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Gravure ridiculisant une cérémonie publique des Francs-Maçons, publiée a Londres en 1741, et envoyée par notre représentant au Cardinal-Ministre H. de Fleury.
CRÉATION D J UN SUPRÊME CONSEIL EN FRANCE
de la G *- et Métropole L .*. d’Hérodom, ils ont formé dans cette capitale la G •*. L*. Générale Ecossaise de France , et l’ont proclamé.
Dévouée au Trône Impérial, la G ' L-'- Générale Ecossaise de France a nommé pour Sérénissime G*. M*. son Altesse Impériale le Prince Louis, G *. Connétable de l’Empire. Ce vœu lui a été transmis, il l’a accueilli avec bienveillance. Son acceptation, en ajoutant à notre ancienne splendeur, nous assure à jamais la protection spéciale du Chef Suprême de l’Empire. Sous de si favorables auspices, nos travaux assidus dans l’Art sublime des M *. ne peuvent que nous élever au suprême degré de gloire qu’il nous est donné d’atteindre.
Bien éloignés de porter anathème à tous MM.*, au Rite Ecossais, la G ' L-'- Ecossaise de France les recevra dans son sein et s’empressera d’ouvrir sa correspondance avec tous les Ch *., les LL.*, régulières de France et tous les GG *. Orients étrangers.
Ce foyer de lumières ne pourra que rejaillir sur tout l’Ordre, puisqu’il n’a pour objet de concentrer les lumières éparses que pour les distribuer dans une proportion sage, et d’asseoir sur des bases, inébranlables l’administration la plus juste et la plus éclairée.
Zèle, ferveur et constance sont les attributs distinctifs, des MM*. Ecossais : ils ont été l’âme de nos délibérations; ils seront celle de nos travaux; et cette ferveur, que nous attendons du G*. A*, de
L’U *., sera pour tous un bienfait de sa toute puissance.
En conséquence, la G *. L *. Générale vous invite à prendre au plus tôt les mesures convenables pour la nomination de vos députés, afin que vous puissiez participer aux travaux importants de la première communication de quartier, qui aura lieu le jour de la Saint-Jean d’Hiver, principale fête de l’Ordre.
Nous avons la faveur d’être, etc...
Cette déclaration fit sur le Grand Orient l’effet d’un coup de foudre. Ce mouvement, en s’étendant, risquait de provoquer des défections parmi les anciennes loges écossaises entrées dans son giron et de compromettre l’unification de la maçonnerie française si ardemment poursuivie et si difficilement acquise. Toutefois, l’émotion du Grand Orient dura peu, les pouvoirs publics allant lui permettre de se ressaisir et, comme on dit vulgairement, de voir venir.
On a toujours attribué à l’initiative de Roettiers de Montaleau les pourparlers qui provoquèrent l’union — si transitoire! — du Grand Orient de France et de la Grande Loge Nationale Ecossaise. Nous aussi l’avions cru et répété parce qu’on demeure sans méfiance devant une opinion logique.
Roettiers de Montaleau était, nous l’avons dit, un maçon actif et d’une habileté consommée. Il était alors le Grand Vénérable du Grand Orient, et il continuera de le diriger même sous
LE RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ
Joseph Bonaparte, Grand Maître accordé (et non imposé) l’année suivante par la Cour, qui sera toujours trop ignorant et trop éloigné des affaires maçonniques pour pouvoir honnêtement remplir sa charge (1). Il semblait donc tout naturel de lui attribuer la pensée du rapprochement des deux rites. La vérité est qu’il fut le principal manœuvrier, mais non l’instigateur. De patientes et heureuses recherches nous permettent de donner de cette Introduction au contrat futur une version inédite.
Nous le répétons : nous étions séduit par la vraisemblance de l’intervention immédiate de Roettiers de Montaleau, si conforme à la méthode qui jusqu’alors avait si bien couronné sa politique. Tout de même il nous paraissait étonnant que, sous un régime aussi ombrageux que celui du Premier Empire, une société maçonnique put librement venir au monde sans rencontrer des difficultés d’ordre profane. La petite cellule Saint- Alexandre d'Ecosse qui, demeurée orgueilleusement dissidente, avait abrité les premières manifestations du Rite Ecossais Ancien Accepté, jouissait d’un droit acquis par les ans, et, peu turbulente, n’avait pas à craindre d’être inquiétée. Mais cette Puissance nouvelle témoignait trop de son désir d’occuper dans l’Institution une place importante pour ne pas provoquer en haut lieu une enquête soupçonneuse. N’oublions pas qu’à cette époque le Grand Orient est sous la tutelle de l’Etat qui, par sa protection le sert, et qui par sa main-mise sur ses rouages s’en sert. Les généraux de Napoléon et son préfet de police sont parmi ses dignitaires. Le Rite importé d’Amérique n’allait-il pas troubler une situation dont tout le monde s’accommodait?
Le Grand Administrateur Kellermann, vieil Ecossais, est maréchal de France. Il n’ignore pas que la tactique de son métier veut qu’une armée ne tente une action que si ses derrières sont assurés. Et il n’est pas de meilleure façon de les assurer que de demander au Pouvoir Exécutif de vouloir bien désigner un chef à la Grande Loge Nationale Ecossaise. On ne peut fournir une preuve plus grande de ses bons sentiments. Une demande officielle est faite.
