‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centraleChapitre 93 sur 134 · FERDINAND ^ ROI DB BOHÊME BT DE HONGRIE · texte numérisé non relu

FERDINAND ^ ROI DB BOHÊME BT DE HONGRIE

chiens se chargeaient d'un lourd héritage de guerres civiles et étrangères.

Pendant que Soliman II, qui avait pénétré- jusqu'à Bude, retournait lentement à Gonstantinople, en laissant derrière lui le désert, Tarchiduc Ferdinand 8*apprèta à faire valoir ses droîls sur les deux royaumes. Il était le plus proche

parent du feu roi, ayant épousé sa sœur Anne, en même temps qu'il lui tiuiiiait sa propre sœur à lui, Marie d'Autriche (1521); il invoquait ensuite d'anciens pactes d'union entre l'Autriche, la Ilong-rie et la Bohôme, et surtout les deux traités conclus entre Frédéric III et Matliias Gorvin (1461), entre Maximilien 1" et Wladislas Jagellon (1491), qui Tun et Taulrc attribuaient aux Habsbourg la succession éventuelle de Hongrie; enfin, à ces titres juridiques plus ou moins probants, il ajoutait de belles promesses de bon gouvernement et de vaillante protection. Le mot décbif en effet dans Taffaire de la succession, c'étaient les états des deux royaumes (]ui avaient h le prononcer; si les relations de [)arenlé avaient toujours pesé d'un grand poids dans la balance à chaque renouvellement de ri'gne, néanmoins la couronne de saint Wenccslas comme celle de saint Étienne étaieul eu fait, et même en droit, électives autant qu'héréditaires.

£n Bohôme, où les ducs de Bavière s'étaient hâtés de poser leur candidature à côté de celle de Tarchiduc, Ferdinand fut choisi dès le 23 octobre 1526 par les vingt-quatre électeurs désignés par les états du royaume; mais la noblesse bohémienne avait fait ses conditions, et elles étaient de nature h limiter fortement Tautorité du nouveau monarque. Il dut avant tout, par une Ictire de majesté solennelle, reconnaître qu'il devait le trône au libre choix des Bohémieris, et confirmer tous leurs [irivilèiires nationaux; ce ne fut que sous ces réserves formelles que son couronnement eut lieu à Saint-Guy de Prague, le 24 février 1527. Plus tard il est vrai, après la fm heureuse de la guerre de Smalcalde (1547), il réussit à se débarrasser d*une partie de ces entraves : les états bohé- T. ù 27

LA MONARCHIE AUTRIGUlKNNfi.

mions, qui pendant les hostilités avaient fait preuve de mauvaise volonté en demandant à rester neutres, sans avoir le courage de soutenir activement leurs corelig:ionnaires luthériens, éprouvèrent le contre-coup de la bataille de Muhlbei^. La noblesse et les villes, également humiliées, ne purent empêcher le frère de l'empereur Charles-Quint, qui à ce moment était parvenu au comble de la puissance, d'établir son autorité royale sur des bases plus solides, et assistèrent en silence à la déclaration faite en pleine diète, que la Bohème était un royaume absolu, héréditaire dans la maison d'Autriche. La question était loin d'ailleurs d'être définitivement tranchée par ce coup d'autorité; elle ne le fut, comme nous le verrons bientôt, (ju'au eommencement du xvn'^ siècle, à la sm'te des événements de la guerre de Trente Ans.

Quelque dures que fussent d'abord les conditions du pacte entre la Bohême et son nouveau souverain, le fait capital de Tacquisition de la couronne tchèque par les Habsbourg se trouva donc consommé au bout de quelques mois. U en fut tout autrement en Hongrie, oii à des difficultés intérieures beaucoup plus grandes vinrent se joindre les complications désastreuses de l'invasion étrangère; Ferdinand I*' n'y arriva jamais qu'à une possession partielle et précaire, il fut, il est vrai, dès la lin de l'année ir)2(3, proclamé roi par une grande partie de la noblesse à la diète de i*resbourg, qu'avait convoquée sa sœur, la reine douairière Marie; mais le plus puissant seigneur du royaume, Jean Zapoly, comte de Zips et palatin de Transylvanie, prétendait de son c6té au trêne, et, le gagnant de vitesse, il se fit couronner avant lui à Szekes Fehervar ou Albe royale, que les Allemands appellent Stuhlweissenburg. Les armes devaient décider entre les deux compétiteurs : Ferdinand entra en Hongrie à la tète d'une forte armée, et, de nouveau proclamé à Dude, puis couronné à son tour k StuhlweisseiihurLr (l-)27) par le même évèque de Neutra, qui un an auparavant avait posé le diadème sur la tête de Zapoly, il força son rival à chercher un refuge on

