CHAPITRE XIX. l
taque et obligea M. le Prince à plier à son tour. Enfin un dernier effort de M. le Prince força Turenne à reculer une seconde fois et à sortir de la barricade.
Les prodiges de valeur faits en ce jour par la jeune noblesse étonnèrent les vieux guerriers formés dans les camps de Gustave-Adolphe et de Wallenstein. Jamais lutte ne fut soutenue de part et d'autre avec une obstination plus acharnée. Jamais la valeur et la conduite n'eurent plus de part à la victoire. Les officiers, plus nombreux dans la mêlée que les simples soldats , montraient Pardeur des anciens chevaliers et la science des guerriers modernes ; le grand Turenne et le grand Condé ', à portée de pistolet l'un de Pautre, combattaient de leur personne et faisaient admirer le contraste de la fureur martiale et du
1 II prencipe de Conde portossi in questa fattione con tanto cuore chenonfu chi non lo ammirassc. Interrogato poi dopo la ritirata il Turenna , ihaveaveduto in questa fattione il prencipe , rispose : « Jo non ho veduto un pren- » cipe di Conde t mane ho vedutipiu di dodeci. » Volendo dire che il prencipe havea fatte attioni per dodeci huomini valorosi. — Historia délie guerre civile de questi ultimi tempi , dal conte Bisaccioni. Venezia, i655.
îg'-i HISTOIRE DE LA FRONDE.
sang-froid le plus intrépide. Vers midi la chaleur du jour devenait excessive ; la plupart des chefs étaient blessés , tous succombaient de fatigue: le combat demeura suspendu quelques instans'.
Ce repos fut favorable aux royalistes qui, ayant été joints par le reste de leur infanterie, purent reprendre l'offensive avec des troupes fraîches et plus nombreuses. N'espérant pas cependant emporter de front une troisième fois la barricade que M. le Prince défendait en personne, dans la rue Saint-Antoine, Turenne renforça sa gauche de plusieurs régimens , et enjoignit au marquis de Navailles qui la commandait, de pousser le duc de Nemours dans la rue de Charenton ; puis de tourner par les rues transversales pour venir attaquer M. le Prince par derrière. Nemours, cédant à la supé-
1 « Il faisait alors une chaleur insupportable, et M. le
» Prince , qui était armé et qui agissait plus que tous les
• autres , était tellement fondu de sueur et étouffé dans
» ses armes , qu'il fut contraint de se faire désarmer et
» débotter, et de se jeter tout nud sur l'herbe d'un pré ,
.. où il se tourna et vautra comme les chevaux qui se
« veulent délasser; puis il se fit r'habiller et armer, et
» retourna au combat. » Mémoires de Conrart.