CHAPITRE XVI. i65l
vau-légers montés sur de grands et beaux chevaux, et vêtus d'habits passementés d'or et d'argent ; les officiers charges de plumes blanches , feuille-morte et couleur de feu ; leurs armes et leurs baudriers resplendissans de perles et de pierreries ; les chevaux couverts de housses d'écarlate traînant jusqu'à terre, et garnies de magnifiques broderies.
Le grand-prévôt marchait ensuite à la tête de sa compagnie, puis les Cent-Suisses, commandés par deux lieutenans, l'un Français et l'autre Allemand. Ce dernier, le sieur de Diesbach, d'une des plus illustres maisons de la Suisse, portait l'ancien costume de sa nation : un habit de satin couleur de feu , le manteau de même étoffe chargé de larges broderies d'or et d'argent, des souliers et des bas de soie aussi couleur de feu, avec des jarretières et des rosettes d'argent; sur sa poitrine, une chaine d'or faisant plusieurs tours soutenait une large médaille d'or. Il avait en tête une toque de velours noir surmontée d'une aigrette de héron et de quantité de plumes attachées par une agrafe de diamans. Enfin ses armes et les harnais de son cheval étaient chargés d'or moulu, appliqué et bruni avec tant d'art
qu'on les croyait d'or massif. Autour du sieur de Diesbach , douze jeunes enfans de son pays , vêtus et ajustés magnifiquement , faisaient admirer leur bonne grâce à brandir leurs hallebardes et à manœuvrer leurs chevaux. Six trompettes et six hérauts, revêtus de leur cotte - d'armes de velours cramoisi semée de fleurs de lis d'or, le caducée en main , suivaient les Suisses. Ils annonçaient les seigneurs de la cour, les gouverneurs de places, les officiers-généraux des troupes de terre et de mer, les gouverneurs de province, les chevaliers de l'ordre, les premiers gentilshommes de la chambre et les grands officiers de la maison du Roi. On remarquait dans ce groupe le cheyalier Paul, la gloire de notre marine, qui jamais n'était monté à cheval, et qui rarement avait quitté la veste de matelot. Par caprice et par bravade il voulut paraître avec magnificence dans cette cavalcade ; l'or , les perles et les pierreries étaient prodigués avec un goût bizarre sur ses vêtemens , ses armes, son baudrier ; il montait un cheval fougueux qu'il manœuvrait avec ignorance, mais avec tant de force et d'intrépidité que l'animal dompté obéissait docilement.