ET 1 EXEMPLAIRE SUR HOLLANDE (HORS COMMERCE
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Le Rite Ecossais Ancien et Accepté est célèbre. Célèbre et peu connu. Nous avons tenté dans ce livre de le débarrasser, autant que faire se pouvait, des légendes qui enjolivaient, en Vombrageant, sa genèse et son existence. Et c’est à l’étude de son développement, où trop d’ombre se mêle à la lumière, que les pages qui suivent sont généralement consacrées.
Notre intention, en effet, ne fut pas de suivre VEcossisme dans les multiples manifestations où, avec une ivresse un peu folle, il se dépensa durant le dix-huitième siècle. Seules des monographies, prudemment écrites, consacrées aux obédiences qui foisonnèrent entre 1740 et 1789, pourraient donner les renseignements circonstanciés qu’un travail d’ensemble ne peut contenir. Ces manifestations ne nous intéressèrent et ne devaient nous intéresser, en raison du cadre imposé, que par leurs rapports — leurs points d’attache — avec la création du Rite Ecossais Ancien et Accepté.
Si nous nous sommes étendu sur le Discours du Chevalier de Rarnsay, c’est parce qu’il se place ou qu’on l’a placé à l’origine de VEcossisme (et conséquemment des Hauts Grades actuels), et qu’il importait de prolonger notre escale à cette étape si importante de son Histoire.
D’autre part, pour faire mieux connaître l’Ordre Ecossais, il importait de ne pas s’égarer dans les détails de sa vie intérieure qui. auraient risqué d’égarer aussi l’intelligence du lecteur. Notre ambition fut surtout d’être clair, d’expliquer pour tous, aussi bien pour les profanes que pour les francs-maçons, les particularités d’un Rite qui, après de périlleux avatars, et alors que> VInstitution de source purement anglaise se trouve divisée par des points de doctrine, a su réaliser et maintenir l’internationalisme maçonnique.
Nous avons veillé à ne froisser aucun pouvoir existant actuellement en France à côté du Suprême Conseil et de la Grande Loge.
PRÉFACE
S'il nous arrivera, dans un court passage , de nous montrer sévère pour la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière de France, ce sera pour une raison étrangère à sa manière d'être particulière. Chacun travaille selon ses aptitudes et ses tendances, et le Bile Ecossais Ancien et Accepté, s'il a la prétention de ne recevoir aucune directive des obédiences qui Vavoisinent , n'a pas non plus celle de leur donner des leçons.
La difficulté de cette tâche consistait surtout dans la délicatesse qu'il convenait d'apporter à l'examen des relations du Suprême Conseil avec le Rite français. Ces relations sont tellement mêlées à son histoire qu'il était impossible de les passer sous silence. Nous nous sommes borné aux faits essentiels, et c'est la faute de ces faits s'il nous a fallu parfois réveiller des dissensions et des discussions — regrettables certes, mais qui sont l'inévitable rançon de toute activité. A quoi bon affirmer encore que nous tentâmes honnêtement d'être impartial? Ici encore c'est une question de relativité. Comme l'a dit si justement Ferdinand Brunetière: « On ne saurait exiger de l’historien qu'il se désintéresse de ses personnages, et sous le nom d'impartialité, qu'il nous parle de Saint Louis ou de Louis XIV avec autant d'indifférence que de l'ours des cavernes ou des poissons ganoïdes. » D'ailleurs l'impartialité est une vertu que l'on ne reconnaît jamais à ceux qui ne partagent pas nos sentiments. Cette étude, si elle est sujette à critique (nous ne prétendons pas à Vinfaillibilité) n'est pourtant pas faite pour prêter à polémique. Il serait indécent aujourd'hui où, plus que jamais, une campagne de presse, alimentée par les partisans d'une dictature fasciste et cléricale, multiplie les attaques contre l'Institution, de s'appesantir sur des différends intimes, qui dans le passé n'ont jamais altéré la loyale fraternité des francs-maçons, et qui dans le présent ont cessé d'exister.
Quoique évitant d'être « national », au sens un peu étroit que l'on peut donner à ce mot, pour garder — grâce au respect de ses traditions et à son attitude réservée devant les actes de la politique française — ce caractère d'universalité qu'il estime la qualité essentielle de l'Ordre, le Rite Ecossais ne peut pourtant pas dans les pays latins demeurer indifférent aux attaques dont la Franc-Maçonnerie est l'objet.
PRÉFACE
Les pays anglo-saxons ont du mal à se pénétrer de la situation particulière ou elle se trouve en France. Habitués à ne sentir autour d'eux aucune hostilité et à vivre en bonne intelligence , aussi bien avec les pouvoirs spirituels qu'avec les pouvoirs gouvernementaux, ils ne comprennent pas assez que chez nous la liberté de conscience de l'individu est liée à la conservation de sa liberté politique.
