CHAPITRE XVI. — i65i. 3y
gnon ' , gouverneur de Brouage ; celui-ci, profitant des troubles de la régence, avait jeté
» avec lui, et dit à ce sujet à Stoupe : Slultus est et » garrulus , et venditur à suis Cardinali. »
1 Louis Foucault, comte du Daugnon , né en i6ifi, maréchal de France en i653 , mort, sans avoir été marié, en i65g. Il était fils de Gabriel Foucault et de Jeanne Poussard du Vigean.
L'existence du comte du Daugnon , et la grande influence qu'il exerçait dans le midi de la France, est un de ces faits dont on ne peut se former une juste idée que par l'examen attentif de l'état social et politique du pajs à cette époque. Issu d'une famille noble , mais sans puissance , du Daugnon fut nourri page du cardinal de Richelieu qui le plaça auprès de son neveu , le jeune duc de Maillé, comme une espèce de gouverneur. Ambitieux et cupide, il sut gagner toute la confiance de son élève, qui partagea avec lui l'autorité de ses charges , et le fit son lieutenant au gouvernement de Brouage. Après le combat d'Orbitelle (i646), du Daugnon quitta précipitamment l'armée, et, devançant la nouvelle de la mort du duc de Maillé , il se jeta dans Brouage , et sut y faire reconnaître son autorité sans s'inquiéter d'en justifier les titres. Pendant le débat qui s'éleva entre la Reine et le prince de Condé , encore duc d'Enghien , pour le partage de la succession du duc de Maillé , du Daugnon demeura. neutre entre les deux partis , bien décidé, quoi qu'il pût arriver, à garder la place pour son compte ; et en effet , réparant ses murailles , armant des soldats et
des soldats dans les îles de Ré, d'Oléron, et dans les forts qui commandaient le port de La Rochelle ; depuis plusieurs années il se maintenait dans ces gouvernemens, indépendant de tous les partis, et offrait alternativement ses secours à ceux qui les payaient au plus haut prix. Il entra volontiers dans les desseins de M. le Prince ; mais il voulut rester seul chargé de l'entreprise, sauf à régler, après le succès , l'indemnité qu'il prétendrait pour prix de sa conquête. Cette condition ayant été acceptée, il fit entrer secrètement un grand nombre de soldats dans les forts dont il était en possession.
* Avertis , par ces mouvemens de troupes , qu'ils allaient être attaqués , les bourgeois envoyèrent demander des secours à Poi-
des vaisseaux , il régnait dans toute la contrée , et se faisait respecter depuis Nantes jusqu'à Bordeaux. Pour subvenir aux frais de ces arméniens , il vendait le produit îles riches salines de Brouage , et prélevait sur les recettes voisines les fonds affectés aux dépenses de la place. — In hac igilur omni regione rege atque reginâ post hahitis regnabat. Navibus haud paucisf refus mari ac terra terrihilem sescprœbebat. — De rébus Gallicis Labardeus. * 6 novembre.
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tiers ; et , formant des barricades dans la ville, ils disposèrent si bien leur défense, qu'après une tentative inutile les soldats du gouverneur , repoussés sur tous les points , durent se renfermer dans leurs forteresses. Peu de jours après, le baron d'Estissac arriva de Poitiers avec deux cents gentilshommes et quatre compagnies du régiment des gardes. Ce renfort donna tant de confiance aux habitans , qu'ils escaladèrent deux des tours qui commandaient le port* : la troisième, dite de Saint-Nicolas, resta seule au pouvoir de la garnison.
Pendant ce temps, les ducs de La Rochefoucault et de La Tremoille pressaient vivement le siège de Cognac. La place était aux abois quand le comte d'Harcourt s'en approcha avec toute l'armée royale ; de son côté M. le Prince accourut au secours des ducs, suivi de deux mille hommes d'infanterie et de quatre mille chevaux. Il arriva devant Cognac sur la rive gauche de la Charente au moment où le comte d'Harcourt attaquait sur la rive droite le duc de La liochefoucault , logé dans
* i3 novembre.
un faubourg de la place. Un pont en bois assurait la communication entre M. le Prince et ses amis ; mais ce pont fut inopinément emporté par la crue subite des eaux de la Charente , et le duc de La Rochefoucault , trop faible pour résister seul au comte d'Harcourt , se vit contraint de lever le siège >
Impatient de venger cet échec, M. le Prince marcha vers Tonnay-Charente, dans l'espoir d'arriver à La Rochelle à temps pour secourir du Daugnon. Le comte d'Harcourt , non moins actif, remonta par Saint-Jean-d'Angol\ , et se montra le premier devant La Rochelle. Commandant aussitôt l'assaut de la tour de Saint-Nicolas , il intimida tellement les assiégés, qu'ils crièrent vive le Roi! et demandèrent quartier. On ne consentit à leur accorder la vie que s'ils précipitaient du haut des remparts l'officier qui les commandait ; ils acceptèrent la condition, et ouvrirent ensuite les portes de la tour, où l'on trouva neuf pièces de canon , artillerie redoutable poui* ce temps.
* 18 novembre.