‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centraleChapitre 66 sur 134 · HauURbin. — 2. Hoyen-Rbin. — 3. Bas-Rhin · texte numérisé non relu

HauURbin. — 2. Hoyen-Rbin. — 3. Bas-Rhin

Les ganerbinats, par exemple Friedberg, Gelnhausen.

L<<s viiiagrs irniiiédiats, par exemple les gens libres de la Leulkircher-Heide,

Oochsheini, Svnnfeld.

• Quelques comtés et seigneuries immédiates, comme Jever, Kniphaus'en, Hadein, Riedesel, et quelques abtwyes immédiates, comme Elten:

302 GEOGttAl»lllfc: iiiSTUiU(jLt DE L ELKOl»E CENTRALB.

sèment des Ëtats d*aprës leur nature; le cercle de Bavière avait un banc ecclésiastique et un banc laïque; les membres des cercles de Franconie et du HautrRbin se partageaient

en princes ecclésiastiques , princes laïques, comtes et villes

lil»res, et le cercle de Sou ahc ajoutait même, en plus, un cinquième banc pour les prriats.

(i'élait le cercle de Souabe aussi qui présentait le nombre de membres le plus considérable, à savoir (|ualre-vingtdix-sepl; le llaut-Uhin et la Weslphalie en comptaient respectivement cinquante-sept et cinquante-trois; il y en avait vingt-neuf en Franconie, vingt-quatre en Basse-Saxe, vingttrois en Haute-Saxe, vingt en Bavière; puis le chiffre total descendait à dix pour le Bas-Rhin, à six pour l'Autriche, et se réduisait à Tunité pour la Bourgogne. La division territoriale était donc particulièrement grande en Souabe, dans le Haut-Rhin et en Westphalie; au contraire, les cercles de Bourgogne et d'Autriche appartenaient exclusivement ou presque exclusivement à la maison de Habsbourg; dans le Bas-Rhin ne figuraient guère que les (jualre électeurs de Mayence, de Trêves, de Cologne et du Palalinal, cl la maison de Bavière possédait la partie de beaucoup la plus considérable du cercle de même nom.

Au point de vue de la répartition des diiïérenls ordres de la diète entre les cercles, il y avait des villes libres dans les six cercles primitifo, des ecclésiastiques ou des prélats dans tous les cercles, sauf celui do Bourgogne, des princes laïques dans tous, sans exception; quant au corps électoral, la Bohème était toujours restée en dehors de la division, les six autres électorats primitifs étaient partagés entre les deux cercles électoraux du Bas-Hbin et de la llaule-Saxc, et les (J<'ux nouveaux électorals de Bavière et de Hanovre, dont le premier venait d'éUc uni à réiectorat palatin, avaient conservé leurs vFeilles places priacières dans les cercles de Bavière et de Basse-Saxe.

Nous signalerons enfin, comme exceptions curieuses, la situation nobiliaire ambiguë de plusieurs maisons, réputées

LE CORPS GEUMANigUE A LA VEILLE DE LA REVULLIIOX- 303

comtales en diète et princières dans les cercles, et la présence anormale, au cercle de Sonabe, de deux abbesses sur le banc des princes laïques, d'un bailli teutonique et d*un abbé sur celui des comtes et seigneurs; mais surtout

nous appelons h l'avance l'atlenlion sur le fait, tout autrement important, que les grandes maisons princières étaient à peu près toutes possessionnées en plus d'un cercle.

Après avoir ainsi analysé les anciens cadres poliliijues et géographiques de l'empire germanique, faillies vestiges d'une unité depuis longtemps évanouie, il nous reste à jeter un coup d'csil sommaire sur Timportance respective des territoires souverains ou quasi souverains, dont Tensemble constituait le corps germanique en 1789; cette troisième et dernière dassificalion formera la transition naturelle à FexaiAen des révolutions territoriales qui, pendant le quart de siècle suivant, ont fait disparaître Timmense majorité des petits Etats allemands, en leur donnant pour héritiers directs ou indirects les dynasties princières les plus puissantes et les plus heureuses.

