CHAPITRE XVII. l
considérable, après la jonction des ducs de Nemours et de Beaufort , s'approchait de Jargeau , petite ville entre Gien et Orléans. Averti de la marche des ennemis, Turenne craignit d'être inquiété par eux , s'il les laissait s'établir si près de lui avec un passage sur la Loire. Il se porta rapidement en avant , et arriva sur le pont de Jargeau avec deux cents hommes , en même temps que l'avant - garde du duc de Beaufort. Sans se laisser intimider par la supériorité du nombre , Turenne s'avança de sa personne jusqu'au milieu du pont , y construisit une barricade qu'il défendit tout le jour ', et , ayant reçu des renforts vers le soir , il culbuta quatre bataillons ennemis , les chassa de la ville , et tua le baron de Sirot ? leur com-
1 La conduite de M. de Turenne dans l'affaire de Jargeau dissipa les doutes que la Reine avait conservés jusque-là de sa fidélité. Dans un transport de reconnaissance , elle lui dit en présence de toute la cour qu'il venait de sauver l'Etat. Ce grand homme jugeait ses actions avec plus de modestie. Ecrivant ce même soir à mademoiselle de Bouillon sa sœur , il ajoutait par apostille à sa lettre : « Il s'est passé quelque chose à Jargeau qui n'est » pas de grande considération. »