‹ Histoire de la Franche-Comté ancienne et moderne, précédee d'une description de cette provinceChapitre 9 sur 52 · LE DOUBS · texte numérisé non relu

LE DOUBS

<k pUumr. Ijn hauteurs et lt*8 vallons roinpris entre les sommités des deux prraiièrrs chaînes du Jura forment, avec t*arrondiss(*ment de Pontarlier et les raaimis do Russey, de Malche, de Saînt-Hippolyte, la première zone climaiêrif|tie et agric^ole du département du Doubs. Cette conti*ée, où la nature se ■Mmtre relM*lle et sauvage, est le séjour habituel des frimas pendant six mois «if l'aniiér : couverte en grande partie d'épaisses forêts de sapins et hérissée dp iDODts aux cimes nues et arides, elle force ses habitants à chercher dans riodnslrie rurale les ressources que leur refuse le soi. L*influence d'une tem- |ifriUirr trèt-basse y rend les vallées peu propres à la culture : le blé y vient ■al ; Torgc et l'avoine sont les seules céréales qu*on y récolte. Mais à C(>ttc^ iasafEtaooe des terres arables il y a une compensation : le revers méridional de» Hiontagoes ofTre d'excellents p&turages pour l'entretien du gros bétail et àrg Donbreux troupeaux de vaches laitières qui alimentent les fruitières ou fromageries.

Le^ principales loc*aUtés comprises dans cette région sont : Pontarlier, au {m%l do preoiier versant occidental des monts Jura, à Textiémité d'une vaste plaÎDe arrosée par le Doubs et le Drugeon ; ville régulièrement bâtie, formée de mes droites et propres, où l'on remarque un beau corps de caserne de cavalerie, le collège, l'hôpital, la halle, l'hôtel de ville, une charmante prome- •ade et de belles forges; — Jougne, autrefois ville célèbre, aujourd'hui bourg iiidttstri<4; — Mouthf, près de la source du l>oul)s, village renommé pour ses aoflubreiises fromageries façon Gruyère ; — Levier, riche des forêts qui couvrent son sol; Arc^sous-Cicon, où l'on voit une glacière naturelle; — Grande Omtbe^ pr(»s de la rive droite du Doubs, loi'alité qui possède une l>elle V(*r* HTie à vitres et à bouteilU*s ; — Marteau, bourg tnVriche où Tinduslrie se joint au travail agriccile, et situé clans un magnifique vallon qui offre de tous r6ié% de riantes habitations, des champs de blé ondoyants, des prés fertiles, flrs pâturages d'une verdure éclatante; — Montlebon et le Lac, communes «lt»Qt l'industrie rurale fait la principale rich(*sse ; — le Hussey et Malche, près i\t\ frontières de la Suisse; — Saint-Uippolyte, petite ville située ilans une IMrûtion très-pittoresque au fond d'un vallon entouré de montignes, et au «onfluent du Doubs et du Dessoubre : les coteaux counmnés de vignes qui avoisinent Saint-llippolyte, la venlure des chanvres que l'on cultive dans les vallées, la b4*auté des forêts qui couvrent lc*s monts les plus élevés, font de rrtie ville et de ses environs un tableau des plus charmants.

La scroniie zone ou région de la moyenne nwnlagne, formée des deux (*haioi*^ iuférieun»s du Jura, comprend l<»s cantons d'Amancey, Ornans, Vercel, IVrrefoniaine, Pont-de-Roide, Blamont, etc. Otte région, sous une tem|K»ratorc moins rigoureuse (|ue celle de la haute montagne, |H*rmet la culture du froment ; le terrain y (*st pn»pn* aussi à la pro<lurtion des céréales de print4-m|M et à l'élève du l>étail; quelques vignobles occupent même les ex|K)sitions (la miili. On y trouve d(* belles et ricli<*s valiïH*s et «les plaines assez étendues; Wrhèoes et les hêtn*s sont les <*ss4»nres qui com|H>s<'nt généralement les forêts rf|iandues sur les montagnes de cette |>artie du département. Omans en est

