LES GRANDS MARIAGES AUTRICHIENS
probabilité, aux Espagnes, à Tltalte méridionale et aux Indes, s'ils ont agrandi la maison rég-nanlc d'Aiili irlio dans dos proportions inouïes et appelé à la vie Tenipire gigantesque* de Charles-Quint, n'ont intlué ([ue d'une faron fort secondaire sur le développement de la monarchie autrichienne proprement dite. Gbarles-Quinl, successivement seigneur des Pays- Bas (1506), roi de Castille, d'Aragon, de Navarre, de Sicile, de Naples, de Sardaigne et maître du Nouveau-Monde (1516), archiduc d'Autriche et empereur (1519), a été de tous les Habsbourg le plus puissant; mais en réalité cel archiduc à demi Bourguignon, à demi Espagnol, est à peine Autrichien; sa politique embrasse l'Europe entière; il est avant tout le père L't le précurseur de Philippe II. Le véritable monarque autrichien de la première moitié du xvi'' siècle, ce n'est pas lui, c'est son frère Ferdinand 1", pour lequel Maxiniilien 1*^' avait eu l'idée de constituer un royaume d'Autriche, que l'accord de Bruxelles, conclu avec son ainé le 7 février 1522 et confirmé en 1540, mit en effet en possession de la totalité des Ëtats héréditaires allemands, et qui, roi des Romains en 1531, empereur en 1558, devint l'aïeul des Habsbourg allemands.
Ce prince, presque effacé par la grande figure de Charles- Quint, n'a fait dans rem[)ire proprement dit que quelques actjuisitions insigniliantes ou peu dnrahles du coté de la Souahe, en achetant l'antre moitié du comté de Bregenz et de la seigneurie de Iloheneck (1523), en incorporant à ses domaines (1548. 1549) la ville libre de Constance, mise au ban de l'empire pour sa participation à la ligue de Smalcalde, en prenant possession momentanément (1520 à 1534) du Wurtemberg, où ses successeurs conservèrent la suzeraineté jusqu'en 1599, et jusqu'en 1805 un droit de succession éventuelle; mais sur les frontières orientales de l'Allemagne s'est accompli, sous lui et par lui, un événement territorial de première importance, fpii a pesé et qui jusqu'aujourd'hui pèse dans la balance politique de l'Europe hien plus lourdement que toutes les victoires de Charles-(Juint, à savoir
LA MONARCHIE AUTHIGHIENNE.
Tunion des deux couronnes royales de Bohème et de Hongrie avec les pays autrichiens. Cette union, tentée à plusieurs
reprises depuis le xiii* siècle par des princes tant allemands que tchèques ou madgyars, déjà une fois effectuée au niiliru du XV*' siècle au profit des Ilal)sbour«r, fui définitivement réalisée par Ferdinand I", bien qu'elle n'ait été complètement consommée que deux siècles plus tard, et c'est elle qui esl devenue le fait constitutif par excellence de la monarchie autrichienne moderne, elle qui a donné à l'Europe centrale danubienne sa configuration politique actuelle. Avant de nous engager cependant dans le récit de l'acquisition longue et laborieuse de la Bohème et de la Hongrie par la dynastie habsbourgeoise, il est nécessaire de jeter un coup d'œil sur riiistoire antérieure des deux royaumes, sur leurs vicissitudes territoriales et sur leur coiislitulion ethnographique et p()liti<ju<' ; cet «'xamen préalable n(jus donnera d'ailleurs la clef de bien des embarras, passés et présents, de la mouarchie autrichienne.
La Bohème proprement dite, c'est-à-dire le pays qu*arrosent TElbe supérieure et la Moldau et qui, nettement délimité de trois côtés par les Sudètes, les monts des Mines et la Forêt de Bohème, n*a des frontières moins bien accentuées qu*à Test vers la Moi avie, porte aujourd'hui encore le nom de ses premiers hal)itants connus, les Hoïens, quoique dès le i" siècle de noire ère celte popuhition ddi itiinc; reltifjue eût dû céder la place aux Marcomans germaniques du fameux Marbod, lesquels à leur tour, cinq siècles plus tard, furent dépossédés par les Tchèques ou Czèches, un des nombreux rameaux de la grande race slave. Le fait même de l'immigration des Slaves dans le bassin supérieur de TElbe, au milieu des mouvements de peuples occasionnés par Tinvasion hunnique et par la migration tudesque, est hors de contestation, et doit s^èlre accompli dans le courant du vi'' siècle; ce que racontent les anciens liistoriens bohémiens de rélablissemeiil et de l'histoire primitive de leurs ancêtres dans la terre tchèque,
LA BOHEME ÂU MOYEN AGE
appartient au contraire au domaine de la légende. A les croire, Tchekh ou Gzech, le chef principal sous lequel ils
arrivèrent d'au delà des Karpallies, aurait clé le frère de Lekh, l'éponyme tout aussi mylhique du peuple lèquc ou polniKiis; les premières origines de I*rague, la capitale rentrale du pays, remonteraieut au clulteau bâti au vuT siècle par la reine Lihussa sur le Hradczin, qui domine la rive gauche de la Moldau, et en face duquel, sur la rive droite du fleuve, n'aurait pas tardé à s élever la vieille ville au pied du Wisserad; la dynastie nationale des Przmyslides enfin aurait pour fondateur le paysan Przmysl, choisi comme époux par Libussa et demeuré victorieux, après la mort de la reine, de ses servantes révoltées.
