CHAPITRE XIX. — l652. Ij
celui-ci lui déclara donc qu'il se croirait quitte de tout engagement quand il aurait fait lever le siège d'Etampes, et retournant à son camp de Villeneuve-Saint-Georges , il fit promptement construire un pont sur la Seine, afin de gagner Etampes par la rive gauche du fleuve.
L'armée royale se trouvait ainsi menacée à la fois par les troupes des Princes , fortes encore de sept mille hommes , et par celles beaucoup plus nombreuses du duc de Lorraine. Dans cette situation difficile , M. de Turenne leva le siège d'Etampes, et vint prendre position à Etrichy ' , barrant le chemin à Farinée des princes, et empêchant sa jonction avec celle des Lorrains. Le Duc, maître d'un passage sur la Seine, pouvait s'avancer sur les derrières de Turenne, et le placer ainsi entre deux feux ; mais il ne voulait pas exposer à un engagement sérieux l'armée qui faisait toute sa fortune. A toutes les instances de ses alliés, il re'pondit « qu'il était juste que MM. de » Tavanne et de Vallon courussent les ha- » sards de la route ; qu'il les attendrait dans » son camp, et garderait le pont qui assurait » leur passage. »
1 Village à deux lieues d'Etampes, sur la route de Paris.
iy4 HISTOIRE DE LA FRONDE.
Le duc d'Orléans et le prince de Condé , n'ayant pu obtenir davantage, insistèrent pour qu'au moins le pont ne fût pas abandonné avant l'arrivée de leurs troupes ; le Duc le leur promit solennellement , et allant au devant des méfiances que pouvait inspirer son caractère : « Messieurs , dit-il à Gaston et à » son cousin , on sait que nous autres princes » nous sommes tous de grands fourbes; c'est » pourquoi il ne serait pas mal à propos d'é- » crire et de signer ce que nous venons de » résoudre , afin que personne ne s'en pût dé- » dire. » Les princes français lui répondirent « qu'il n'était pas nécessaire de rien signer ; » qu'ils s'en fiaient bien à sa parole. » Deux jours après , cependant , le pont de Villeneuve-Saint-Georges était livré à M. de Turenne, et l'armée lorraine regagnait, par journées d'étape, la frontière de Flandre.
A cette nouvelle inattendue le Luxembourg retentit d'imprécations. Le duc d'Orléans traita son beau-frère de méchant et de perfide; la duchesse faillit mourir de douleur. Personne ne doutait d'une trahison , et le marquis de Chàteauneuf s'en attribuant l'honneur, publiait que la retraite du duc de Lor-