‹ Histoire de la FrondeChapitre 127 sur 155 · CHAPITRE VI. 1649- 3oi · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. 1649- 3oi

tué , ayant refusé quartier. L'armée royale perdit de son côté le duc de Châtillon, jeune seigneur plein d'espérance, marié depuis peu à mademoiselle de Montmorency-Boutteville, si fameuse par sa beauté et par Tamitié fidèle qu'elle montra au prince de Condé dans ses disgrâces.

Sur la nouvelle que M. le Prince attaquait Charenton , le duc d'Elbeuf réunit l'armée du Parlement, et s'avança hors la ville. Le prévôt des marchands rassembla aussi les compagnies bourgeoises. Plus de vingt mille hommes demandaient à marcher avec les troupes réglées; mais les généraux ne jugèrent pas prudent d'attaquer M. le Prince, qui les attendait en bon ordre de bataille. Après avoir tenu conseil de guerre à Picpus , ils rentrèrent dans Paris sans s'être approchés de l'ennemi.

Le lendemain , un succès releva le courage des Parisiens abattus par la prise de Charenton. Un convoi considérable de bestiaux et de farines, venant d'Etampes, passa à travers une division de l'armée royale commandée par le maréchal de Grammont, et entra heureusement dans Paris. Le ducde Beaufort,

averti que le convoi courait risque cVêtre enlevé, était sorti pour le secourir, et se porta vaillamment dans la mêlée. A son retour, ce prince, déjà Tidole de la populace, fut reçu en triomphe par les femmes de la Halle. Les relations du combat exagérèrent ses exploits , et publièrent contre toute vraisemblance qu'il avait tué de sa main huit soldats et le commandant ennemi.

Aussitôt que la nouvelle des événemens de Paris parvint dans les provinces , partout les peuples se montrèrent favorables à la cause des magistrats. Les parlemens de Bretagne , de Normandie , de Languedoc et de Provence , donnèrent contre le cardinal Mazarin des arrêts semblables à celui du parlement de Paris. En Provence , la guerre éclata entre les bourgeois et les soldats restés fidèles au gouverneur pour le Roi '. En Normandie, la noblesse et le Parlement se réunirent contre la cour. En Poitou, le duc de La Tremoille, beaufrère du duc de Bouillon et dévoué à ses intérêts, leva six mille hommes qu^il promettait d'amener incessamment au secours de la ville de Paris.

* Le comte d'Alais.

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Un mouvement si général en France ne permettait plus à la Reine d^espérer aucun succès de la guerre qu'elle avait imprudemment commencée. M. le Prince comptait à peine douze mille hommes, et quelle que fût la supériorité de son génie, et la vaillance de ses troupes , il ne pouvait , avec de si faibles moyens, forcer une ville telle que Paris. Il pouvait moinsencoreenformer le blocus. Pour se maintenir en forces sur quelques points, il fallait dégarnir les autres et laisser le passage libre aux convois de subsistances. Aussi, pendant la plus grande chaleur des hostilités, les prix des marchés ne s'élevèrent pas beaucoup au-dessus des taux ordinaires. Une ordonnance du lieutenant civil (6 mars) taxa à deux sous la livre le pain blanc, à un sou le pain des pauvres.

Les chefs du Parlement témoignèrent alors la plus louable modération; loin de vouloir abuser de leurs avantages, ils recherchèrent la paix avec autant de zèle quMls en avaient mis d'abord à préparer les moyens de résistance. L'avocat - général Talon proposa de nouvelles remontrances pour rappeler à la Reine « que la ville de Paris était sur la défen-

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» sive, et ne faisait la guerre que pour avoir M la paix et du pain. Par ce moyen, conti- )» nuait le vertueux magistrat, la compagnie » se mettra dans un devoir toujours légitime » et honorable de la part des sujets à Tégard »» de leurs princes. Que si la Reine ne veut pas )» recevoir ces remontrances comme elle n*'a » pas voulu recevoir les premières , les peu- )> pies les verront et apprendront que rien ne » doit vous être imputé des malheurs de la » guerre. » Le conseiller Broussel, que son peu de sens livrait à toutes les influences factieuses, combattit cette proposition, sous prétexte qu''elle aboutissait à une ouverture de paix et ne pouvait être convenablement délibérée qu'en présence des généraux, absens en ce moment pour les soins de leur service.

Depuis ce jour, une division éclata parmi les membres de la compagnie. Mathieu Mole, le président de Mesme, Tavocat-général Talon , la rappelaient incessamment à des sentimens de modération et de devoirs ; les généraux et leurs partisans , nombreux parmi les jeunes conseillers des enquêtes , insistaient au contraire sur la nécessité de pousser vivement la guerre. La populace , soudoyée par les sei-

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