Le jour historique ne commence pour la Bohème qu'avec la jnédicalion de l'évangile, qui fut in.iui^urée au ix'' si»'cl(» depuis la Moravie el continuée au x" par les niis.sionuiiires allemands; elle fut rattachée du même coup à la communauté chrétienne latine et au royaume de Germanie parles victoires d'Otton le Grand, qui en assiégeant dans sa capitale le duc Boleslas, assassin de son frère saint Wenceslas, Tobligea au vasselage (950), et quelques années plus tard contribua grandement à la fondation de Févèché de Prague, subordonné au siège métropolitain de Mayence (967-968). Le christianisme triompha avant la fin du x*^ siècle des dernières résistances païennes; mais I inlluence allemande fut longtemps eiuMire contre-halancée par celle de la Pologne, au milieu de révolutions intérieures incessantes. Les ducs hohéniiens restèrent cependant iinalemenl des vassaux du royaume de Germanie, plus dévoués même en mainte occasion aux empereurs que les feudataires allemands ; ils y gagnèrent le titre royal, accordé personnellement à Wratislav II par Henri IV (i086), à Wladislav II par Frédéric Barberousse (1158), et devenu définitif par la concession qu'en fit en 1198 Philippe de Souabe à Przmysl Ottocar I" le Victorieux, pour lui et pour tous ses successeurs. Cette dépendance féodale était naturellement assez lâche, comme le prouvent de reste les grands privilèges,
LA MONARCUIB AUTRICHIENNE.
accordés ou plutôt reconnus par Frédéric II à la couronne de Bohème; mais elle était incontestée, et les rois bohémiens ont figuré, avec le titre d*archiéchansons, dans le colIt>ge électoral du saint-empire, du moment même où il se constitua
au xiir^ siècle.
S()u> h's Pr/.mvsli(les des x", xi" et xii" siècles, les fronlières (le la tluiniiKilion iMiliéinienno ne vailrrenl ^nière au suilouest et au sud, c'est-à-dire du cùU* de la Bavière et de TAutriche; au nord et au nord-est, les hasarda de la guerre causèrent tour à tour des agrandissements et des perles de territoire en Lusace et en Silésie; à Test, la Moravie lui fut adjointe d*une façon durable dans le cours du xi* siècle. La' Moravie ou terre morave, l'annexe la plus ancienne et la plus persistante de la Bohème, est la plaine ondulée qui s'étend depuis les plateaux qu'on appelle les monts de Moravie jusqu'aux Pelilcs-Karpalhcs, el cnrres{)ond au bassin supérieur et ni(i\ l'ii de la March ou Morawa seplcnlrionale. Comme la Bohèui(\ t'ilo appartint d'abord aux B<jiens, puis aux Marconians, linalemeuL aux Slaves; les Moraves ou Marahanes sont les frères des Tchèques; jusqu'aujourd'hui ils parlent la même langue. Ils ont eu Tépoque la plus glorieuse de leur histoire dans le dernier quart du ix* siècle, quand la domination de leur roi Zwentibold s'étendait sur tous les pays voisins, en Hongrie comme en Bohème; mais leur grand empire fut détruit, avant la fin du siècle, par la coalition de remjieieiir Arnulf et des Madiryars; la Moravie proprement dite, après avoir été longtemps disputée auxTcbè(]ucs par les Polonais cl les llorii^-rois, resta au xf siècle aux ducs bobémiens. Le cbrisliauisme y avait péuélié dès le ix' siècle avec les illustres apôtres des Slaves, Mélhodius el Cyrille; mais là comme en Bobème le rite latin l'emporta sur le rite grec; de même que l'évèché de Prague, celui d'Olmutz, créé à la même époque (967-968), rossortissait à l'archevêché de Mayence. Au point de vue politique aussi, la Moravie fut, à l'exemple de la Bohème, agrégée & la hiérarchie féodale du royaume de Germanie; elle fut élevée au rang de margraviat par Tem-
LA BOHÊME AU MOYEN AGE
pereur Henri IV (4085) et de nouveau par FVédéric Barberousse (1182). Le plus souvent elle obéissait directement aux. ducs et rois de Bohème; bien des fois cependant ils y établirent, à Olmutz, à firunn, à Znaïm, des apanages pour leurs cadets.
Des acquisitions plus considérables, mais plus éphémères, furent faites par les demiérs princes de la dynastie nationale tchèque. Nous avons vu plus haut comment Przmysl Ottocar II, surnommé le Victorieux comme son aïeul du même nom, avait, en 8*emparant de F Autriche, de la Styrie, de la Carniole et de la Garinlhie, dominé pendant un quart de siècle (1252 à 1276) depuis les Sudèles jusqu*à la mer Adriatique; iiiJiis aussi comment sa tentative de créer un grand empire slave, qui comprît à la fois les j>ays tchèques et les pays autrichiens, avait été mise à néant par Rodolphe de Habsbourg, en ne laissant à la i3ohùme qu'un souvenir glorieux, qu*elle n'a pas encore oublié. Son iils Wenceslas IV, auquel le vainqueur du Marciifeld n'essaya même pas de disputer la Bohème et la Moravie, fut, par mariage, roi de Pologne (1300), et transmit, en 1305, les deux couronnes, bohémienne et polonaise, au jeune Wenceslas V, qui avait même été momentanément proclamé roi par les Hongrois du vivant de son père (1301 à 1304); mais ce dernier héritier des rois przmyslides fut assassiné à Olmutz, par des vassaux rebelles, à l'Age de dix-huit ans (1300), et chacun des deux royaumes slaves reprit ses souverains particuliers.