En additionnant les chiffres donnés plus haut, à propos des cercles , on trouve un nombre de trois cent vingt territoires inscrits sur leurs listes; le total s'élève à bien près de trois cent soixante, si Ton tient compte des membres de Fempire non compris dans les cercles; on peut même se donner le plaisir de le grossir Jusqu'à concurrence de dix-huit ou dix-neuf cents États, en énumérant à part chacun des fiefs de la noblesse d'empire; mais ces chiffres, trop souvent indiqués sans commentaire et répétés sans critique, sont, quand on les prend au pied de la lettre, de nature à donner une idée complètement erronée de la vraie situation politique et territoriale du corps gcrmani(jue à la lin du xvnr siècle. En effet, il yak constater tout d'abord que, des quatre grands groupes entre lesquels se répartissaient les territoires d'empire, possessions des maisons princières et comtales, principautés ecclésiastiques, républiques municipales ou rurales, terres de la noblesse immédiate, les deux derniers n'avaient, au

point de vue territorial comme au point de Toe politique, qu'une importance extrêmement secondaire. Les innombrables terres de la noblesse immédiate n*avaient pas, tontes ensemble, un demi-million d'habitants, même si Ton ajoute

aux possessions de rofdre équestre proprement dit, de celui qui élail réuni en cantons et en cercles et placé sous un directoire général, les <ianei^hinats ou sociétés de possesseurs en commun de terres d'empire et les possesions de quelques familles de libres-bar oiis. De leur côté, les territoires des cinquante et une villes libres, qui, à Texceptiou de ceux de Nuremberg et d*Ulm, ne dépassaient guère l'enceinte de leurs murs, représentaient au plus 6 à 700000 Ames; les républiques urbaines les plus considérables, Hambourg, Nuremberg, Ulm, Cologne, Brème, Francfort, Augsbourg, Lubeck, Aix-la-Chapelle et Ratisbonne, avaient, en portant en compte la ville, la banlieue et les baillia?es, une population qui variait entre 400 000 et 20 000 habitants; aucune des autres n'arrivait à 40 000 Ames; quel<iues-unes des petites villes libres de la Souahe n'avaient même pas un millier d'habitants, et n'étaient que des curiosités archéologiques, absolument comme les villages immédiats d'empire, dont il s'était conservé quelques exemplaires tant en Souabe qu'eu Franconie. Les principautés ecclésiastiques, quoique dans leur ensemble elles comptassent environ trois millions d'habitants, n'étaient elles-mêmes, en majeure partie, que des Ëtats fort insignifiants : le grand maître de Tordre Teutonique, qui résidait à Mergentheim en Franconie, et le grand prieur de Malle, (jni élait prince de Heitersheim dans le cercle du Haut- Rhin, ne gouvernaient (jue des terres disséminées un peu partout; l'abbé de Keniplen et h^s prévôts d'Ellwan^en et de Berchtolsgaden, qui étaient les prélats non-évêques les plus richement possessionués, depuis que Tabbaye de Saint-Gall était devenue étrangère au saint empire, que celle de Ilersfeld avait été sécularisée (1648) et que celles de Fulde et de Corvey avaient été changées en évèchés (1752, 1783), n'avaient, le premier que 27 000, les deux autres que 20 000 et 18 000

