‹ Histoire de la Fronde (volume 2)Chapitre 94 sur 149 · CHAPITRE XIX. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX. l

faillir son courage. Réfugiée aux pieds des autels dans un couvent de Saint-Denis , elle y passa le jour en prières. Louis XIV avait suivi son armée ; du haut des collines de Charonne , il présidait, comme d'un amphithéâtre , aux jeux sanglans qui se préparaient. Impatient de la victoire, il envoyait message sur message à M. de Turenne pour le presser de châtier les rebelles ; Turenne répondait : « Qu'il » n'avait point de canons et peu d'infanterie ; » que les soldats ne pouvaient enfoncer des re- » tranchemens et des barricades sans autres m outils que leurs mains : désormais l'en- » nemi ne pouvant plus échapper, il fal- » lait attendre l'arrivée du maréchal de » La Ferté , avec l'artillerie et le gros de » l'armée. »

Tant de prudence étonnait le jeune monarque ; le duc de Bouillon vint avertir son frère que déjà on murmurait autour du cardinal Mazarin le mot de trahison. M. de Turenne donna donc le signal du combat sans attendre son artillerie. Lui-même conduisit l'attaque du centre par la grand'rue du faubourg ; il confia sa gauche à M. de Navailles, et la droite au jeune Saint-Maigrin , colonel

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lieutenant des gendarmes et chevau - légers de la Reine.

Une rivalité d'amour animait Saint-Maigrin contre M. le Prince ' ; il avait juré de le corn- Lattre corps à corps, dans cette journée, et deux autres seigneurs, par émulation de chevalerie, avaient fait le même serment : l'un était le marquis de Rambouillet, frère de l'illustre Julie d'Angennes ■ ; l'autre le marquis de

• « Saint-Maigrin , outre qu'il était fort vaillant, avait » dès long-temps une haine particulière contre M. le » Prince , à cause de la seconde fille du marquis du Vi- » gean qui est maintenant carmélite , dont Saint-Mai- » grin avait été fort amoureux , et en termes de l'épouser. » M. le Prince en devint aussi amoureux , et obligea » Saint-Maigrin de quitter prise , ce qu'il n'avait jamais » pu oublier ; aussi avait-il conspiré avec deux autres » de ses amis de ne s'arrêter qu'à la seule personne de » M. le Prince dans le combat. » Mémoires de Conrart.

* Julie-Lucie d'Angennes , fille de Charles d'Angennes, marquis de Rambouillet, et de Catherine de Vivonne. Elle était née en 1607, et épousa, en iG45, Charles de Sainte-Maure , duc de Montausier, qui l'avait aimée pendant quatorze ans. L'esprit et les grâces de Julie d'Angennes firent le principal ornement de l'hôtel de Rambouillet où se réunissaient les beaux esprits. Un grand nombre de pièces de vers furent composées à sa louange, notamment la Guirlande de Julie.

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