Ceux de la Bohème ont été, à partir de cette époque, presque tous d*une race étrangère à la nationalité slave; le pays de saint Wenceslas et du grand Ottocar n'a plus obéi, à de rares exceptions près, qu'à des maîtres d'origine allemande. Ce fut d*abord un Habsbourg, Rodol[)he, le fils aîné de l'empereur Albert I", qui, en épousant la veuve de Wenceslas IV, Élisabeth de Pologne, parut devoir, dès le commencement du xiv' siècle, rattacher la Bohême à TAulriche (1306); mais sa mort prématurée (1307) déjoua les calculs ambitieux de l'empereur, qui mourut à son tour (1308) avant T. I. 26
LA MUNAUGiilË AUTRICHIENNE.
d*avoir pu lui substituer un autre de ses fils, et elle prépara Tavènement à la couronne tchèque âe la maison riyale de
Luxembourg. En effcl, les seigneurs bohémiens, bicnt(M las du (lue de Carinlhie Henri, qui, comme m;ui de la sœur aînée (le \\"<'ii( ('sl;is V, Anne de Bohènio, avait déjà disputé le trône à Hudolphe d'Aulriche, et s'en était réellement emparé après son décès, s'adressèrent au nouvel empereur Henri Vil, pour lui demander comme roi son jeune fils Jean, depuis surnommé TAveugle; les princes allemands consultés donnèrent leur consentement; Tarchevèque de Mayence et métropolitain du pays, Pierre Aicbspalter, mena le nouveau roi à Prague pour le couronner, et un mariage avec la soeur cadette de Wenceslas V, Élisabeth do Bohème, consolida la nouvelle dynastie (l.'UO).
Avec elle, rinllueiice alleiiiandc et l'immigration irermanique se développèrent et s'étendirent rapidement tant en Bohème qu'en Moravie. Déjà les derniers Przmyslides avaient appelé des colons allemands pour fonder des villes et exploiter les richesses minérales du pays; le mouvement s'accentua assez, sous la protection intéressée des princes luxembourgeois, pour que la nationalité tchèque, tout en gardant la supériorité numérique, ait été depuis lors tenue en échec par réiément tudesque. Les Allemands s'établirent en masse tout le long delà frontière méridionale, occidentale el septentrionale de la Holu'Miie ; les grandes villes de l'int/Tieur aussi, comme Prague el Budweis, Iglau, Brunn et Olmutz, devinrent des mtinicipes allemands, où l'on parlait la langue et suivait le droit de la mère patrie.
En échange de cette dénationalisation partielle, les deux premiers rois de la maison de Luxembourg apportèrent à la Bohème une extension de puissance et de territoire, qui fait du temps de leur règne l'époque la plus glorieuse de Thistoire tchèque. Jean 1* Aveugle, au milieu des aventures de sa carrière de cbevalier errant, qui le promena sur tous les champs de bataille de Hongrie el de l*ologne, de Prusse et de Lithuauie, d'Italie el de France, jusqu'à celui de Crecy,
LA BOHÊME AU MOYEN A6B. 403
où il trouva une morl digne de sa vie, sut néanmoins travailler à l'agrandissement de son royaume, du côté de la Lusace et de la Silésie. Soa fils, l'empereur Charles IV (4346-4378), non moins brave, mais bien plus habile politique que lui, acheva rincorporation de ces deux grandes provinces à la couronne bohémienne, y réunit momentanément, sur la frontière occidentale du royaume, le Haut-Palatinat (13r)3), dans la basse plaine wende Télectorat de Brandebourg^ (1373), et gouverna sos Klats particuliers avec une prudence, une sagesse, qui leur assurèrent une rare prospérité. Toujours prêt à sacrifier le brillant à l'ulilo, les droits impériaux aux acquisitions patrimoniales, il fut un délestabie empereur; mais son nom est resté, à bon droit, extrêmement populaire sur les bords de la Moldau. Grand législateur, bon financier, protecteur éclairé du commerce et de l'industrie comme des sciences et des arts, il fit de la Bohème le pays incontestablement le plus puissant de rAllemagne, et de sa résidence habituelle, Prague, une des grandes capitales de l'Europe. Déjà son père avait obtenu du saint-siège son éroclion en arclievècbé aux (lé[M'ns de Mayeuce (13ii) ; il y fonda, en 13i8, au lendemain de son avènement, une université fameuse, sur le modèle de celle de Paris, où il avait étudié; il en doubla réleuduc, en joignant la Nouvelle Ville au llradczin et à la vieille cité du Wisserad; il l'enricbit de palais, d'églises, de ponts magnifiques; il en fit un jardin de délices, digne de faire le bonheur des rois. Tant de splendeur ne fut que passagère : ce qui ne le fut pas, c*cst, d*une part, le rang de premier électorat laïque attribué à la Bohème par la Bulle d'or (1356); c'est, de Tautre, Pincorporation au roxaumi' bohiMiiieii do la Silésie et de la Lusace, fait capital sur UmjucI il nous faut insister quelque peu.
De même que la Bohème et la Moravie, la Silésie et la Lusace, qui leur fout suite au nord-est et au nord sur l'autre versant des Sudètes, avaient .été occupées par la race slave lors du grand mouvement de peuples du vi* siècle, qui lui livra toute la moitié orientale de l'ancienne Germanie. Des
LA MONÂEGHIB AUTRICUIËNNE.
tribus polonaises s'étaient établies le lone: de l'Oder supérirnre, dans les contrées fertiles qui ont formé la Silésie; les Milzicns et les Lusiriens avaient pris possession des vallées de la Neisse septentrionale et de la Sprée, les premiers sur les pentes de montagnes de la Hautc-Lusace, les autres dans les pays de prairies et de marécages de la Lusace inférieure. Plus tard la Pologne, la Bohème et la Saxe se disputèrent la possession de ces provinces intermédiaires, toar à tour rattachées à l'un ou à Tautre des pays voisins.
