‹ Histoire de la Fronde (volume 2)Chapitre 85 sur 149 · CHAPITRE XIX. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX. l

Au fond, des intérêts plus graves divisaient les deux princes. Stenay, Clermont et Jamets, places démembrées de la Lorraine, avaient été cédées par la Reine au prince de Gondé. Le Duc en demandait la restitution. N'ayant pu l'obtenir, il déclara : « Qu'il ne risquerait pas » son armée pour quelqu'un qui lui retenait » son bien, et qu'il abandonnerait M. le Prince » à la garde de sainte Geneviève ; » se moquant ainsi de la ferveur hypocrite que celuici avait témoignée quelques jours auparavant ' dans une procession solennelle.

La Reine , informée de cette division , chargea le marquis de Châteauneuf de négo-

' La châsse de sainte Geneviève avait été portée par les rues. Le peuple la suivait en foule, et demandait au ciel , par l'intercession de cette sainte , la paix et le renvoi du cardinal Mazarin. ■ Le duc de Beaufort et le prince » de Condé , recherchant une popularité honteuse , se » mêlaient à la populace. Quand la châsse vint à passer, » ce dernier se prosterna devant elle , puis , criant comme • un forcené , il fut se jeter entre les prêtres , baisant » cent fois cette sainte châsse , et lui faisant toucher son » chapelet. La canaille , édifiée , s'écriait : Ah ! le bon » prince! ah! qu'il est dévot ! Mais les bénédictions que » cette dévotion feinte obtenait sur la terre ne furent » point ratifiées dans le ciel. »

cier avec le duc de Lorraine. Châteauneuf le vit au Luxembourg en présence de Gaston, et essaya de persuader à tous les deux de s'accommoder avec la cour, et d'abandonner M. le Prince. Charles s'y montrait fort disposé , et prenant cette fois le ton sérieux : « Quand vous m'avez fait venir, dit-il à son » beau-frère , vous m'avez mandé que vous >» aviez dix mille hommes et de l'argent pour » les payer. Cependant vous êtes sans argent, » et le prince de Condé dispose de toutes les » troupes. Quant à moi, je ne suis point venu » servir un homme qui me retient injuste- » ment mon bien ; je suis venu faire pour » vous la paix ou la guerre. Détachez-vous » de M. le Prince qui, aussi bien , vous » quittera au premier jour, s'il y trouve son » compte ; je vais à la cour, et m'engage à » vous rapporter bientôt une bonne paix » signée. Si vous ne voulez pas prendre ce » parti, trouvez moyen de faire dix mille » hommes et de l'argent pour les entretenir » six mois. »

Gaston n'osa se brouiller avec le prince de Condé ; il n'avait aucun moyen de réunir les forces demandées par le duc de Lorraine;

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