‹ Histoire de la Fronde (volume 2)Chapitre 35 sur 149 · CHAPITRE XVII. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. l

« Messieurs,

» Vous connaissez à cette heure que l'em- » pressement de mes ennemis pour vous obli- » ger à vérifier une déclaration contre moi , » n'était qu'un moyen de me décrier dans la » France, et par-là de faciliter le retour du » cardinal Mazarin. Les véritables sujets que 1» j'ai eu de prendre les armes, sont mainle- » nant justifiés , et sans doute votre compa- » gnie ne fera pas paraître moins de zèle que »> par le passé , pour chasser cet ennemi pu- » blic et ses troupes , et pour procurer à la » chrétienté une paix générale qui lui est si » nécessaire. J'ai chargé le sieur de La Salle » de vous expliquer mes pensées sur tout ceci, » et de vous offrir ma personne et ce qui » dépendra de moi , pour contribuer à deux » desseinssi honorables pour votre compagnie »> et si utiles à l'Etat. Je vous prie de lui ajou- » ter entière créance et de croire que je suis , » Messieurs , votre très-humble et très-affec- »> tionné serviteur,

» Louis de Bourbon.

» Du camp de Brisembourg, 4 janvier i65a. »

Le sieur de La Salle, admis dans l'assemblée des Chambres , déposa cette lettre sur le bureau, et quand il en eut été donné lecture, quelques conseillers de la nouvelle Fronde demandèrent « qu'il fût sursis à la déclaration » vérifiée contre M. le Prince, le 5 décembre »> précédent , jusqu'après l'exécution de l'arrêt » de la cour rendu contre le cardinal Maza- » rin; et en outre que le Parlement donnât » arrêt d'union avec ledit prince de Condé, » levât des troupes pour agir avec les siennes , >» et mît la main sur les deniers des caisses pu- » bliques.

Ces propositions excitèrent dans l'assemblée de violentes rumeurs : « C'était , disaient les » vieux magistrats, déclarer la guerre au Roi et » se jeter dans le crime. Toutes sortes d'extré- » mités étaient légitimes à l'égard du Cardi- » nal, mais toutes sortes de déférences étaient » dues à l'autorité du jeune monarque , sui- » vant les paroles de l'Ecriture, nolite tangere » puerum meum Absalon '. Le Parlement ne » pouvait approuver l'alliance de M. le Prince » avec les Espagnols, sous prétexte de ré-

* Gardez-vous de toucher à mon fils Absalon.

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