(1) En effet ce fut sur la sollicitation du G. O. que Joseph Bonaparte fut désigné— comme en fait foi une pièce importante, inédite,* que l’on trouvera aux Pièces Annexes.
CRÉATION D’UN SUPREME CONSEIL EN FRANCE
Mais, quelque temps après, lorsque le maréchal Kellermann va présenter le frère Grasse-Tilîy, premier substitut du Grand Maître à venir et l’Orateur du Suprême Conseil Pyron a « Son Altesse Sérénissime l’Archi-Chancelier de l’Empire, Cambacérès », celui-ci leur fait connaître la réponse de l’Empereur. Et lâ réponse de l’Empereur est, comme il fallait s’y attendre, que la Grande Loge Nationale Ecossaise doit fusionner avec le Grand Orient. Il réclame en outre « un mémoire détaillé » sur la question.
M. Gaston Martin, qui ignore le fait, semble le deviner lorsqu’il écrit excellemment : « Pour l’instant une seule chose paraît nécessaire au maître : maintenir là comme partout Vunité; non pas tant l’unité doctrinale qui ne l’intéresse pas que l’unité de direction, garantie d’obéissance (1) ».
Le procès-verbal auquel nous nous référons n’a pas été écrit au moment où les faits se passèrent, mais sa date, 6 septembre 1805, en est si peu éloignée qu’à notre avis toute créance doit lui être accordée (2).
Seulement nous nous trouvons ici devant une difficulté d’interprétation, impossible à résoudre avec les documents dont nous disposons actuellement, mais sur laquelle il est de notre devoir d’appeler l’attention des historiens futurs. Oui, nous voulons bien ajouter foi à ce procès-verbal de 1805 des Princes du Royal Secret, mais comme il complique la situation! Situation que les données admises jusqu’ici rendaient si claire! Car enfin pourquoi le maréchal Kellermann va-t-il en haut lieu demander un grand maître pour son obédience? Celle-ci n’en avait-elle pas déjà un ?
Sa proclamation du 1 er novembre 1804 n’était-élle pas faite « au nom et sous les auspices du Très Sérénissime Grand Maître de la Maçonnerie Ecossaise en France, Son Altesse impériale, le prince Louis, Grand Connétable de l’Empire? » Et au sujet du choix du prince, le texte ne porte-t-il pas : « Ce vœu lui a été transmis, il l’a accueilli avec bienveillance. Son acceptation, en ajoutant à notre ancienne splendeur, nous assure à jamais la protection spéciale du Chef Suprême de l’Empire... etc. ».
(1) Manuel d'histoire de la F.\ M.\, loc. cit., p. 146.
(2) Livre d’Or du Souverain Grand Consistoire. Ms in-f° (Bibliothèque du Suprême Conseil, f° 26)
LE RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ
On n’a pu disposer ainsi du Prince Louis sans son agrément formel. Alors? Que devons-nous croire? Que l’Empereur aurait été peu satisfait de cet agrément donné sans son consentement préalable? Il tolérait mal, nous le savons, toute initiative prise par un membre de sa famille. La Grande Loge croyait pourtant répondre d’avance au désir de l’Empereur, puisque ce dernier avait déjà, le 3 septembre 1803, désigné son frère Louis à la Grande Maîtrise adjointe du Grand Orient. Mais Napoléon, trouvant vraisemblablement que Louis n’était pas à même de lui rendre à ce poste les services qu’il en attendait, pensait déjà à le remplacer par Cambacérès, ce qui rendait intempestif le choix des Ecossais. Ce frère Louis, l’Empereur, par mesure politique, le placera un jour sur le trône de Hollande, d’autorité, mais au fond il l’aimait peu. La simplicité de ses goûts lui déplaisait, et au cours de son règne, il ne s’entendra guère avec celui qu’il appelait « le débonnaire de ma dynastie ». (Et à qui cette dynastie, par un caprice du sort, devra de ne pas mourir, puisqu’il sera le père de Napoléon III). Il est donc fort possible que Napoléon ait refusé d’entériner l’acceptation de son grand Connétable. Il n’aurait peut-être pas désavoué son aîné Lucien, dont la présence d’esprit au 18 Brumaire avait fait sa fortune, mais on ne se gêne pas avec un faible. Bref, nous en sommes réduits aux suppositions, mais celle qui conclut à la désapprobation du geste de Louis peut expliquer la démarche de Kellermann demandant un nouveau chef. Elle nous ferait aussi comprendre pourquoi jamais plus nous n’entendrons parler en maçonnerie du Prince Louis, dont le nom brille sur la première Circulaire de la Grande Loge Ecossaise, pour s’éclipser ensuite d’une façon totale.
Revenons maintenant à la réponse transmise par Cambacérès au maréchal Kellermann et à ses principaux collaborateurs.