la localité la plus importante : cette ville, située sur la rivière de la Loue, dans un riant et pittoresque vallon couvert de riches cultures, se divise en deux parties communicjuant entre elles par deux ponts de pierre. On y remarque de nombreuses fontaines jaillissantes, qui fournissent a chaque quarlier des eaux abondantes et salubres; Thôtel de ville, édifice solidemenl construit; l'hospice civil, bâtiment si agréablement situé, qu'on le prendrait plutôt pour une maison de plaisance que pour l'asile de la souffrance; l'église paroissiale, que l'on croit du quinzième siècle, vaste édifice composé de trois nefs bien éclairées et où l'on voit plusieurs bons tableaux. Après Ornans, les communes les plus considérables sont : Mouthiery également situé dans le magnifique vallon de la Loue; — Lods^ renommé pour ses forges, ses tréfileries et sa belle fabrique de fil de fer à cardes; — VuUlafans, dans une conli*ée qui donne des vins d'assez bonne qualité, et où l'on remarque une belle papeterie mécanique; — Ainancey cl Déservillers, villages aux campagnes fertiles; — Vercely bourg réputé pour ses foires à bœufs; — Pierrefontainey auprès duquel se trouve une curieuse glacière naturelle; — Pont-de-Roidey sur la rive gauche du Doubs, localité qui depuis peu s'est enrichie de vastes et superbes usines; — Blainont, au pied des montagnes, près des frontières de la Suisse, et Hériinoiicourty qui possède une grande manufacture de vis a bois, une filature de coton et des forges et fonderies pour la fabrication des ressorts d'horlogerie, des lames de scio, etc.

Quant à la troisième zone ou région de la plaine, elle est la plus fertile du Doubs; elle se prête à tous les genres de culture, elle produit toutes les espèces de grains, et parmi se^ coteaux couverts de vignobles étendus, il s'en trouve qui donnent des vins assez bons. Cette contrée est aussi la plus peuplée du département : formée des terrains enclavés entre les rivières du Doubs et de rOgnon, elle se prolonge vers le nord de manière à embrasser les cantons de Montbéliard et d'Audincourt, c'est-à-dire qu'elle comprend les cinq sixièmes de l'arrondissement de Besançon et les parties des arrondissements de Baumeles-Dames et de Montbéliard qui avoisinent le Doubs, l'Ognon et l'Allan. Audincourty superbe village sur la rive droite du Doubs, et qui possède une des plus belles usines de France; — Montbéliard j au confluent de l'Allan et de la Luzine, dans une situation agréable au centre d'un vallon tapissé de prairies; ville très-industrieuse, généralement bien bâtie, bien percée, embellie par de jolies promenades et ornée de plusieurs édifices remarquables, tels que l'ancien château crénelé des comtes de Montbéliard, qui sert aujourd'hui de maison d'arrêt et de dépôt pour les archives; l'hôtel de ville, érigé ea, 1778, où se tient le palais de justice; les halles, superbe bâtiment, formant trois côlés d'un parallélogramme; l'église Saint-Martin, monument des premières années du dix-septième siècle; l'église Saint-Georges, ouverte au culte protestant; l'hôpital, rebâti en 1759; la sous-préfecture, construite en partie sur l'emplacement d'un couvent fondé en 1435; l'ancien collège, commencé en 1598, et le collège actuel, inauguré en 1733, sous le nom de gymnase; — Rougetnont, boiu'g de quinze cents habitants, au pied d'une colline couverte de forêts; —