sujets; la plupart même des évêchés-prîncîers restaient en deçà de 100 000 âmes, chiffre que ne dépassaient que les quatre archevêchés de Mayence, Trêves, Cologne, Salzbourg, et les grands évèchés de Munster, Wurzbourg,. Liège, Bamberg, Trente, Osnabnick, peut-être aussi ceux de Hildesheîm et de Paderbom. Enfin, si parmi les possessions prîncières et corntaies, de beaucoup les plus considérables comme étendue et comme population, car elles couvraient les si.v septièmes de l'empire et coniptaient une population d'environ vingt-quatre millions d'Ani* s, on écarte d une part la multitude des petits territoires (|ui abondaient surtout dans les cercles de Souabe, du Uaul-Khin, de Westphalie et de Franconie, et si, d autre part, on tient compte des nombreux doubles emplois occasionnés par les provinces ou terres qui continuaient à figurer sur les listes officielles bien qu'elles eussent perdu depuis longtemps leur existence autonome, on se trouve, non sans quelque étonnement, en face d'une douzaine seulement de Yraîes dynasties et d*une vingtaine de territoires laïques, dignes ou à peu près dignes de porter le nom d'Étals. Dix ou douze principautés ecclésiastiques, le double environ d'Étals laïques, voilà donc en fin de compte le vrai bilan politique du saint enqiire romain de nation gerinanifjue à la veille de sa dissolution; nous sommes loin, on le voit, des dix-neuf cents OU môme des trois cent soixante Etats qu on trouve alternativement indiqués.

Inutile d'insister sur les possessions de la noblesse immédiate et sur les territoires des villes libres : nous en avons assez dit pour faire apprécier Tinsignifiance des premières, et nous retrouverons les autres à la suite des Ëtaû princiers dans le cours de ces études. Il n'en est pas de même des principautés ecclésiastiques et laïques, des premières surtout; comme, en efFel, la tourmente révolutionnaire les a fait disparaître toutes sans exception, ce n'estqu'à cette place que n ous pouvons donner les quelques indications nécessaires sur le lotissement géographique des vingt-sept archevêchés et ovèchés-princiers qui en 1789 faisaient encore partie de l'empire.

306 GEOGRAPHIE UlSTOUiÛlE DE L EIROPE CENTllALE.

Noos savons déjà qu'ils différaient extrêmement pour ce qui

est de leurs dimensions et de leur population; de plus, les uns étaient plus coinjtads, plus ramassés sur eux-mêmes, les autres plus éparpillés et pour ainsi dire plus émieltés; néanmoins ils avaient tons un caractère tnpopfraplii(pio commun, à savoir de se grouper, de plus ou moins près, autour de leur ville épiscopale. Cela était vrai même des principautés, au nombre de dix, dont les sièg^es épiscopaux avaient au moyen âge conquis leur autonomie politique, soit qu'ils continuassent à figurer parmi les villes libres impériales, comme c'était le cas pour Cologne, Worms, Spire, Augsbourg, Ratisbonno et Lubeck, soit que, comme Bàle et Coire, Ils se fussent incorporés aux ligues suisses et grises, soit encore que, comme Conslance et Strasbourg, ils eussent passé sous la (iominalion de l'Autriche ou de la France; cela était vrai, à j<lus forte raison, des dix-sept autres, Mayence. Trêves, Sai/ljourir. Ramberg, NN'urzbourc:, Eiclistaedt, ilildcslioim, Paderborn, Frisinirue, Passau, Trente, Hrixen, Liège, Osnabruck, Munster, Fulde et Corvey, où, à l'instar de ce qui existait dans la capitale du monde catholique, la ville épiscopale était à la fois le clief-lieu diocésain de l'évôque et le ehef-lieu politique du prince, qui se confondait avec lui. Sauf ce caractère, qui était universel par cela même qu'il résultait de la nature des choses, les princes-évèques ayant eu tous pour premier point d'appui de leur souveraineté leur cité épiscopale et n*ayant que rarement réussi à faire des acquisitions comme seiirneurs terriens au delà des limites de leur ressort ecclésiastique, chacim des évéchés-princiors avait sa physionomie propre. Nous allons t;\cher de la fixer en, quelques traits, on procédant par ordre géop^raphicpie.