L’amertume est grande au camp des Ecossais. Hélas! on ne badine pas avec un ordre de Napoléon 1 er . Seulement, bien que la maçonnerie soit alors presque militarisée comme tous les autres corps de l’Etat, on n’est pas disposé à accepter si aisément les coutumes du champ de bataille. Le Rite Ecossais ne peut passer ainsi — dirons-nous à l’ennemi? — avec armes et bagages. D’ailleurs il n’en a pas le droit. Comme le dit le procèsverbal relatant la décision impériale : « La réunion du Rit ancien.
CRÉATION D’UN SUPRÊME CONSEIL EN FRANCE
au rit moderne était en quelque sorte incompatible ». On ne l’ignore pas de l’autre côté, et on s’arrange le mieux^lu monde pour que les susceptibilités et les privilèges de chacun soient aussi respectés que la volonté impériale. Des négociateurs sont chargés de trouver un modus vivendi acceptable pour les deux puissances, et le Grand Orient ne manque pas de désigner, outre le maréchal Masséna qui semble avoir joué en la circonstance un rôle fort actif (et qui de tous les commissaires signera le premier le Concordat), le frère qui en des circonstances analogues avait donné des preuves de sa diplomatie, Roettiers de Montai eau. Mais cette fois, au lieu de tenter, sous la reconnaissance d’une certaine autonomie dans la conduite des travaux (comme Roettiers l’avait fait avec d’autres grandes loges) une absorption qui n’avait aucune chance d’être agréée, on accepta un partage des pouvoirs qui donnerait aux deux organisations (administrativement réunies en une seule) des droits particuliers et nettement délimités. Cet Acte d'union fut adopté par les deux corps qui ne pouvaient que gagner à sa loyale mise en vigueur. Le procès-verbal du Consistoire mentionne :
« Ce Concordat fut mis sous les yeux de Sa Majesté Impériale, par l’illustre frère le maréchal Kellermann. Elle chargea S. A. S. l’Àrchi-Ghancelier de l’Empire de lui en rendre compte, il n’y fut apporté aucun changement. »
Le Suprême Conseil, exerçant désormais ses prérogatives sur des ateliers et un recrutement plus nombreux, trouvait dans son alliance avec le Grand Orient un surcroît de puissance.
D’autre part, le Grand Orient, poussé par les circonstances à l’adoption d’une tactique nouvelle, comprenait tout le bénéfice qu’il en pourrait tirer.
Cette tactique nouvelle consistait pour lui à s’incorporer enfin le Rite Ecossais. Jusqu’alors, quoi qu’aient prétendu ses thuriféraires, il s’était incorporé des puissances écossaises — mais non leur rite qu’il leur avait toujours permis de pratiquer à condition qu’elles demeurassent pour les trois premiers grades fidèles à ses Règlement Généraux. C’était là.la clause restrictive de leur reddition. Voyons par exemple sa circulaire du 24 juillet 1776, signée
LE RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ
par son Grand Administrateur le duc de Luxembourg — circulaire dans laquelle il explique à ses ateliers « les motifs de son Traité d’Union avec les Directoires Ecossais », succursale française de la maçonnerie réformée d’Allemagne. Il y fait nettement la démarcation entre les premiers degrés dont l’administration lui appartient et les degrés supérieurs qui échappent à sa compétence. Et pour justifier auprès de leurs membres ce qui pourrait leur apparaître comme une concession contraire à l’hégémonie désirée, il commente ainsi la situation respective des deux corps:
« Comment s’annonçaient les Directoires? Comme des corps distincts de la Maçonnerie Française, quant aux hauts grades . Sous cet aspect, étaient-ils coupables envers le G.'. O-*- d’avoir été chercher hors de lui ce qu'il n'aurait pas pu leur donner ? Le Grand Orient, jusqu'à ce jour borné au symbolique , a-t-il jamais fait un crime aux maçons soumis à son administration de rechercher les grades supérieurs, et de se former en corps pour les travaux de ces grades? Devait-il donc leur en faire un d’avoir recherché ceux du Rit Ecossais?
...Ils ne s’attribuaient que le droit de former des établissemens du rit Ecossais. Ce rit est étranger au Grand Orient , ainsi ce n’était pas entreprendre sur son empire (1). »
Le Grand Orient laisse donc aux Ecossais venus à lui la liberté absolue de suivre leurs travaux particuliers, sans se reconnaître sur eux un droit d’examen (2). La phrase du traité ne peut prêter à double sens :
« Le Grand Orient, ne connaissant pas le rit écossais, ne peut en scruter les degrés ni les travaux. »
C’est cette clause qui autorisait d’ailleurs les loges passées sous son obédience à continuer de s’appeler « écossaises ».