La Silésie eut le moins de vicissitudes politiques; polonaise de race, et d'ailleurs complètement ouverte du cftté de la Pologne au point de vue géographique, elle ne fut pendant longtemps sérieusement entamée ni par les tentatives «les marquis de la frontière germanique sur la Basse- Silésie, ni par celles des rois tchèques sur la Silésie supérieure, et suivit habituellement les destinées de la Pologne; c'est par les Polonais aussi qu'elle reçut le christianisme; son évèché, fondé au milieu du x* siècle à Smogra, à michemin entre la Warta et l'Oder, et transféré un siècle plus lard k Breslau (4052-1062), dépendait de la métropole de Gnesen. Cependant à partir du xii* siècle elle commença à s'isoler du reste de la Pologne; les enfants du roi détrôné Wladislas II y fondèrent, sous la protection de Frédéric Barberousse, des duchés, en droit vassaux de la couronne polonaise, mais en réalité à peu près indépendants. Ces duchés se multiplièrent de plus en plus par suite des partages répétés des Piasts silésiens : il y eut des dynasties particulières à Ratibor, à Oppeln, à Neisse, à Munsterberg, à Brieg, à Schweidnitz, à Breslau, à Oels, à Jauer, à Liegnitz, à Sagan» à Glogau, sans compter beaucoup d'autres duchés ou seigneuries de moindre importance. Les querelles incessantes de cette féodalité turbulente, où se renouvelèrent plus d*une fois les crimes de famille des Atrides, facilitèrent les empiétements de la Bohême qui, commencés dès le règne de W'enceslas IV, furent couronnés d'un plein succès sous ceux de Jean TAveugle et de Charles IV. Tous les duchés, à
LÂ BOUËMË AU MOYEN AGË.
rexccplioii de deux, recoumireiiL dès l'année 1327 la suzeraineté de Jean, qui, en oulrt', se mil en pussession directe de quelques-uns d'entre eux, par exemple de celui de Hreslau; son fils, en épousant en 1353 Anne, Théritière présomptive des deux duchés, restés autonomes, de Schweidnitz et de Jauer, acheva Tacquisition de la Silésie entière, qu*il incorpora solennellement à la Bohème par la pragmatique sanction de 1355. La Pologne ne s'opposa que fiiiblement à cette série d'usurpations qui lui enlevaient définitivement une de ses plus anciennes provinces; Casimir le Grand céda officiellement à Jeun ses droits sur la Silésie (1335. 1338j, et son successeur, Louis le Grand, coiilirma la pras-matique sanction de Charles IV. Même au point de vue ecclésiastique, il s'opéra un divorce entre la Silésie et la Pologne, sinon en droit, du moins en fait : l'évêché de Breslau répudia les droits métropolitains de Gnesen et prétendit aux prérogatives d*un évèché exempt. C*est ainsi que le duché de Silésie devint le troisième grand pays de la couronne de Bohème, en qualité de terre souveraine, maintenue en dehors de toute suzeraineté, tant polonaise qu allemande; mais, au-dessous du roi de Bohème, duc supérieur, continuèrent à régner de nomlireux ducs particuliers, princes quasi souverains, dont la descendance s'est en partie perpétuée jusqu'au xvn" siècle.
Quant aux deux margraviats de Lusace, qui ont formé la quatrième et dernière partie constitutive du royaume bohémien dans sa nouvelle extension, c'est comme fiefs allemands que Jean TÀTeugle et Charles IV en firent Tacquisition. Les populations slaves qui occupaient la Basse et la flaute- Lusace avaient en effet été soumises et christianisées au X* siècle par les empereurs de la maison de Saxe, et rattachées par eux au margraviat de Misnie, le grand boulevard de la lii;n»' de l'Elbe moyenne. Depuis lors, quoique disputés aux marcjuis de Misnie par les Polonais et les Bohémiens, par les autres marquis de la frontière orientale de TAllemagne et par des seigneurs indépendants, parmi lesquels brille au commencement du xii* siècle le fameux Wiprecht
40d LA MONAaCUlË AUTIUGUIBNNB.
de (iroitzscli, les deux pays n'avaient pas cessé do faire partie du royaume de Germanie. Mais les ni.uquis de Misnie avaient, des la fin du xn*' siècle, perdu la llaule-Lusace contre les rois de Bohême, des maioB desquels elle avait passé bientôt entre celles des margraves de Brandeboui^, issus d'Albert TOurs; puis, au commencement du xiy* siècle, ils avaient vendu la Lusace inférieure aussi à ces mêmes margraves de Brandebourg, qui se trouvaient par conséquent maîtres de la contrée entière, lorsque leur dynastie vint à s'éteindre en 1320. Jean l'Aveugle profita du désordre qui suivit la vacance de rélecloraL brandebourgeuis pimr s'emparer inimédiateiuent, en 1320 encore, de la llaule-Lusace, qu'il s'allacba en confirmant et en augmentant les grands et nombreux privilèges de ses six villes, Bautzen ou Budissio, Gamenz, Loebau, Zittau, Gocrlitz, Lauban; une génération plus tard, la nouvelle dynastie bavaroise du Brandebouig ratiCa officiellement cette usurpation par un traité conclu avec Charles lY en 1350, et la Lusace supérieure fut, en même temps que la Silésie, c'est-à-dire en Tannée 4355, solennellement incorporée à la Bohême. L'habile Luxembourgeois ne s'arrêta pas en si beau cbemin : en l'JliB, il acbeta ;ni dernier électeur bavarois du Brandebourg, Ollou le Fainéant, la IJasse-Lusace également, avec les villes de Luckau et do Guben, et la réunit à son tour à la couronne bohémienne par un acte perpétuel (1370).
En Lusace comme en Silésie, au moment de leur prise de possession par les rois de Bohème, la germanisation du pays avait commencé depuis longtemps, dans la première grâce à ses maîtres dlemands, dans la seconde sous Tinfluence principalement des nombreuses princesses allemandes, mariées aux ducs de race j.iasfe; elle lit de nouveaux cl rapides progrès sous la dynastie luxembourgeoise. Dès le xiv" siècle, les villes et les couvents sont en majorité peuplés d'Allemands; la noblesse et le haut clergé, qui se recrute dans son sein» appartiennent en grande partie à l'Allemagne, sinon par l'origine, du moins par les mœurs et par la langue;
DigitjZâcLby j^OOgU
LA BOHÊME AU MOYEN AGE
Brcslau, ville et chapitre, est la citadelle avancée de la civilisation tudesque; dans les chancelleries princiëres de la Silésie, Tallemand remplace le slave comme langue rivale du latin. Le plat pays résista mieux à cette infiltration continue d^une nationalité étrangère; jusqu'aujourd*hui, il y a des Wendes purs dans la Haule-Lusace, et l'on parle encore le polonais dans presque toute la Haute -Silésie.