Ce qui s'est passé en Italie devrait pourtant les éclairer. Dès que le Fascisme a jugé l'alliance avec le Vatican propice à l'affermissement de son règne, il a compris ne pouvoir lui donner un meilleur gage de sa complicité que l'abolition de la « secte » maçonnique. En effet, depuis la première bulle papale au début du xviii 6 siècle , l'Eglise romaine n'a jamais désarmé. C'est pourquoi la Franc-Maçonnerie française tout entière a besoin de demeurer sur le qui-vive et d’opposer un front unique à l'offensive continue de son irréductible adversaire.
Dans tous les Etats, une société — aussi secrète soit-elle — subit le contre-coup des événements profanes et se trouve obligée , sous peine de mort, de tenir compte de leurs conséquences. Les maçonneries du monde ne peuvent réciproquement se comprendre et se juger que si elles se pénètrent bien de celte vérité.
D'ailleurs, est-ce que, lors de sa création, l'Ordre ne différa pas, sinon dans son but au moins dans son expression selon le pays où il prenait racine? Ne voyons-nous pas — ce qui semble aujourd'hui paradoxal — le Bile, dont nous allons suivre l'existence, naître avec des visées politiques et des tendances plutôt catholiques? Que de groupements et d'individus ont ainsi évolué au cours des ans, dont la mentalité s'est modifiée sous des influences complexes?
Est-ce que de l’autre côté du détroit la maçonnerie bleue, sous la législation d'Anderson, de Payne, de Desaguliers et autres protestants notoires, ne se montra pas résolument la servante du régime et des églises réformées? Il suffit, pour s'en convaincre, de constater avec quelle précaution on a éliminé des Old Charges, des « Anciens Devoirs », tout ce qui pouvait rappeler l'emprise du catholicisme sur les maçons opératifs.
Eh bien, est-ce que cette maçonnerie, en passant sur le Continent, n’a pas changé de caractère et ne s'est-elle pas adaptée aux
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usages et à la religion du lieu où elle prenait «force et vigueur » ? En France ne se montra-t-elle pas très respectueuse de VEglise . au point d'ouvrir ses portes toutes grandes aux membres du Clergé qui sollicitaient leur admission et de commémorer chacune de ses fêtes rituelles par un service religieux?
Il en est de même aujourd'hui de la maçonnerie écossaise. Prospère dans les nations anglo-saxonnes, elle fleurit en Hollande,, en Suisse, dans les pays balkaniques comme chez les peuples latins. Et si ce furent des soucis profanes qui provoquèrent son éclosion, elle a renié depuis longtemps de telles ambitions pour adopter sur ce point la sagesse des immortels Principes.
On peut même dire que ces deux maçonneries — de source anglaise et de source écossaise — se juxtaposent sans se nuire, et qu'ayant les mêmes vertus, elles contribuent également à l'illustration de l'Ordre.
Ces explications étaient nécessaires, bien que nous ne fassions dans ce travail aucune allusion à l'action extérieure de l'Institution française.
Nous n'ignorons pas que cette histoire va susciter de vives controverses. On a presque toujours obéi aux suggestions des historiens du xvm e siècle et du commencement du xix e . Ceux-ci assez dépourvus d'esprit critique ou jugeant les faits de parti pris, ont créé des légendes que, faute de données contraires, leurs successeurs ont trop facilement acceptées. L'injuste réputation faite au chevalier de Ramsay d'avoir inventé les Hauts Grades^ et l'interprétation tendancieuse qui fut faite de son Discours par l'immense majorité des écrivains maçonniques en sont, parmi tant d'autres, une des preuves les plus convaincantes. Malheureusement, le misonéisme général ne suit pas toujours avec bienveillance celui qui se refuse à marcher sur les traces de ses aînés. Avancer, par exemple, que la Franc-Maçonnerie d'origine anglaise a subi l'influence de la maçonnerie écossaise, et que c'est à celle-ci — ou du moins à ceux qui en furent politiquement les instigateurs — qu'elle doit son grade de Maître, va sembler une opinion étrangement aventureuse. Il se peut que îious nous soyons trompé... tant d'obscurité demeure sur les débuts de l'Ordre! Mais, circonspect dans nos allégations, nous avons la con -
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science ( dirons-nous: Vorgueil?) d'avoir peut-être ouvert une voie nouvelle aux chercheurs qui viendront après nous.
Ajoutons que la découverte de documents manuscrits nous a permis de donner de certains événements de première importance — comme Ventrée de la Grande Loge Ecossaise au Grand Orient en 1804 — une version tout à fait inédite.
Nous le répétons. Nous nous sommes surtout attaché à reconstituer la genèse et le développement en France du Rite Ecossais Ancien et Accepté.
Rite, qui , ayant imposé à l'ancienne exubérance de l'Ecossisme la sage mesure de sa hiérarchie, a pris justement comme devise Ordo ab Chao — et dont les membres, respectueux des traditions, accomplissent leur noble labeur sous le signe mystique de l'Aigle bicéphale
Portrait de Charles-Edouard Stuart, fondateur prétendu du Chapitre d'Arraa, et "Supérieur Inconnu" dont se sont longtemps réclamé les* Directoires Écossais.'
ORIGINE DE L’ËCOSSISME