CHAPITRE V
« que leur non exécution prouvait suffi- *' samment Timpossibilité où Ton s'était » trouvé de s'y conformer , et Tinutilité )» qu'il y aurait à les renouveler pour l'a- » venir. »
Mathieu Mole convint « qu'il pouvait ar- » river en effet des choses rares et singu- » Hères qui se gouverneraient malaisément » par la loi ; mais la loi devait néanmoins être M rendue pour servir de règle aux choses » communes. Si dans l'occurrence des affaires »> présentes des sûretés devenaient plus néw cessaires, c'était à cause des violences si » fréquemment renouvelées dans les der- » nières années. De même que Louis XI ayant M maintes fois dépossédé , chassé et maltraité » ses officiers, avait ensuite été obligé, pour » bannir leur méfiance, de faire l'ordon- I) nance par laquelle il déclara qu'aucun ne » pourrait à l'avenir être troublé dans l'exer- » cice et fonction de sa charge. De tels exem- » pies rendaient notoire que l'autorité royale » se diminuait toujours par les violences exer- )) cées en son nom , et non pas par les de- » mandes du Parlement, qui ne tendaient » qu'à lui procurer l'amour et la bienveil-r
Rmce des peuples, trésor le plus riche des )> souverains.
M La déclaration de la sûreté publique )) était encore demandée , ajouta le président M Novion , afin qu^une fois enregistrée , s'il y » était contrevenu , le Parlement pût infor- » mer et poursuivre ceux qui en auraient »» donné le conseil à la Reine. »
Le motif allégué par le président Novion parut plus fâcheux au chancelier que la demande même du Parlement. « Les souve- M rains , répliqua-t-il avec chaleur, appel- »» lent à leur conseil qui bon leur semble, et » forment leur résolution personnelle des » avis qui leur sont donnés ; ils ne trouve- » raient plus personne qui les voulût servir, » si des avis consciencieux et fidèles pou- » vaient un jour donner lieu à des accusa- » tions contre les conseillers. »
Le duc d'Orléans, attentif à modérer les esprits, interrompit alors la discussion. «Tous » les articles de la chambre de Saint - Louis M avaient été accordés , excepté celui de la » sûreté publique, sur lequel on- pourrait » trouver plus tard des termes d'accommo- » dément. Pour le présent il proposait de sW-
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» cuper du règlement des finances. La Reine , )) par une confiance honorable pour la com- » pagnie , ayant trouvé bon qu^on communi- )) quât à ses députés les états de la recette et de )) la dépense, le maréchal de La Meilleraye allait » leur soumettre lesdits états, afin que, par » leurs avis , on diminuât tellement la dé- » pense, qu^il y eût moyen de décharger le n peuple de beaucoup d'impôts, m
Ce n'était pas ainsi que Fentendaient les députés ; bien décidés à ne s'occuper des matières de finance qu'après avoir obtenu la liberté des prisonniers d'Etat et la réparation de tous les griefs, ils déclinèrent la proposition du prince. Le président Viole déclara nettement « qu'ils avaient charge expresse de » leur compagnie d''ohienir , préalablement à )) toute affaire , quelque sûreté pour les em- » prisonnés et les autres sujets du Roi exposés » à de semblables violences , et qu'il n'était » pas à espérer que le Parlement voulût entrer ' » en une autre délibération que ce préalable w n'eût été réglé. »
Le prince de Condé avait jusqu'alors pris peu de part à la discussion. Il observait avec surprise la scène toute nouvelle qui se pas-
îj56 histoire de la fronde.
sait autour de lui. Ces magistrats , assis à ses côtés, discutant sur le pied de régalité les premiers intérêts du pays et les limites du pouvoir royal, lui semblaient une chose monstrueuse. Sa colère éclata sur le mot de préalable^ terme dont il ne connaissait pas bien la valeur, et rpiMl supposa renfermer quelque grandoutragecontrela majesté royale, lise leva précipitamment, et dit d''une voix émue « qu'une telle prétention était par trop » étrange; que M. le duc d'Orléans et lui- >» même voulant employer tous leurs soins à » réconcilier les esprits , et ayant à cet ettet » demandé les présentes conférences , ils ne )» s'étaient pas attendus à de tels discours. )» Chacun devait se mesurer pour se connaître; » ce préalablement n'était point une parole » convenable dans la bouche de sujets parlant M à leurs maîtres. Si elle voulait dire que la )» Reine serait contrainte , contre son gré , à » rendre la liberté à M. de Chavigny , il sau- » rait bien faire respecter la volonté royale » et la dignité des princes du sang. »
Tout étourdi de cet orage, le président Viole protesta timidement « que ce préalable » n'aboutissait pourtant qu'à des prières et