‹ Histoire de la Fronde (volume 2)Chapitre 46 sur 149 · CHAPITRE XVII. l652. g · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. l652. g

et point de Mazarin ! Mademoiselle criait de son côté : « Allez à l'Hôtel-de-Ville, et faites- » moi ouvrir la porte. » Ensuite elle interpellait les commandans des postes , et menaçait de les faire pendre s'ils n'obéissaient aussitôt à la fille de leur maître : les bourgeois répondaient par de profondes révérences, mais gardaient la consigne du maire et des échevins.

En suivant les murailles de la ville , Mademoiselle et ses dames arrivèrent devant une ancienne porte qui donnait sur la rivière et qui n'était pas gardée , parce qu'on ne l'ouvrait plus depuis long-temps. Des bateliers, excités par de fortes récompenses , battirent cette porte avec leurs pieux, et , en ayant détaché deux planches , la princesse se fît courageusement hisser par cette ouverture , et s'introduisit seule dans la ville *. Le peuple , touché de sa confiance , la reçut avec respect, et la porta en triomphe à l'Hôtel-de-Ville , où. elle harangua les magistrats avec une éloquence qui se rencontrait assez fréquemment parmi les personnes de son rang , à une épo-

* 27 mars.

que où la vie des princes n'étant pas circonscrite dans des relations d'étiquette , l'exercice d'une puissance réelle supposait une action habituelle sur le peuple.

L'assemblée de l'Hôtel-de-Ville promit de ne point recevoir le garde-des-sceaux , et de déférer en tout aux ordres de Mademoiselle , « pourvu qu'elle ne fit point entrer les ducs » de Nemours et de Beaufort , et que la pré- » sence des troupes ne causât pas de désor- » dres dans les campagnes. » La princesse consentit à ces conditions , et , en effet , en sortant de l'Hôtel-de-Ville , ayant remarqué des soldats de l'armée des Princes qui la saluaient des fenêtres d'une prison, elle s'enquit de leur délit, et, sur la réponse qu'ils étaient détenus pour manque de discipline , elle proposa de les faire pendre aussitôt sur la place publique. Les magistrats, reconnaissans de ces offres , rendirent cependant la liberté aux soldats qui retournèrent à leurs drapeaux.

N'espérant plus se faire recevoir dans Orléans , le Roi remonta la Loire jusqu'à Gien avec son armée , forte seulement de huit ou neuf mille hommes. Celle des Princes , plus

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