Le grand rôle politique assuré à la Boht^nic par Charles IV finit avec lui (l'ITS). Ses fils et ses neveux, qui se partag-ërent Tliérilage luxembourgeois, s'affaiblirent mutuellement par leurs querelles incessantes; ils laissèrent échapper le Haut-Palatinat et le Brandebourg; ils livrèrent la Bohème et ses annexes à Tanarchie féodale d'abord, puis à toutes les horreurs d*une guerre religieuse implacahle, dont les fatales suites devaient se faire sentir pendant deux siècles et davantage. Le Hussitisme, qui ne fut pas seulement une protestation sur le terrain de la foi, mais aussi une réaction nationale des Tchèques contre les Allemands, ne fut pas sans gloire pour la Bohème, car ses chefs militaires, Jean /isca et les deux Procope, ont vu fuir devant eux nombre d'armées impériales ou croisées, et répandu la terreur du nom bohémien à travers TËurope entière; mais il ruina à fond Tautorité royale et divisa pour des siècles le pays en deux camps ennemis. Quand, de guerre lasse, les Calixlins ou Hussites modérés, désarmés par les Compactais que leur accorda le concile de Bftle en 1433, eurent, à la hataille de Lippan, près Boehmlschbrod, eu raison des Taborîtes ou Hussites extrêmes (1434), les états bohémiens reconnurent enfin comme roi, malgré les souvenirs du bûcher de .le;in Huss, l'empereur Si-ismond, le deuxième fils de Charles IV, qui, depuis dix-sept ans, était le successeur légitime de son frère aîné Wenccslas; mais la couronne de Bohème qu'il ajoutait ainsi (I43()) à celle de Hongrie, acquise du droit de sa femme Marie, n'augmenta guère sa puissance; la haine et Tanarcbie étaient trop profondément enracinées dans les esprits et dans les mœurs. D*ailleurs : il en jouit à peine dès
LA MONARCHIE AUTRICHIENNE
Tannée suivante il mourut, le dernier de la race impériale de Luxembourg (9 décembre 1437).
Ses successeurs en Bohème, tour à tour allemands, tchèques ou polonais, ne réussireol pas beaucoup mieux à afTermir leur autorité. Nous ayons parlé plus haut de Tuoion momentanée de la Bohème et de la Hon^e à Tarchiduché d'Autriche pendant le règne éphémère de son gendre, l'empereur Albert II (1437-i439), et pendant J*orageuse minorité de son petit-fils Ladislas le Posthume (i440-1457). Après Vextiniiiou de la liffne aînée des Habsbourg dans la personne de ce dernier, son tuteur en I5(dième, le seigneur indigène (ieorge Podiéhrad fut appelé au trône par voie d'élection (1458); mais il était Utraquîste, c'est-à-dire Uussite modéré, communiant sous les deux espèces, et il osa se poser en défenseur des Compactais de BAle contre le saint-siège et son redoutable champion, le roi de Hongrie Mathlas Corvin : il mourut, au milieu des horreurs d'une guerre sans pitié, en Vannée 4471. Wladislas Jagellon, le Gis du roi de Pologne Casimir IV et d'une fille dte Tempereur Albert II, qu'on lai donna comme successeur, n'était pas hérétique; Mathias Corvin lui imposa néanmoins {1478) la cession de la Moravie, de la 8il<''sie et de la Lusace, en possession desquelles il ne rentra qu'à la mort du roi madgyar (1490). Comme en même temps les Hongrois lui décernèrent leur couronne, tout embarras disparut de ce côté; mais ni lui, ni à plus forte raison son fils Louis, qui lui succéda à l'ftge de dix ans en Bohème et en Hongrie (1516), ne parvinrent à relever Tascendant de la royauté tchèque ; aussi, lorsque la mort de Louis dans la déroute de Mohacs, le 29 août 1526, ouvrit la perspective de sa succession à son beau-frère, l'archiduc Ferdinand «rAulriche, la monarchie bohémienne présentait, il est vrai, une assez vaste étendue de territoire; mais elle manquait singulièrement de cohésion et de force politique. Chacun des quatre grands pays de la couronne, royaume de Bohème, nuirgraviat de Moravie, duché de Silésie, maigraviat de Lusace, avait ses privilèges particuliers, représentés
LA HONGRIE AU MOYEN AGE
et défendus par des états jaloux de leurs droits; et surtout ane anarchie plus que séculaire avait habitué la noblesse à se regarder comme au-dessus du roi et de la loi, tandis que les ferments religieux, mal assoupis, continuaient toujours à travailler sourdement toutes les classes de la société.
El cependant à ce moment crilîquo, où les deux couronnes de saint Wenceslas et de saint Ktiennc allaient d'un seul et même coup tomber en partage à la maison do Habsbourg, la situation de la Bohème était bien moins désastreuse que celle de la Hongrie. Du moins, les frontières du royaume tchèque étaient intactes; la monarchie madgyare, depuis longtemps battue en brèche par l'invasion ottomane, menaçait de s*écrouler tout entière sous les nouveaux assauts des Turcs. Là encore il nous faut reprendre de plus haut, et tracer un tableau rapide de la grandeur et de la décadence de la Hongrie indépendante, pour faire comprendre le rôle difficile qui allait être celui de la dynastie nouvelle, en face du peuple hongrois et de ses terribles eniirmis.
