‹ Histoire de la Fronde (volume 2)Chapitre 50 sur 149 · CHAPITRE XVII. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. l

raux tels que MM. de Nemours et de Beaufort.

Au milieu de la nuit, cependant, le maréchal d'Hœquincourt fut attaqué sur plusieurs points avec tant d'ensemble et une si grande rapidité, que cinq de ses quartiers furent enlevés , et tout ce qui s'y trouva tué , pris ou mis en fuite avant qu'il eût le temps de se reconnaître. En un instant, les fuyards couvrirent la plaine; les uns se sauvèrent à Gien, les autres à Briare. M. de Turenne, averti par eux et croyant à peine à leurs récits, monta à cheval , et se porta sur une éminence qui dominait la plaine. De-là il observa, à la lueur des villages enflammés, les dispositions de l'attaque ; et après quelques minutes de réflexion , il dit à ceux qui l'accompagnaient : « M. le Prince est arrivé ; c'est lui qui com- » mande son armée. » Puis partant au grand galop , il fut se préparer à recevoir un tel ennemi.

Cétait en effet le grand Condé qui , transporté comme par enchantement des extrémités de la France , avait ramené la victoire et se faisait annoncer par elle. Le maréchal d'Hocquincourt , revenu de sa surprise , s^fforça de réparer son imprudence par son cou-

rage. N'ayant pu se maintenir dans Blesneau, il se retira de l'autre côté du village, et prit position, avec quelqu'infanterie et neuf cents chevaux, derrière un ruisseau profond et marécageux qu'on ne pouvait passer qu'un à un sur une digue très-étroite.

M. le Prince passa le premier, suivi de ses principaux amis. Mais le duc de Nemours ayant imprudemment fait mettre le feu à des maisons couvertes en chaume, l'incendie jeta à l'instant une lueur éclatante sur le champ de bataille, et d'Hocquincourt put compter ses ennemis. Il vit que cent maîtres seulement avaient passé le défilé, et s'ébranla avec toute sa cavalerie pour les attaquer. M. le Prince forma promptement son escadron et commanda la charge : il avait près de lui , au premier rang, les ducs de Nemours, de Beaufort, de La Rochefoucault , Tavanne , Vallon , Clinchamp , Coligny , Guitaut , Gaucourt. Deux escadrons du maréchal d'Hocquincourt se brisèrent contre cette poignée de braves ; mais deux autres escadrons ayant chargé ensuite , et d'autres se préparant à charger encore , M. le Prince fut oblige de reculer de deux cents pas , faisant tête à l'ennemi qui le

Page 1