‹ Histoire de la Fronde (volume 2)Chapitre 49 sur 149 · CHAPITRE XVII. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. l

se réunirent dans une mauvaise hôtellerie du faubourg.

Là , malgré les efforts de la princesse , il s'éleva une altercation si violente entre les deux beaux-frères, qu'ils se frappèrent en même temps au visage, mirent l'épée à la main et se chargèrent comme des furieux. MM. de Tavanne , de Vallon et de Clinchamp parvinrent à grand'peine à les séparer. Mademoiselle leur demanda leurs épées ; le duc de Beaufort obéit facilement , et se mit à genoux devant elle; mais le duc de Nemours demeura pendant plus d'une heure dans un accès de violence que rien ne pouvait dompter. Revenu à lui-même , il comprit cependant qu'il y allait de la sûreté de l'armée et des intérêts les plus chers de M. le Prince. Il déféra au plan arrêté par le conseil, et consentit à embrasser M. de Beaufort : ce qu'il lit toutefois de fort mauvaise grâce. Le duc de Beaufort, au contraire, se sentit inopinément touché d'une grande tendresse pour son beaufrère , et , en l'embrassant , il se prit à pleurer et à sanglotter avec une telle violence, que ce dénouement inattendu égaya l'assemblée et le duc de Nemours lui-même.

Mademoiselle retourna à Orléans , et les généraux rejoignirent leurs troupes qu'ils dirigèrent vers Montargis. De son côté l'armée royale, ayant passé la Loire sur le pont de Gien, prit ses quartiers d'hiver sur la rive droite du fleuve. Turenne s'établit à Briare, distant de Gien de deux lieues seulement, et le maréchal d'Hocquincourt , auquel Mazarin voulut conserver un commandement indépendant, se posta au bourg de Blesneau, trois lieues en avant de Briare.

On était en avril , les fourrages étaient rares : la dislocation de l'armée fut opérée. D'Hocquincourt , gardant seulement près de lui l'infanterie, distribua sa cavalerie dans sept villages, aux environs de Blesneau. Turenne avertit son collègue « que ses quartiers étaient » trop éloignés les uns des autres ; et lui con- » seilla de les rapprocher, pour qu'en cas » d'attaque ils pussent se porter secours. » Le maréchal d'Hocquincourt ne tint compte de cette observation , et Turenne n'insista pas davantage, tant pour ne pas fâcher un homme obstiné et peu éclairé , que parce que lui-même ne redoutait guère une manœuvre vive et savante de la part de gêné-

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