CHAPITRE XIX. - — 1ÔD
placés sur les hauteurs de Charonne , se refusèrent long-temps à croire que la ville se fût déclarée pour les Princes; quand ils ne purent plus en douter, ils se retirèrent avec an profond dépit , accusant Mademoiselle de leur avoir enlevé la victoire et se promettant de l'en punir un jour.
C'était en effet la fille de Gaston qui avait arraché aux officiers de l'Hôtel-de-Ville une résolution si contraire à leur politique ; dès le commencement de la journée , elle avait vivement remontré à son père qu'il ne pouvait avec honneur abandonner M. le Prince prêt à périr pour la cause commune. Le duc d'Orléans , découragé du mauvais succès de la dernière émeute , n'osait contrevenir aux ordres des magistrats qui prescrivaient aux habitans une exacte neutralité et permettaient seulement de laisser entrer dans la ville les
» canon de la Bastille , ce qui empêcha l'armée du Roi
» de poursuivre , dans la capitale , l'ennemi vaincu qui
» lui échappait. Ce combat fut fort opiniâtre ; l'animo-
» site était grande de part et d'autre , surtout parmi les
» officiers. La cour en avait été spectatrice des hauteurs
» de Charonne, où elle s'était placée dès le matin. Dans
» la nuit, elle retourna à Saint-Denis. »
blessés hors de combat. Cependant le grand nombre de ces blessés inspirait une vive pitié. La populace, excitée par le duc de Beaufbrl , s'attroupait sur toutes les places ; les bons bourgeois eux-mêmes ne voyaient pas sans inquiétude un triomphe si complet pour le cardinal Mazarin.Mademoiselle, revenant alors à la charge auprès de son père, lui arracha un écrit par lequel il avouait sa fille de tout, ce qu'elle voudrait dire ou faire en son nom. Munie de cette leltre de créance, Fin trépide princesse se rendit à l'Hôtel-de-Ville , suivie de mesdames de Nemours , de Chàtillon , de Rohan et de plusieurs autres femmes de la cour. Une foule immense, attroupée sur la place de Grève, la salua à son arrivée et se montra prête à obéir à tous ses ordres. Mademoiselle entra dans la salle du conseil où se trouvaient réunis le maréchal de L'Hôpital, gouverneur de Paris, le prévôt des marchands, les échevins et autres officiers. Elle harangua l'assemblée et tenta de la déterminer à donner l'ordre de recevoir l'armée des Princes dans la ville. N'obtenant rien par ses exhortations et ses prières, elle recourut à des moyens plus efficaces , et leur déclara nettement « que ,