Un premier groupe, le plus considérable de tous, était celui des évécbés rhénans, qui se suivaient, au nombre de neuf, le long de la rue aux Prrtn's de reniitirc, pour rappeler encore une fois le mot de Maximilien J^'; ils avaient été dix josqu^au moment on l*évéque d*Ulrecht avait abdiqué comme prince temporel entre les mains du souverain des

Go^ )gle

Pays-Bas, qui était en même temps l'empereur Charles- Quint.

Les deux qui correspondaient au cours supérieur du fleuve méritent k peine qu'on s*y arrête : celui de Goire, qui autrefois s'était étendu sur une partie notable des Grisons,

ne comptait plus que 5000 sujets, que le prélat gouvernait depuis Furslcnau, sur le Rhin postérieur; celui de Constance, au nord-ouest du lac de ce nom, avec Mcersburg comme résidence princière et Reiclienau comme principale dépendance, en avait environ le double; il conipreuail en outre, en Thurgovie et dans le comté de Baden, un certain nombre de bailliages placés sous la souveraineté helvétique (Ârbon, Zurzach, etc.)*

Pas plus que leurs confrères de Goire et de Constance, les quatre princes-évéqucs de BAle, de Strasbourg, de Spire et de Worms n'étaient souverains dans leurs villes épiscopales ; mais ils avaient respectivement 50000, 20 000, 30000 et iG 000 sujels dans l'empire, et y ajoutaient, les trois premiers du nnjins, des possessions considérables en Suisse et en France. En elTet, l évèché de B<\ie, dont la caj)itale était Porrentruy, comprenait, outre ses terres d'empire (le petit bailliage de Schiieogea, sur la rive droite du Rhin, et rélroile bande de pays qui, entre le Sundgau français et le territoire helvétique, se prolongeait le long de la Birse, par Arlesheim et Délémont, Jusqu'à Saint-Ursanne sur le Doubs), une partie suisse, qui couvrait la partie centrale du Jura helvétique septentrional (le Val-Moulier et le Val-Saint-Imier) et descendait par ses pentes occidentales jusqu'à Bienne et Neuveville; révéque de Strasbour^r, qui, comme prince allemand, ne possédait que de petits lerriluires entre le Uliin et la l-'urèt- Noire, autour d'Oberkirch et d'Oj)penau dans l'Orlenau et autour d'Kllenlieim, de tragique mémoire, dans le lirisgau, était, sous la souveraineté française, le plus grand seigneur terrien d'Alsace, dont ses dix bailliages de Saverne, Dachstein, Kochersberg, Wantzenau, Schirmeck, Benfeld, Marckolsheim, Rouffach, Soultz et Eguisheim, couvraient en

308 GËOGRAPUiB HISTORIQUE DE L'EUROPE CENTRALE.

bonne partie la région moyenne, et où il tenait rour plénière dans son mairnili(îue rhAI<»an de Saverne, que la l^évolulinii allait l'olditror à ahandouner avant même qu'il fût achevé; enfin l'évèque de Spire, dont la principauté proprement dite s'étendait principalement sur la rive droite du fleuve, entre la forteresse de Thilippabourg et la résidence de Bruchsal, possédait comme prince-prévôt de Wissembourg, c'est-à-dire comme vassal français, les pays de Rheinzabem, Lauterbourg et Dhan en basse Alsace; seul l'évèque de Worms n'avait que ses terres d'empire, aussi peu considérables de l'un que de l'autre côté du Rhin, et oïl l'on ne peut guère citer que le château de Dirmslein, à fjauche du fleuve.