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L hl^'SUT'U'Ihubfi, lo4*alité indusirieuse et <*oniinei*çunte, située sur le canal fiu Rbône au Rhin; — CÀnval^ petite ville très-agréable, placée sur la route de BfNançun à Béfort et Porentruy, et arrosée par le Doubs qui fertilise ses ridn-i prairtt*^; — ttaume-lfs- Dames ^ qui possède un rollége fréquenté et un btr^Mt'p rivil bien tenu; ville assise au fond d'un beau vallon, sur la rive droite «lu iKiubs Cl sur le canal tia Rhône au Rhin, à l'extrémité d'une vaste plaine; - iUmUms, à douze kilomètres de Baume, et près de la rive droite du Doubs; — ChiUMotî-êur-Lison, village de deux mille habitants presque, où l'on voit lit' b«4k*s forges; — Chetiecey^ sur la Ix>ue, qui possède aussi ses forges ei il*-^ in*fileri4*s; — Quingey^ petite ville située dans une plaine agréable et feriiU-; — liesançon^ grande et belle cité, et l'une des plus foites villes de France : ai^Mx* àstns une situation pittor(>s(|ue, à l'extrémité d'un vallon arrosé par le |k*iiks qai forme autour d'elle un cercle presrpie entier, elle est environnée de kuttii*!^ montagnes couvertes de verdure et de vignes; l'isthme de la prescpi'ile «•Il Hit* oM liâtie est oaïqié |ar des rochers dont l'im porte la citadelle, ce ma- ;;nifi4|ye travail <ie Vaiiban, et du sommet de la<|nelle on découvre tout B<*sanci»Q. U*% filaines et les sommités des alentours, le cours tortueux et pittoresque du iNmbs, la riante promena<le de Cliamars, etc. Besançon n'est pas seuiemeul QiN* \iile forte, mais aussi l'une des mieux bâties que l'on puisse voir : elle < <»m|Hf% dans l'enceinte de ses remparts, plus de quinze cents maisons, tont«^ eu piètres de taille, ei à un, cU'UX ou trois étages ornés en partie de balcons; h*s rues sont larges, spacieuses, assex bien percées; les places publi- •|tte»« vasti*s, régulières, décorées de fontaines '. Ix*s édifices et li^ établissements refiian|ttabU*s se trouvent en grand nombre dans cette ville; parmi eux on draingtte : l'église cathédrale de Saint-Jean, vaisseau gothicpie d'ancienne foiKlation et «l'un asfKvt im|N>s;mt; l'église de Sainte-Madeleine, superbe vais- ^"ao d'anbiti^ture moderne, et dont le poruiil n'a été tenniné qu'en 1830; les fglis4*s de Saint-Pierre et de Saiiit-François-Xavier, où l'on voit quelques c<»mf»u!»ilions de maîtres; Ihôpilal Saint-Jac(|ii(*s, magnifique établissement orné «fane grille en fer richement cis^^Un»; riiAlel de la préfeciure, bâti sur l'empbi-^m«*ot de l'ancienne intendance, édifice ivmarquable par son ampleur et far b nobless<Mle son style; le palais de justice, où siégeait jadis le parb^- ■lenl, j«trp iMlifice dont la façade t*st d'une l^eUe anhiti*cluiv; l'hôtel de ville, Bonumeni d'un caractèn» imposant, et où l'on voit, au-dessus de la porte d'entré<e. les arm4*s de la ville; le collège, vaste bâtiment fondé iKir le chancelier P»Trrnot de Graiivelle et encore agrandi par le c^inlinal son fils; l'ancien |>alais Graovelle, dont ciuHpie étage offre un ordre d'architecture différent; le thcâtn*, Ijtiment isiik* et de in^lle apparence, qui présente un |MTistyle de six colonni*s <r<»nlre tlurique, et un intérieur riche de dorurt>s et de sculptures gra<*ieusi*s; b grande caserne, construction éiègaiite et vaste; la bibliothiH|ue publique, qui %r rimpose d<! quatre liâiiments d'un goiU moderne et dt* bon style. Vk* tous U-s iiKinunM*nis romains qui furent élevés à Besançon, il n'en n^ste plus qu'un,

* Cet ^lactt loat m sombre d« doote.

Tare de triomphe appelé Porte-Noire, que Ton voit au pied de la cathédrale de Saiot-Jean, à laquelle il semble servir de portique *.

L'aspect imposant des montagnes du Doubs, les vallons verdoyants qui se déroulent à leur pied, les sites variés et pittoresques que présente partout un terrain accidenté, les admirables points de vue qu'on y découvre, la prodigieuse variété de cultures qu'on y remarque, la multitude de cascades, de torrents, de rivières et de ruisseaux qui y mettent en mouvement une foule de moulins et d'usines, le grand nombre de villes, bourgs et villages qui bordent, de Besançon à Montbéliard, la rive droite du Doubs, le cours sinueux de cette rivière qui traverse deux fois le département dans sa plus grande longueur et complète par sa canalisation la navigation du Rhône au Rhin, tout cela conti'ibue à faire de cette partie de la Franche-Comté la contrée la plus riche et la plus belle du pays. Le département du Doubs, dont l'ensemble représente un amphithéâtre incliné de l'est à l'ouest, sous la forme d'un triangle irrégulier, est traversé par quatre chaînes des monts Jura, faisant suite à la chaîne des Alpes. Les plus hautes sommités de la première chaîne sont le Suchet, qui compte 1,600 mètres d^élévation au-dessus du niveau de la mer, et le Montd'Or, qui en compte 1,500. Le point culminant de la seconde chaîne (le mont Champvent) a 1,232 mètres; la Côte de Venues et les Miroirs, appartenant à la troisième, s'élèvent à 996 mètres; et les cimes les plus remarquables de la quatrième sont le Mont-Poupet et la Roche-d'Or, hauts de 872 mètres. Dix rivières arrosent le département; ellesontles noms suivants : le Doubs, la Loue, l'Ognon, le Dessoubre, le Lison, le Drugeon, le Cusancin, l'AUan, la Luziue et la Savoureuse. Outre ces dix rivières et plus de deux cent cinquante ruisseaux qui le sillonnent en tous sens, deux mille fontaines au moins fournissent une eau abondante aux besoins des habitants; on y compte en outre plusieurs lacs : les principaux sont le Remoray, qui s'écoule dans le Doubs; le Saint- Point, belle nappe d'eau d'une superficie de six kilomètres carrés; leChaillexon, magnifique réservoir formé par le Doubs; le lac de Bonnevaux et le lac dit le Grand'Sas.