Seulement, maints frères du Grand Orient, dont l’activité ou la vanité se trouvait réduite aux trois premiers degrés, auraient
(1) Ce ne sera plus l’avis du G.‘. 0.‘. lorsqu’il modifiera sa tactique à l’égard de ce rite. Sa circulaire imprimée du 30 novembre 1829, par laquelle il attire l’attention des ateliers de sa correspondance sur les Statuts Généraux (édition de 1826) porte : « Ce code peut être regardé comme une œuvre nouvelle... En effet, il embrasse tous les Rits reconnus, et notamment le Rit écossais, ce que ne faisaient pas les règlemens antérieurs, qui n’avaient été rédigés que pour le Rit français, quoique le G.\ 0.\, et avant lui , la Grande Loge , qu'il a remplacée pratiquassent l'Ecossisme depuis son introduction en France. »
(2) « Les Directoires Ecossais avec lesquels le Grand Orient avait fait alliance en 1776 avaient, au* termes de leur traité, continué de constituer en France des Loges et des Chapitres de leur régime , qui n’avaient jamais eu avec le Grand Orient que des rapports fraternels d’affiliajtion, restant à peu près en dehors de sa juridiction. » (Jouaust) : Histoire du Grand Orient de Frafice, Rennes-Paris, 1865; in-18. pp. 259-260.
CRÉATION D’UN SUPREME CONSEIL EN FRANCE
bien voulu eux aussi pratiquer les hauts grades. Pour contenter leur ambitieux désir, le Grand Orient, après une longue hésitation, avait fini par ajouter aux grades d’apprenti, de compagnon et de maître, ceux d’Elu, d’Ecossais, de Chevalier d’Orient et de Rose-Croix, qui créaient dans son sein une hiérarchie particulière de sept degrés, avec un symbolisme nouveau. Cette hiérarchie avait l’inconvénient des innovations. Elle pouvait satisfaire les membres du Grand Orient inféodés au rite français, mais elle contrariait les frères écossais de l’obédience, accoutumés à un ritualisme plus riche et plus complexe. Ce ritualisme, existant depuis nombre d’années, s’était propagé, avec de minimes divergences, dans tous les pays où florissait l’Ecossisme. Donc, lui substituer les grades du Grand Orient infériorisait les possédants devant les Puissances étrangères. C’est ce que fit remarquer le frère Abraham dans une lettre ouverte adressée aux loges écossaises, et qui fit d’autant plus scandale que l’auteur l’avait publiée anonymement, avec cette épigraphe empruntée à la Genèse : Israël , Israël , reviens au Seigneur ! (1) :
Telle est, disait-il, notre position: les hauts grades, en France, ne ressemblent en rien à ceux reconnus dans l’Allemagne, la Russie, la Prusse, la Suède, le Danemark, les Etats-Unis d’Amérique, l’Angleterre, l’Islande et l’Ecosse; le Rhin et les mers sont devenus, pour les Francs-Maçons, ce que le Styx fut pour les anciens, la séparation des vivans et des morts. »
Et il terminait en disant :
« Je vous invite à notifier au Grand Orient de France, de concert avec les Maçons Ecossais, votre ferme et, inébranlable résolution de conserver, dans votre atelier, ce Rit précieux en ce qui concerne les Hauts Grades. »
Le Grand Orient s’émut. La lettre risquait trop de réveiller le vieil orgueil des écossais. En réponse, il fit parvenir à ses ateliers, le 12 novembre 1802, une circulaire dans laquelle, oubliant les promesses faites dans ses Traités avec les Mères Loges et les Directoires, il « déclarait irréguliers et bannissait de sa correspondance les Ateliers qui donneraient asile aux loges professant des rites étrangers à ceux reconnus par lui ou qui auraient des rela-
(1) Paris (juin 1802), pièce in-8°. Reproduite, cette fois, avec le nom de l’auteur dans le Miroir de la Vérité, loc., cit., T. Il F (1803), pp. 64-67.
LE RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ
tions avec elles » (1). Le Rite Ecossais se trouvait classé parmi ces rites étrangers.
« Comment, disait cette circulaire, en parlant des Ecossais, comment ont-ils pu penser qu’une institution qui subsiste en France depuis plus de 1.300 ans, dût emprunter de Vétranger des connaissances qu’elle leur porta la première? (2). »
U convenait de relever, outre cette double et presque inconcevable erreur historique, la prétention qu’elle affichait. Ce fut la loge La Parfaite Union de Douai qui s’en chargea en envoyant, le 8 décembre suivant, à toutes les loges sœurs une longue protestation où elle se montrait stupéfaite de l’ostracisme jeté sur le Rite Ecossais.
« Quel coup cruel porté aux principes maçonniques! — s’écriaitelle. Quelle subversion de toutes idées libérales et franches qui doivent distinguer les maçons du reste des hommes!... Ce n'est point là l'ouvrage d’une infinité de membres respectables du Sénat conservateur de la Maçonnerie (3). »
Toute cette protestation, signée du Vénérable Delalande, des officiers et des membres de l’atelier, n’est qu’un dithyrambe à la gloire de l’Ecossisme « institution sublime ».
« Quoi! des frères engagent franchement leurs frères à rester fidèles au rit Ecossais qu’ils ont juré de suivre, quant aux Grades Supérieurs, et voilà des insinuations captieuses!... O Grand Orient de France! L’Ecossisme existait avant la Révolution, et jamais l’Ordre maçonnique ne fut plus brillant... »
La Loge Les Enfants de Minerve de l’Orient de Paris, dans un rapport fort sévère du frère Escoffier, s’associe à la réclamation de la Parfaite Union. On y réédite les inconvénients d’ordre fra-
(1) (Jouaust) : Histoire du Grand Orient , loc. cil., p. 260.
