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LES SOURCES DU DISCOURS DE RAMSAY

Ne parlons pas du personnage.

Non qu’il soit méprisable, ni comme écrivain, ni comme maçon, mais la besogne a été faite. Et bien! M. Compignv des Bordes de Villiers-de-l’Isle-Adam, dans un ouvrage récent (1), joint au juste souci de rendre justice à un auteur trop oublié le plaisir orgueilleux de célébrer en lui un de ses ancêtres. Auparavant, M. Albert Cherel non seulement avait consacré au chevalier de Ramsay un chapitre d’honneur dans sa magnifique étude sur Fénelon (2), mais il avait aussi écrit sur lui tout un livre (3), où il le montre tel qu’il fut: un travailleur de la plume, de talent passable et verbeux, qui croit bonnement qu’on peut améliorer l’humanité avec de la grandiloquence et de saines pensées, et dont l’âme cherche parmi les religions en cours un remède à ses inguérissables inquiétudes.

Cette mentalité explique le maçon, et le Discours. On classa le chevalier parmi ceux qui se plurent à compliquer de gestes rituels et de menées secrètes l’ambition politique de ses maîtres — lies Stuarts — auxquels l’attachaient sa fortune, ses tendances et son pays d’origine. Il fut quelques mois précepteur du fils du

(1) Les Entretiens de Cambrai. Fénelon et le chevalier de Ramsay, Paris, 1929, in-4°.

(2) Fénelon au xvm® siècle en France (1715-1820). Son prestige, son influence. Paris, 1918, gd in-8°.

(3) Histoire de l’idée de tolérance. Un aventurier religieux au xvm e siècle. André-Michel Ramsay ; Paris, 1926’, in-8°.

LE PSEUDO-CRÉATEUR DES HAUTS GRADES

Prétendant: Charles-Edouard, embrassa fervemment le catholicisme après avoir mis son âme au régime décevant d’autres églises et... il était né à Ayr en Ecosse.

Ces raisons ne constituent pas une raison. Les coïncidences sont les dangereuses sirènes de l’historien. 11 cède d’autant plus facilement à leur séduction que cette séduction se masque de gravité. Un jour vient cependant où un pilote plus averti aperçoit l’écueil, et s’oriente vers un port moins enchanteur, mais plus sûr.

Nous allons donc faire de l’érudition — surtout pour certains exégètes qui, depuis quelques lustres, accordent ou refusent à Ramsav l’honneur d’avoir dédié à ses frères une prose immortelle.

Car elle est immortelle, cette prose.

Elle éclaire en France la gloire et la gloriole de la maçonnerie naissante, et, comme nous l’avons dit, tous les camps s’émerveillent de l’avoir inspirée.

Il importe donc de savoir à qui nous la devons, et si André- Michel Ramsav doit en assumer la paternité devant une postérité plus curieuse que ses contemporains et plus éprise de clarté.

Aujourd’hui les commentateurs de l’Ordre ne décident point -comme leurs aînés, selon leurs préférences personnelles. Nous disons « comme leurs aînés » et non comme leurs aïeux. Ceuxci prêtent plus d’attention au texte qu’à leur auteur. Que le Discours soit attribué au Grand Maître ou à Ramsay, peu leur ohaut. Aucun d’eux, au xviii 6 siècle, ne s’avisa de gloser sur une question d’aussi restreinte importance. Au xix e siècle, c’est autre chose. On part en guerre contre les Hauts Grades, et, comme il n’est pas d’effet sans cause et pas de cause sans responsabilité, Ramsay est l’hérétique voué à l’opprobre pour avoir pavoisé la simple architecture des anciens maçons d’oriflammes fantaisistes et de pennons chevaleresques.

Nous sommes devenus à la fois plus indiscrets et plus sérieux. De nombreux historiens, interprétant mal le passage d’un livre du xviii 0 siècle, dont nous parlerons plus loin, ont fait au duc d’Antin l’honneur d’une éloquence aussi nourrie de savoir.

