TOME III. l
Flamarins, d'Escars, de Castries', de Guitaut, de La Roche- Giftart, de Bossu, de La Motbe- Guyon , de Bercennes , plusieurs autres tombèrent frappés au milieu de leurs amis. La Rochefoucault, Beaufort, Nemours et le jeune Marsillac arrivèrent seuls à la barricade; ils y entrèrent intrépidement tous les quatre et entreprirent de s'y défendre contre Tannée ennemie ) certains que M. le Prince ne tarderait pas à les secourir.
A la nouvelle du danger que couraient ses plus chers amis , M. le Prince quitta tout pour les sauver; suivi de ce qui lui restait de gentilshommes , il s'enfonça dans la rue de Charenton et pénétra jusqu'à la barricade. Il était temps ; le duc de Nemours avait reçu treize coups dans ses armes; La Rochefoucault, frappe d'un coup de mousquet à la tête, était tombé sans connaissance dans les bras de son fils qui l'emportait en chancelant ; le duc de Beaufort seul faisait encore face à l'ennemi.
* René-Gaspard de La Croix, marquis de Castries, né en i6n, mort en 1674. U était fils de Jean de La Croix, baron de Castries, et de Louise de L'Hôpital ; il épousa Louise de Bonzy , sœur du cardinal de Bonzy , et en eut dix enfans dont cinq Glles furent religieuses.
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M. le Prince les fit remonter à cheval et assura leur retraite ; puis réunissant toutes ses troupes sur la place , en avant de la porte Saint- Antoine , il les reforma en bataille et se prépara à renouveler le combat.
Le maréchal de La Ferté venait d'arriver avec sa grosse artillerie ; des batteries, placées dans les trois rues principales du faubourg, foudroyaient les débris de l'armée des Princes rassemblés sur un seul point. Le plus héroïque courage ne pouvait plus désormais prétendre qu'à une mort glorieuse, quand une volée de canon, partie des remparts de la Bastille et dirigée contre les troupes royales, annonça un grand changement dans la fortune des partis. Au même moment un écuyer vint avertir M. le Prince que Mademoiselle l'attendait dans une maison attenante aux murs de la ville.
Le héros malheureux se présenta devant la princesse, l'épée nue à la main, ses armes brisées , le visage couvert de sang. Vivement touchée de le voir en cet état , Mademoiselle se hâta de lui annoncer qu'eUe apportait Tordre d'ouvrir à ses troupes les portes de la ville et de faire marcher à leur secours les compa-
gnies bourgeoises. A cette nouvelle inattendue, la fermeté de M. le Prince l'abandonna toutà-coup, il se laissa aller sur un siège, et fondant en larmes : « Ma cousine, dit-il, vous » voyez un homme au désespoir : j'ai perdu » tous mes amis ; MM. de La Kochefoucault , » de Nemours, de Vallon, de Clinchamp, de » Guitaut, sont blessés «à mort. » Mademoiselle lui donna de meilleures espérances ' et
* Mademoiselle venait de rencontrer plusieurs des amis de M. le Prince qu'on rapportait blessés dans Paris. Elle était accompagnée de madame de Châtillon qui reçut un message du duc de Nemours j lequel l'envoyait avertir « qu'il venait d'être blessé à la main ; que ce ne serait » rien , mais qu'il s'était détourné de peur de l'effrayer » parce qu'il était tout en sang. » Madame de Châtillon quitta aussitôt la princesse pour aller trouver M. de Nemours. En continuant sa route , Mademoiselle trouva le duc de La Rochefoucault soutenu sur son cheval par deux hommes , et ne paraissant occupé que d'émouvoir le peuple par le spectacle de ses blessures, afin de le décider à secourir M. le Prince. « J'eus, continue Mademoiselle, » beaucoup de pitié de M. de La Rochefoucault. Après » l'avoir quitté, je trouvai , à l'entrée de la rue Saint- » Antoine , Guitaut à cheval , sans chapeau , tout dé- » boutonné, qu'un homme aidait parce qu'il n'eût pu se » soutenir sans cela : il était pâle comme la mort. Je lui » criai sans m'arrêter : Mourras-tu , Guitaut ? Il me fit