Le sol du département produit des céréales de toute espèce, mais en quantité insuffisante cependant pour la consommation des habitants; il compte 8,500 hectares de vignes et 120,981 hectares de forêts. Les mines de fer en gi'ains et en roches y sont nombreuses et constituent la grande richesse du pays; on y trouve aussi des mines de lignite ou bois fossile, et l'on exploite ù Gémonval une mine de houille.

Le département du Doubs abonde en curiosités naturelles, telles que grottes, sources, cascades, glacières, etc.; nous nous bornerons à faire connaître les plus remarquables, la nature étant trop riche et trop variée dans cette contrée, pour pouvoir en mentionner toutes les beautés. Citons : les fameuses grottes d'Osseile, à vingt kilomètres de Besançon, renommées par leur immense pro-

I M. Delacroix, aateur de Ilecherches archéologiques sur les monuments de Besançon, y a consacré au vieil arc de triomphe de la Porte-Noire une descriplion que M. Alex. Guenard a reproduite dans son Historique de» monuments et établissements publics de cette ville.

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fi»iHk*ar et leor longue suite de cavités souterraines, et qui égalent au moins, pr |j variété fantastique de leurs stalactites et stalagmites, les grottes de Notre- Hamif de la Balnie, près de Grenoble, dont les parois se tapissent de glace, om relies de Fingal en Ecosse, qu'ont rendues célèbres leurs superbes colonnes la&altiqttes: la Grande>Baume, sur le territoire de Lods, grotte composée de dmx salles, et où l'on croit voir un trftne surmonté d*un dais, des statues sur Mrs piétiestaux, et d'autres bizarreri<« semblables; la grotte de Chenecey, où lesk sialaciites et les stalagmites figurent des animaux, des êtres humains et des olifets d'arts, tels qu'une espèce de chœur d'église ou des colonnes avec leurs diapîtêoux ; la grotte de Saint-Vit, qui présente un grand nombre de stalactites brilbotes et quelques configurations très-curieuses ; celle de Mouthier, MU^ et s|at*it*use, qui servit de retraite aux habitants du canton pendant les guerres du dix-septième siècle; celle de Remonot, que les paysans ont tran<^ formée en temple rustique où ils vont entendre la messe, et qui rappelle ces anriennes cryptes où les premiers défenseurs et martyrs de la foi chrétienne M* n-ouissaient pour célébrer les mystères de leur religion; l'historique caverne do cbâieau de la Roche, près de Saint-Hippolyte, où les sires de la Roche, qui y a\aient fait construire des murs crénelés et des lignes extérieures de défense, ftoottnrent plusieurs sièges; la grotte de Sainte-Suzanne, près de Hontbéliard, qoe Ton voit, au printemps, s'émailler de fleurs ; les grottes de la Combe-Ragot, lie Ruagemontot, de Gondenans-les-Houlins, de Ruin, de Gevresin, de Gonftans, etc., remplies à l'intérieur de stalactites pn'>sentant des pétrifications Uxarres; l'arcade du Pont-Sarrasin, roche qui forme un pont naturel dont l'arrade uni<|ue a été creusi^e par les eaux d'un niissi*au; la glacière naturelle dt* Chaux-les-Passavant, où les eaux produisent des glaçons onduh^ offrant ■o^ configuration sembkible à celle des stalactites; le puits de ki Rréme, près d'Omans, dont le vaste entonnoir enfoncé entre les montagnes se remplit, dafts les grandes pluies, d'une eau limoneuse qui s'élève du fond de l'abîme, ^'rboce à plusieurs pietls de hauteur et se répand au dehors en rejetant des pierres et des poissons; le puhs des Alioz, dans le vallon de Sancey, qui vomit 1rs eaax qu'engloutit un gouffre voisin appelé le puits Fenoz; le Tambourin, prt*s cTAmancey, autre gouffre qui rejette également K^ eaux à la suite des gnotles pluies, et au fond duquel on entend quelquefois comme le bruit d'un unboor; b fontaine Ronde, à dix kilomètres de Ponuirlier, source intermittente qui a, comme la mer, son flux et son rt^flux; les sources jaillissantes de Clrron, dans le vallon de la Loue, d'où l'eau s'élance perpendieulairement en pIttMears jets s'élevant quelquefois à deux mètres de hauteur; le bief Sarrasin, >■ canton d'Amancey, nappe d'eau qui sort de l'enfoncement d'une caverne taillée par b nature, en forme de portail, dans une superbe masse de rochers rouronnés de forêts, et qui jaillit de son antre en légères casi^atelh^; la source ilu lison« filet d'eau mince et piiisible à sa sortie d'une grotte taillée dans le ro«^ vif. bientôt torrent large et im|>4'*tueux qui se précipite, en iH'umant, de riittte en chute comme s'il descendait les marches d'un escalier; b source du iMMMibre, près de Saint-Hippolyte, dont les eaux s'élancent liouillonnantes

