HEUREUX EFFETS — MORAUX ET MATÉRIELS — DE LA DUALITÉ
A quoi bon maintenant entrer dans les détails de leur gestion respective? Ces deux corps n’ont fait depuis que croître et embellir. Les anciens combattants de la Grande Loge Symbolique ont presque tous disparu. De nouvelles générations sont venues. Les querelles anciennes sont entrées dans l’histoire. Les questions irritantes, au point de vue confessionnel, qui avaient inspiré la politique profane durant les premiers lustres de la République, ont aussi perdu de leur acuité au sein des ateliers bleus. Ceux-ci qui, sans expulser tout à fait le Grand Architecte de l’Univers, avaient créé pour les « cas de conscience » trop intraitables des diplômes expurgés de la formule, sont, avec les années, revenus à une plus exacte compréhension du « devoir » maçonnique. Aujourd’hui l’invocation symbolique se trouve rétablie dans les rituels et dans les pièces officielles de la Grande Loge de France. L’influence du Suprême Conseil, ou mieux, des Ateliers supérieurs fit beaucoup pour ce retour aux respectables traditions. La majorité des membres du Suprême Conseil sont Vénérables ou officiers de loges bleues, ce qui leur avait été longtemps interdit lorsque ces loges étaient placées sous leur autorité (Décret du 21 novembre 1829 ne leur permettant que le titre de « Vénérable d’honneur » qui est une dignité et non un poste).
Car cette lune de miel, qui ne brilla guère aux premières années de leur mariage, éclaire aujourd’hui les relations de la Grande Loge et du Suprême Conseil. L’un et l’autre ont bénéficié
de cette alliance désormais sans nuages. Le Suprême Conseil a depuis longtemps décidé que seuls auraient accès dans ses ateliers les membres de la Grande Loge de France, et ceux-ci ont de plus en plus répondu à son appel et à ce parfait témoignage de solidarité écossaise.
Les Hauts Grades, longtemps peu florissants et que la fondation de la Grande Loge semblait devoir affaiblir encore, y ont gagné au contraire d’être plus fréquentés et plus appréciés. Un Très Puissant Grand Commandeur, le frère Jean-Marie Raymond, par son activité intelligente et son inlassable persévérance, fut surtout l’artisan de cette rénovation.
Au mois de décembre de chaque année le Suprême Conseil et la Grande Loge de France dressent le bilan moral de leur situation dans une cérémonie officielle, datant des origines du Rite, qui porte le nom rituel de Fête de l’Ordre. Et c’est une occasion pour les deux Puissances d’affirmer solennellement, par l’éloquence de leurs dignitaires et la présence de leurs députations, l’indéfectible unité de la Famille Ecossaise.
Comme toute création dont la qualité s’est affirmée, la Grande Loge de France a un erzatz dans une obédience créée en France, contrairement aux règles internationales, sous la suzeraineté clandestine de la Grande Loge d* Angleterre. Bien que ne comptant qu’un nombre infime de Français, dont les noms « placés en avant » servent à dissimuler son caractère presque exclusivement britannique, elle a tenté de provoquer une confusion dans l’esprit des étrangers en osant s’intituler Grande Loge NATIONALE indépendante et régulière pour la France et Zes Colonies françaises. Le patronage dont elle se recommande lui a valu la reconnaissance officielle de quelques rares puissances trop portées à considérer ce patronage comme infaillible et d’autre part insuffisamment documentées sur l’état de la Franc-Maçonnerie en France. En réalité, malgré le puffisme de son annuaire où figurent des loges introuvables et léthargiques, cette Grande Loge Nationale n’a ici qu’une existence larvaire, et si nous lui consacrons ces quelques lignes dans cette Histoire où nous n’a-
vions pas à la connaître, c’est afin d’éclairer les lecteurs lointains que le mensonge de son titre aurait pu ou pourrait encore tromper. La Grande Loge de France n'a guère eu à souffrir, d’ailleurs, de cette fallacieuse concurrence, comme en témoigne le nombre des ateliers qui, dans toutes les régions du pays et de ses colonies, ont depuis sa naissance, demandé son investiture.
Le Rite Ecossais n’a jamais cessé d’observer le landmark d’Anderson — rappelé par Ramsay dans son Discours — qui proscrit la femme des Assemblées maçonniques. Toutefois la Grande Loge de France a repris une tradition suivie au xvm” siècle par diverses puissances maçonniques, en créant pour les femmes des Loges d’adoption. Ces loges ne sont autorisées que sur l’initiative et sous la responsabilité des ateliers masculins sur lesquels elles sont « souchées », et leurs travaux s’effectuent sous la surveillance des officiers de ces ateliers. Nous ne pouvons refaire ici l’historique de cette maçonnerie particulière, qui fut jadis assez florissante dans notre pays. Contentons-nous de rappeler qu’elle diffère tout à fait de la maçonnerie proprement dite et par son ritualisme et par ses moyens de reconnaissance. L’Obédience apporte d’ailleurs à son recrutement une circonspection telle que trois loges d’adoption seulement travaillent au « climat » de Paris, et qu’il n’en existe plus actuellement qu’une seule pour toute la province française.