D'autant plus puissant était son voisin, l'archevècpjo-électeur de Mayence; ses Klats avaient une population de .'U(l à 350 000 Ames et comprenaient, sans compter d'innombrables parcelles (parmi lesquelles nous ne citerons que les villes hessoises d'AmoenehonrL'- et de Fritzlar, et le château d'Oberlahnstein, au confluent de la Lalin avec le Rhin), trois portions principales : en premier lieu Télectorat proprement dit» dont la partie occidentale suivait, depuis la capiûde Mayence et sa tète de pont Gastel, les deux vallées convergentes do Rhin et du Mein, en descendant le premier jusque vers Bacharach par les coteaux à vignobles de Johannisberg, (ieisenlieim, Rudesheim, Assmansliauson, et en remonlaiil le second par ceux de Ilocliheim jus<ju'à lioechst et Koenig^stein, tandis que la partie orientale, avec Aschafl'enbourf^-, Miltenberg:, Amorbach, Lohr et Orb, s'étendait plus largement des deux côtés du Mein inférieur, depuis i'Odenwald jusqu'au Spessari; puis THiclisfeld à l'est de la Werra, aux sources de la Lcine et de l Unstrut, à l'entour de Ueiligenstadt et de Duderstadt; en troisième lieu enfln, en pleine Thuringe, mais toujours encore dans les limites de son immense diocèse, le territoire d'Erfurt, dont le chef-lieu était à la fois citadelle et université.

Les deux autres électorals ecclésiasti([nes du Hbin, tout en étant inférieurs en population à celui de Mayence (ils

comptaient l'un et l'autro environ 230 000 habitants}, élaiont également au premier rang des principautés épiscopales. Celui de Trêves se distinguait avantageusement [)ar son extension presque continue le lon£* de la Lahn, du Hliin, de la Moselle et de la Sarre, depuis le Westerwald jusqu'aux confins de la Lorraine et du Luxembourg; il comprenait, sur la Sarre, Merzig, Saarburg et Conz; sur la Moselle, la capitale TrèveSy Bemcastel et Kochem; sur le Rhin, Oberwesel, Boppard, Coblence, Ehrenbreitstein, Vallendar et Sayn; sur la Labn on dans son voisinage, Limburg, Montabaur et Sellers; par l'abbaye-princiëre de Prum qui lui était incorporée, il se continuait sans interruption, à Touest, jusque dans les Ardennes; à l'est, au contraire, Saint- VVendel, sur la Blies, n'était qu'une annexe isolée. L'archevêché de Cologne était heauconp moins compact : l'une de ses doux moitiés, rélecturat proprement dit, qui s'interposait entre les deux (lucliés de Julicrs et de Berg, était située sur la rive gauche du Hhiu, où elle commençait par les enclaves de Kheuse et d'Audernacb, pour se continuer ensuite presque sans interruption, en amont et en aval de la ville libre de Cologne, par Linz, Unkel, Koenigswinter, la résidence Bonn et Neuss, et ne faisait que quelques empiétements insignifiants sur la rive droite du fleuve, comme, par exemple, à Deutz, en face de la ville archiépiscopale; l'autre, beaucoup plus avancée à l'est, couvrait, sous le nom de duché de Weslpbalie, avec Arnsherg comme capitule, le pays aux sources de la Hulir; entre les deux, l'électeur possédait en outre sur la Lijtpe inférieure, le comté moins importaut de lieckliughausen, avec Kecklinirhausen et Dorslen.

Les principautés épiscopales qui occupaient les plus hcUes contrées des deux bassins secondaires de la Meuse et du Mein ne le cédaient guère en importance à celles des trois archevêques rhénans. A gauche du Rhin, l'évèché de Liège, qui avait réussi à maintenir son immédiateté au milieu des Pays-Bas autrichiens, alors que, plus haut sur la Meuse et dans les vallées de la Moselle et du Doubs, ceux de Verdun,

