouest en est sous les noms d'Oppa, d'Oder et d'Olsa. La rigole centrale ou Oder proprement dite naît en Moravie sur la pente méridionale des Sudètes, au milieu d'un marécage entouré de sapins dont Taltitude n'est que de 320 mètres, gagne promptement la dépression connue sous le nom de Porte moravc, que nous avons signalée ailleurs entre le système karpathien et le groupe des montagnes bohémiennes, et découle par elle vers le nord, en tournant le dos à la March, qu'un cours en

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sons opposé dirige vers le Danube. Bientôt elle est rejointe à gauche par l'Oppa qui, dosrondant des pontes orientales des Sudètes par une vallée sauvage dont le fond est à i 300 mètres, fait la frontière entre la Silésie autrichieDoe et la Silésie prussienne, et lui amène par Troppau une masse d'eau plus considérable que la sienne; puis a lieu à droite le confluent de TOlsa, qui naît au pied du col de Jablunka dans le voisinage immédiat des sources de la Yistule et parcourt la partie orientale de la Silésie autrichienne, dont elle baigne la ville principale, Teschen. Le cours supérieur du fleuve ne s'étend nu^me pas jusque-là : d<'jà à Oderberfr, sur la frontière austro-prussienne, un peu en amont d<' Tendroit où 1 Olsa se réunit à l'Oder grossie de l'Oppa, disparaissent les derniors rochers et commence, à une altitude de moins de 200 mètres, la partie beaucoup plus étendue du bassin qui appartient à la plaine.

L*Oder y traverse d'abord, comme première grande étape, la Silésie prussienne dans toute sa longueur, c'est-à-dire en d'autres roots tout le golfe de plaine adossé aux Sudètes* Dans tonte cette section elle conserve invariablement sa direction normale parallèle à la chaîne de montagnes qu'elle côtoie, sauf cependant entre Breslau et Glojrau, où par une double courbe, analogue à celle que décrit l'Elbe en aval de Wiltenberg, elle longe d'abord vers l'ouest et roin})l ensuite vers le nord les hauteurs ouralo-karpathicnnes; son lit actuel est accompagné de nombreux bras morts et encadré alternativement par des champs, des prairies, des forêts ; môme les vignobles ne lui font pas défaut, et le vin de Grunberg, récolté sur les collines entre l'Oder et le Bober, jouit d'une réputation relative. Aucun affluent notable ne lui vient des dos de pays qui l'accompagnent à droite; à gauche, au contraire, les Sudètes lui envoient de nombreuses rivières, qui toutes ont le même caractère, descendent par des vallées pittoresques vers la plaine, où elles coulent ensuite aussi prosaïquement (jue b' fleuve lui-même*, et amènent dans son lit tantôt une eau de montagne pure et limpide, tantôt

des flots bourbeux et chargés des débris que leurs crues subites ont arrachés plus haut. Un grand nombre de Yilles

secfindaires sont bai^jnees par elles : sur la Neissc supérieure ou de Glalz nous rcnr(nilroii.s les deux forteresses de Olalz et de Neisse ot sur la Kal/.harh la ville de Liee^nilz, dans le voisinage de lafjuelle le cliain[> df halaille de Walilstadl a vu en 4241 une victoire des Moni,M)ls sur les Chrétiens et en 1813 une défaite des Français par les Prussiens; sur le Bober, dont la source fait pendant à celle de TElbc de l'autre côté de la Schnéekoppe, se suivent Hirschberg, Bunzlau, Sagan, Grossen, et la Neisse inférieure ou de Lusace passe à Zittau, Goerlitz et Guben. Le long de Tartëre principale, Kosel, Oppeln et Brieg en amont, Glogau en aval de Breslau, ne méritent pas davantage qu'on s'y arrête; mais il n'en est pas de même de IJreslau, la grande ville allemande fondée en pavs slave, qui a été de tout temps la capitale ecclésiastique et politique de la Silésie et qui est aujotird'hui la seconde ville du royaume de Prusse. Bâtie sur les deux rives de roder à l'endroit où le Ûeuve, descendu à l'altitude de 130 mètreSf commence à devenir navigable (tout en ne permettant qu'un trafic pénible à cause des basses eaux et des ensablements fréquents), elle fut dès le moyen âge le grand entrepôt mercantile et industriel de la région entière et le point de croisement des routes qui reliaient la Baltique au moyen Danube et la Pologne à la Bohème et à la Saxe; de nos jours, où les roules ont été remplacées par des chemins de fer, le mouvement commercial de la vallée de l'Oder et des contré»\s avoisinanlcs continue à s y concentrer et ses foires aux lainrs conservent une importance hors liirne. Naguère elle était aussi la grande place de guerre dont la possession assurait celle de la province ; mais ses remparts ont été changés en boulevards, et dès lors, libre de s'étendre à son aise, elle est arrivée à porter à 335 000 Ames le chiffre de sa population.

La deuxième étape du cours de plaine de FOder la mène, à travers le Brandebourg et laPoméranic, depuis le confluent

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