LE RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ

M. Gaston Martin, après des hésitations qui l’honorent, a fini par attribuer nettement à Ramsay la paternité du Discours. M. Le Forestier n’en doute plus. Nous croyons aujourd’hui le fait définitivement établi. 11 est cependant nécessaire d’y revenir,, non seulement pour en pouvoir tirer les conséquences historiques qui s’imposent, mais parce que des écrivains contemporains ont encore réédité la légende du duc d’Antin, auteur du: Discours (1).

Ce célèbre Discours ne marque pas, comme on l’a prétendu, la doctrine particulière de l’Ecossisme. Nous sommes à uneépoque — 1738 — ou la première maçonnerie écossaise a abandonné ses visées conspiratrices et dynastiques, et où la libéralité — relative — du régime qui a suivi la mort de Louis XIV, lui a permis de s’adapter aux coutumes françaises de l’Institution.

Il y a alors, nonobstant les défenses officielles, une sorte d’extériorisation maçonnique — mesurée — qui provoque divers écrits relatifs à la « secte ». Comme ce Discours, tant par ses qualités de style que par ses aperçus ingénieux et flatteurs, fait honneur à tous les frères, ceux-ci ne manquent pas d’en orner leur littérature. En raison de l’originalité et de la nouveauté du sujet, des éditeurs sans vergogne trouvent également plaisant de se l’approprier. Résultat: cette prose, réservée aux ateliers, acquiert, comme nous l’allons voir, une publicité assez étonnante.

On la trouve imprimée pour la première fois dans un petit in-12 intitulé Lettres de M. de V *** avec plusieurs pièces de différens auteurs. L’indication: La Haye, chez Pierre Poppy est une supercherie destinée à dépister le flair de la police et dissimule la ville de Rouen. Barbier, dans son Dictionnaire des Anonymes, indique 1739 comme date de la parution — à tort, car l’exemplaire que nous avons eu entre les mains portait 1738.

(1) R.C. Feuillette : Précis de VHistoire du Grand Orient de France, Paris, 1928, in-18; p. 26. D’autre part, M. Arthur Groussier a écrit récemment : « Dès 1740,’ notre Grand Maître, le duc d’Antin, invitait les Francs-Maçons à seconder la confection de l’Encyclopédie » ( Discours prononcés à la séance de clôture du couvent le samedi 2U septembre 1927... Paris, 1928, pièce in-8°; p. 175). Il faut ajouter, à la décharge de cet auteur, qu’il s’est depuis montré plus circonspect, au sujet de l’attribution du Discours, dans son excellent et consciencieux résumé Grand Orient. • — Principaux faits et dates de son histoire 1725-1771, publie anonymement à Paraisen 1928, pièce in-8°; pp. 7 et 8.

LE PSEUDO-CRÉATEUR DES HAUTS GRADES

Ce recueil est un de ces recueils clandestins comme il en paraissait beaucoup en ce moment, où Ton abritait sous l’autorité (non sollicitée!) d’un écrivain en vogue, un pot-pourri de morceaux fort dissemblables. Le titre même Lettres de M. de V *** est un titre fallacieux. Pour le justifier — dans une très petite mesure — on a imprimé, pour commencer, la lettre de Voltaire sur les Anglais où il traite de l’âme, et qui forme la 26° de ses Lettres philosophiques. C’est la seule. Elle est suivie de poésies dites légères, de Voltaire, Piron, Grécourt et... d’anonymes, et dont plusieurs (particulièrement celle sur l’abbé Terrasson, l’auteur de Sethos ) sont extrêmement licencieuses. C’est dans un tel voisinage que l’on découvre, de la page 47 à la page 70, le Discours prononcé à la Réception des Free-Maçons par M. de Ramsay, grand Orateur de l'Ordre.

Ce discours s’accompagne des Statuts suivants que nous reproduisons, avec leur orthographe particulière:

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