de Metz, de Toul et de Besançon avaient été depuis longtemps absorbés par la France, répétait presque exactement le long de la moyenne Meuse la strurliirc allongée de l'électoral de Trêves le long de la basse Moselle, et ne laissait subsister qu'ime étroite soudure territoriale entre le Luxembourg et le Limbourg d'une part, le liainaut, le pays de Namur et le Brabant de l'autre; assez large au sud, dans le voisinage de la France, où il allait depuis la banlieue de Givet jusqu'à celle de Gharleroi, il se rétrécissait à la hauteur de Dinant et de Uuy, prenait son plein développement à celle de sa capitale Liège, où il s'étendait à Test jusqu'à Verviers et Spa, à l'ouest et au nord jusqu'au delà de Saint-Trond et de Hasselt, et comptait en tout 245000 habitants. A la droite du Rhin, les deux grandes principautés épiscopales de la Franconie, Wurzbotirg et Bamberg, qui correspondaient au cours moyen et au cours supérieur du Mein, comme l'électoral de Mayence à son cours inférieur, élaient beaucoup mieux arrondies; elles n'avaient ni Tune ni l'autre de villes considérables en dehors des sièges diocésains (tout au plus pourrait-on citer Kissingen dans la première, Cronach et Forchheim dans la seconde); mais on leur attribuait, aux approches de la Révolution française, 262000 et i85000 habitants, chiffres qui sont même probablement inférieurs à la vérité, parce que, lors de leur sécularisation, elles furent comptées pour 325 000 et oour 200 000 âmes.

A la région du haut Danube et des Alpes orientales appartenaient huit princiji.iutés épiscopales; mais, à l'exception de celle do Salzbourg, elles élaient d'un ordre fort secondaire. L'évèqiio de Batisbonne, dont la ville principale était Donaustauf, sur le Danube, n'avait que 9 000 sujets; si celui de Frisingue, qui était seigneur de sa ville épiscopale sur Tlsar, en comptait 23000, il le devait moins à l'évèché proprement dit, resserré de tous côtés, comme celui de Ratisbonne, par les territoires de la maison de Wittelsbach, qu'à de nombreuses dépendances éparpillées en Tyrol et en Autriche. Plus compacts et plus peuplés, les deux évèchés de Passau

et d'I'^ichslacdl, avec une population à peu près égale fie 60000 habitants environ, comprenaient, au nord du coaûueat du Danube et de Tlnn et le long de TAllmulil, les rayons respectifs de leurs cités épiscopales, qui étaient en même temps leurs capitales princières; celui d'Augsboui^, au contraire, avait ses 70000 sujets disséminés sur une longue bande de parcelles, qui allaient depuis Fussen, sur le Lecb{ jusqu'à Dillingen, sur le Danube, la résidence du prélat. Tout autre était de nouveau la nature du vaste archevêché de Salzbourg, dont le territoire principal pénétrait dans les Alpes jus(ju'aux sources de la Salza, de l'Enns et de la Mur, descendait la vallée de la première de ces rivières jusque dans le voisinaire de s(hi confluent avec l lnn, et en couvrait ainsi le bassin presque complet sauf toutefois l'enclave de la prévôté-princière de Bcrchtolsgadcn, qui faisait entaille sur sa frontière nord-ouest, absolument comme lui-mômc il échancrait profondément les possessions de la maison de Habsbourg; il avait pour capitale la ville archiépiscopale et comptait, les uns disent 250 000, les autres 200000 babitantSu Quant aux deux évèchés d*au delà les monts, Brixen et Trente, dont le premier, avec 25 000- habitants, se composait de la cité épiscopale sur l'Eisack et d'une multitude de possessions isolées dans les pays babsbourgcois, tandis que le second couvrait, tout à l'entour de Trente, sur TAdige et jusque sur les bords du lac de Garde, près de la moitié du Tyrol méridional et n'avait pas moins de 150 000 liabitanls, ils ont à peine le droit de îîgurer dans cette énumération, car si \c» évèques étaient princes dCinpireet siégeaient à la diète, les évèchés étaient de vieille date sous la suzeraineté de la maison d'Autriche, propriétaire du comté-princier de Tyrol.