Le royaume de Hongrie, (jui depuis tantôt mille ans lient la place la plus considérable dans le bassin moyen du Daimbe, est line des dernières créations de la grande invasion barbare; il fut fondé à la fin du ix* siècle par les Madgyars, Ougriens ou Hongrois, qui t^partenaient, comme leurs précurseurs huns, avares et bulgares, à la grande race finnoise ou tchoude, non sans quelque mélange cependant d*éléments turcs. Originaires des steppes de la moyenne Volga, les Madgyars s'étaient peu à peu avancés vers le couchant, à travers la grande plaine sarniate, jusqu'au pied des Kar[uillies, lorsque la politique im[»rudente de l'empereur Arnulf h s sollicita de prendre part à la destruction de l'empire ni()rav<». Ils franchirent en masse les Karpathcs en Tanuée du côté de Munkacs au dire de leur tradition nationale, et en peu d'années une guerre d^extermination contre les Bfôraves Uvra à leurs sept hordes les vastes plaines qui, des deux côtés du Danube, s'étendent depuis les Karpathes jusqu'aux
Lâ MONAHCUIE AtTHICtllËNNE.
Ali'cs. Mais lotir élan los entraîna hicn plus loin: vainqueurs en 1)07 (lu marquis bavarois Luilpold, ils poussèrent pen<lanl «leux i^énérations leurs courses dévastatrices à travers l'Europe occi«lenlale entière, el alireuvJ'rent leurs chevaux tour à tour dans TElbe et dans le lUiin, dans le Rhône et dans la Garonne, dans le Pô et dans le Tibre. 11 fallut les deux grandes victoires de Mersebourg et du Lechfeld, remportées en 933 et en 955 par Henri et par Otton le Grand, pour mettre un terme à leurs horribles déprédations, et les fixer définitivement, par un genre de vie plus sédentaire, sur le sol auquel ils ont donné leur nom.
Les M;idi:yars furent loin cependant d'occuper en réaiilé toute l étendue de ce qu'on a appelé depuis lors la Hongrie proprement dite, c'est-à-dire de la région qu'enferme au nord et à Test la chaîne des Karpatlies prolongée par le plateau transylvain, que limite au sud la Drave continuée par le Danube, et dont les bornes occidentales, longtemps litigieuses avec les Allemands, furent finalement arrêtées à la March et à la Leitha; ils ne s*établirent en grand nombre que dans sa partie centrale, autour du cours moyen du Danube et de la Theiss. Par contre, une partie de leurs bandes, et plus spécialement le peuple confi-déré des Szeklers ou Sirules qui piéleiid se rattacher directement aux lluiis, v\u[ domicile dans les vallées de VErdelij ou pays des forêts (notre Transylvanie et le Siebenburgen ou pays des sept châteaux des Allemands), lequel correspond à la grande citadelle de montagnes qui, à Textrémité sud-est des Karpathes, domine les plaines hongroise, valaque et moldave. Le reste des deux pays demeura, sous leur domination, aux populations antérieures, qu'ils avaient décimées et réduites en servitude, mais non fait disparaître, comme le prouve suffisamment la carte ethnographique acluidle de la Hongrie et de la Transvlvanic. Cette dernière (!on(rét', en i^lTet, ainsi que la lisièr»' voisine de la Hongrie, est encore en majeure partie hahitéc par des Roumains ou Valaqucs, descendants de la population romani sée de Tancienne Dacie; les pentes méridionales des Kar-
LA HONGRIE AU MOYEN AGE
pathes sont peuplées de Slovaques et de Ruthènes, c'esl-àdire do Slaves du nord; les pays de la Drave et de la Theiss inférieure appartiennent jusqu^aujourd'hui aux différents groupes, Slovène» croate et serbe, de la nationalité slave du sud. Si nous ne retrouvons pas 'de traces des immigrations germaniques et finnoises antérieures à Tarrivée des Hadgyars, c'est que les premières ont été passagères, et que les restes des autres onl dû facilement s'absorber dans le peuple nouveau, qui appartenait à la même race.
Au temps de leur exisliMice nomade, les Madi^yars paraissent avoir obéi à plusieurs chefs, dont la tradition fixe le chiffre à sept; cependant on attribue dès le début de leur histoire une certaine prééminence à Arpad, fils d'Almus, dont la descendance devint avec le temps la race royale de la Hongrie, lorsque le prince arpadien Waïc, plus connu sous son nom chrétien d'Étienne, reçut coup sur coup le baptême des mains de saint Adalbert (IMK)) et la couronne royale de celles du pape Sylvestre 11 (lOOO). Le chrislianisme ne triompha complètement des résistances j)aïcrines qu'après un siècle d'alternatives; néanmoins le nom de saint Klieiiiic mérite la popularité dont il n'a cessé de jouir en Hongrie; car en procurant à ses successeurs le titre de rois apostoliques, qu'en 1758 encore Clément XHI confirmait à Marie-Thérèse, en faisant de la couronne envoyée par le saint-siège comme le palladium mystique de la royauté madgyare, il a non seulement préparé Tentrée de la Hongrie dans la hiérarchie ecclésiastique et politique du monde occidental, mais encore assuré la sanction religieuse à l'établissement monarchique, lequel était indispensable pour maintenir Tunilé du pays, et m'anmoins sans cesse tenu en échec par une aristocratie turbulente. C'est que le vieil esprit d'indépendance des conquérants madgyars, qu'on appelle plus tard du nom d'indiscipline féodale, n*a jamais permis en Hongrie la consolidation du pouvoir royal; dès Tannée 1222 la Bulle d'or du roi André U, qui déclare la couronne élective et proclame le droit d'insurrection des barons lésés dans leurs droits, légitimait toutes
LA MONARCHIE AUTRICHIBNNB
les prélenlioiis de la noblesse; or c'est sur celle base que s'est éiliûée toute la conslilulioii lioni;roise des siècles postérieurs. Les rois arpadiens du xn" et du xui' siècle essayèrent, il est vrai, de réagir contre cette omnipotence nobiliaire, en faYorisant de leur mieux Timmigration allemande, et en accordant aux nouveaux venus une organisation inunicipale aussi complète que possible; mais pas plus que les colons allemands qui dès le x* siècle s*étaient établis sur toute la lisière occidentale du pays, tiepuis la haute Raab jusqu'à Presbours", les cilés royales du /lai/s des mines et de la Zips. coninie Kascbau, Kperies, Leulst liau, Kaesniark, Kreninilz, et les villes sa.roiDics de la Transylvanie, comme Hermaunstadt, Kronstadt et Klauseuburg, ne purent jeter dans la balance un poids de quelque importance; elles ont, au ndlieu des maîtres madgyars et de leurs sujets slovaques ou roumains, formé des ilôts germaniques qui ont en grande partie conservé jusqu'à nos jours leur langue, leurs mœurs, leur costume particuliers; leur influence politique a toujours été insignifiante. La Hongrie a été dès le début, et est restée jusqu'à noire siècle, un pays essentiellemenl aristocratique; la noblesse dominait exclusivement dans les assemblées des cniiiilals [Is^jaus, Gespannschaflen), comme à la diète du royaume, où, sous la présidence de l'archevèque-primat «le Gran ou Strigonie, les prélats et les barons formaient la table des magnats, tandis que celle des députés ne comprenait que de rares représentants des villes à côté d'une majorité écrasante de gentilshommes campagnards.