(2) Comment concilier cette phrase avec la prétention qu’affiche, par ailleurs, le Grand Orient d’avoir été en Amérique le premier importateur du Rite Ecossais? Nous n’avons pas parlé, en raison de son peu de fondement, de la campagne qui fut faite par Findel et quelques écrivains français, attribuant la création du Rite Ecossais A et A. à Charleston par des Juifs « courant le monde, spéculateurs en grades, menteurs et faussaires éhontés ». Le frère Albert Pike, Souverain Grand Commandeur de la Juridiction Sud des Etats-Unis, a fait victorieusement justice de ces imputations calomnieuses. Croyant à tort que Clavel est du Grand Orient et que, comme Ragon, il sert systématiquement la cause de ce dernier, il dit de ces deux auteurs, avec une mauvaise humeur un peu vive, que « n’était leur qualité de maçons, ils seraient aussi obscurs et inconnus que des vers de terre ». (Cité par G. Jottrand dans Travail sur les Constitutions de 1786,... loc. cit ., p. 112.)
(3) Cette opinion, que le Grand Orient dans son ensemble n’est pas responsable du caractère hostile de certaines mesures, sera si souvent répétée que nous avons cru devoir souligner cette première constatation qui en est faite.
CRÉATION D’UN SUPREME CONSEIL EN FRANCE
ternel qui existent pour les frères écossais à adopter la série des Hauts Grades créés par le Grand Orient.
La Loge La Réunion des Etrangers , également parisienne, provoque dès sa création des tenues orageuses, où, à la mode du temps, les poètes se joignent aux orateurs pour commenter avec défaveur l’attitude du Grand Orient. L’un d’eux, le frère Millet jeune, y chante en Août 1803 sur l’air « Femmes , voulez-vous éprouver » :
On nous conteste d'Ecossais Le nom vénéré sur la terre ,
En formant des maçons finançais (1)
A l’ordre on déclare la guerre ,
Pour prévenir de tels malheurs ,
Un pareil intolérantisme ,
Jurons, en dépit des clameurs ,
De suivre toujours l’Ecossisme (2).
Cette loge, qui « s’était fait constituer au Rite Ecossais par la Loge-Mère de Marseille » (3), vote, elle aussi, des résolutions blâmant la proscription de l’Ecossisme. Elle ne se contente pas de les a buriner » sur son livre d’architecture, elle les livre à la publicité, déclarant « à l’unanimité qu’elle est et demeurera constamment attachée au Rit Ecossais, qu’elle mettra sa gloire à conserver dans toute leur intégrité et leur pureté les statuts et les principes du sacré et antique Ecossisme, que cependant elle n’en restera pas moins attachée au Grand Orient de France (4). Le Grand Orient n’avait pas admis cet amour partagé et avait rayé la loge de sa Correspondance. Le Concordat, changeant tout à fait sa politique à l’égard du Rite Ecossais, allait avoir l’avantage d’apaiser le vent de fronde qui, depuis une année, soufflait parmi certains de ses ateliers. Le Grand Orient, qui hier encore refusait à ceux-ci le droit de pratiquer un rite « étranger », l’accueillait lui-même par une politique adroite — susceptible, en dissipant un dangereux malaise, de consolider sa situation. Et une conséquence
(1) Quant aux Hauts Grades. (Noie de l'auteur des Couplets).
(2) Couplets. In Le Miroir de la Vérité, T. III, p. 232.
(3) (Jouaust) : Histoire du Grand Orient, loc. cit., p. 260.
(4) Circulaire du 20 avril 5803, publiée dans une pièce in-8° à couverture rouge portant ce simple titre : O.', de Paris, Van de L.\ G.’. L \ 5803 CD écossaise de la Héunion des Etrangers.
138 F,E RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ
forcée de cette politique fut la réintégration dans son sein de la loge La Réunion des Etrangers. L’argument du frère Abraham faisant valoir que les degrés écossais donnaient à leurs possesseurs l’accès dans les temples des Hauts Grades de l’étranger n’était peut-être pas dénué de fondement. Il semble en effet avoir touché le Grand Orient si l’on en juge par le préambule du Concordat qui débute ainsi :
« Le Grand Orient de France régulièrement assemblé sous le point géométrique connu des seuls vrais maçons, désirant les faire participer non seulement aux travaux des ateliers compris dans le cercle dont il est le centre, mais encore leur procurer un accueil certain et distingué dans tous les temples élevés sur la surface du globe ... »
Le Grand Orient reconnaissait les 33 degrés de l’Ecossisme. Il conservait la gestion des loges bleues et des chapitres et abandonnait à un Grand Chapitre Général placé sous l’autorité dogmatique du Suprême Conseil la direction des ateliers plus élevés.
Voici quel était dans le Concordat le passage relatif aux attributions de ce dernier :
DU GRAND CONSEIL DES DEPUTES INSPECTEURS GENERAUX DU 32 e DEGRE ET DU SUBLIME CONSEIL DU 33 e .
« Le Grand Orient de France possède dans le Grand Chapitre Général le Grand Conseil du 32 e degré et le Sublime Conseil du 33° degré.