U ne nous reste à parler que des sept principautés épiscopales de TAUemagne centrale et septentrionale qui avaient survécu à la grande sécularisation de Tannée i648. Les moins importantes étaient celles de Corvey et de Lubcck, avec 10 000 et 22 000 babilants, l'une à l'ouest du Weser, autour de ses villes de Corvey el de iioexter, l'autre com-

312 GÉOGRAPHIE HISTOaiQUE DB L*EUROPfi CfiNTRÂLB.

pos^'c do plusieurs enclaves ihi Holslein, dont la principale était celle d'Eutin, la résidence du prince-évr*que. Plus considérables et assez compacts, les trois évèchés de Fulde, de Paderborn et de Uiidesbeim, qui, sur la Fulda, aux sources de la Lippe et au pied septentrional du Harz, entouraient les sièges, ecclésiastiques et princiers à la fois, de leurs titulaires, étaient estimés à 90 000, 60 000 et 76 000 âmes, trop bas probablement pour ce qui est des deux derniers, qui sont portés pour i24000 et pour 142000 Ames dans Pindemnité prussienne du commencement du xix* siècle. Enfln les deux principautés d*Osnabruck et de Munster couvraient presque entièrement la vaste contrée com[)rise entre la frontière des Pays-Bas, la Lijipe et la Ilunle; la première, avec 125 000 habitants, s'étendait le long de la Haase, autour de sa capitale Osnaliruck, et était contournée, au sud, à l'ouest et au nord, par la seconde, qui était incontestablement le plus vaste et le plus peuplé de tous les territoires ecclésiastiques du saint empire. L'évêché-princier de Munster comprenait, en effet, dans ses deux moitiés, Pévèché supérieur ou méridional, avec Munster, et Févèché inférieur ou septentrional, avec Meppen, le bassin presque complet de l*£ms, et comptait 350 000 habitants ou même davantage, car il figure pour 380000 âmes dans les stipulations territoriales qui suivirent le trailé de Lunéville.

Bien que même les ]ilns puissants de tous ces prélats souverains, ceux (b; Munsler, de Mavence, de Wurzbourg, de Trêves, de Cologne et de Salzbourg, fussent à peine au niveau des derniers parmi les princes laïques qui pussent prétendre à autre chose qu'à une souveraineté illusoire et peser de quelque poids dans la balance des alTaires générales de Pempire, nous serons beaucoup plus bref dans Tappréciation des Etats laïques allemands, par laquelle nous avons à terminer cet aperçu du corps germanique à la veille de la Révolution française : c'est que, tandis que les principautés ecclésiastiques n*ont pas survécu au commencement du xix" siècle, les dynasties princières subsistent et que leur

hîsloire Un itoriale doit remplir toute la seconde moitié du présent ouvrage.

Tout en bas de la liste sommaire que nous allons en dresser, ne fût-ce que pour juslilier ce que nous avons dit plus haut An nombre fort restreint de dynasties et d'États laïques de quelque importance, nous placerons la couronne de Suède qui, réduite à la Poméranie citérieure septentrionale, avec Rugen et Wismar, n*avait plus que 425 000 sujets d'empire, les maisons de Nassau et de Bade qui en avaient chacune 200 000, celle de Morklemhoiirg qui en avait 3;>0 000, et enfin la dynaslio oldt'uliuiirgeoise ou danoise, dont les possessions allemandes comptaient environ 400 000 habitants. D'une importance déjà plus considérable étaient la maison de Wurtemberg, qui, à la tète de G50 000 sujets, occupait le premier rang dans le cercle de Souabe, la dynastie hessoise qui donnait au cercle du Haut-Hbin ses deux États les plus peuplé», le landgraviat de flesse-Cassel avec 460 000 et celui de Hesse-Darmstadt avec 300 000 habitants, mais surtout la maison guelfe ou do Brunswick, qui exerçait l'influence l)n>i>ondérante dans le cercle de Basse-Saxe par sa ligne cadette ou électorale, aux 870 000 sujcls d'empire de hujuelle la ligne aîni'e uu ducale en ajoutait 1Î)0 000. Sensiblement plus haut encore sur cette éclidlt' ascendante, se [)laraient les deux dynasties des W'itlelsbacb et des W'etlin, prescjue égales en puissance ; leurs deux électorals, Palatinat-Havièr»' et Saxe, dont le premier comprenait presque tout le cercle de Bavière et s'étendait en outre sur ceux de Westphalie, du Bas-Rhin, de Souabe et du Uaut-Rbin, tandis que le second se partageait entre le cercle de Haute-Saxe et la Lusace qui était en dehors de la division en cercles, comptaient en effet, l'on et l'autre, environ 2 iOOOOO habitants; seulement il y avait quelque différence entre les appoints fournis par leurs branches secondaires, le duché palatin de Deux-l*onts n'étant évalué (ju'à i 40 000, les duchés ernestins de Saxe à i'^0 000 habitants. Knlin, tout à fait hors de pair avec les autres Etals . allemands, même en faisant abstraction de leurs possessions