Les trois siècles de royauté arpadienne, écoulés depuis le couronnement de saint Ëtienne en Tan 4000 jusqu'à la mort du dernier rejeton de la race, André III le Vénitien, en 1301, n'en furent pas moins en somme irlorieux pour la llon^^rie. Si la guerre civile y fut fréquente cunune dans tout le reste de l'Europe, si les empereurs allemands intervinrent plus d'une fois dans ses afl'aires, si l'invasion mougole, victorieuse sur les bords du Sajo ( 1 2 il ), entraîna à sa suite des dévastations épouvantables, d'autre part les frontières du royaume
LA HONGRIE AU MOYEN AGE
furent élargies et de nombreuses «lépendances rallacliées, directement on par le lien du vasselage, à la couronne de saint l'Uienne. De ces ac(iuisilions la plus importante et la plus «lurable fut celle du royaume triple et un d'£sclavonic, Croatie et Dalmatie, faite à. la fîn du xi° siècle par les rois saint Ladislas l"ei Goloman, après i'extinctioa de la dynastie nationale croate qui, sur les ruines des marches carlovîngiennes les plus avancées au sud-est, avait établi sa domination depuis la basse Drave Jusquau golfe de Quamero; on dut accorder une large autonomie à ces trois pays de nationalité slave, qui ne consentirent qu'à une union personnelle; mais les frontières de l'empire hongrois se trouvèrent dès lors reportées de la Drave à la Save, et môme bien au <lelà <lu cours moyen de la Save, par les vallées de la Kulpa et de rUnna, jusqu'aux Alpes orientales et à la côte dalmate. A partir de Ja iin du xii* siècle, les rois de Hongrie commencèrent en outre à revendiquer, au delà des Karpathes, la partie de la Russie rouge sur laquelle régnaient les Ruricides de Galitch, et à prendre le titre de rois de Galieie; ils réussirent à établir leur autorité suzeraine sur les princes slaves de la Bosnie, de la Serbie et de la Bulgarie, au sud de la basse Save et du bas Danube; les populations roumaines de la Valachie et de la Moldavie, qui commençaient à se grouper sur les pentes méridionales et occi«lental«'s du plateau transylvain, étaient du moins plus ou moins soumises à leur ascendant; si bien qu'au commencement «lu xiv*" siècle, époque de sa plus grande extension, Ja monarcliie madgyare, en y comprenant toutes ses annexes, allait depuis la mer Noire Jusqu'au Marchfeld et depuis la mer Adriatique jusqu'au Prutb ou au Dniester.
Malgré la période d'anarchie qui accompagna et suivit Texlinction «le la race arpadienne et pcntlant laquelle la couronne de Hongrie fut portée pendant quelques années, d'abord (1301-1304) par le prince trluHjue Wenceslas, petit-fds d'Ot- (ocar II et depuis roi de Bohème (cinquième de ce nom), ensuite (1305-1308) par le duc Otton de Basse-Bavière, le
LÀ MONARCHIE AUTRICUIENNB.
siècle ne porta pas d^atteintes bien sensibles à IMntég-rité ilii royaume «le saint Klicnne, «lu moins aussi longtemps que r«''^nia la «Ivnaslio frain;aisc «les AiiL-^rvins do Naph's. «jui avec l'aide «lu sainl-sit'-jn' rt'-nssil h. se mettre en possessi«»ii réelle du Irone en l'année 1310, dans la personne de Cliarohert, le pelit-fils du roi «les Deux-Siciles Charlos II le Boileux et de TArpadienne Marie. Son fils, Louis le Grand, en rehaussa même Téelat extérieur par sa conquête momentanée du royaume de Naples et par son élection au trône de Pologne après Textinction des Piasts (1370) ; mais avec sa mort, arrivée en 1382, commença à éclater au grand jour, sous une série de rois élranirers, la déca<lence intérieure et extérieure de la IIoniiri«', (pii, arrêtée un instant seulement parle dernier roi indii;«'iie Malliias ('orvin, aboutissait à une ruine presque coiupièle au uiom«'nt de l'avènement de Ferdinand l*''.