FERDINAND I*' ROI DB BOHÊMB BT DB H0N6RIB

Pologne; mais alors, poussé à bout, le fier Maderyar, donnant un exemple trop fidèlement suivi depuis par nombre de ses compatriotes, s'adressa au sultan lurc, el l'ambassade qu'il envoya à Constantinople s'y fit favorablement accueillir à force de bassesse. Ce ne fut plus dès lors Zapoly, mais Soliman II que Ferdinand rencontra devant lui, et la guerre des deux prétendants, prenant un caractère tout nouveau, de locale devint européenne. Non seulement les nouvelles acquisitions, niuis toutes les possessions des llabsbourir, et avrc elles l'Allemagne, la clirétii'nlé enlière, se trouvèrent menacées par l'invasion musulmane; quant à la Hongrie, champ de bataille prédestiné entre les deux grandes monarchies voisines, elle resta pendant deux cents ans sous le poids de cette terrible malédiction, de ne plus pouvoir être elle-même et de n'avoir que le choix entre le despotisme autrichien et la servitude ottomane.

Le Grand-Seigneur, qu'excitait de son mieux la diplomatie française, ouvrit en 4529 la guerre sainte contre la maison de Habsbourg par une expédition formidable, qui du coup le mena au cœur des Etats aulricbiens; sans s'arrêter autrement en Hongrie que pour enlever la citadelle do Bude à sa garnison allemande et y installer comme roi Jean Zapoly, il alla planter ses innombrables tentes devant les murs de Vienne, le 2G septembre 1529. Mais le comte Nicolas de Salm, qui s'y était jeté avec la fleur de la chevalerie chrétienne, soutint vaillamment les assauts furieux des janissaires; le 14 octobre au soir, Soliman ordonnait la retraite. Quand il revint à la charge trois ans plus tard (4532) et mena encore une fois ses innombrables soldais jusque dans le voisinage de la capitale aulricbienne, Charles-Quint avait eu le temps de faire ses préparatifs pour v»Miir en aide b. son frère; il attendait le sultan à la tête d une armée de quatre-vingt mille hommes, la plus belle que le wi** siècle ait vue sur pied. Soliman, déjà étourdi par la résistance presque miraculeuse que lui avaient opposée quelques centaines de paysans retranchés

LA MONARCHIE AUTRICHIENNE

dans la petite ville de Guns, au sud d'Oedenburg, hésita, s^arrêta, puis recula en face de ces vieilles bandes bien disciplinées d'Allemands, d'Espagnols et d'Italiens; il reprît le chemin de Gonstantinople sans avoir combattu. L'Allemagne respira dès lors, quoique Tempereur aussi n*eût cueilli dans cette campa^^^nc que de maigres lauriers; pour elle, le danger, un instant imminent, de la conquête musulmane, l'iail écarté pour toujdurs; les Turcs s'élaicul suffisaninieut convaincus, dans leur double tentative, que les pays de langue allemande, couverts de châteaux forts et de villes murées, habités par une population nombreuse aussi riche que brave, défendus par les ressources d*une civilisation et d'une tactique avancées, étaient une proie tout autrement difficile à saisir que les contrées chrétiennes qu'ils avaient subjuguées jusque-là; ils renoncèrent à les conquérir. Mais la malheureuse Hongrie, où de vastes plaines offraient à leur cavalerie pleine liberté de mouvc« menls, où une population moins dense, principalement campagnarde, était bien moins a|)le h se défendre, où régnaient partout le désordre et Tanarcbie, leur était pour ainsi dire forcément dévolue; ils ne tardèrent pas à en incorporer à leur empire la plus belle moitié.

D'abord, il est vrai, Soliman se contenta du rôle de suzerain. A son retour du siège de Vienne (1529), il avait à Bude, de ses propres mains, posé sur la téte de Jean Zapoly la couronne de saint Étienne, que lui avait livrée

révè(juc de Cinq-Eglises; puis, au lendemain de la campagne de l.')']2, il daiiîiia ailniellre Ferdiiianil aussi au rang de ///.s et de /i?'ot('(jr j»our la partie de la lloui^rie voisine de l'Autriche, où le prince habsbouriicois avait réussi à se maintenir (1533). Les deux compétiteurs ainsi laissés en présence, après avoir plusieurs fois passé de la guerre à une trêve, et de leurs suspensions d'armes à de nouvelles hostilités, s'effrayèrent eux-mêmes à la fin des horribles dévastations commises à la fois par leurs troupes, r^u-

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