« Les attributions du 33 e degré, indépendamment de celles qui appartiennent à sa fonction, sont de s’occuper des plus hautes connaissances mystiques et d’en régler les travaux.
« Il prononce sur tout ce qui tient au point d’honneur; il peut destituer un Grand Officier du Grand Orient de France, par suite des plaintes et dénonciations qu’il reçoit exclusivement de la part de celui des Ateliers auquel appartient l’Officier inculpé, d’après les formes maçonniques.
« Le Suprême Conseil du 33 e degré peut seul réformer ou révoquer ses décisions. »
Et plus loin; ,
« Le 33 e degré n’appartient qu’au Sublime Grand Conseil de ce nom, qui seul peut le conférer.
« La demande d’un grade supérieur à celui dont on est pourvu, sera nécessairement formé par le Chapitre auquel appartient l’aspirant. En cas de refus, il peut se pourvoir auprès du Conseil du
CRÉATION DIN, S IP REM K CONSEIL EN FRANCE
32 e degré qui statue définitivement, d’après les informations qu’il fait prendre de la manière qu’il juge convenable, après avoir pris Pavis du Sublime Conseil du 33 e degré.
« Les Inspecteurs Généraux du Rite Ecossais, reconnus pour tels jusqu’à ce jour, sont membres nés du Grand Conseil du 32 e degré. »
C’était là un Traité cTUnion si avantageux pour tous les frères, qu’il fut voté des deux côtés avec enthousiasme — et avec un enthousiasme si spontané que le 5 décembre — c’est-à-dire un mois après la fondation de la Grande Loge — le comte de Grasse- Tilly prêtait serment de fidélité au Grand Orient au nom des Ecossais, et les officiers du Grand Orient initiés aux Hauts Grades de l’Ecossisme en faisaient autant à l’égard du Suprême Conseil.
On tint à honorer particulièrement ceux qui avaient été les principaux artisans de Y Acte d’Union. L’article Y des Dispositions générales porte :
Les respectables frères: de Montaleau, Challan, et Bacon de la Chevallerie, membres du Grand Orient,
Les respectables frères: le maréchal Kellermann, de Grasse-Tilly et Pyron, membres de l’ancien rit accepté, sont proclamés membres honoraires de toutes les loges et de tous les chapitres de France, comme premiers coopérateurs de la présente organisation,
Les respectables frères: le maréchal Massena, Doisy, Defoisy, Angebaud, Dubosq, Pajot aîné, Pajot jeune, et Maugeret, membres du Grand Orient,
Les respectables frères: Lacépède, Hacquet, Godefroy de la
Tour d’Auvergne, de Trogoff, Thory, Bailhache, etc. membres de
l’ancien rit écossais ancien et accepté, sont proclamés affiliés libres de toutes les loges et de tous les chapitres de France.
Il sera frappé vingt-une médailles en commémoration de la Réunion Générale de l’Ancien Rit Ecossais Accepté, au Grand Orient de France; elles leur seront données le jour de la fête générale destinée à consacrer cette mémorable journée. Ils la porteront en forme de bijoux. La commission en réglera le type, de concert avec la grande loge d’administration générale.
Thorv donne la reproduction de cette médaille à la fin de son livre Annales Ofiginis..., mais il ajoute qu’elle fut seulement gravée, la frappe n’en ayant pas été faite en raison des événements qui suivirent. Il se trompe vraisemblablement puisque Thévenot, dans sa Quatrième au F.*. Bagary (1), nous fait connaître le montant de la facture de l’orfèvre Auguste datée du 11 février 1805
LE RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ
— montant que ce bon serviteur de son obédience entend mettre dans sa totalité à la charge du Suprême Conseil.
Les difficultés naquirent lorsqu’il s’agit d’établir, d’après les nouvelles conventions, les Règlements Généraux de la maçonnerie. Les commissaires des deux partis se mettent malaisément d’accord sur la rédaction des statuts.
On trouve, du côté du Grand Orient, que l’on a fait la part trop belle au Suprême Conseil et on tente de la rogner. La prérogative à lui accordée de « prononcer sur tout ce qui tient au point d’honneur et de destituer (s’il y a lieu) un Grand Officier du Grand Orient » lui est enlevée et revient au Grand Orient. Il cesse aussi de faire partie du Grand Chapitre Général, où d’autres rites sont représentés, pour ne conserver la puissance dogmatique « que pour chacun des 33 degrés formant la hiérarchie du Rit Ecossais Ancien Accepté ». Le Suprême Conseil ne regimbe pas trop contre ces corrections au texte primitif. Certains incidents, plus caractéristique du mauvais vouloir de son associé, l’inquiètent davantage. Les loges du Grand Orient reçoivent l’état annuel de leur obédience, aucune allusion ne s’y trouve faite au Concordat, ni à la réintégration de la loge Ecossaise de la Réunion des Etrangers « toutes les formes et qualifications proscrites par le Concordat y étaient soigneusement conservées (1) ». Un dignitaire
— vraisemblablement un de ceux que l’on appellera plus tard « les meneurs du Grand Orient » — prononce un discours « tendant à avilir l’Ecossisme » que le Grand Orient, loin de désavouer, dépose dans ses archives.