314 GÉOGRAPUIB HISTORIQUE DE L ElHOPE CENTRALE

étrangères à reinpire, la monarchie auslro-hongroise des Habsbourg et la monarchit* prusso-brandel)Ourgeoise des lloht'nzoUern, l'une grande ])uissan(e européenne depuis des siècles, l'autre élevée naguère à ce rang par le génie de Frédéric II, occupaieol le lout premier rang. L'étendue et la population do leurs pays d'empire étaient loin d'être égales, car l^Aulriche y comptait plus de dix millions et demi d*àmes et réunissait sous sa domination exclusive les deux cercles d* Autriche et de Bourgogne, ainsi que la Bohème, la Moravie et la Silésie autrichienne, qui étaient restées en dehors de la division en cercles, tandis que la Prusse n*y avait, à proprement parler, que deux millions et demi de sujets, répartis dans les trois cercles de Uaule-Saxe, do lîasse- Saxo et de Westplialie, dans chacun desquels elle rencontrait l'inlluence rivale d'un autre électoral, Saxe, Hanovre ou Palatinal-liavière ; mais en tenant compte des 1 GOO 000 habitants de la Silésie prussienne, au moins aussi allemande que la Bohème, et des 400 000 âmes des principautés franconiennes, que la ligne cadette des Hohenzollem allait céder à la ligne royale, on arrive, pour la Prusse d*empire, à un total de quatre millions et demi d*habilants, et, par suite, à un écart de puissance beaucoup moindre, que diminuait d'ailleurs encore l'admirable organisation militaire donnée à ses États par le grand Frédéric.

Kn résumé, au nioinout où commenceront les guerres européennes (le la lin du xvni" siècle, lo corps germanique était mùr pour la grande révolution polili(jue et territoriale qui se préparait depuis la fin du moyen Age; les petits territoires équestres, municipaux et ecclésiastiques étaient évidemment prédestinés à être les victimes des projets de médiatisation et de sécularisation que leurs voisins princiers caressaient depuis longtemps; déjà un petit nombre d'États moyens représentaient seuls la Petite-Allemagne dans la balance européenne; déjà TAutriche et la Prusse s*en disputaient la direction suprême. L'intervention de la France républicaine et impériale dans les affaires germaniques et rétablissement

temporaire de la dominalion étrangère sur une bonne partie du sol allemand facilitèrent la suppression à la fois des principautés ecclésiasti(jues, des répuhlicjues municipales, de la noblesse immédiate et même de la majeure partie des petites souverainetés laïques; mais tous ces vestiges du moyen ;ige étaient condamnés à Tavance, et ils ne ressuscitèrent pas lorsque la chute de Napoléon rendit à T Allemagne la libre disposition d'elie-mème. La Confédération germanique de 1815, avec ses trois Ceusteurs, Autriche, Prusse et États moyens, autour desquels continuaient à graviter quelques satellites insignifiants, ne fit que constituer formellement, en le débarrassant d'une multitude d'entraves surannées, un ordre de choses qui, en réalité, existait déjà à la fin du xvm'' siècle.

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