CHAPITRE XIX. l652. 22Q
dinal Mazarin fit publier une déclaration * dans laquelle , « après avoir reproché aux » Princes leurs tyrannies et leurs violences, » aux bourgeois leur soumission envers une » autorité illégitime, Sa Majesté interdisait le » parlement de Paris , le transférait à Pon- » toise et ordonnait à tous les présidens et » conseillers de se rendre en ladite ville. » Aussitôt que cette déclaration fut connue dans Paris, quinze des principaux magistrats en sortirent déguisés et se présentèrent à Pontoise où , sous la présidence de Mathieu Mole et avec le concours des pairs laïcs et ecclésiastiques du parti de la cour, ils se formèrent en Parlement et enregistrèrent la déclaration royale.
En dépit des efforts des Princes et des arrêts rendus par la portion du Parlement siégeant encore à Paris, celui de Pontoise devint chaque jour plus nombreux et acquit plus de crédit dans le public. La Reine lui ménagea un puissant moyen de popularité, en accueillant favorablement ses remontrances touchant Péloignement du cardinal Mazarin. Con-
* Ier aoûl.
23û HISTOIRE DE LA FRONDE.
vaincu qu'une concession apparente précipiterait la ruine de ses ennemis et rendrait plus complet et plus facile le triomphe de sa politique , Mazarin se décida même à quitter la cour , et se retira * à Sedan , sans cesser néanmoins de diriger les affaires. Sa retraite produisit reflet qu'il s'en était promis ; la continuation de la guerre sembla désormais sans prétexte , et Broussel , osant encore parler a l'Hôtel-de-Ville de quelques mesures à prendre pour la défense de Paris, il fut interrompu par des clameurs générales **.
Les Princes , abandonnés de tous, se résolurent enfin à traiter avec la cour; mais des passe - ports demandés par eux leur furent durement refuse's, et la Reine s'étonna « qu'ils osassent prétendre quelque chose » avant d'avoir posé les armes , renoncé à » toute association criminelle et fait retirer » les étrangers. » Le duc d'Orléans , consterné de cette réponse inattendue, se montra disposé à s'humilier de plus en plus ; M. le Prince , au contraire, protesta « qu'il ne se livrerait
* 19 août.
** 2 septembre.