par sepl issues, sur un rocher d'où elles retombent en belles cascades que l'industrie utilise pour laire mouToir plusieurs usines, disposées en amphithéâtre sur les plans supérieurs de ces cascades; la source de la Loue, qui prend naissance dans une excavation dont on ne connaît pas la profondeur, et s'en échappe avec impétuosité sous forme d'une magnifique nappe d'eau; la cascade du Bout-du-Monde, sur le territoire de Beure, jolie chute tombant perpendiculairement d'une élévation de dix mètres, pour aller arroser une vallée agreste peuplée d'arbres et d'arbustes; les cascades du rocher de Syratu, dans le vallon d'Ornans, suite de magnifiques cataractes formées par un ruisseau qui s'échappe d'une excavation à deux cent cinquante-sept mètres audessus du niveau de la Loue ; la cascade du vallon de Migette, ruisseau qui se transforme, pendant les pluies, en un torrent impétueux et se précipite d'une hauteur de cent vingt-deux mètres dans un gouffre d'un aspect sinistre appelé le Puits-Billard; celle de Yerneau, près du village de Nans, charmante chute d'eau qui jaillit d'un rocher en forme d'arcade; celle deFertans, qui tombe dans un vallon verdoyant, après avoir mis en mouvement un martinet et un moulin; celle d'Éternoz, dont les eaux se précipitent en ligne perpendiculaire de cent vingt pieds de hauteur et forment des lames blanches qui contrastent singulièrement avec le vert sombre des rochers sur lesquels elles glissent; enfin, le fameux Saut du Donbs, à l'extrémité de la riante vallée de Morteau, sur la frontière de la Suisse. Cette magnifique cascade, le Niagara du Franc-Comtois, comme dit notre compatriote Francis Wey, tombe d'une hauteur de quatrevingt-ileux pieds, dans un gouflre énorme dont la sonde n'a pu encore mesurer la profondeur : la chute a lieu avec un bruit solennel décuplé par les échos; et (|uand on veut jouir pleinement de la vue de cette belle cataracte, il faut se placer au bord du gouffre au moment où le soleil descend vers l'horizon : c'est alors un spectacle embelli par les vives nuances d'arcs-en-ciel qui se croisent au milieu des vapeurs humides répandues autour des rochers; et le bruit imposant de la cataracte, l'aspect des rocs noircis qui lui servent d'enceinte, l'écume blanchissante qui jaillit sur l(Hirs parois, les teintes multipliées de la lumière solaire décomposée, font sur le spectateur une impression ineffaçable. -

Cet heureux département du Doubsest aussi riche par la variété de ses points de vue que parla multiplicité de ses curiosités naturelles; du haut de ses montagnes, on découvre des horizons d'une beauté infinie; il n'est rien par exemple d'admirable à voir comme le panorama que l'on embrasse du sommet du Mont-d'Or. Le sommet de cette montagne c domine un horizon immense, borné à l'est par les Alpes et les glaciers qui unissent la lung-Frau au Mont- Blanc, à l'ouest par les montagnes qui entourent Salins et par les monts Sainte- AnVique de la Bourgogne. Pour jouir complètement du spectacle que présente ce magnifique panorama, le voyageur doit gravir la montagne avant le jour, afin d'être déjà sur le sommet au moment où les premières lueurs de l'aurore commencent à colorer les cimes du Jura suisse et celles du Jura français. Celui qui s'imposera cette pénible tâche en sera bien dédommagé, car le plus sublime

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