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A quelque distance de ces seigneurs, les officiers de la couronne et les maréchaux de France s'avançaient deux à deux dans Tordre de leur réception. Séparé de ce dernier groupe , le comte d'Harcourt , grand-écuyer de France , marchait seul , portant en écharpe l'épée du Roi dans son fourreau de velours violet semé de fleurs de lis d'or. Il était vêtu d'un pourpoint de toile d'or et d'argent, et montait un grand cheval de bataille ayant, au lieu de rênes , deux écharpes de taffetas noir.
Enfin des cris redoublés de vive le Roi ! annonçaient l'approche de S. M. ; des pages , des valets de pied en grand nombre et les gardesdu-corps à pied le séparaient du comte d'Harcourt. Des jeunes seigneurs du même âge que le Roi chevauchaient à côté de lui ; mais il se faisait aisément reconnaître à la hauteur de sa taille , à l'adresse avec laquelle il manœuvrait son cheval , et surtout à la dignité que la nature avait empreinte sur sa personne et dans tous ses mouvemens.
A la droite du Roi marchait son grandchambellan ; derrière , le duc de Villeroy ', les
1 Nicolas de Neufville, duc de Villeroy, gouverneur
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marquis de Gesvres et de Villequier, capitaines des gardes , et le comte de Béringham , premier écuyer. Les princes, mêlés aux ducs et pairs, fermaient la marche de cette cavalcade. Venait ensuite le carrosse du corps de la Reine, précédé et suivi de laquais, de pages et d'écuyers , des compagnies des gardes et des gens d'armes de Leurs Majestés; enfin les carrosses des filles d'honneur de la Heine , des princesses et des autres dames de la cour.
Le cortège, sorti du Palais-Royal , suivit les rues Saint-Honoré, de la Féronnerie, Saint-Denis, passa devant le Grand-Châtelet , entra dans la Cité par le pont Notre-Dame , le Marché-Neuf, et s'arrêta dans la cour du Palais. Toutes ces rues étaient bordées d'amphithéâtres élevés jusqu'aux seconds étages ; dans la partie supérieure des maisons, les fenêtres avaient été agrandies par la démolition presque entière des murs de façade, afin de recevoir un plus grand nombre de spectateurs. Il y en avait encore sur les toits , sur les gout-
de Louis XIV, né en i5g8 , mort en i685. Il était fils de Charles de Neufville, marquis de Villeroy, etde Jacqueline de Harlay, et épousa Madeleine de Créqui dont il eut le maréchal de Villeroy, gouverneur de Louis XV.
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tières, et tous, entraînés par l'enthousiasme toujours plus vif quand il est sans motifs, faisaient retentir les airs de cris de joie et d'acclamations.
L'évêque de Bayeux, trésorier de la Sainte- Chapelle ', revêtu de ses habits pontificaux et accompagné de son clergé , reçut Leurs Majestés au bas des degrés , et , après les avoir haranguées , il les conduisit dans l'église où une messe basse fut célébrée. Ensuite le Roi , précédé de quatre présidens et de six conseillers , suivi de la Reine sa mère , des princes et seigneurs de la cour, traversa les salles du Palais , entra dans la grand'Chambre , et monta en son lit de justice. La Reine s'assit à droite , puis les princes et les ducs et pairs laïcs ; à la gauche les pairs ecclésiastiques; le grandchambellan sur la première marche , le grandécuyer sur la seconde, et un peu plus loin les comtes de Tresmes et de Charot , les marquis de Gesvres et de Villequier , capitaines des gardes. Les autres seigneurs et les dames
' Edouard Mole , évêque de Bayeux , né en 1609, mort en i652. Il était fils aîné oc Mathieu Mole , premier président du parlement de Paris.
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du cortège se placèrent sur des bancs qui occupaient le fond et les côtés de l'estrade.
Le chancelier était arrivé une heure avant le Roi ; tous les magistrats étaient à leurs places ; une des lanternes occupée par la Reine d'Angleterre et les duchesses , l'autre par les ambassadeurs.
Quand le silence fut établi , le Roi dit :
« Messieurs, je suis venu en mon Parle- » ment pour vous déclarer que, suivant la » loi de mon Etat, j'en veux prendre moi- » même le gouvernement, et j'espère de la » bonté de Dieu que ce sera avec piété et jus- » tice. Monsieur le chancelier vous fera con- » naître plus particulièrement mes inten- » tions. »
Le chancelier Séguier , se levant alors , fit une harangue dans laquelle il rappelait les vertus et les exploits du feu roi Louis XIII. Il s'étonnait qu'il eût été possible à la régente d'en effacer le souvenir par des exploits et des vertus plus grandes , et promettait cependant que le nouveau règne étonnerait l'univers par de bien autres merveilles. Il loua la fidélité des magistrats , le zèle de la noblesse , la sagesse de chacun des princes, et, venant le