CHAPITRE XIX. l
chercha à lui persuader de rester auprès d^elle; mais M. le Prince lui répondit : « Qu'il ne pou- » vait rentrer que le dernier, et qu'il aimerait » mieux mourir que de faire sa retraite en )» plein jour devant les Mazarins. » Il lui demanda de se tenir auprès des portes pour assurer le passage des bagages et des blessés ; puis la quittant précipitamment , il courut rejoindre ses troupes \
Protégé par l'artillerie de la ville , il combattit encore pendant plusieurs heures, et opéra sa retraite sur le soir, sans laisser en arrière un blessé ni un chariot de bagages.
» signe de la tête que non. Il avait pourtant un grand
» coup de mousquet dans le corps. Puis je vis Vallon
» qu'on portait en chaise. Il me dit : Hé bien, ma bonne
» maîtresse , nous sommes donc tous perdus ! Je l'assurai
» que non. Il me répondit : Vous me rendez la vie dans
•> F espérance d'avoir retraite pour nos troupes. Je vis
» aussi le marquis de La Roche-Giffard, blessé à la tête,
» et qu'on rapportait sur une échelle. C'était un homme
» beau et bien fait, et en cet état il ne laissait pas d'avoir
» bonne mine. Il me fit fort grande pitié; il avait déjà
« perdu toute connaissance, et ce qui était pis, c'est
» qu'il était de la religion. »
' Il existe un grand nombre de relations de la bataille du faubourg Saint-Antoine , écrites par des té-*
Les soldats, joyeux de ce dénouement inespéré , formaient leurs rangs devant la porte
moins oculaires qui paraissent également dignes de foi , tels que le duc de La Rochefoucault, le prince de Tarente , le marquis de Monglat.il est cependant très-difficile de faire concorder leurs témoignages. Nous avons composé notre récit des circonstances qui nous ont paru les mieux appuyées dans les relations diverses. Nous citerons encore ici les Mémoires de l'empereur Napoléon , écrits à Sainte-Hélène ; le lecteur y trouvera sans doute plus de netteté que dans notre travail et dans celui de tous les autres historiens.
« Après la retraite du duc de Lorraine , Condé accou- » rut en toute hâte de Paris, et se mit à la tète de son ar- » mée; il la ramena entre Saint-Cloud et Suresne , gar- » dant le pont de Saint-Cloud. Le ier juillet, Turenne » passa la Marne à Meaux , se porta sur Epinay ; le ma- • réchal de La Ferté le joignit : la cour s'établit à Saint- » Denis. Il jeta un pont vis-à-vis F.pinay, profitant d'une » île formée par la Seine , afin de pouvoir attaquer Condé » sur les deux rives; mais ce prince leva son camp , tra- » versa le bois de Boulogne , et se présenta à la barrière » de la Conférence. Les Parisiens lui refusèrent l'entrée » de leur ville ; il tourna les murailles. Turenne, qui » suivait son mouvement, marcha sur la Chapelle ; il » arriva à temps pour charger larrière-garde. L'inten- » tion de Condé était de se porter sur Charenton ; mais , » vivement poussé , il se jeta dans le faubourg Saint-An- » toine , derrière les retranchemens que les bourgeois