Le malaise croît, couvant un orage qui éclate le 24 juillet 1805. Ce jour-là, le Grand Orient rend un décret par lequel il institue dans son sein un Directoire des Rites dont les attributions dépouillent le Suprême Conseil de son autorité dogmatique et lui enlève même la prérogative à lui reconnue de la collation des Hauts Grades. Le Suprême Conseil témoigne à juste titre de son
(1) Entre autres le titre de « Grand Vénérable » que portait Rœttiers de Montaleau et qui, ne pouvant plus s’adapter à un organisme possédant les Hauts Grades Ecossais, devait être remplacé par celui de Représentant du Grand-Maître. Notons que Roettiers convint loyalement de la faute commise et qu*il fil cartonner la page de l’Etat qui lui laissait son ancienne qualité.
CRÉATION D 5 UN SUPREME CONSEIL EN FRANCE
émotion. Le Grand Orient fait la sourde oreille. Pis! il raye de la liste de ses officiers le frère Pyron, Orateur du Suprême Conseil, dont le zèle en faveur de l’Ecossisme semble (peut-être avec raison) excessif. On reviendra sur cet arrêté et à l’unanimité plus tard... trop tard, en 1811. Alors les Officiers du Rite Ecossais se réunissent le 6 septembre 1805 chez le maréchal Kellermann et votent l’Ordre du jour suivant, qui est envoyé au Grand Orient, revêtu de quatre-vingt-huit signatures :
« Les Princes Maçons Souverains Grands Inspecteurs Généraux membres du 33 6 degré en France, formés en Grand Consistoire sous la présidence du Très 111'. f*. le maréchal de l’Empire Kellermann, avec les Souverains Grands Inspecteurs généraux du 33 e degré hors de France, et avec les Princes Maçons députés inspecteurs du Royal Secret-*, et délibérant en commun avec les Vénérables des loges écossaises et autres membres, du même Rit présents à la délibération et convoqués extraordinairement:
« Considérant: que la Grande Loge Générale Ecossaise de France s’était unie au Grand Orient d’après les communications qui lui avaient été faites par un Prince Maç.*. jouissant à juste titre de la confiance générale,
« Qu’il en était résulté un Concordat entre les deux Rites auxquels ont présidé notamment les Très 111*. FF.*, maréchaux d’Empire Kellermann et Masséna
« Que le Concordat a été accepté par les deux Rites et sanctionné dans l’Assemblée générale du cinquième jour du dixième mois 5804, et consacré par les signatures et prestation de serment de chacun des membres d’êtres fidèles à son exécution.
« Que les membres du Rite Ecossais ont scrupuleusement observé et exécuté les défférentes dispositions contenues dans ce Concordat, tandis que les membres du Rite moderne ont aboli:
« 1° Le Conseil des vingt-sept, le Grand Consistoire du trentedeuxième et le Souverain Conseil du trente-troisième degré, en substituant un Directoire des Rites auquels on concède la faculté de ne reconnaître que ceux qu’il lui conviendra d’adopter, au mépris du Concordat qui unissait au Grand Orient tous ceux professés sur les deux hémisphères;
« 2° Les fonctions de Représentant particulier du Grand Maître auxquelles ils ont substitué une place de Président de tous les travaux,
« 3° Qu’ils ont dénaturé et même annulé la nouvelle organisation maçonnique consacré par le Concordat, sous la foi duquel le Rite Ecossais avait consenti de s’unir au Grand Orient;
« 4° Qu’ils ont mis à l’écart les lois, Statuts et Réglements généraux, ainsi que les formalités voulues par ces mêmes lois qui étaient une garantie pour tous les Maçons qui les observaient;
« Ont décrété à l’unanimité de quatre vingt-huit boules blanches, le scrutin n’ayant rapporté aucune boule noire, les articles qui suivent:
« Article premier. — L’ancien Rite Ecossais n’est plus uni au
142 LE RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ
Grand Orient. Le concordat du troisième jour du dixième mois 5804 est rapporté.
« Art. II. — La Grande Loge Ecossaise est rétablie. Ses travaux: seront remis en activité dans le plus bref délai; à cet effet les anciens membres sont dès à présent convoqués pour reprendre leurs fonctions provisoirement.
« Art. III. — Une commission, composée de douze Princes maçons, présentera dans la séance indiquée au seize de ce mois, les articles provisoires de cette constitution et d’une nouvelle organisation. Les membres de cette Commission sont les RR/. FF *. :
Maréchal Kellermann, Grand administrateur de la Grande Loge écossaise.
Pyron, Grand Orateur, idem.
Reiner, Grand Secrétaire.
Thory, Vénérable de Saint Alexandre.
Fondevielle, Vénérable de la Triple Union.
Girault, Vénérable de la Réunion des Etrangers.
Hacquet, Vénérable du Phoenix.
Bailhache, Vénérable de Saint Napoléon.
Saint Eloi, Vénérable de Sainte Joséphine.
De la Flotte, Vénérable de la Parfaite Union.
Le Court Villiers, Orateur de- Saint Napoléon.
