‹ Histoire de la Fronde (volume 2)Chapitre 19 sur 149 · CHAPITRE XVI. l65l. 3f · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. l65l. 3f

Personne n'était moins propre que M. le Prince à traiter avec des magistrats , et à se concilier des bourgeois. Impatient de tout contrôle , il prit le parti de quitter Bordeaux, et projeta de faire sa place d'armes dans La Rochelle, d'où il pourrait plus librement traiter avec l'Espagne, avec l'Angleterre, et faire un appel au parti protestant '.

' Il est avéré que le prince de Condé, une fois engagé dans la guerre civile, conçut les projets les plus criminels. Nous avons indiqué les Mémoires du comte de Coligny qui existent, manuscrits, a la Bibliothèque royale , et qui lui imputent le dessein de détrôner Louis XIV pour s'emparer de la couronne. Quant aux négociations du prince de Condé avec Cromwell , et à son projet de reformer en France un parti protestant , nous citerons le passage suivant , extrait de Y Histoire de mon temps , par Burnet :

« Le prince de Condé fit proposer de son côté » à Cromwell de se faire protestant; et, s'il voulait lui » donner une flotte avec de bonnes troupes, d'opérer -> une descente en Guyenne. Il ne doutait pas qu'il ne » fût secondé dans cette entreprise parles protestans , et » il était assuré de jeter la France dans de tels embarras , » qu'on en obtientrait, pour eux et pour l'Angleterre, » toutes les conditions qu'il plairait à Cromwell lui- » même de dicter. Séduit par une telle perspective , le » Protecteur envoya Stoupe faire une tournée dans toule

L'autorité se partageait alors dans La Rochelle entre les bourgeois et le comte du Dau-

» la France pour s'entretenir avec les principaux protes- » tans , examiner les ressources du parti , ses dispositions » présentes , le degré d'oppression sous lequel il gémis- » sait, et la confiance qu'il portait au prince de Condé.

• Stoupe, en quittant Paris, descendit la Loire , vint à » Bordeaux, passa ensuite à Montauban , et traversa la » partie méridionale de la France pour se rendre à Lyon . » Ses instructions portaient qu'il ne parlerait qu'en » simple voyageur , et assurerait néanmoins les réformés » du zèle et du soin de Cromwell, dont il ferait partout » de magnifiques éloges. Les protestans étaient alors » très-satisfaits de leur situation ; car Mazarin , unique- » ment occupé du soin d'enrichir sa famille , prenait soin » de faire observer les édits avec une exactitude inconnue » jusqu'à lui. Stoupe revint pour rendre compte à Crom- » well de l'absence de mécontentement chez les protes- » tans , et de leur peu de disposition à remuer. Ils avaient » d'ailleurs une très - mauvaise opinion du prince de » Condé , dont l'impiété et l'immoralité les révoltaient, » et qu'ils regardaient en outre comme un ambitieux ,

• tout rempli de ses projets de grandeur, et toujours prêt » à leur sacrifier ses amis et la cause qu'il avait embras- » sée. C'en fut assez pour fixer Cromwell sur son compte. » 11 apprit aussi que le Cardinal avait autour de ce » prince ses espions , qui l'avaient informé de tous les » messages qu'il y avait eu entre eux deux; c'est pour- » quoi il ne voulut plus avoir aucune correspondance

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