Tandis que la iille cadette de Louis le Grand, Uedwige, devenait reine de Pologne et par son mariage forcé avec le grand-duc de Lithuanie Wladislas faisait passer cette couronne à la glorieuse dynastie des Jagellons, la sœur aînée, te roi Marie, proclamée en Hongrie par un parti seulement, ne parvînt (pi'avec peine à prévaloir sur la ligrne cadette des Anjou- Duras et à faire mettre la couronne de saint Etienne sur la tète do son époux, l éierleur de lîrantlebourg^, Sii^^ismond de Lux«'mlH)uri^s de[»uis empereur et roi de Bohème. Le règne demi-séculaire (KW7-ti38) de ce prince, qui «le tout temps s'occupa beaucoup plus «les afTaires de l'Allemagne et de l'Eglise que de celles de la Hongrie, ruina à la fois lautorité royale dans le pays et le prestige national au dehors. Sigismond sanctionna définitivement la renonciation aux prétentions hongroises sur la Russie rouge, déjà consentie en 1332 par son prédécesseur en faveur de la Pologne; il se laissa enlever par les Vénitiens la majeure partie de la Dalmatie hongroise, «jue Louis le Grand avait viclori«Misement défemluc; et si la jurande «léfaite (jue lui infligea en 1391), à Nicopolis sur le bas Danube, le sultan turc Bajazet V. n'eut pas do résultats plus désastreux que l'affaiblissement
LA HONGRIE AU MOYEN AGE
dos prin('i[)auUî.s slaves qui servaient d'avani-postes m«''ri(iioiiaiix au royaume, il ne le dut <]u'à rintervoulion de Taincrlan et à l'érlipse momenlaaée do la puissance oLLoiuaue qui en fut la suite.
Après lui, son gendre, Tempcrour habsbour«^cois Albert II, qu*U avait marié à sa fille unique tllisabeth» née <run second mariage avec Barbe de Giili, fut élu sans difficulté roi de Hongrie par la diète de Presbourg (1438), parce qu*on espérait de lui des efforts sérieux contre les Turcs; mais il mourut dans la force de Tâge, au retour d'une première campagne peu heureuse (1439). Les magnats lui donnèrent pour successeur (1440), au délrimenl de son fils Ladislas le Posthume, le roi de PoIoj^fh' W'iadislas VI Jagellon, le beaufils d'IIedwige d'Anjou; celui-ci livra au sultan turc Amuratll une grande bataille dans la plaine de Varna, sur les bords mêmes de la mer Noire, et la perdit avec la vie (! Ui). On revint alors aux Habsbourg dans la personne de Ladislas, en lui donnant comme tuteur Jean Hunyade Gorvin, le héros des guerres turques, qui, s*il fut vaincu à son tour par Amurat II à la journée de Gossovo on Serbie (4449), défendit du moins avec succès contre son successeur Mahomet II Tancienne forteresse serbe de Beli;rade, restée le dernier boulevard du royaume, depuis que les Serbes avaient succombé sous les coups des Turcs. Ilunyade mourut de la poste, quelques jours après avoir mis en fuite rarmée assaillante (1456); mais le prix de ses exploits fut payé à son fils Mathias Corvin, qu*en 1458 les Hongrois appelèrent au trône, demeuré vacant par la mort prématurée de Ladislas (4487).
Le règne de ce dernier roi national, aussi habile politique que grand capitaine, et de plus protecteur zélé des sciences et des lellres, jeta encore une fois un vif éclat sur la Hon^rrie défaillaiile i 14o8-1490); in-iis 1rs résultais obtenus par Mathias furent plus hrillanlsquo solides. Le ilospotismo qu'il a|tpuyait sur sa ijardc iioirc ne parvint pas à prendre racine dans le sol hongrois, et son ambition inquiète se détourna trop vite de la guerre qu'il faisait victorieusement contre les Turcs, pour
LA MUXAUCillt: AUTUlGlllENNE.
8*occuper de la conquête plus fructueuse et plus facile de la Moravie, de la Silésie et de la Lusace d^abord, de rAutriche
ensuite. Aussi ses successeurs, h s deux princes polonais Wladislas (liOO) et Louis 11 (l.'»ir>). qui réuniront de nouveau les deux couronnes de Hongrie et de Bohème, comme l'avaient fait avant eux Sigismond de Luxembourg, Albert et Ladislas d'Autriche, retombèrent-ils dans les vieux embarras. L'oligarchie roadgyare reprit immédiatement le dessus et se replongea dans ses querelles intestines; la valeur brillante mais indisciplinée des Hongrois ne repoussait qu'avec peine les attaques incessantes des Turcs; elle était incapable de résister à un effort sérieux des Infidèles. Lorsque en 1520 Soliman II le Grand fut proclamé vicaire du prophète, le royaume de saint Etienne ressemblait à une forteresse démantelée; à l'exception de la Dalmalie devenue vénitienne, il comprenait encore toutes ses parties intégrantes, Hongrie, Transylvanie, Esclavonie et Croatie; mais les anciennes principautés vassales, de race slave ou roumaine, qui au temps de sa splendeur le couvraient au sud et à lest, étaient devenues des provinces ottomanes ou avaient cherché auprès des rois de Pologne un appui plus solide; Belgrade seule fermait encore la grande route du Danube à une armée d'invasion. Cette dernière défense tomba en 4524 : cinq ans plus lard sonna l'heure de la grande catastrophe.
Au printemps de Tannée I.*)2G, l'immense armée turque, commandée par le sultan en personne, remontait le Danube en se dirigeant vers le cœur du royaume; Louis U, qui n*avait pu réunir qu'une vingtaine de mille hommes, vint à sa rencontre jusqu'à Mohacs, à mi-chemin entre Buda-Pesth et Belgrade, et là fut livrée, le 29 août 4526, la bataUle mémorable qui mit fin pour des siècles à Tautonomie hongroise. Le dernier roi particulier de Hongrie et de Bohême, qui n*avaît que vingt ans, mourut misérablement dans la déroute, noyé dans un marais; les deux couronnes qu'il laissait sans héritier direct allaient passer définitivement à la maison de Habsbourg; mais avec elles les princes autri-