Tureau, Orateur de Sainte Joséphine.
Art. IV. — La loge de Saint Alexandre d'Ecosse reprendra dès ce jour son titre de Mère-Loge.
Art. V. — La notification du présent décret sera faite dans la journée de lundi prochain, au Grand Orient de France en la personne de R '- F *. De Montaleau par les Vénérables de la Salle, Hacquet et De la Flotte.
Art. VI. — Il en sera fait part aux RR.*. FF.*. Ecoss.;. de Marseille, Douai, Valenciennes, au chapitre Jacobite d’Arras et au R.'. F.VMatheus de Rouen, avec invitation de nommer sur le champ un député, pour concourir à la formation nouvelle des Statuts et Réglemens du Rit Ecossais en France et à l’organisation définitive de la Grande Loge et à toutes les Loges, et chapitres, quelque soit leur Rite soit en France ou hors de France sur les deux hémisphères.
Art. VII. — Néanmoins, la présente délibération ne recevra son exécution définitive qu’autant que le Grand Orient de France n’aura pas rétabli, d’ici au quinze de ce mois exclusivement, le concordat du troisième jour du dixième mois dans toutes les dispositions qu’il renferme, tel qu’il a été signé par les Commissaires des deux Rites, et qu’il n’aura pas annulé les différens arrêtés et délibérations par lui prises et qui sont contraires tant aux dispositions qu’aux formes et formalités prescrites par le Concordat; à l’effet de quoi la séance est continuée au seizième jouFde ce mois, pour donner à la présente délibération sa pleine et entière exécution, dans le cas où le Grand Orient n’aurait pas obtempéré à la présente délibération, sauf au surplus à apporter par la suite au Concordat lés changements dont il paraît susceptible, et qui n’en détruiraient pas les bases fondamentales, la pro-
CRÉATION DUN SUPREME CONSEIL EN FRANCE
position ne pourrait en être faite que par les premiers commissaires rédacteurs du Concordat, en nombre égal pour chacun des Rites, et à la majorité absolue des délibérations. En conséquence ceux des membres absens à cette époque seront remplacés par un nombre égal de commissaires pris dans le Rit auquel ils appartiennent.
« Ainsi fait et arrêté le jour, mois et an que dessus. »
Les neuf jours fixés par ce dernier article se passent en pourparlers qui n’arrivent pas à ressouder les deux partis. Chacun d’eux reprend son indépendance.
Le procès-verbal du Consistoire, qui relate le fait, ajoute :
« Il en résulte que le Concordat n’existe plus; que l’union n’est qu’un vain mot, dont l’explication et l’application sont impossibles; que la séparation des deux Rites peut seule ramener à cet esprit de tolérance et de modération, essence de la maçonnerie.
« En travaillant séparément et chacun suivant son dogme, il en résultera un motif d’émulation qui ne pourra que concourir au bien général de la Maçonnerie et de l’humanité...
« Jamais la maçonnerie n’a été plus brillante dans plusieurs empires que depuis la concurrence des rites qui s’y professent et jamais l’humanité ne fut plus puissamment secourue. »
Il y a dans cette acceptation de l’union dans la dualité, si facile chez le Rite Ecossais, et, comme nous allons le constater, si rétive chez le Rite Français, un cas psychologique qui mérite d’être analysé. L’Ecossisme vit toujours sur la conception passée de la maçonnerie où les diverses obédiences vivaient côte à côte sans chercher à se nuire. Le Grand Orient, lui, a Tardent prosélytisme d’une église nouvelle qui s’est magnifiquement imposée en s’adjoignant des cultes plus faibles. Il croit à sa mission religieuse qui est de réunir tous les frères sous sa bannière, à son rôle œcuménique . que contrariaient en somme les dispositions prises avec la Grande Loge Générale Ecossaise. Nous analyserons plus loin, dans un chapitre spécial, cet état d’esprit dont le côté intéressé masque trop l’indiscutable idéalisme.
Pour en revenir au Concordat, sa rupture n’entraîne pas la rupture des relations entre les deux puissances. Une convention intervient, en cinq articles — par laquelle le Suprême Conseil garde le droit de collation et de direction des Grades Supérieurs, et le Grand Orient celui d’administrer les ateliers du 1 er au 18 e
le rite écossais ancien et accepté
degré. Droit que ce dernier ne manque pas de stipuler dans ses Règlements Généraux de 1806.
Malgré la scission qui aura lieu par la suite entre les deux obédiences, le Suprême Conseil est demeuré obstinément fidèle à l’engagement de 1806, et aujourd’hui encore les Rose-Croix du Grand Orient ne sont pas considérés comme irréguliers et trouvent accès comme visiteurs dans les tenues écossaises. Il est donc inexact de dire, comme M. Gaston Martin dans son dernier ouvrage: « Les Rose-Croix et les Kadosch sont — en droit smon en fait — exclus des Chapitres et des Aréopages écossais (1) ». Cela n est vrai que pour les frères ayant des grades supérieurs au 18 e , lesquels ne sont pas reçus, du moins avec les insignes ou les titres de ces
grades.
(1) Manuel d'histoire... loc. cit p. 238.